Le temps est une dimension, tandis que nous le considérons comme un mouvement.
C’est pourtant faux: cela équivaudrait à dire que « la profondeur va du moins profond au plus profond ». Mais la profondeur ne se déplace pas. Elle se mesure. Le temps aussi.

Le temps est une succession d’instants, comme la suite des points d’une droite. Nous ne nous « déplaçons « pas dans le temps. Le temps applique chaque instant après l’autre. C’est aussi immuable que chaque point juxtaposé après un autre sur une droite.
Il n’y a pas, ainsi, de voyage possible dans le temps, idée qui s’enracine dans notre conception fausse d’un mouvement du temps.
Cela voudrait dire qu’une droite pourrait ne plus être une droite, mais un labyrinthe de ramifications spontanées. Mais une dimension n’a pas de comportement si fantasque.
On ne connait pas encore toutes les forces qui peuvent s’exercer dans un même instant.
Ainsi certains phénomènes semblent invraisemblablement simultanés, alors qu’ils sont séparés par des distances énormes.
Mais le temps n’est pas une dimension de l’espace géométrique.
Des évènements simultanés ne changent pas l’existence même du temps, pas plus qu’une branche perpendiculaire va soudainement changer la définition d’une droite.
Exit donc le voyage physique dans le temps.
Par contre il existe dans notre esprit, y est même remarquablement facile.
C’est l’autre temps, celui de la conscience, qui n’a rien à voir,
et c’est créer une remarquable confusion qu’avoir attribué le même nom à ces deux temps,
au point que les philosophes eux-mêmes se sont perdus dans ces concepts, certains ayant conçu des philosophies du temps subjectif, d’autres du temps de l’univers, et cherchant à les comparer !
Autant comparer une longueur d’onde de la lumière et une illumination de notre esprit…
Le temps, qui ne s’écoule pas en physique -quel serait son lit ?-,
passe vraiment dans la conscience, succession d’influx nerveux en mode « idle ».
Nous percevons cet écoulement, en effet, surtout quand le cortex est « inoccupé », qu’il n’est pas saturé de tout un tas d’informations sensorielles et langagières.
En pratique dans une situation riche en stimulations, on ne voit pas le temps passer: Parc d’attraction, discussion passionnante, film rempli d’effets spéciaux, travail stressant…
Tandis que le temps s’étire interminablement dans une salle d’attente -surtout quand les magazines datent de 10 ans-.
Paradoxalement la mémoire « archive » le temps sur des critères inverses: Elle ne garde aucun souvenir de la salle d’attente, tandis qu’un évènement à fort contenu émotionnel, passé à la vitesse de l’éclair, est remémoré parfois seconde après seconde.
Notre conscience et sa mémoire nous permet tous les voyages.
Mais si vous voulez saisir une image de vous selon le temps physique -appelons-le « temps-lumière »-,
imaginez un portrait de vous-même avec, en s’approchant, le détail de votre écheveau de neurones connectés, avec, autour de vous, les photographies de votre passé telles que vous les remémorez, celles du futur que vous espérez, et devant votre image, le puzzle de vos activités de la journée à moitié terminé.
A chaque instant, ce portrait se modifie.
Le puzzle se complète, un nouveau apparaît chaque matin,
les photographies pâlissent, changent tandis que vos souvenirs en chassent d’autres.
Cette galerie immense de portraits est la façon dont le temps-lumière vous « voit »,
une vision empruntée au physicien mais qui pourrait être celle du psychiatre,
et qui est certainement la plus libre que l’on peut avoir de soi-même.