jan 072012
 

Cette oeuvre ultime est sans doute déjà réalisable avec la technologie actuelle. Voici l’idée :

Quand différents lecteurs s’attaquent à un ouvrage, c’est le mode de pensée de l’auteur qui les fait cheminer vers des idées nouvelles, souvent à leur plus grand profit, même si je m’en suis moqué en parlant de fornication de l’écrivain qui répand sa semence étrangère dans nos circon(in)volutions.
Il existe d’autres inconvénients à ce rapport que l’absence de « capote » mentale : L’éjaculat peut arriver en terre stérile, parce que le lecteur n’a pas le langage, l’éducation, le stade de développement personnel, nécessaires pour le recevoir. Le rapport serait peut-être fécondant si les préliminaires étaient détaillés, ou si les idées étaient présentées avec davantage d’images ou de sentiments, qui sont les modes de communication principaux pour nombre d’entre nous.
Ainsi, l’effet d’un livre peut être encore une influence, mais d’effet contraire : son sujet sera dévalorisé parce que la présentation en est inadaptée pour un lecteur particulier. Il s’en détournera durablement, découragé ou révolté par son échec à le maîtriser, ou parce que le livre l’a heurté et ne lui a proposé aucune porte de sortie. Ce rejet n’est pas un libre choix ; il est téléguidé.

Les livres « choc » jouent un rôle important, mais ce n’est pas d’eux dont nous parlons ici. Le Livre Universel est destiné à construire la cohérence de son cheminement intérieur. Il n’en dépeint pas un, mais un pour chacun. Ensuite, les livres-choc, monomaniaques, sont là pour construire un décor personnalisé. On est alors capable de les maîtriser, de ne pas leur enchaîner sa vie. Une tentative de favoriser la diversité sans que quiconque n’en fasse les frais terribles, campé aux extrêmes.

Le support du Livre Universel est un ebook futuriste où l’appareil de lecture est capable de repérer l’intérêt ou la difficulté du propriétaire pour le texte, à divers signes dont la lenteur avec laquelle le regard passe sur certains fragments de phrase, y revient, à la fixité soudaine du regard ou son évasion, qui traduit la cogitation. Les passages concernés prennent un poids supplémentaire dans la structure algorithmique du livre, et la suite du texte en tient compte et se mettrait à défiler automatiquement.

En fait l’ouverture du livre se ferait sur un sommaire d’idées fortes sur lequel le regard pourrait errer avec rapidité, sans forcément respecter une organisation classique de chapitres. Chacune débouche sur un développement de plus en plus détaillé, et personnalisé par le chemin déjà parcouru. La lecture ressemblerait à l’invitation dans une soirée fréquentée par de beaux esprits, où l’on pourrait aller de l’un à l’autre et poser les questions que l’on souhaite ou les laisser prendre l’initiative, en préférer certains à d’autres et même en choisir un pour nous accompagner dans l’écoute des autres et nous les décrypter.
Le texte devrait ainsi être écrit selon des styles différents selon la forme ou la teneur du langage appréciées par chacun. Il contient des « oeufs » divers, signalés par des symboles, que le lecteur peut ouvrir s’il le souhaite : illustrations, exemples, blagues sur le sujet, et pourquoi pas une ambiance sonore, la recette d’un parfum ou d’un cocktail en harmonie avec le reste, jouant un rôle de renforcement et de pastille mémorielle.

Ce Livre serait bien entendu collaboratif. Et jamais terminé. Il serait en quelque sorte l’empreinte, inaltérable mais sans cesse augmentée, de toute une humanité.

 Posted by at 6 h 53 min

  5 Responses to “Le Livre Universel”

  1. “En fait l’ouverture du livre se ferait sur un sommaire d’idées fortes sur lequel le regard pourrait errer… »

    Ah, ah… le diag ne fait aucun doute : incurable nostalgie hypercardienne !

    • Excellente référence de macmaniaque, que j’avais oubliée alors que j’avais programmé un logiciel complet de cabinet médical avec Hypercard. Ce soft était sans doute un excellent moyen d’organiser ses pensées car, n’en doutons pas, nous sommes modelés intimement par les outils que nous utilisons.
      Hypercard convient parfaitement au traitement séquentiel de l’entendement masculin. Peut-être faudrait-il lui adjoindre des possibilités multi-tâches, présentant plusieurs cartes à l’écran, qui interagissent entre elles et conduisent la pensée féminine là où elle le souhaite.

  2. “conduisent la pensée féminine là où elle le souhaite.”

    La pensée féminine, rappelez moi, serait-ce celle qui produit cette fameuse intuition qui leur assure sur la pensée masculine cette incomparable supériorité qui les protège si efficacement des manipulations à base de flatteries, mensonges, carabistouilles et autres techniques donjuanesques totalement..

    Henri- Désiré LANDRU :-) )

  3. Je sais, je sais… d’autant qu’avant la tête, bon nombre ont déjà essayé de me couper de l’ovoïde plus… discret.

    Mais à lire les titres de leurs revues savantes (Elle, Marie-Claire…) : « Y a plus d’mec ! », « Où sont les vrais mecs », etc… Et quelques actes de constrictions tardifs de certaines de leurs grandes prêtresses.. quelques espoirs. :-)

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