La physique fondamentale laisse une question insoluble : En quoi le Temps est-il une dimension différente des autres ?
Car à l’évidence il est différent : Nous le parcourons dans un seul sens, sans possibilité de retour en arrière. Nous parvenons simplement à l’étirer et le comprimer, soit par un modelage purement psychologique, soit par une technologie modifiant la vitesse dans des proportions importantes.
Nous pourrions imaginer que les dimensions spatiales se comportent de la même façon : Une vitesse extrême ne semble-t-elle pas les comprimer, tandis qu’une allure lente les étire ? Mais nous sommes alors poètes et non physiciens : La vitesse est une présentation différente du Temps, n’appartient pas aux dimensions spatiales. La poésie cependant, a toujours le considérable intérêt d’extraire l’esprit de ses postulats.
Comme, en physique, il faut se méfier des évidences, annulons la nôtre et partons de l’hypothèse inverse : Le Temps n’est pas une dimension différente des autres.
Il est une jonction d’évènements temporels comme une dimension spatiale unique est une jonction de points. Tous sont reliés par la causalité : Les évènements sont provoqués les uns par les autres. Tous résultent de la moindre interaction temporelle entre les particules fondamentales auxquelles chacun est relié. De même, spatialement, la présence et l’aspect de tout point sont causés par les mêmes interactions entre ces particules. L’univers est une chaîne de points-évènements à 4 dimensions, et sans doute davantage, nous disent les mathématiques.
Revenons au souci de ne pouvoir aller que dans un seul sens du Temps.
En réalité nous pouvons parfaitement aller dans les deux sens, et à n’importe quelle allure, en tant qu’observateurs, sans possibilité de changer quoi que ce soit à la chaîne des évènements. Nous sommes en théorie capables, comme les Norns du destin, de contempler la vaste tapisserie de notre vie, et même l’histoire complète de l’humanité, passée et future. Sauf que contrairement aux Norns, personne ne la tisse. Le concept de tissage n’a plus aucun sens, puisque, en tant qu’observateurs, nous nous sommes extraits du Temps.
Nous pouvons contempler le passé et le futur avec l’oeil du spectateur. Nous sommes également les observateurs de notre propre vie.
Et pourquoi avons-nous cette sensation de déroulement, qui donne l’impression d’un changement de vitesse ou d’une inversion de sens impossibles, sauf, pour le passé, par la bidouille mémorielle que permet notre système nerveux ? Tout simplement parce que l’essentiel de notre capacité d’observateur est enchaîné à des processus biologiques, eux-mêmes une suite de points-évènements. Notre observation est gravée par ce déroulement.
Elle est pourtant capable de s’en détacher. Il existe un moyen théorique d’observer le passé et le futur, sans aucune possibilité d’intervenir sur l’un ou l’autre, puisque l’intervention n’a plus aucun sens pour l’observateur : Tout est déjà intervenu — « déjà » n’étant qu’une subjectivité de l’observateur —.
Quel est ce moyen théorique ? Il ne s’agit pas du bidouillage sur la vitesse, face alternative du Temps, mais de l’existence d’autres dimensions temporelles, obligatoire si le Temps n’est pas, dit notre hypothèse de départ, une dimension différente des spatiales.
L’observation peut se déplacer dans un autre temps et alors, contempler le nôtre dans toute son étendue.