oct 272012
 

Le ventre est une longue plaine pentue et ornée de poils rares, avec à son extrémité deux forêts.
La forêt du haut se dresse devant une gigantesque grotte, où habite le cerveau.
Ce dernier a une excellente opinion de lui-même. Il défriche régulièrement la forêt pour garder son éminence propre et glabre. Il méprise les barbares attardés qui vivent dans la forêt du bas, un endroit sale et qui pue l’urine. Il croit posséder tous les atouts de ses prétentions. N’est-ce pas lui qui fait bouger les jambes quand il lui en prend l’envie, qui trouve la nourriture pour tout le monde, qui connaît les nouvelles par la télé ?

Un seul type d’évènement est totalement étrange et inexpliqué. Dès qu’il croise une autre plaine un peu moins plate, les jambes se mettent à bouger sans qu’aucun ordre n’ait été donné. Et le voyage finit presque toujours en orgie entre les barbares d’ici et la tribu d’en face, pas toujours la même, mais tous semblent fanatiques de la pêche aux moules.
Le cerveau tente alors de se concentrer sur un bon livre. Mais le vacarme est insupportable. Une larme lui vient sans raison au coin d’un hublot. Un éclair orgasmique fait voler ses pensées en éclats. Le monde est pris d’une folie incompréhensible et le laisse pantelant, parfois incapable d’aller raser son jardinet le matin.

Lors d’une rare semaine d’accalmie, il décide d’espionner les barbares. Il fabrique une webcam déguisée en moustique et l’expédie au-dessus de la forêt d’en face.
Les barbares sont loin d’avoir sa digne beauté cirrheuse ; ce sont de petits têtards fagellus fébrilement occupés à chasser le morpion. Les chefs sont deux énormes boules poilues qui dominent tous les autres. L’une, très sensible, semble éructer des têtards à chaque fois qu’on la touche. L’autre se livre à une tâche plus mystérieuse ; ce doit être le sorcier local ; il tire sur des câbles qui partent sous la plaine du ventre, tout en regardant en l’air, semblant guetter quelque chose.
Or voici qu’une plaine à deux bosses s’approche. Le sorcier velu saisit des poignées de câbles. Au même moment, tandis que le cerveau s’informe par la webcam, il sent ses propres rouages se mettre en route sans que la chiourme de ses intentions les aient houspillés le moins du monde. Les jambes s’ébranlent, les hublots s’orientent. Les barbares bondissent de joie et s’agglutinent autour de leur idole phallique, qui se redresse lentement comme une tour de lancement vers le ciel et l’autre planète qui s’approche.

L’univers bascule pour le cerveau. Gigantesque, et pourtant une marionnette ! Les ordres viennent d’en face ! Et voilà encore cette grotte pulpeuse qui se précipite vers la sienne. On a beau envoyer un diplomate porteur d’un drapeau blanc et de quelques alexandrins, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on finira son chapitre…

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oct 232012
 

La psychologie a voulu, dans un désir de reconnaissance, ressembler aux « belles » sciences, mathématique et physique. Elle s’est efforcée de bannir la subjectivité de ses recherches, tout en empruntant aux mathématiques l’habit costume-cravate de la statistique. Elle s’est cantonnée au comportementalisme, accréditant presque des croyances métaphysiques, comme s’il existait une âme irréductible par l’analyse, boite noire de nos conduites intérieures.
Si cette approche a permis de trouver des analogies dans les comportements, est-elle cohérente quand ils sont des produits de la subjectivité ? La psychologie recommence depuis ce siècle à s’intéresser à celle-ci.

L’objectivité n’est qu’un langage entre subjectivités. Elle n’est pas une finalité en soi. Chacun d’entre nous construit un univers subjectif spécifique. Ce qui fait de l’objectivité un outil de communication précieux est sa capacité à harmoniser nos représentations avec ce que le monde réel nous suggère, et les univers propres de nos congénères. Il n’est pas nécessaire que le réel devienne notre monde intérieur. Heureusement, car il n’a pas d’intentions. La subjectivité est le réenchantement, la conception d’un monde magique, illusoire en cet instant, mais auquel le réel pourrait ressembler si les intentions qui nous en séparent se réalisent.

Ceux d’entre nous qui misent sur l’objectivité à tout prix et en impriment la marque sur chaque facette de leur existence, captent le pouvoir de la science, de la communication objective. C’est un pouvoir énorme dans une société recentrée étroitement sur l’information. Ils se disent « objectifs », scientifiques, mais en réalité, exercent comme les autres leurs intentions : appelons-les gentiment « besoin d’exister », mais c’est plus précisément un appétit pour sa part de pouvoir social.
Un être entièrement objectif n’existe pas. Une machine correspond à cette définition. Les hommes qui s’en rapprochent sont mortellement ennuyeux. Derrière les connaissances qu’ils possèdent, éblouissantes par leur étendue, se cache parfois un vide terrible de subjectivité. Il se devine par l’absence d’humour, la difficulté à s’intéresser à ce qui n’est pas le champ habituel de leur connaissance, des relations humaines très conventionnelles. A l’évidence nous connaissons tous quelques scientifiques irréprochables qui auraient besoin d’une bonne perfusion de subjectivité.

La médecine, malheureusement, est toujours plongée dans cet obscurantisme relatif qu’a connu la psychologie. Elle aura davantage de difficultés à en sortir parce qu’il lui est plus facile de conserver l’illusion d’une « belle » science. Après tout la statistique codifie plutôt bien les mécanismes biologiques. Que ceux-ci aient produit une faculté émergente appelée « conscience » ne concerne pas directement la médecine du corps.
Même la psychiatrie s’est trouvée contaminée par ce bug logique et, contrairement à la psychologie,  tente toujours de s’affranchir de la subjectivité.

Au final pourtant, les résultats de la médecine sont présentés à des subjectivités : les patients. Sans rien connaître de leurs identités. Elle ne sait pas codifier leurs critères subjectifs : importance générale de la maladie, mythes accompagnant les différentes affections, questions existentielles, vieillissement, face à face avec la mort, conflit de la santé avec les autres aspects de la vie, acceptabilité du risque. Rien d’étonnant, dans ces conditions, que le discours de la médecine ne soit pas toujours reçu comme elle l’attend… objectivement.

Pour pallier à cette originalité pénible du patient, l’effort porte sur la seule solution que puisse imaginer l’objectivité : donner au patient le modèle de ce qu’il devrait penser. Objectif de santé parfaite — « que les politiques se débrouillent pour payer » —, fidélité exemplaire au traitement, attention aux effets secondaires mais surtout pas d’inquiétude, le résultat est satisfaisant parce qu’il est conforme aux statistiques… arrêtons là d’éreinter nos objectivistes.

Cette médecine espère un monde de patients conformes, respectant les critères qu’elle sait étudier, faisant resplendir sa tenue de « science parfaite », qu’elle est loin d’être en réalité : si les mathématiques peuvent s’auto-congratuler parce qu’elles renferment les éléments de leur propre cohérence, la médecine ne cerne l’être humain qu’en négligeant la « matière noire » de sa subjectivité.

Actuellement l’on ne peut faire de la science médicale qu’en se rétrécissant l’esprit. C’est un véritable défi que créer la véritable science de l’être humain, qui en intégrera toutes les parties.

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oct 212012
 

Cette bourde est fort répandue chez les transplanteurs d’organes. Confrontés aux réticences à la xénogreffe — transplant d’origine animale —, jugées d’essence religieuse (incluant la déification de l’espèce humaine) pour l’essentiel, les transplanteurs voient dans les organes artificiels l’avenir de l’humanité. Tout peut être remplacé si le cerveau reste.
C’est méconnaître l’une des sources principales de la sensation du Soi. Nous ne sommes pas qu’une somme de souvenirs et de comportements rodés. Nous sommes connectés intimement à chaque organe, et la réunion de ces afférences dans le cerveau archaïque est le socle de la sensation d’être… quelque chose qui n’a pas seulement une définition psychologique.

Les personnes confrontées au remplacement d’un organe important le comprennent confusément mieux que les techniciens, puisque étonnamment beaucoup refusent l’intervention qui pourrait prolonger leur vie, et ce quelles que soient leurs convictions religieuses.
Le renouvellement des cellules fait qu’en dix ans tout notre corps s’est remplacé, à part les neurones, le cristallin et quelques faisceaux cardiaques. Pourtant nous nous sentons parfaitement le même Moi. Parce que tous ces tissus sont restés connectés à l’encéphale.
Que va devenir celui-ci à bord d’un véhicule mécanisé ? Une autre espèce, à coup sûr. Qui ne saura pas grandir.

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oct 192012
 

Négociations dans une impasse.
Quand l’impasse existe depuis une trentaine d’années, les commerçants sortent tables et chaises, les visiteurs s’y installent pour boire, pas pour faire des travaux. Il existe des cafés enchanteurs dans lesquels on pratique l’échange et la philosophie ; d’autres répondent à une nécessité bien précise, on honore un rendez-vous, pas question de s’intéresser à la table d’à côté. Si par hasard une communication est nécessaire, on ne mélange pas les univers, on les justifie.
C’est à cette ambiance que correspondent les négociations actuelles. Deux phalanges idéalistes, installées dans leurs tranchées, expliquent pourquoi le ciel est une bande étroite. D’un côté l’administration de la santé, représentante de l’intérêt collectif, de l’autre les médecins, pseudo-libéraux salariés de fait mais diversement agglomérés en syndicat, représentatif d’un extrémisme plutôt que d’une moyenne dont on cherche sans succès la longitude.
Garder le ciel étroit consiste à l’encadrer de palissades. Nous disposons pour cela d’un merveilleux outil : la langue de bois. Quelques phrases ligneuses et nous voici dans un joli jardinet de propriétaire, où les invités sont priés d’observer un minimum de politesse.

Quelles sont ces phrases dans l’affaire qui nous occupe ? Continue reading »

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oct 172012
 

La caractéristique racine de l’esprit humain est d’établir une discontinuité là où il n’existe que continuité.

Nous pourrions prendre, comme explication, que l’univers matériel fait de même et que nous n’avons que suivi ses suggestions. Par exemple il semble exister une délimitation franche entre le sol et l’air, non ?
Mais la matière n’établit aucune représentation. Seul notre esprit est obligé d’en planifier des modèles pour la manipuler. Du point de vue de la matière, les molécules du sol sont en continuité avec celles de l’air. L’interface n’est qu’un mode provisoire d’interaction, qui peut changer avec la température, l’érosion, le recouvrement par une couche de goudron. Si l’on descend dans l’échelle de l’infiniment petit, l’on découvre que l’interface est une certaine configuration d’interactions fortes et faibles, modifiable si intervient une force assez puissante. Il n’existe aucune discontinuité parfaitement solide et permanente, mais seulement ce que notre esprit considère comme des équilibres, parce qu’il ne peut pas calculer toutes les probabilités d’alternatives qu’ils renferment.
Etablir des ancres dans notre représentation du monde est le seul moyen d’établir sa fidélité. Il faut obligatoirement une valeur de référence pour tester la validité des alternatives. Nous sommes, fondamentalement, des comparateurs de valeurs. Le pouvoir, issu de cette confrontation, est enraciné très loin chez nous, jusque dans la discussion entre deux neurones.

Cette caractéristique est extraordinairement efficace si l’on considère que la matière, par son auto-organisation, a réussi à créer par l’homme une représentation d’elle-même. En quelque sorte, un rocher sans intentions et dépourvu d’âme a réussit à construire un miroir qui lui cligne de l’oeil !
Aucune chance que le rocher réponde, malheureusement. Sinon il dirait probablement « mon image n’est pas fidèle ». Les discontinuités qu’a employées l’humain pour le décrire lui apparaissent sous forme d’un quadrillage, en surimpression à son image réelle, comme  celui d’un cahier d’écolier.
Nous pouvons sans doute, conceptuellement, faire disparaître le quadrillage. Mais serons-nous encore capables de progresser, voire d’exister ?
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sept 302012
 

Les illusions permettent de tromper son propre corps.
Un scandale ? Ou un avantage, selon le contexte. Les besoins du corps peuvent être une entrave à d’autres objectifs jugés de valeur plus élevée. Il est possible de profiter de la « stupidité » des instincts pour les égarer quant à l’issue des ordres qu’ils injectent. Dans cette boucle psychique de besoins fondamentaux façonnant notre comportement avant que le résultat assure rétroactivement la satisfaction du besoin, il est possible, et même systématique, d’insérer du mensonge.

Comme toute illusion, celles-ci facilitent la sensation d’atteindre son but. Comment, par exemple, parvenir à la satisfaction sexuelle en conservant une harmonie sociale ? Les humains, sur le sujet, ont plusieurs milliers d’années de retard sur les bonobos. A décharge, notre société et nos autres besoins sont plus complexes. Une invention géniale a permis de sortir de la rivalité permanente : le fantasme. Qu’est-il, sinon l’illusion donnée au corps que nous nous sommes consacrés assidûment à la reproduction, avec tous les membres de l’autre sexe pourvus d’avantages évidents pour cette affaire ?

Jusque là, le bénéfice concerne le couple corps-esprit. Parfois il se découple, et comme l’esprit domine, la tromperie peut le satisfaire malgré qu’elle soit néfaste pour le corps. Par exemple l’alcoolique se persuade qu’il est en bonne forme physique. Ce n’est que lorsqu’il commence à tituber, sous l’effet d’une polynévrite éthylique, ou se réveille en réanimation, après avoir pété une varice oesophagienne, que l’illusion n’est plus tenable. Le corps se réveille de cette farce ; l’instinct de conservation reprend le dessus.

Il arrive que le corps participe à la tromperie. C’est particulièrement net dans les habitudes alimentaires, où le goût, ce sens qui guide nos choix d’aliments, est outrepassé par les illusions de l’esprit, qui vont jusqu’à reprogrammer le goût sur leurs propres valeurs. Les jambes aussi bien que la tête se précipitent sur les douceurs.
Séparons les notions de cuisine et de gastronomie : la première est une amélioration de l’utilisation des aliments ; par exemple la cuisson de la viande améliore son innocuité et sa conservation. La gastronomie — enlevons de sa définition le côté élitiste — est une transformation de la nourriture en vue d’une séduction. Elle fut le début de nos désordres alimentaires. Il devint possible de créer des plats inexistants à l’état naturel, impossibles à contingenter par le sens du goût puisqu’ils étaient conçus pour le flatter.
Il a fallu attendre des siècles, que la science commence à mettre en corrélation les maladies du corps et les habitudes alimentaires, pour que d’autres illusions viennent remplacer celles produites par la gastronomie. Nous ne sommes pas sûrs encore d’y avoir gagné, car les illusions de la science nutritive, manipulées par des intentions commerciales ou écologistes militantes, sont peut-être aussi profondes, et beaucoup moins agréables, que celles de la gastronomie.
Peut-être, plutôt que des diététiciens armés de livres, aurions-nous besoin simplement de cuisiniers rééducateurs du goût ?

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sept 192012
 

L’erreur foncière de l’EBM (Evidence Based Medecine) est d’avoir retiré l’esprit de la nature de la maladie. Emportés par les succès de cette méthode dans la reconstitution de la biologie, nous sommes conduits par l’EBM dans une impasse, parce qu’au moment de réintégrer l’esprit dans le diagnostic individuel, la façon dont il a pu intervenir dans les résultats proposés par l’EBM nous est complètement inconnue. En fait l’EBM fait tout pour s’en débarrasser, mais nous n’avons aucune certitude qu’elle y soit parvenue. Si elle réussit probablement quand il s’agit d’examiner une réaction biologique élémentaire dans une boite de Pétri — et encore l’esprit suspect de l’observateur est-il là pour recueillir et interpréter le résultat —, nous pouvons être certains qu’elle échoue dès qu’il s’agit d’analyser un symptôme, modelé par une conscience dont nous ne connaissons la biographie et les rouages que sous forme terriblement superficielle.

En pratique l’EBM ne s’en tire qu’en établissant une modélisation du patient standard, de ses attentes, de son habitus, du niveau de compréhension de son propre fonctionnement. Au cas où peu de ces critères interviennent dans l’étude, le nombre de cas analysés va noyer les différences en un bruit de fond qui, néanmoins, peut masquer des résultats spécifiques à certains sous-groupes. Par exemple si l’on étudie les effets du tabac, on peut limiter les critères à la façon dont les gens fument : passivement, activement, inhalation de la fumée ou non, combustion entière du paquet en un quart d’heure ou tabagisme moins compulsif. Même dans une enquête aussi simple, cependant, une foule de critères ne sont pas considérés, sur l’état de santé général accompagnant le tabagisme, les autres habitudes de vie, le terrain héréditaire, la façon dont l’individu a été conduit au tabagisme et comment il se voit fumer, etc… Une foule de critères qui permettraient de répondre à des questions essentielles, mais trop nombreux pour être appréhendés par la statistique. Des critères surtout qui, dans certains cas, pourraient remettre en question les résultats sur les autres, étudiés isolément.

Notre ignorance devient crue quand l’EBM tente d’analyser des comportements complexes, qui ne sont plus une simple réaction biochimique, mais font intervenir des processus subconscients qu’elle postule identiques chez tout le monde. Malheureusement  si une réaction chimique impliquant les mêmes composants produira toujours le même résultat, il n’y a pas deux hommes qui marchent de la même façon. Le coeur est peut-être un organe assez simple pour que l’EBM puisse s’en emparer, mais quand on la voit produire ses résultats, avec exactement les mêmes prétentions, sur les maladies de l’appareil locomoteur ou du psychisme… Il faut certes une bonne dose d’obnubilation pour être chercheur. Elle n’est pas conseillée aux utilisateurs. Difficile pourtant de s’en affranchir quand l’EBM est devenue un dogme.

En retirant l’esprit du corps pour étudier ce dernier, l’EBM entérine l’idée moyenâgeuse que le corps est une sorte de véhicule de l’âme, que l’on peut passer au marbre et rendre à son esprit propriétaire. Sans doute est-ce la bonne méthode… pour ceux qui ont acheté un corps de série.

Il est impossible de fonder une médecine sur les preuves parce qu’il est impossible de prédire le cours de l’esprit. La méthodologie juste est d’organiser la médecine autour des repères que l’on connaît du fonctionnement du corps, du moins ceux mis en place par nos propres esprits, car ces repères ne sont pas intrinsèques au corps. Heureusement ils sont remarquablement semblables d’une personne à l’autre quand il s’agit de repères biologiques. Ils se dispersent tout aussi remarquablement dès que l’on grimpe les niveaux d’éveil neurologiques. Cf « Peut-on encore parler de psychosomatique ? »

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sept 122012
 

Y’a pas moyen d’être tranquille ?

La catégorie « psychosomatique » des maladies est un terme galvaudé et imprécis qui traduit notre méconnaissance du no man’s land s’étendant entre la physiologie des organes et la conscience. Partant d’une caractérisation aussi floue, les traitements du psychosomatique sont intuitifs, suspects, inféodés à des croyances, objets de désaccord entre traitant et traité. Par ricochet, la médecine esquive soigneusement les rapprochements entre états de conscience et états corporels pathologiques, alors que nous sommes des êtres entièrement connectés, interprétatifs. La psychiatrie elle-même tente de s’affranchir de l’étude de la conscience et de ses processus sous-jacents, se contentant de recueillir auprès d’elle les symptômes, puis ensuite redescendre abruptement au niveau de la chimie cérébrale pour appliquer ses traitements. S’agit-il vraiment d’une codification, ou d’un aveuglement scientifique intentionnel ?

Tentons une classification des maladies selon le « niveau d’éveil » neurologique qu’elles comportent :
Tout en bas nous avons les troubles des effecteurs corporels, organisés en grands appareils, sensori-moteur, circulatoire, épurateur, etc… La conscience qu’en a le malade est réduite à des sensations aussi puissantes que frustres : douleurs, palpitations, parfois simple impression d’être malade… Tout ceci est traduit par l’examen médical, c’est-à-dire par d’autres consciences, avec le risque d’erreur que l’on connaît. Cependant sans l’intervention d’un professionnel il est courant qu’un malade traitant ses propres informations à l’aide d’un livre ou du web arrive à une conclusion totalement fantaisiste, ce qui montre la distance entre la conscience et les impressions qu’elle reçoit en direct.

Un étage au-dessus, toujours largement enterrés dans les processus sous-conscients, sont situés les troubles de l’intégration des automatismes corporels. La spécialité la mieux connue est la posturologie. Sans surprise, cette discipline, flirtant déjà avec le psychosomatique, prend bien soin de ne s’intéresser nullement à la personnalité de ses sujets, au risque de voir déteindre sur elle l’anti-scientifisme accroché au ténébreux inconscient. L’on y prend donc en charge les automatismes de patients décervelés, corrigeant les entrées sensorielles plantaires, visuelles, temporo-mandibulaires. L’on s’y occupe de posture globale, abandonnant le bon sens populaire qui prétend que la façon de se tenir reflète le caractère. Continue reading »

sept 082012
 

L’une des raisons pour laquelle le langage humain semble si supérieur à celui des autres espèces est que nous ne comparons que des langages parlés. L’homme a effectivement spécialisé magistralement son audition et son tractus vocal pour une communication complexe et polyvalente, capable de transmettre jusqu’aux abstractions. Le langage relègue du coup dans l’inconscience des moyens plus frustres et ataviques que sont les mimiques faciales, les phéromones, la gestuelle.

Leur influence est grande, pourtant. N’est-il pas paradoxal de voir des orateurs réapprendre des gestes stéréotypés, peu naturels, parce qu’ils ne savent où chercher la connaissance instinctive qu’ils en ont, ou qu’ils veulent outrepasser leur langage non verbal spontané, créant une discordance flagrante ? Ainsi ne vous est-il pas arrivé de ne voir que les gestes d’un présentateur, sans faire attention à son discours, parce qu’ils étaient trop affectés, trop joués ?

Nous pouvons raisonnablement supposer que les espèces n’ayant pas tout misé sur le langage oral, elles, se servent remarquablement des autres modes de communication. Le chien parvient, grâce à son odorat, à comprendre mieux que nous les messages de notre corps malade — il est capable de prévenir un diabétique des variations de sa glycémie —. Nous découvrons, chez tellement d’espèces, des langages ignorés, qu’il faut plutôt se mettre à les chercher si on ne leur en connaît pas.

En utilisant les sens particuliers des animaux et leur langage associé, nous serons peut-être un jour en sécurité, mieux qu’à l’intérieur d’un scanner, simplement en étant entouré d’animaux familiers.

sept 082012
 

Il est vain de maintenir, à coup de psychotropes, les dépressifs dans un état d’humeur égale. Il faudrait au contraire recréer un cycle thymique, fournisseur du contraste nécessaire au bonheur.
Avez-vous entendu parler du Pr Helmoutt Schmoutt ? Il vient justement d’inventer le Cyclothymus, un appareil qui permet de régler son humeur en pédalant plus ou moins vite, de la déprime vers la manie délirante si nécessaire.

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sept 072012
 

Une étude fort sérieuse a demandé à une centaine de femmes de 35 à 69 ans de cliquer un enregistreur à chaque fois qu’elles avaient une inquiétude concernant leur apparence. La moyenne fut de 36 clics par jour !
Malheureusement le complément d’étude qui aurait permis d’établir une conclusion scientifique ne fut pas réalisé. Il aurait consisté à faire cliqueter une centaine d’hommes du même âge à chaque fois qu’ils pensaient à l’apparence des femmes.
Certains affirment que les enregistreurs n’auraient pas survécu.

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sept 072012
 

Un jour que je regardais mes deux pieds, j’eus la très nette perception d’un message. Mes extrémités jumelles se plaignirent d’être toujours attifées à l’identique. Depuis leur naissance, elles sont vêtues des mêmes chaussettes parfaitement symétriques, incapables de minauder d’une façon quelque peu originale, par rapport à leur voisine, avec les petons de rencontre. Tout juste un trou apparu par suite de négligence sévère peut-il dénuder un peu la rondeur talonnière, sans que le message soit particulièrement attracteur. Au contraire, une chaussette pareillement usagée est souvent associée à un parfum de travail soutenu et de sueur malodorante, capable de repousser le galant le plus endurci par les cals.
« Mais si je vous habille différemment », protesté-je, « je serai la cible de tous les quolibets. Un grand blond a créé un précédent très fâcheux avec sa chaussure noire. »
Furieux, mes pieds se cotisèrent alors pour envoyer un billet d’avion à ma femme de ménage. Elle partit en vacances un mois. Au bout de trois semaines, j’ouvre mon tiroir pour n’y découvrir, au fond, que deux dernières chaussettes, une blanche et une noire. Je sens mes pieds frémir d’excitation. Après les avoir vêtus à contrecoeur, je commence par refuser de sortir. Peine perdue. Avez-vous déjà essayé de ne pas suivre vos pieds ?
J’ai déambulé, déambulé, frôlant tous les mollets de passage. Mes pieds se tortillaient de plaisir. Ils se sont même pris l’un dans l’autre tellement leur sensation d’indépendance était vive. Ma tête par contre s’est ennuyée ferme. La seule rencontre amoureuse qu’elle pouvait espérer est celle d’un pivert : elle piquait du nez.

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sept 022012
 

La polyconscience est une théorie auto-organisationnelle de l’esprit.
Nous n’imaginons pas, pour la plupart, l’importance de l’auto-organisation dans le moindre aspect de la vie qui nous entoure. Après quelques cours de biologie au lycée, il nous semble logique et naturel qu’un être humain entièrement constitué l’ait été à partir d’une séquence microscopique de molécules contenue dans l’ADN. Malgré la richesse des combinaisons possibles, l’ADN est en fait sévèrement contrôlé, dans sa réplication et sa transmission. Nous savons d’ailleurs que les ratés sont source de maladies graves, même si certains comme les cancers sont eux-mêmes programmés. Le nombre des combinaisons réellement utilisées par la génétique n’est donc pas en réalité si élevé. Largement insuffisant en tout cas pour expliquer la variabilité des humains adultes, dans leur phénotype et leur comportement. Songez que le patrimoine génétique du chimpanzé ne diffère que par 1% du nôtre, et cela suffit déjà à scinder une espèce différente. Dans quelle minuscule originalité génétique se niche donc notre visage unique, sans parler de nos empreintes digitales ? Aucun code ne contient le détail de ce que nous sommes. Et pourtant nous ne devenons pas n’importe quoi. Nous sommes même une construction tri-dimensionnelle très précise, toujours dotée de membres, d’organes pareillement situés, d’éminences arrondissant des endroits identiques. Au niveau microscopique, les cellules se groupent en des centres particuliers, spécialisés. Toute cette organisation est si bien planifiée que nos comportements vont suivre un sillon pré-établi, tracé par le piétinement incessant de milliers de générations.

Une telle finesse n’est pas contenue dans l’ADN. Certains y voient l’intervention d’une main divine, ou le patient travail des lutins du Père Noël, installés dans une dimension invisible. Mais le souverain de notre destin est sans doute le principe de l’auto-organisation : de la même manière que le Big Bang n’a pas donné un univers uniforme, soupe particulaire sans le moindre relief, un oeuf fécondé ne produit pas un amas de cellules réduit à l’état de flaque par la gravité. Chaque molécule biologique interagit avec ses voisines en créant des « microclimats » locaux. Les cellules font de même. L’orientation spatiale de leurs voisines crée à chaque endroit des conditions spécifiques. Le code trace les grands sillons de leur devenir. Chaque installation et différentiation métabolique fine provient d’interactions locales, dont la complexité explique parfaitement, elle, la grande variabilité des organismes adultes. Le code génétique, dans ce contexte, doit être vu moins comme un planificateur que comme un système de filets protecteurs qui évite de trop grands débordements. Ouf ! Le tube digestif ne peut pas inverser son sens de circulation et ses deux sphincters… Continue reading »

 Posted by at 13 h 51 min
août 282012
 

L’Observateur est un personnage tardif de la polyconscience, et très encombrant. Autant il est bénéfique et améliore l’assurance quand tout va bien, autant il est extrêmement irritant quand l’entreprise unipersonnelle est en faillite. Malheureusement il est impossible de s’en débarrasser. Tout au plus peut-on l’éteindre provisoirement. L’alcool, et de nombreuses drogues, en viennent à bout facilement. Cela permet de se replonger dans une bienheureuse conscience limitée où l’on se contente d’éprouver et non plus de s’observer. Tous les interdits redeviennent admissibles. Concurrents, les anxiolytiques atténuent les effets de l’Observateur mais ne sont pas assez puissants pour l’occulter, et surtout anesthésient l’ensemble de la société intérieure. Ce calme plat, dépourvu de contraste, n’est pas très gratifiant. Les réajustements de polyconscience par l’alcool, éjectant l’Espion que devient un Observateur un peu trop critique, sont bien plus efficaces pour replonger dans la piscine du bonheur, dont la margelle est un rebord de bar qui en fait le tour complet.

Cette construction tardive de l’Observateur explique l’apparition retardée d’un grand nombre de troubles de la personnalité. N’est-il pas étonnant en effet de voir une dépression, un état algique ou anxieux permanent, survenir dix ou vingt ans après le traumatisme psychique que l’on pense responsable ? Continue reading »

août 272012
 

Anatomo-pathologiste : scénariste de tranches de vie.

Amniocentèse : auscultation d’un foetus à l’aide d’un séthrètoscope.

Auto-médication : la meilleure méthode pour lutter contre est la bien-portance.
Pas la peine de se prendre pour un médecin si l’on ne se prend pas pour un malade…

Bactéricide : auteur de crimes contre l’inhumanité.

Beauté : marchandise résistant mal au soleil, qu’il faut se dépêcher de ranger à l’intérieur.

Cancer : — Euh… êtes-vous sûr qu’on ne peut pas changer de signe ?
— Oui. C’est pour la vie…

Causalité : de quoi causerait-on sans elle ?

Chimiothérapie : mode d’alimentation qui a déclenché l’énorme succès du bio.

Clientèle : nous avons celle qui nous ressemble.
Si nous souhaitons de la variété, alors il nous faut être plusieurs.

Coeur : organe spécialisé dans l’activité de battre pour les femmes, et qui fait un infarctus en apprenant que c’est immoral.

Cognitive : recette consistant à saisir un cerveau au moment d’un comportement automatique précis
et à le plonger dans une gelée de coings nutritive qui l’alimente éternellement.

Connaissance : ne peut pas être substituée par la conne aisance.

Coton-tige : violeur d’oreille libidineux, persuadé que la ouate protège contre les maladies transmissibles.

Crevette : chez le goutteux, aussi dangereuse qu’une guêpe jaune. Peu importe qu’elle ne possède pas de dard :
c’est le rhumatologue qui se charge de piquer, dès la crise démarrée.

Dent : accessoire inutile implanté dans la bouche des enfants par les petites souris ; la plupart ont un centre en matériau résorbable, laissant une cavité au bout de quelques années, défectuosité lourdement financée auprès des souris vénales par l’Ordre des chirurgiens-dentistes.

Dernier souffle : remboursement de l’emprunt à l’atmosphère fait à la naissance.

Déviance et génétique : puisqu’il n’existe pas un gène de l’intelligence,
pourquoi en existerait-il un pour les maladies mentales ?

Épidémie : maladie transmise par l’air, moins souvent dans les gouttelettes de salive que dans les mots qui les accompagnent.

Evidence Based Medecine : acronyme anglais signifiant « Médecine Biaisée à l’Évidence » ; certains mauvais plaisants disent « Baisée ».

Fonctionnelle : terme appliqué à une maladie ambivalente, plutôt dérèglement du PDG en fonction dans le bureau cortical que des organes fonctionnaires.

Gastro-entérologue : oracle bizarre qui tente de vous persuader qu’avaler et déféquer son oeil est nécessaire pour lire votre avenir.

Ginécologie : populaire ; 1ère spécialité qui permet de s’adonner à la boisson tout en restant écologique.

Hygiène : protection contre les maladies physiques, et cause de maladies mentales.

Jeune : tous les vieux, aujourd’hui, rêvent de rester jeunes,
mais il ne faut surtout pas être un jeune d’aujourd’hui.

Maladie : ce que le mal a dit.

Médicament : certaines en font leur amant médical.

Médecin : proxénète des précédentes.

Mont de Vénus : éminence la plus dangereuse connue. Tous les visiteurs sont attirés par le précipice.

Mort : rien d’autre n’apporte autant de diversité dans la satisfaction.

Moyen : appellation fausse, en médecine, d’une obligation.

Naissance : rien d’autre n’apporte autant de diversité dans la satisfaction.

Obésité : tentative d’absorption du monde environnant qui ne se laisse pas arrêter par deux accoudoirs.
(Maigreur : don de son espace environnant aux appétits de conquête des obèses)

Papule : endroit où il faut commencer pour déboutonner une maladie.

Pied creux : souvent confondu avec un dromadaire à cinq sabots assis sur son cul.

Piercing : anneau d’amarrage à son groupe social.

Polyconscience : si 450 millions de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux, il nous faut une autre théorie de la conscience.

Prostate : organe prétentieux dont l’importance ne cesse de gonfler avec l’âge alors qu’il sert de moins en moins.

Rein : organe particulièrement mou, terrifié à l’idée que l’on vienne lui demander de soulever un piano et se plaindre ensuite de sa performance minable, le honteux « Tour de rein ».

Sleeve : implantation chirurgicale d’un slivoïde, espèce d’alien chargé de grignoter lentement l’intérieur du corps de son hôte.

Statistique : outil de conversion merveilleux qui permet d’expliquer à tous une maladie inexplicable à l’un.

Thermomètre : étrange forme de vie à base de mercure qui s’emmerde à mesurer la température.

Varice : seule circonvolution que l’on est content de voir scléroser avec l’âge.

Verge : corde qui se prétend assez longue pour aller chercher les gens au fond du précipice.

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