déc 282011
 

Le langage, et son développement la politique, construisent la réalité.
Cette conviction héritée des grecs est une erreur, mais une erreur fondatrice de la civilisation occidentale.

Nul homme ne met exactement les mêmes intentions et symboles dans les mêmes mots. C’est aisé à comprendre en polyconscience : Chacune de nos sociétés intérieures trouve un compromis différent dans le sens et l’émotion accordés à chaque mot. Ainsi, laisser les mots construire la réalité est amplifier l’incompréhension entre individus, et c’est plutôt les accommoder de mimiques et gestuelles simples qui va rapprocher ces entendements, à l’aide de ces communications plus basiques et universelles.
Les mots sont nécessaires à un langage élaboré mais ils ne contiennent pas de façon explicite les différences de niveau de conscience. Ils sont parfois pauvrement équipés pour traduire la richesse du concept qui nage dans l’esprit qui les prononcent, tandis qu’ailleurs ils sont quelques phonèmes extraits de la mémoire, et de signification, ils n’ont guère, voire ils sont des contresens.
Les mots sont en retard ou en avance sur les progrès de conscience. Un esprit vif manque du vocabulaire adapté et se sent obligé d’en créer. L’esprit immature saisit les mots comme de nouveaux jouets, sans savoir encore comment s’en servir. La culture peut leur accoler un mode d’emploi très différent. Aucun ne peut dépeindre les finesses de la réalité d’un individu, et ainsi les mots ne font que la cloîtrer.

L’incompréhension liée à l’infidélité des mots est une puissante génératrice de conflits. En effet, si les mots devaient servir de médiateurs comme ils le prétendent, il faudrait que ceux qui s’en servent perçoivent leur signification pour l’interlocuteur et non pas simplement les prononcent, et vice versa. Ainsi il faut connaître un deuxième langage qui est lui-même la traduction des mots pour sa propre pensée et pour celle de l’autre. Ce « langage profond » n’ayant pas de règles explicites, est source d’incommunication et de conflit.

C’est, étonnamment, ce qui a fait la force de l’Occident : la parole conflictuelle, la parole valorisée alors qu’elle ne peut être un outil d’échange harmonieux. Dans d’autres civilisations antiques, la communication semble tout bonnement impossible entre dominants et dominés, et n’est pas tentée. Cette « lucidité » a un revers : Elle ignore le rôle constructeur du conflit, nettement supérieur à l’indifférence. Les grecs ont inauguré le principe de la démocratie, c’est-à-dire de la bataille politique permanente, de l’opposition comme mode de gestion de la société, avec son enchaînement d’innovations, de réactions, de contre-réactions, qui l’a conduite à une domination planétaire.
Pourtant sa philosophie, fondamentalement, est le refus de comprendre le monde de l’autre, de tenter de lui imposer le sien… avec les mêmes mots. Ainsi est-il difficile de juger de telles valeurs.

Les mots servent en permanence à s’expliquer eux-mêmes, parce que leur sens ne va pas de soi. Dès lors, faut-il leur confier la réalité, et reposer notre foi sur leurs enquêtes ?

Longtemps, les émotions ont relié les hommes de façon plus fidèle que les mots.
Cela change, parce que les mots sont disponibles partout, que des livres et des spectacles ont été écrits pour chacun d’eux, que ces médias sont lus par tous et débordent les frontières. Les mots commencent à coller à la réalité parce que la réalité humaine s’uniformise. Les mots ont été une propriété individuelle. Ils ne le sont plus. Ils forment une puissance, le langage colonisateur, obligatoire à apprendre, de la panconscience sociale. Ils modèlent désormais, notre réalité intérieure, dans le sens de l’uniformisation.
L’imagination, enfermée par les mots, ne peut plus s’ébattre librement dans ce langage.
Notre adage du début devient vrai… parce que l’on y a cru.

 Posted by at 20 h 42 min

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