Le temps subjectif n’est pas linéaire. Il est peut-être circulaire, si l’on se place derrière les yeux d’un vieillard, observant les petits enfants jouer avec enthousiasme, ramené à l’insouciance de sa propre enfance. Le temps intérieur n’a d’autre forme que celle que l’on veut lui donner, avec les pics des émotions les plus vives, les grands fleuves des routines immuables, les temples des souvenirs oubliés, perdus sous la végétation envahissante de l’actualité.
Mais qui a construit tout cela ? Se pourrait-il que ce paysage se soit auto-fabriqué ? Que ce fil de conscience que nous promenons parmi ses monuments ne soit qu’un observateur, n’ayant rien planifié, chargé seulement d’en faire la visite guidée aux touristes des autres univers que nous croisons : « Voilà ce que je suis » ?
Pourtant, si nous ne découvrons aucun choix dans le dessin de nos avenues intérieures, l’observateur peut s’y promener librement. Il peut émettre des commentaires, puisqu’il communique avec l’extérieur. Son aisance à se déplacer le rend seul propriétaire de cette vaste étendue de temps subjectif. Il le manipule selon son bon plaisir, en efface les moments atroces, s’attarde devant les scènes déshabillées, redessine les imperfections des actes essentiels.
Voici peut-être la meilleure définition de cet homoncule à casquette que nous appelons notre Moi.