Avr 102011
 

En élargissant sa conscience, un fardeau devient encombrant : la culpabilité.
Nous intégrons les autres dans notre polyconscience. Les illusions qui nous les isolent deviennent moins étanches. Leurs erreurs deviennent excusables, parce qu’ils nous semblent enchaînés, par l’instinct, par des représentations étriquées, par un lot médiocre récolté dans le grand brassage des gènes et des lieux de naissance.

Il devient difficile de s’énerver. La culpabilité apparaît étouffante, englue toute réaction, pose des problèmes au quotidien : vous vous faites marcher sur les pieds. Celui qui a fait précepte de tendre l’autre joue a très mal terminé.

S’il existe des pathologies de la culpabilité, c’est généralement une anémie, mais les excès se répandent, dans une société qui affine son niveau de sensibilité. Comment se traiter ?
Un raccourci simpliste est de se rappeler le caractère entièrement subjectif, et inculqué, de cette morale : Vous ne l’avez pas choisie. Vous pourriez l’abandonner et gagner en liberté.
Mais c’est une tout autre affaire, quand on a élevé sa conscience, de s’en débarrasser : Vous êtes maintenant capable de la justifier. En la jetant, vous risquez surtout de morceler à nouveau votre conscience, de réentendre de désagréables échos intérieurs. Dilemme.

Plusieurs issues existent.
Le pragmatisme consiste à adapter votre culpabilité à la situation.
Prenons l’exemple de la corruption : ce vilain mot s’applique, au sens large, dans nombre de nos comportements quotidiens. Il ne désigne pas que les énormes pots-de-vin touchés par certains, c’est aussi ces petits frais et cadeaux plutôt personnels que vous passez sur le compte de l’entreprise.
Dans le premier cas, le montant de la rémunération cachée en fait un vol manifeste. Dans le deuxième aussi, vis à vis de l’administration fiscale ; mais si la pratique est répandue parmi tous vos collègues et que vous ne l’appliquez pas, vous êtes certes d’une morale irréprochable, mais aussi… volé. Sans véritable recours.
Ainsi, dans une telle situation, vous pouvez abaisser votre morale pour ménager vos frustrations, profitez !, mais cela ne devrait pas vous empêcher de militer, au moment d’exercer votre pouvoir sur la bonne marche sociale par le vote, pour une chasse à la corruption. « Morale pragmatique » n’est pas un contresens.

D’autres situations sont bien plus difficiles.
Il peut vous arriver de sentir qu’une attitude charitable ménage le respect de vous-même mais n’apporte pas un bénéfice aussi évident à l’autre.
Le monde est imparfait. Souvent, pour le faire changer, il est plus productif de prendre un instant une posture immorale : Engueuler son vis à vis, refuser une assistance, dire une vérité crue et méchante, s’abandonner à un bel élan de cynisme, projeter une gamelle d’acide filozophique ?
Combien de destins sont figés par l’assistance, le confort, le non-dit charitable, les excuses ?
Peut-être un des comportements les plus magnifiques est-il de se forcer à un comportement minable, en toute connaissance de cause, et de renoncer à l’amour et au respect de cet autre, pour son bénéfice à lui.

Provocation ? Oui, cet échappatoire à la morale a produit les pires moments d’adversité de l’humanité. Même si la guerre a toujours eu, hors de la morale, une utilité certaine, je n’irais pas jusqu’à la conseiller…
Le commandement qui permet de s’affranchir de la culpabilité est celui-ci : L’acte doit profiter à l’autre et non à soi. La bonne action tombe dans le vide si sa cible est trucidée.

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