Le ventre est une longue plaine pentue et ornée de poils rares, avec à son extrémité deux forêts.
La forêt du haut se dresse devant une gigantesque grotte, où habite le cerveau.
Ce dernier a une excellente opinion de lui-même. Il défriche régulièrement la forêt pour garder son éminence propre et glabre. Il méprise les barbares attardés qui vivent dans la forêt du bas, un endroit sale et qui pue l’urine. Il croit posséder tous les atouts de ses prétentions. N’est-ce pas lui qui fait bouger les jambes quand il lui en prend l’envie, qui trouve la nourriture pour tout le monde, qui connaît les nouvelles par la télé ?
Un seul type d’évènement est totalement étrange et inexpliqué. Dès qu’il croise une autre plaine un peu moins plate, les jambes se mettent à bouger sans qu’aucun ordre n’ait été donné. Et le voyage finit presque toujours en orgie entre les barbares d’ici et la tribu d’en face, pas toujours la même, mais tous semblent fanatiques de la pêche aux moules.
Le cerveau tente alors de se concentrer sur un bon livre. Mais le vacarme est insupportable. Une larme lui vient sans raison au coin d’un hublot. Un éclair orgasmique fait voler ses pensées en éclats. Le monde est pris d’une folie incompréhensible et le laisse pantelant, parfois incapable d’aller raser son jardinet le matin.
Lors d’une rare semaine d’accalmie, il décide d’espionner les barbares. Il fabrique une webcam déguisée en moustique et l’expédie au-dessus de la forêt d’en face.
Les barbares sont loin d’avoir sa digne beauté cirrheuse ; ce sont de petits têtards fagellus fébrilement occupés à chasser le morpion. Les chefs sont deux énormes boules poilues qui dominent tous les autres. L’une, très sensible, semble éructer des têtards à chaque fois qu’on la touche. L’autre se livre à une tâche plus mystérieuse ; ce doit être le sorcier local ; il tire sur des câbles qui partent sous la plaine du ventre, tout en regardant en l’air, semblant guetter quelque chose.
Or voici qu’une plaine à deux bosses s’approche. Le sorcier velu saisit des poignées de câbles. Au même moment, tandis que le cerveau s’informe par la webcam, il sent ses propres rouages se mettre en route sans que la chiourme de ses intentions les aient houspillés le moins du monde. Les jambes s’ébranlent, les hublots s’orientent. Les barbares bondissent de joie et s’agglutinent autour de leur idole phallique, qui se redresse lentement comme une tour de lancement vers le ciel et l’autre planète qui s’approche.
L’univers bascule pour le cerveau. Gigantesque, et pourtant une marionnette ! Les ordres viennent d’en face ! Et voilà encore cette grotte pulpeuse qui se précipite vers la sienne. On a beau envoyer un diplomate porteur d’un drapeau blanc et de quelques alexandrins, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on finira son chapitre…
La psychologie a voulu, dans un désir de reconnaissance, ressembler aux « belles » sciences, mathématique et physique. Elle s’est efforcée de bannir la subjectivité de ses recherches, tout en empruntant aux mathématiques l’habit costume-cravate de la statistique. Elle s’est cantonnée au comportementalisme, accréditant presque des croyances métaphysiques, comme s’il existait une âme irréductible par l’analyse, boite noire de nos conduites intérieures.




Y’a pas moyen d’être tranquille ?
Il est vain de maintenir, à coup de psychotropes, les dépressifs dans un état d’humeur égale. Il faudrait au contraire recréer un cycle thymique, fournisseur du contraste nécessaire au bonheur.
Une étude fort sérieuse a demandé à une centaine de femmes de 35 à 69 ans de cliquer un enregistreur à chaque fois qu’elles avaient une inquiétude concernant leur apparence. La moyenne fut de 36 clics par jour !


