mar 252013
 

Peut-être avez-vous écouté cette conférence de Laurent Alexandre, le fondateur de Doctissimo, qui a fait grand bruit : « Le recul de la mort : l’immortalité à brève échéance? »

Turritopsis-nutriculaRien de nouveau pour les gens bien informés. Nous pourrions même dire les choses plus simplement : l’être humain est programmé génétiquement pour mourir, par le ralentissement des processus de renouvellement, et par le biais du cancer en particulier (L.A. se trompe là-dessus : ce n’est pas 1 personne sur 4 qui fera un cancer, mais toutes… si une autre défaillance ne les emporte pas avant). Comme il est probable que nous serons prochainement capables de bricoler nos gènes, nous pourrons inhiber ceux qui nous empêchent de nous réparer. L’immortalité est là, et cela fait une quinzaine d’années qu’elle est sortie du domaine de l’impossible. Elle existe déjà dans la nature : une méduse caraïbe est capable de contrôler ses gènes pour revenir à l’état de spore si les conditions locales ne sont pas favorables. Imaginez : notre vie est ratée, alors nous décidons de redevenir bébé et de nous faire adopter dans une autre famille !

immortel Autrement intéressante, et non abordée, est la question de savoir ce qu’on va faire de l’immortalité :
C’est une menace : allons-nous barrer la route au processus qui a construit notre humanité : l’auto-organisation ? Nous l’empêcherons de tester, de contourner, de progresser. Nous cherchons bien entendu à améliorer le sort des individus, mais avec déjà en tête une idée précise de ce qu’il devrait être. Nous ne voulons pas de l’avenir mystérieux promis par l’auto-organisation. Car nous avons une trouille terrible de l’inconnu. En témoigne le principe de précaution. Le pouvoir de l’humanité est devenu gériatrique. Son destin va-t-il l’être aussi ? Qui peut croire, dans ces conditions, que l’allongement de la vie fasse le bonheur de nos (futurs) semblables ? Nous nous enfonçons dans un avenir matriciel.

Enfin, en pratique, Alexandre, avec sa grandiloquence naïve, pourrit la vie des soignants et des malades : comment accepter, quand on entend ce genre de choses, de souffrir d’un cancer et de ne rien pouvoir y faire, en 2013 ?…

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oct 212012
 

Cette bourde est fort répandue chez les transplanteurs d’organes. Confrontés aux réticences à la xénogreffe — transplant d’origine animale —, jugées d’essence religieuse (incluant la déification de l’espèce humaine) pour l’essentiel, les transplanteurs voient dans les organes artificiels l’avenir de l’humanité. Tout peut être remplacé si le cerveau reste.
C’est méconnaître l’une des sources principales de la sensation du Soi. Nous ne sommes pas qu’une somme de souvenirs et de comportements rodés. Nous sommes connectés intimement à chaque organe, et la réunion de ces afférences dans le cerveau archaïque est le socle de la sensation d’être… quelque chose qui n’a pas seulement une définition psychologique.

Les personnes confrontées au remplacement d’un organe important le comprennent confusément mieux que les techniciens, puisque étonnamment beaucoup refusent l’intervention qui pourrait prolonger leur vie, et ce quelles que soient leurs convictions religieuses.
Le renouvellement des cellules fait qu’en dix ans tout notre corps s’est remplacé, à part les neurones, le cristallin et quelques faisceaux cardiaques. Pourtant nous nous sentons parfaitement le même Moi. Parce que tous ces tissus sont restés connectés à l’encéphale.
Que va devenir celui-ci à bord d’un véhicule mécanisé ? Une autre espèce, à coup sûr. Qui ne saura pas grandir.

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sept 302012
 

Les illusions permettent de tromper son propre corps.
Un scandale ? Ou un avantage, selon le contexte. Les besoins du corps peuvent être une entrave à d’autres objectifs jugés de valeur plus élevée. Il est possible de profiter de la « stupidité » des instincts pour les égarer quant à l’issue des ordres qu’ils injectent. Dans cette boucle psychique de besoins fondamentaux façonnant notre comportement avant que le résultat assure rétroactivement la satisfaction du besoin, il est possible, et même systématique, d’insérer du mensonge.

Comme toute illusion, celles-ci facilitent la sensation d’atteindre son but. Comment, par exemple, parvenir à la satisfaction sexuelle en conservant une harmonie sociale ? Les humains, sur le sujet, ont plusieurs milliers d’années de retard sur les bonobos. A décharge, notre société et nos autres besoins sont plus complexes. Une invention géniale a permis de sortir de la rivalité permanente : le fantasme. Qu’est-il, sinon l’illusion donnée au corps que nous nous sommes consacrés assidûment à la reproduction, avec tous les membres de l’autre sexe pourvus d’avantages évidents pour cette affaire ?

Jusque là, le bénéfice concerne le couple corps-esprit. Parfois il se découple, et comme l’esprit domine, la tromperie peut le satisfaire malgré qu’elle soit néfaste pour le corps. Par exemple l’alcoolique se persuade qu’il est en bonne forme physique. Ce n’est que lorsqu’il commence à tituber, sous l’effet d’une polynévrite éthylique, ou se réveille en réanimation, après avoir pété une varice oesophagienne, que l’illusion n’est plus tenable. Le corps se réveille de cette farce ; l’instinct de conservation reprend le dessus.

Il arrive que le corps participe à la tromperie. C’est particulièrement net dans les habitudes alimentaires, où le goût, ce sens qui guide nos choix d’aliments, est outrepassé par les illusions de l’esprit, qui vont jusqu’à reprogrammer le goût sur leurs propres valeurs. Les jambes aussi bien que la tête se précipitent sur les douceurs.
Séparons les notions de cuisine et de gastronomie : la première est une amélioration de l’utilisation des aliments ; par exemple la cuisson de la viande améliore son innocuité et sa conservation. La gastronomie — enlevons de sa définition le côté élitiste — est une transformation de la nourriture en vue d’une séduction. Elle fut le début de nos désordres alimentaires. Il devint possible de créer des plats inexistants à l’état naturel, impossibles à contingenter par le sens du goût puisqu’ils étaient conçus pour le flatter.
Il a fallu attendre des siècles, que la science commence à mettre en corrélation les maladies du corps et les habitudes alimentaires, pour que d’autres illusions viennent remplacer celles produites par la gastronomie. Nous ne sommes pas sûrs encore d’y avoir gagné, car les illusions de la science nutritive, manipulées par des intentions commerciales ou écologistes militantes, sont peut-être aussi profondes, et beaucoup moins agréables, que celles de la gastronomie.
Peut-être, plutôt que des diététiciens armés de livres, aurions-nous besoin simplement de cuisiniers rééducateurs du goût ?

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août 132012
 

Il existait une époque où l’homme riche parvenait à satiété. Il s’endormait alors, et le pauvre, que l’anxiété ne laissait jamais s’assoupir, venait le voler. L’angoisse du pauvre s’apaisait et le riche se réveillait à peine moins riche.
A présent que les aléas de la vie font grimper et redescendre l’échelle sociale avec violence, le riche est aussi stressé de rester riche que le pauvre de devenir moins miséreux. Chacun s’épie sans jamais fermer l’oeil. Le chapardage s’est transformé en assaut d’une forteresse aisée surarmée, par une foule de pauvres bien organisée. Les lobbies dressent étendards et canons. Les quêteurs isolés, aplatis comme des crêpes par le passage des troupes politiques, sont en voie d’extinction. Même la mendicité est une SARL, pas forcément celle à la responsabilité la plus limitée.
Comment retrouver l’artisanat de la richesse et de la pauvreté ? Comment recréer ces trocs tellement sensibles et locaux, ces passerelles si nécessaires au tissu dense d’une société saine ?

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juil 182012
 

Nous qui critiquons facilement la barbarie sommes peut-être devenus plus barbares que ces peuplades primitives qui mangent rituellement leurs morts. Plutôt que garder ainsi symboliquement nos aïeux en notre sein, nous nous en débarrassons symboliquement au cimetière, loin de notre jardin intime, voire les plaçons, bien des années avant, dans une antichambre funéraire, le « long séjour », toute aussi isolée des regards. Voici comment une rupture, qui n’avait au départ que des raisons sanitaires, est devenue une culture de la séparation, quand ces raisons ont disparu.

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juil 122012
 

La conception d’une cure de désintoxication se situe entre deux tendances :
1) Le bâton : la punition d’une cure habituellement affreuse, laissant de méchants souvenirs, dissuadant de replonger.
2) La substitution : la cure est au contraire rendue la plus agréable possible, de façon à rivaliser avec le plaisir tiré de la drogue, un plaisir à rendre plus vif que la simple satisfaction de quitter sa dépendance, davantage intéressante pour l’entourage que pour soi.
Le risque est alors de créer une dépendance à la cure, de favoriser un retour à la drogue pour bénéficier à nouveau des conditions de la cure.

C’est un effet secondaire très universel de l’assistance : ses bénéfices secondaires, s’ils ne se maintiennent pas avec la « guérison », favorisent une rechute du problème qui avait motivé l’assistance. Cette dépendance « secondaire » est beaucoup moins facile à identifier que la dépendance primaire. Elle concerne la plupart des maladies chroniques. Guérir implique que l’état de non-malade soit plus gratifiant que celui de malade.
Or celui-ci profitant d’un statut de mieux en mieux protégé, la promotion du retour à la non-maladie devient difficile. Il est fréquent, par exemple, que grâce à la multiplicité des soutiens tant financiers qu’empathiques ou juridiques, chaque acteur ignorant l’existence des autres, une personne se retrouve avec 50% d’augmentation de son revenu en étant en arrêt de travail — appelé « syndrome du revenu paradoxal » —. La promotion du retour à la non-maladie demanderait alors, quoi ? Un doublement du salaire ? Mais pourquoi retourner s’échiner si l’on reçoit déjà un tel revenu en restant chez soi ?

C’est la confusion entre assistance et solidarité qui fait perdurer l’usage du bâton.
Car les véritables victimes de ce détournement de moyens, dans un budget fermé, sont ceux qui n’ont plus accès aux soins.

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juin 222012
 

L’essentiel :
-Les méthodes d’évaluation, par essence subjectives, seraient imperméables à toute tentative de chiffrage
-Le travail humain est une suite d’échecs, débouchant sur des conduites défensives de sophistication croissante
-La défense du médecin à la mode est l’Evidence Based Medecine
-La promesse de l’idéal oblige, régulièrement, à mentir
-Le milieu professionnel n’est pas isolé du familial et du milieu à soi
-Quoi ? Une subjectivité ajustée à une autre subjectivité produit de l’objectivité ?
-Un test humain valable doit être réalisé en toute indépendance, sans connaissance des tests chiffrés.
-Troubles professionnels, séquelles des défauts de politique éducative, mais faut-il inféoder celle-ci à l’économie ?
-Évaluation référée aux autres ou à soi ?
-Organiser la coopération. La recherche en ville, orpheline. L’entreprise libérale.
-L’intelligence émotionnelle : toujours dominante, mais son visage change
-La guerre des blocs, en polyconscience, entre panconscience sociale et personae individuelles
-Auto-organisation du travail et rôle du conflit
-Exercice pratique d’entraînement au radotage.
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juin 042012
 

L’essentiel : suite de Peut-on sauver le soldat généraliste ?
Je ne fais aucune différence entre généraliste et spécialiste. Les médecins souffrent d’une famine de pouvoir. C’est moins visible chez le spécialiste parce que son domaine de compétence est plus étroit et protégé, particulièrement les examens techniques. Mais cela touche l’ensemble de la profession. Le médecin est devenu un petit employé de la santé, revers de la codification de la pratique qui a transformé un art en algorithmes diagnostiques que chacun peut trouver sur internet, et ce n’est qu’une affaire de temps avant qu’ils soient correctement compris et utilisés. Le conflit entre généralistes et spécialistes est celui d’une meute de loups qui se disputent les derniers lambeaux d’un mouton (le Pouvoir) déjà tondu jusqu’à l’os.

La désaffection du médecin pour une activité libérale ne vient pas d’une pénibilité accrue du travail mais d’un effondrement de la gratification que l’on en tire. Continue reading »

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mai 262012
 

Le dilemme du wagon fou est intéressant à prolonger vers l’éthique médicale ; c’est une expérience de pensée simplifiée qui nous raccorde à des problèmes plus complexes de santé : si les moyens ne sont pas illimités, faut-il sacrifier un individu considéré comme perdu pour consacrer les ressources à améliorer les soins du plus grand nombre ? Doit-on privilégier la prévention ou le soin des maladies déclarées ? Faut-il accorder des moyens aux individus ayant des comportements volontairement suicidaires ou irrespectueux de leur santé ? Un enfant a-t-il plus d’importance qu’un vieillard ?
Les conceptions utilitariste et déontologique rivalisent pour s’imposer au médecin. En général, celui-ci utilise la solution qui émerge du dilemme du wagon fou : il sacrifie à la nécessité de l’utile tant que les gardes-fou déontologiques sont respectés. Mais ce n’est pas systématique ; le médecin libéral y est très attentif ; l’épidémiologiste et le politique, baignant dans la décision utilitaire, prennent leurs distances. Cela s’est traduit par des procès retentissants, où l’émotion populaire a condamné, pour un petit nombre de pots cassés, des décideurs pourtant cohérents dans leur gestion utilitariste. A l’inverse, la gestion « émotive » de la vaccination H1N1 a scandalisé les épidémiologistes par son gaspillage, alors qu’elle n’a pas heurté l’homme du commun.
Le jugement est compliqué par les nombreuses zones de flou affectant les frontières de la déontologie. Celle-ci est affligée d’une contradiction inhérente : ses règles n’admettent pas de dérogation mais elle mute en permanence avec l’époque et la culture. Si l’homme polyconscient vit facilement avec de telles ambiguïtés, le monoconscient prend avantage de l’un ou l’autre aspect : soit il est zélote de la morale, soit il en pointe les failles pour s’en affranchir.
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mai 122012
 

Le fascicule annuel de la MACSF sur la responsabilité médicale, florilège d’affaires censé sensibiliser la profession sur les fautes médicales évitables, est sans doute en fait la propagande la plus aboutie pour faire abandonner ce métier. Non pas que les décisions des juges semblent injustes, mais les erreurs rapportées apparaissent tellement humaines, capables de se glisser aisément dans une journée de travail surchargée, que l’on ressent sourdement la présence de l’épée encore oubliée sur notre tête par cet étourdi de Damoclès, sauf à congédier la moitié de notre clientèle pour s’occuper de l’autre avec une attention obsessionnelle.

La seule bonne façon de travailler m’a été enseignée par mon patron, en consultation externe : sa célébrité était telle que le délai de rendez-vous pour le voir se situait entre 4 et 5 mois. Les patients avaient bien entendu vu plusieurs médecins entretemps si le problème était sérieux, et le diagnostic était déjà correctement balisé. Si le problème était mineur, il avait généralement guéri de lui-même, et la consultation — de politesse — consistait à le confirmer au patient, ce qui rehaussait encore la réputation du professeur.
Je n’ai pas encore mis en pratique, à ma grande honte, la méthode de mon mentor. Je continue à voir des patients malades, parfois en urgence le jour-même, et ils compliquent terriblement le bel ordonnancement des rendez-vous pris à l’avance. Qu’est-ce qui me prend de courir de pareils risques ? Comme il semble impossible d’appliquer l’Evidence Based Medecine aux imprévus du quotidien, dois-je plutôt donner systématiquement les rendez-vous dans 4 mois pour faire de la Médecine Évidente de Base ? Continue reading »

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mai 122012
 

Une polyconscience efficace, « fluide », ne veut pas dire paisible. L’intérêt évolutif pour la conscience de s’être organisée ainsi est d’avoir créé des oppositions. Il s’agissait de créer des solutions, des comportements, qui diffèrent de la moyenne sur laquelle se seraient alignés tous les représentants de l’espèce, réduisant beaucoup les chances de progrès. La dissension est une qualité évolutive. Nous n’en avons pas suffisamment conscience à l’heure des discours positivistes qui voudraient réduire et contrôler tous les conflits. Continue reading »

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jan 042012
 

L’évolution bataille avec nos choix sociaux, parfois d’une façon très sournoise.
Prenons par exemple la sensibilité au stress. Il est probable qu’elle soit un avantage évolutif, et même que l’excès de susceptibilité au stress, rencontré dans le sexe féminin, soit un progrès évolutif.

La différentiation sexuelle fut le starter de la biodiversité. La recombinaison des patrimoines génétiques devint facile et féconde, avec ses ratés, mais aussi ses nouveautés compétitives, sélectionnées par la concurrence dans le milieu.
La différentiation s’est accompagnée d’une spécialisation des sexes. Dans l’espèce humaine, la femme, admirablement conçue pour la fabrication et l’élevage de la progéniture, est moins performante pour guerroyer, courir et chasser la nourriture. Quand un groupe de primates est en situation de danger, les mâles s’interposent, tandis que femelles et petits dégagent le terrain. Les plus sensibles au stress sont ici les plus adaptées. La femelle qui se moquerait du danger ou chercherait à l’affronter directement aurait peu de chances d’y survivre bien longtemps. Sa disparition est plus grave pour le clan que celle d’un mâle, fertilisateur de nombreuses femelles, tandis que celles-ci ne portent qu’un enfant à la fois.
Une femelle particulièrement sensible au stress tient les aptitudes protectrices des mâles en éveil. Elle est un avantage pour le groupe.

La société moderne ayant défini d’autres critères, avec une dédifférentiation des sexes et une égalisation des tâches, la sensibilité exacerbée au stress est devenue un désavantage social. Notons que les femmes ont récupéré beaucoup de contraintes masculines sans s’être débarrassées des leurs. Elles se trouvent dans une situation ambivalente, où la sensibilité et la richesse des émotions restent un avantage pour la progéniture, dont il faut toujours se préoccuper, mais sont aussi un handicap dans une société productiviste, peut-être tout autant génératrice de stress que l’étaient nos anciens prédateurs. La réussite sociale ne peut plus se faire qu’au détriment de l’attention portée à la progéniture, au lieu de passer par elle.

Est-il surprenant dans ces conditions que soient apparues des maladies spécifiques de l’excès de stress féminin ?
Mais plus encore, n’est-il pas dommageable que la société ait transformé en maladie une caractéristique qui ne l’a jamais été, qui fut au contraire une qualité, sans doute encore programmée, d’une façon ou d’une autre, dans notre génome et notre comportement ?

sur une idée de Guy Southwell

jan 022012
 

Au siècle dernier coexistaient encore deux médecines, celle qui considère tout patient comme fondamentalement bien portant — en tenant compte d’une variabilité des qualités individuelles nécessaire à la diversité —, et mis en difficulté temporaire par la maladie, l’autre, qui regarde avec suspicion le même patient, persuadée que sa bonne mine n’est que temporaire et que tout, à l’intérieur, est prêt à dérailler.
La science de la prédiction du risque, apanage de la seconde, a provoqué l’extinction de la première médecine, dont l’objectif n’était pas d’éradiquer la maladie mais d’aider et d’améliorer les méthodes utilisées par le corps pour s’en débarrasser.
Derrière la nouvelle médecine se profile l’idéal que nous voguions à bord d’un véhicule corporel inaltérable et éternel, idéal déconnecté du fait que nos intentions profondes s’enracinent dans notre faillibilité et notre impermanence. Notre désir de s’améliorer, de se reproduire, de transmettre notre conscience dans des écrits ou une progéniture, tout ceci est ancré dans une biologie que certains peuvent considérer comme imparfaite et défectueuse, mais qui a fait de nous cet exceptionnel animal intelligent. Sommes-nous certains de faire mieux que la Nature en nous supprimant toute difficulté ? L’insatisfaction peut-elle être éradiquée sans que nos motivations en soient touchées ?

L’homme a déjà commencé à se modifier sans bien comprendre ses ressorts intimes.
Le bon empirisme de la médecine, en attendant le succès de telles recherches, n’est pas de supprimer les obstacles mais d’aider au mieux à les surmonter.
C’est ainsi que nous avons toujours avancé en étendue de conscience autant qu’en santé.

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déc 292011
 

L’existence de morts émouvantes indique une erreur conceptuelle dans le diktat de la Vie Sacrée.

Eviter la mort anonyme est plus important que garder la vie sacrée.

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déc 112011
 

Mon avenir de médecin me semble compromis : Je ne reconnais plus de « malades ». Je ne croise que des gens insatisfaits de leur état, et ainsi ils ne semblent pas faire partie d’une catégorie si particulière, justifiant ce terme repoussant de « malade ».
Pire, l’insatisfaction me semblant un ingrédient indispensable du bonheur, ces gens me semblent en bon état quand ils se plaignent. Les seuls vrais malades rencontrés, finalement, sont ceux qui répondent à tout par l’indifférence. Des corps déshabités. Les véritables, mais heureusement rares, dépressifs.
La dépression : un évanouissement de l’esprit. Comment faire repartir un être quand la courroie de transmission est rompue ? Heureusement une rupture vraie, biologique, irréparable, n’est pas le cas le plus fréquent. Généralement une pluie de déceptions a lentement grippé les engrenages, a fini par former une gangue de rouille et de cendres. Au fond, si l’électroencéphalogramme n’est pas plat, persistent toujours quelques braises.

N’attaché-je aucune importance aux maladies organiques ? On se penche certainement trop sur elles quand on fait de la santé un but et non plus seulement un moyen de vivre.
Si nous ne sommes pas de simples plantes, la vie est un espace de temps propre à établir quelques réalisations. Il faut déjà en consommer une bonne partie pour s’en rendre compte : Nous démarrons sur un mode vierge et quasi-végétatif. Heureusement que l’instinct commande à notre mère d’identifier un fragment de merveilleux dans ce petit être informe qui émerge de son ventre, sinon nous irions probablement, toujours attachés au placenta, directement dans le sac-poubelle.
Ce n’est d’ailleurs pas la moindre des complications de l’accouchement par le siège, que ce soit une paire de fesses qui émerge en premier, à la place d’une tête, traduisant une maigre dotation en conscience.
Où se cacher quand votre premier cri a été un gaz ?
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 Posted by at 14 h 48 min
nov 042011
 

N’est-il pas incongru que l’on ait créé une branche sport-études pour des jeunes qui vont chercher à raccourcir de quelques secondes leur temps aux 100m, et qu’aucune éducation physique particulière n’accompagne ceux qui vont se diriger vers un métier éprouvant pour l’appareil locomoteur, en raison des charges, des postures et des machines impérieuses qu’ils vont affronter ?
La retraite d’un sportif professionnel survient vers la trentaine, celle d’un travailleur manuel à 60 ans ou plus, avec la certitude que son aptitude aura commencé à décliner bien avant.
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 Posted by at 12 h 45 min
oct 122011
 

Plus l’outil est complexe, plus il s’imprime dans le cerveau, le modelant à ses besoins. Devant la sophistication d’un outil comme l’ordinateur, nous pouvons être effrayés : Ne bouleverse-t-il pas profondément l’organisation même de nos schémas de pensée ? Certainement à un point qui nous ferait jeter l’engin avec terreur si ses programmateurs n’étaient pas, eux aussi, des humains — peu fréquentables quand même : des gens qui pensent avec leurs bits… —.
Sans doute ses effets sont-ils plus modestes sur un adulte que sur un enfant. Nous mettons, à l’âge mûr, plus longtemps pour apprendre à s’en servir. Mais nos enfants ? Avons-nous fait entrer Skynet et ses Terminators dans la bergerie des esprits nubiles ?
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 Posted by at 15 h 17 min
oct 052011
 

Le Protelos est un cas d’école pour faire apparaître les incohérences qui touchent une grande partie des procédures médicales.

Les « recommandations » reposent sur des raisons essentiellement psychologiques, et fort peu scientifiques. Il est ainsi « acceptable » globalement que des décès surviennent en relation avec un traitement quand davantage de vies sont sauvées, alors que si l’on descend à l’échelon individuel certains des décédés auraient fait partie des survivants. La sensibilité populaire accepte facilement des morts « cachés » parce que la statistique n’est pas capable de les nommer, alors qu’elle supporte mal les injustices évidentes comme les patientes décédées d’un DRESS en étant traitées pour un risque tardivement et non inéluctablement mortel. Ces morts-là sont faciles à identifier.

Quand aux effets bénéfiques versus indésirables non mortels, c’est la bouteille à l’encre. S’il est assez facile de se focaliser sur des nombres de décès en raison du caractère sacré de la vie, comment chiffrer le poids de tel avantage ou de tel inconvénient ? Que vaut une éruption cutanée, plus cher ou moins cher qu’une douleur soulagée ? L’importance est-elle la même pour tous ? Un urticaire ou une diarrhée est facile à noter, mais qu’en est-il de toutes les perturbations moins apparentes ? Comment évaluer précisément les conséquences d’une abstention thérapeutique ? Comment chiffrer l’effet du confort sur le bonheur et l’autonomie future ? La médecine scientifique manipule son boulier avec un bandeau sur les yeux. L’intuition du médecin de famille expérimenté lui donne souvent des indications plus précises.

En fait les recommandations peuvent changer radicalement selon qu’elles s’adressent à l’esprit de ruche ou à l’individualiste. Continue reading »

 Posted by at 21 h 59 min