Mar 282011
 

L’élément le plus essentiel dans la définition de la réalité est l’échelle. Par une bizarrerie coutumière dans cet univers infidèle aux apparences, cette échelle est courbe.
Nous avons, tout en bas, le niveau de réalité de la conscience individuelle. C’est un capharnaüm de mondes aux règles changeantes, égocentriques, influencées tant par le nombre et la qualité des sens, que par la présence ici d’une nageoire, là d’une queue, que par le mode de vie social et reproductif : une infinité de royaumes phénoménologiques juxtaposés, chacun s’autorisant les plus invraisemblables débordements d’imagination, et pouvant se convaincre de leur réalité, étant juge et partie et… tout, en fait.
Un barreau au-dessus se situe la réalité sociale, dont les lois sont déterminées par les interactions entre congénères de l’espèce. Les univers individuels sont confrontés et se coordonnent par un réalisme plus précisément nommé pragmatisme. Les lois de cette réalité sont étudiées par les sciences humaines. Difficile d’en faire une science dure car nous sommes mollement fidèles à nos réactions antérieures.
Franchissons un cran pour arriver à la réalité des sciences physiques, qui régit l’interaction des consciences avec les objets, l’univers « inerte », qui ne semble pas avoir l’intention de nous donner une vision déformée de lui-même, contrairement à nos congénères. Il est ainsi assez facile de se mettre d’accord sur les lois physiques : La même expérience reproduite par des consciences différentes donne les mêmes résultats.
Une grande fanfare a salué l’apparition d’un petit barreau supplémentaire : Les outils de l’homme lui ont montré que dans l’infiniment grand et petit, les lois différaient de ce que percevaient ses sens. Relativité et mécanique quantique, des révolutions ? Certainement, mais pas plus spectaculaires que la mort de Dieu. L’homme, de plus en plus prudent, la connaissance lui faisant découvrir son ignorance, professe maintenant un réalisme « modèle-dépendant », c’est-à-dire que toute réalité est recevable si elle respecte les lois d’un modèle cohérent… cohérent jusqu’où ? C’est toute l’ambition des plus entreprenants des scientifiques, à la recherche du Graal : le modèle qui explique l’intégralité de l’univers, de nos consciences, et de ce que l’on ne perçoit pas encore.
Car il reste encore un barreau supplémentaire sur notre échelle : la réalité imaginée, c’est-à-dire celle pour laquelle nous pouvons concevoir un modèle, sans pouvoir forcément le tester. Nous pouvons séduire d’autres esprits avec cette vision, mais ne pouvons donner tort à ceux qui la rejettent. L’imagination… cela ne vous rappelle-t-il pas notre premier barreau, celui de notre monde intérieur, l’univers phénoménologique ? Nous voici montés… tout en bas de l’échelle.
Gardons-nous ainsi d’user de prétention pour communiquer. Prenons simplement soin de préciser… quelle est notre réalité.

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