sept 112011
 

Les grands acteurs se reconnaissent à une polyconscience très élastique, capable d’accueillir pendant quelques semaines une persona étrangère, et lui laisser toutes les commandes extérieures, mimique, posture, gestuelle, façon de s’exprimer, voire utiliser jusqu’à l’intelligence émotionnelle. Cette invasion n’est possible que par la gratification remarquable obtenue grâce à la performance exceptionnelle de l’acteur.
Nous pouvons nous demander jusqu’à quel point laisser tellement d’influence à une persona peut laisser des traces sur le Moi : Est-ce que jouer le grand méchant va séduire le côté sombre de l’acteur ? Ou être le héros ne fait-il pas se comporter comme tel par la suite ?
Sans doute en faible part. Mais le concept de polyconscience permet de comprendre comment l’acteur y échappe : La persona est intégrée en tant que moyen de récompense, par sa simple présence, et non par les arguments qu’elle développe. Ainsi elle ne change guère l’équilibre du reste de la polyconscience. Il est probable que, si ce n’était pas cas, les acteurs refuseraient les rôles pour lesquels ils n’ont pas d’inclinaison.

(1) J’utilise ici « péripatéticien » comme masculinisation de son sens devenu le plus connu, la prostituée ou péripatéticienne. Pour mémoire, péripatéticien — « qui se promène » — désigne les disciples de Platon, qui déambulaient en réfléchissant ; sa féminisation ironique pour les prostituées provient de leur habitude de marcher de long en large.

 Posted by at 20 h 31 min

  2 Responses to “L’acteur, un péripatéticien (1) de la polyconscience”

  1. Vous idéalisez fort le métier d’acteur. C’est beaucoup plus simple que vous ne le croyez. Il suffit simplement de bien se connaître physiquement, et de reproduire quelques tics, démarche, etc…il s’agit de travail, de répétitions, il faut du temps. Vous pensez réellement que les acteurs, même les meilleurs, ont la formation et l’éducation nécessaire pour pénétrer le psychisme d’une autre personne tel un psychiatre ou un mentaliste?
    C’est beaucoup plus superficiel que vous ne le pensez. La caméra pro, elle, donne de l’intensité au jeu, du charisme à l’acteur. Visionnez la même scène jouée par le même acteur par le biais d’un bête caméscope, et cela perd en intensité. C’est une chose que ne réalise pas toujours le spectateur.

    Parole d’actrice, qui connaît bien le métier…

    • Cela voudrait dire que le métier d’acteur se réduirait à un talent d’imitateur, qu’un acteur serait capable de contrôler consciemment chaque élément de ses mimiques, ses tons, sa posture, pour correspondre à ce qu’est sensé éprouver le personnage, qu’il suffirait d’apprendre un texte par coeur pour en faire comprendre le sens à ses auditeurs… Il existe des films où l’on peut s’immerger dans l’histoire, parce que l’acteur est invisible à la surface des personnages, d’autres où l’on n’écoute pas leurs paroles tellement c’est joué. La mise en scène et le montage font certes des miracles, encore faut-il avoir des scènes convaincantes à monter. Ne croyez pas, enfin, qu’il faille une formation de psy pour aller enquêter dans la tête des autres. L’homme est naturellement un traducteur de ses semblables. Une histoire simplement lue peut modifier profondément une personnalité. Une persona supplémentaire dans la psociété bouleverse éventuellement autant le paysage intérieur qu’un nouvel arbuste installé dans un jardin.

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