Peut-être avez-vous écouté cette conférence de Laurent Alexandre, le fondateur de Doctissimo, qui a fait grand bruit : « Le recul de la mort : l’immortalité à brève échéance? »
Rien de nouveau pour les gens bien informés. Nous pourrions même dire les choses plus simplement : l’être humain est programmé génétiquement pour mourir, par le ralentissement des processus de renouvellement, et par le biais du cancer en particulier (L.A. se trompe là-dessus : ce n’est pas 1 personne sur 4 qui fera un cancer, mais toutes… si une autre défaillance ne les emporte pas avant). Comme il est probable que nous serons prochainement capables de bricoler nos gènes, nous pourrons inhiber ceux qui nous empêchent de nous réparer. L’immortalité est là, et cela fait une quinzaine d’années qu’elle est sortie du domaine de l’impossible. Elle existe déjà dans la nature : une méduse caraïbe est capable de contrôler ses gènes pour revenir à l’état de spore si les conditions locales ne sont pas favorables. Imaginez : notre vie est ratée, alors nous décidons de redevenir bébé et de nous faire adopter dans une autre famille !
Autrement intéressante, et non abordée, est la question de savoir ce qu’on va faire de l’immortalité :
C’est une menace : allons-nous barrer la route au processus qui a construit notre humanité : l’auto-organisation ? Nous l’empêcherons de tester, de contourner, de progresser. Nous cherchons bien entendu à améliorer le sort des individus, mais avec déjà en tête une idée précise de ce qu’il devrait être. Nous ne voulons pas de l’avenir mystérieux promis par l’auto-organisation. Car nous avons une trouille terrible de l’inconnu. En témoigne le principe de précaution. Le pouvoir de l’humanité est devenu gériatrique. Son destin va-t-il l’être aussi ? Qui peut croire, dans ces conditions, que l’allongement de la vie fasse le bonheur de nos (futurs) semblables ? Nous nous enfonçons dans un avenir matriciel.
Enfin, en pratique, Alexandre, avec sa grandiloquence naïve, pourrit la vie des soignants et des malades : comment accepter, quand on entend ce genre de choses, de souffrir d’un cancer et de ne rien pouvoir y faire, en 2013 ?…

