mai 182013
 
« Laissez-moi ! Nous ne sommes pas du même monde… »

« Laissez-moi ! Nous ne sommes pas du même monde… »

Ce blog semble fermement engagé aux côtés des neurosciences pour autopsier l’esprit humain et établir les plans de son squelette. Jamais cependant la démarche n’a été, ici, réductrice ; la jonction que nous cherchons à établir entre l’axone du neurone et le tentacule de la conscience ne participe pas que d’une recherche biologique ; elle ressemble plutôt à la construction du chemin de fer transcontinental américain : deux compagnies rivales avancent, mais sont bien obligées au final d’établir leur connexion.
Pour en témoigner, voici un pamphlet vif sur les effets d’un scientisme des émotions : Continue reading »

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mai 182013
 

L’essentiel : les impasses évolutives du monde du travail ; analyse de la profession médicale.

Ce que l’on appelle couramment travail recouvre deux entreprises fort différentes : la fonction et l’oeuvre.
La fonction n’amène aucun bouleversement apparent quand nous l’exerçons ; c’est plutôt son interruption qui produit des effets, un défaut dans la continuité d’une tâche : un ouvrier sur chaîne s’interrompt et le nombre de produits finis en sortie baisse ; une maîtresse de maison cesse le ménage et les pièces commencent à se remplir de saletés.
L’oeuvre est une réalisation à valeur symbolique. Ce peut être un objet manufacturé sorti de nos mains propres, une oeuvre d’art, un livre biographique, la mise au point d’équations ou d’un système de pensée original, etc…
Les pôles fonction et oeuvre sont d’attraction opposée ; l’oeuvre possède une forte charge de gratification positive, tandis que la fonction, simple moyen d’arriver à des fins plus valorisantes et assortie de contraintes, est un repoussoir négatif.
La plupart de nos activités habituelles, cependant, sont un mélange de fonction et d’oeuvre. Une sculpture demande de longues heures de travail minutieux et répétitif. Le livre le plus pétillant d’inventivité qui soit nécessite des révisions fastidieuses pour devenir digeste à ses lecteurs. Elever un enfant est une répétition interminable de consignes et de conflits stériles oeuvrant à l’aboutissement d’un être unique.
Pour compliquer encore les choses, nos aspirations individuelles éminemment variables font qu’une fonction pour l’un peut être une oeuvre pour l’autre et vice versa. Garder sa maison étincelante est pour la ménagère une oeuvre véritable, conservant sa motivation pendant des décennies ; tandis que le «monsieur qui écrit» paraît à la même ménagère doté de la simple fonction de remplir les rayonnages des bibliothèques, ce qui a pour elle une médiocre valeur symbolique. Continue reading »

 Posted by at 13 h 27 min
mai 152013
 

trouvez-xLa parution d’un dossier sur le sujet par Science&Avenir me fait ressortir cet article écrit il y a plusieurs années mais que, par distraction, je n’avais pas envoyé sur le blog. Il n’y a rien à y changer et il est plus avancé que son homologue de Science&Avenir, s’appuyant sur des théories neuroscientifiques de l’esprit plus précises, et abordant les techniques non médicamenteuses.

Cette grande question passionne tous les parents d’étudiants… et les étudiants eux-mêmes, mais ceux qui s’y intéressent trop devraient s’en demander les raisons: ne faut-il pas travailler la confiance en soi plutôt que stimuler son intellect ? Ne voudrait-on pas remplacer les données essentielles à ingurgiter par une gelule qui n’en contient aucune ?

Avant d’aborder les méthodes de stimulation, voici quelques réflexions générales qui sont probablement en vérité tout ce que vous avez besoin de lire de l’article : Continue reading »

 Posted by at 13 h 53 min
mai 052013
 

Nos premiers cris, peu après avoir ouvert les yeux, ne sont pas le signe d’une dépendance, mais bien au contraire de la première tentative d’établir une maîtrise sur le monde, suggérée par l’instinct, cet ensemble de réflexes déjà remarquablement élaborés mis en place par l’évolution. Si le cri amène la satisfaction d’un besoin — le plus urgent étant la satisfaction d’une fringale —, notre assurance grimpe d’un palier fort important. Le rétro-contrôle conscient va laisser du champ libre à notre initiative. Si par malheur la tentative échoue, que la satisfaction se fait attendre voire qu’une punition survient, c’est au contraire une anxiété exacerbée qui se met définitivement en place.
anxiete Le pire n’est sans doute pas un refus systématique, comme peut le faire une mère colérique : cela nous oblige à un comportement différent, qui menace certainement notre tendresse envers le monde mais pas notre assurance : d’une façon moins adoubée par la morale, nous avons néanmoins trouvé une conduite adaptative. Le pire est un résultat imprévisible de nos tentatives, obtenu auprès d’un parent lui-même incertain et inquiet. Le monde apparaît chaotique ; impossible d’en établir une représentation. Dès lors nous risquons, toute une vie durant, d’avancer à pas comptés.

Quand j’explique cette théorie à un anxieux, ce n’est pas pour l’encourager à cesser de s’inquiéter, Continue reading »

 Posted by at 15 h 41 min
jan 052013
 

L’oral est une communication faite de compromis. Pas le temps de réfléchir à ses répliques. L’on voudrait croire que le langage parlé est le reflet fidèle de sa pensée, cependant même si c’était le cas, ce serait déjà négliger l’évidence que ce langage n’a pas la même signification à réception par un autre esprit ; nous devons le lui adapter, c’est-à-dire introduire une seconde réflexion par-dessus celle qui a produit la pensée, ce qui rend le processus encore moins instantané.

En pratique dans une conversation, pour rester dans un débit de communication raisonnable, on a affaire, de part et d’autre, à des automatismes pour l’essentiel, et il est merveilleux d’apprécier, chez certains, une bibliothèque si gigantesque d’automatismes, tirés d’une mémoire infaillible, qu’on a l’impression de n’en avoir jamais entendu aucun.

La conversation semble d’autant plus inépuisable que l’on croise une grande variété de répertoires individuels, si bien que le nombre de combinaisons nous semble infini.
Pourtant, si une machine récoltait et classait tout ce qui est dit, elle pourrait sans doute nous annoncer, même au sujet de la plus originale des phrases, qu’elle a été dite ici et là, voire que des blockbusters tels « Quel temps magnifique ! » et ses séquelles ont été énoncés des nombres inconcevables de fois et comportent moins de signification qu’un clignement de paupière.

Ainsi apprécie-t-on sans doute la conversation de façon trop simpliste, comme s’il s’agissait d’un repas plus ou moins gastronomique, alors que sa réussite déclenche des transformations plus profondes et durables dans notre vie que le ravissement des papilles gustatives.

bouche-cousueMais est-elle toujours réussie ? Faut-il converser ?
Aime-t-on tellement peu ses mots qu’on les lâche nus et sans défense, saisis aussitôt par un contradicteur, étripés sans merci, leurs dépouilles défigurées jetées à travers l’assistance, jusqu’à ce qu’ils vous reviennent tellement hideux que vous refusez d’en reconnaître la paternité ?
La peine empêche parfois d’en créer davantage, et les fait garder prudemment à l’abri du vaste garage buccal, les mots dedans à côté des maux de dents, avant de les mettre gentiment au lit… sur la page blanche, toute virginité retrouvée.

Que notre désolation pour les mots saccagés ne nous pousse pas à les retenir ainsi, mais à les envoyer en cohortes mieux organisées, percutantes, polyvalentes, modulables. Equipons-les des béliers du sentiment, qui iront heurter sans merci les murailles de l’indifférence. Parvenons à voir les lèvres s’entrouvrir, les yeux s’éclairer, sur les champs de la conquête.

Parvenu au but, vous pouvez remercier vos braves soldats… et les congédier, car vous vous occuperez seul de l’objectif ultime : quand la langue réussit enfin à communiquer directement avec l’autre langue, les mots ne passent plus.

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déc 212012
 

Le-Monde-Polyconscient-final

Avez-vous jamais voulu savoir comment l’arborescence de milliards de neurones, à présent illuminée par les IRM comme des sapins de Noël, pouvait faire naître votre pétillante conscience ?
Notre expédition, à travers ces pages, n’est pas technologique. Elle poursuit un mythe, le Moi. Nous ne le trouverons pas. C’est toute une société intérieure que nous découvrirons à sa place, dans une démarche spéculative, mais bien outillée scientifiquement : évolution, auto-organisation, repères, confrontation avec les théories existantes ; nous vérifierons la congruence de la polyconscience avec le monde que nous fréquentons.
Vous-même risquez d’y perdre votre « Je ». Ce livre n’est point un mets pour tous les esprits. Dotez le vôtre de quelques rations de survie avant de lui faire explorer la jungle polyconsciente…

 Posted by at 22 h 39 min
nov 042012
 

La compréhension de cet article nécessite celle de son vocabulaire :
-polyconscience, société intérieure, psociété, sont des termes grossièrement synonymes et se réfèrent à l’idée que nos représentations sous-conscientes du monde et des autres sont regroupées en une sorte d’assemblée intérieure dont les délibérations forment notre comportement.
-persona : représentation détaillée et cohérente définissant une tendance de comportement, dont la popularité dans la polyconscience dépend de ses succès antérieurs.

La schizophrénie est une maladie dont l’explication est remarquablement facile en polyconscience. Les « voix » entendues par le schizophrène sont les personae de la société intérieure, normalement non perçues par la conscience. Que le schizophrène se laisse aller aux comportements suggérés par ces voix ne vient pas d’une « faiblesse » de la personnalité. Cette interprétation fausse est fondée sur l’idée persistante que la conscience serait un dictateur du comportement. Or elle n’en est que l’évaluateur. Elle ne peut s’opposer directement aux pulsions sous-conscientes — sinon pourquoi qui que ce soit se laisserait-il aller à un acte dont il connaît la dangerosité ? —, elle ne peut que transférer son évaluation « alarmiste » à la psociété et réveiller les personae opposées à celle qui génère la conduite inadaptée.

Le schizophrène semble avoir un problème de réglage du « volume » des ordres dictés par la psociété. Certaines représentations « crient » avec une puissance telle qu’une négociation intérieure devient impossible. Le processus d’évaluation conscient ne parvient plus à donner une appréciation de la valeur du comportement suggéré, qui normalement en fait selon les cas une « célébrité », fort présente à l’esprit parce qu’ayant produit des résultats favorables, ou au contraire un « raté » à éviter à tout prix.
La persona « hurlante » s’empare des commandes du comportement. Ce n’est à vrai dire que la forme caricaturale des conduites impératives voire forcenées chez des gens considérés comme indemnes de maladie mentale, dont la conscience peine à faire entendre son évaluation dans la psociété.

Chez le schizophrène, le volume déréglé semble du à un excès de certains neurotransmetteurs, qui déséquilibre la puissance de processus sous-conscients censés rester simplement « imaginatifs », devenant alors trop « directeurs » du psychisme. Continue reading »

 Posted by at 9 h 14 min
oct 282012
 

Les médicaments pris isolément n’ont aucun avenir en psychiatrie. Ils ne seront jamais capables de modifier l’organisation structurelle du comportement. Quand ils ont des effets diffus sur le psychisme, ils déclenchent une torpeur ou une excitation générale. Si au contraire ils parvenaient à agir sur des comportements élaborés, il deviendrait facile de rendre un médicament responsable de tout acte que l’on ne voudrait pas assumer… Les laboratoires n’ont pas fini de payer.

 Posted by at 15 h 51 min
oct 282012
 

7/10
Son titre parle juste : ce livre ne prétend aucunement à l’exhaustivité, mais à nous éviter de sortir des stupidités dans un domaine où il existe peu de certitudes mais où tout le monde a un avis.
L’exercice est parfaitement réalisé. Ce n’est pas un livre scolaire. Il cible une clientèle cultivée mais non spécialisée. Il est cependant assez complet pour servir de « manuel » à un professionnel. Il existe toujours des aspects d’un métier auxquels on a moins souvent affaire.

Points forts du livre… Continue reading »

 Posted by at 12 h 34 min
oct 232012
 

La psychologie a voulu, dans un désir de reconnaissance, ressembler aux « belles » sciences, mathématique et physique. Elle s’est efforcée de bannir la subjectivité de ses recherches, tout en empruntant aux mathématiques l’habit costume-cravate de la statistique. Elle s’est cantonnée au comportementalisme, accréditant presque des croyances métaphysiques, comme s’il existait une âme irréductible par l’analyse, boite noire de nos conduites intérieures.
Si cette approche a permis de trouver des analogies dans les comportements, est-elle cohérente quand ils sont des produits de la subjectivité ? La psychologie recommence depuis ce siècle à s’intéresser à celle-ci.

L’objectivité n’est qu’un langage entre subjectivités. Elle n’est pas une finalité en soi. Chacun d’entre nous construit un univers subjectif spécifique. Ce qui fait de l’objectivité un outil de communication précieux est sa capacité à harmoniser nos représentations avec ce que le monde réel nous suggère, et les univers propres de nos congénères. Il n’est pas nécessaire que le réel devienne notre monde intérieur. Heureusement, car il n’a pas d’intentions. La subjectivité est le réenchantement, la conception d’un monde magique, illusoire en cet instant, mais auquel le réel pourrait ressembler si les intentions qui nous en séparent se réalisent.

Ceux d’entre nous qui misent sur l’objectivité à tout prix et en impriment la marque sur chaque facette de leur existence, captent le pouvoir de la science, de la communication objective. C’est un pouvoir énorme dans une société recentrée étroitement sur l’information. Ils se disent « objectifs », scientifiques, mais en réalité, exercent comme les autres leurs intentions : appelons-les gentiment « besoin d’exister », mais c’est plus précisément un appétit pour sa part de pouvoir social.
Un être entièrement objectif n’existe pas. Une machine correspond à cette définition. Les hommes qui s’en rapprochent sont mortellement ennuyeux. Derrière les connaissances qu’ils possèdent, éblouissantes par leur étendue, se cache parfois un vide terrible de subjectivité. Il se devine par l’absence d’humour, la difficulté à s’intéresser à ce qui n’est pas le champ habituel de leur connaissance, des relations humaines très conventionnelles. A l’évidence nous connaissons tous quelques scientifiques irréprochables qui auraient besoin d’une bonne perfusion de subjectivité.

La médecine, malheureusement, est toujours plongée dans cet obscurantisme relatif qu’a connu la psychologie. Elle aura davantage de difficultés à en sortir parce qu’il lui est plus facile de conserver l’illusion d’une « belle » science. Après tout la statistique codifie plutôt bien les mécanismes biologiques. Que ceux-ci aient produit une faculté émergente appelée « conscience » ne concerne pas directement la médecine du corps.
Même la psychiatrie s’est trouvée contaminée par ce bug logique et, contrairement à la psychologie,  tente toujours de s’affranchir de la subjectivité.

Au final pourtant, les résultats de la médecine sont présentés à des subjectivités : les patients. Sans rien connaître de leurs identités. Elle ne sait pas codifier leurs critères subjectifs : importance générale de la maladie, mythes accompagnant les différentes affections, questions existentielles, vieillissement, face à face avec la mort, conflit de la santé avec les autres aspects de la vie, acceptabilité du risque. Rien d’étonnant, dans ces conditions, que le discours de la médecine ne soit pas toujours reçu comme elle l’attend… objectivement.

Pour pallier à cette originalité pénible du patient, l’effort porte sur la seule solution que puisse imaginer l’objectivité : donner au patient le modèle de ce qu’il devrait penser. Objectif de santé parfaite — « que les politiques se débrouillent pour payer » —, fidélité exemplaire au traitement, attention aux effets secondaires mais surtout pas d’inquiétude, le résultat est satisfaisant parce qu’il est conforme aux statistiques… arrêtons là d’éreinter nos objectivistes.

Cette médecine espère un monde de patients conformes, respectant les critères qu’elle sait étudier, faisant resplendir sa tenue de « science parfaite », qu’elle est loin d’être en réalité : si les mathématiques peuvent s’auto-congratuler parce qu’elles renferment les éléments de leur propre cohérence, la médecine ne cerne l’être humain qu’en négligeant la « matière noire » de sa subjectivité.

Actuellement l’on ne peut faire de la science médicale qu’en se rétrécissant l’esprit. C’est un véritable défi que créer la véritable science de l’être humain, qui en intégrera toutes les parties.

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oct 172012
 

La caractéristique racine de l’esprit humain est d’établir une discontinuité là où il n’existe que continuité.

Nous pourrions prendre, comme explication, que l’univers matériel fait de même et que nous n’avons que suivi ses suggestions. Par exemple il semble exister une délimitation franche entre le sol et l’air, non ?
Mais la matière n’établit aucune représentation. Seul notre esprit est obligé d’en planifier des modèles pour la manipuler. Du point de vue de la matière, les molécules du sol sont en continuité avec celles de l’air. L’interface n’est qu’un mode provisoire d’interaction, qui peut changer avec la température, l’érosion, le recouvrement par une couche de goudron. Si l’on descend dans l’échelle de l’infiniment petit, l’on découvre que l’interface est une certaine configuration d’interactions fortes et faibles, modifiable si intervient une force assez puissante. Il n’existe aucune discontinuité parfaitement solide et permanente, mais seulement ce que notre esprit considère comme des équilibres, parce qu’il ne peut pas calculer toutes les probabilités d’alternatives qu’ils renferment.
Etablir des ancres dans notre représentation du monde est le seul moyen d’établir sa fidélité. Il faut obligatoirement une valeur de référence pour tester la validité des alternatives. Nous sommes, fondamentalement, des comparateurs de valeurs. Le pouvoir, issu de cette confrontation, est enraciné très loin chez nous, jusque dans la discussion entre deux neurones.

Cette caractéristique est extraordinairement efficace si l’on considère que la matière, par son auto-organisation, a réussi à créer par l’homme une représentation d’elle-même. En quelque sorte, un rocher sans intentions et dépourvu d’âme a réussit à construire un miroir qui lui cligne de l’oeil !
Aucune chance que le rocher réponde, malheureusement. Sinon il dirait probablement « mon image n’est pas fidèle ». Les discontinuités qu’a employées l’humain pour le décrire lui apparaissent sous forme d’un quadrillage, en surimpression à son image réelle, comme  celui d’un cahier d’écolier.
Nous pouvons sans doute, conceptuellement, faire disparaître le quadrillage. Mais serons-nous encore capables de progresser, voire d’exister ?
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sept 122012
 

Y’a pas moyen d’être tranquille ?

La catégorie « psychosomatique » des maladies est un terme galvaudé et imprécis qui traduit notre méconnaissance du no man’s land s’étendant entre la physiologie des organes et la conscience. Partant d’une caractérisation aussi floue, les traitements du psychosomatique sont intuitifs, suspects, inféodés à des croyances, objets de désaccord entre traitant et traité. Par ricochet, la médecine esquive soigneusement les rapprochements entre états de conscience et états corporels pathologiques, alors que nous sommes des êtres entièrement connectés, interprétatifs. La psychiatrie elle-même tente de s’affranchir de l’étude de la conscience et de ses processus sous-jacents, se contentant de recueillir auprès d’elle les symptômes, puis ensuite redescendre abruptement au niveau de la chimie cérébrale pour appliquer ses traitements. S’agit-il vraiment d’une codification, ou d’un aveuglement scientifique intentionnel ?

Tentons une classification des maladies selon le « niveau d’éveil » neurologique qu’elles comportent :
Tout en bas nous avons les troubles des effecteurs corporels, organisés en grands appareils, sensori-moteur, circulatoire, épurateur, etc… La conscience qu’en a le malade est réduite à des sensations aussi puissantes que frustres : douleurs, palpitations, parfois simple impression d’être malade… Tout ceci est traduit par l’examen médical, c’est-à-dire par d’autres consciences, avec le risque d’erreur que l’on connaît. Cependant sans l’intervention d’un professionnel il est courant qu’un malade traitant ses propres informations à l’aide d’un livre ou du web arrive à une conclusion totalement fantaisiste, ce qui montre la distance entre la conscience et les impressions qu’elle reçoit en direct.

Un étage au-dessus, toujours largement enterrés dans les processus sous-conscients, sont situés les troubles de l’intégration des automatismes corporels. La spécialité la mieux connue est la posturologie. Sans surprise, cette discipline, flirtant déjà avec le psychosomatique, prend bien soin de ne s’intéresser nullement à la personnalité de ses sujets, au risque de voir déteindre sur elle l’anti-scientifisme accroché au ténébreux inconscient. L’on y prend donc en charge les automatismes de patients décervelés, corrigeant les entrées sensorielles plantaires, visuelles, temporo-mandibulaires. L’on s’y occupe de posture globale, abandonnant le bon sens populaire qui prétend que la façon de se tenir reflète le caractère. Continue reading »

sept 082012
 

Il est vain de maintenir, à coup de psychotropes, les dépressifs dans un état d’humeur égale. Il faudrait au contraire recréer un cycle thymique, fournisseur du contraste nécessaire au bonheur.
Avez-vous entendu parler du Pr Helmoutt Schmoutt ? Il vient justement d’inventer le Cyclothymus, un appareil qui permet de régler son humeur en pédalant plus ou moins vite, de la déprime vers la manie délirante si nécessaire.

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sept 022012
 

La polyconscience est une théorie auto-organisationnelle de l’esprit.
Nous n’imaginons pas, pour la plupart, l’importance de l’auto-organisation dans le moindre aspect de la vie qui nous entoure. Après quelques cours de biologie au lycée, il nous semble logique et naturel qu’un être humain entièrement constitué l’ait été à partir d’une séquence microscopique de molécules contenue dans l’ADN. Malgré la richesse des combinaisons possibles, l’ADN est en fait sévèrement contrôlé, dans sa réplication et sa transmission. Nous savons d’ailleurs que les ratés sont source de maladies graves, même si certains comme les cancers sont eux-mêmes programmés. Le nombre des combinaisons réellement utilisées par la génétique n’est donc pas en réalité si élevé. Largement insuffisant en tout cas pour expliquer la variabilité des humains adultes, dans leur phénotype et leur comportement. Songez que le patrimoine génétique du chimpanzé ne diffère que par 1% du nôtre, et cela suffit déjà à scinder une espèce différente. Dans quelle minuscule originalité génétique se niche donc notre visage unique, sans parler de nos empreintes digitales ? Aucun code ne contient le détail de ce que nous sommes. Et pourtant nous ne devenons pas n’importe quoi. Nous sommes même une construction tri-dimensionnelle très précise, toujours dotée de membres, d’organes pareillement situés, d’éminences arrondissant des endroits identiques. Au niveau microscopique, les cellules se groupent en des centres particuliers, spécialisés. Toute cette organisation est si bien planifiée que nos comportements vont suivre un sillon pré-établi, tracé par le piétinement incessant de milliers de générations.

Une telle finesse n’est pas contenue dans l’ADN. Certains y voient l’intervention d’une main divine, ou le patient travail des lutins du Père Noël, installés dans une dimension invisible. Mais le souverain de notre destin est sans doute le principe de l’auto-organisation : de la même manière que le Big Bang n’a pas donné un univers uniforme, soupe particulaire sans le moindre relief, un oeuf fécondé ne produit pas un amas de cellules réduit à l’état de flaque par la gravité. Chaque molécule biologique interagit avec ses voisines en créant des « microclimats » locaux. Les cellules font de même. L’orientation spatiale de leurs voisines crée à chaque endroit des conditions spécifiques. Le code trace les grands sillons de leur devenir. Chaque installation et différentiation métabolique fine provient d’interactions locales, dont la complexité explique parfaitement, elle, la grande variabilité des organismes adultes. Le code génétique, dans ce contexte, doit être vu moins comme un planificateur que comme un système de filets protecteurs qui évite de trop grands débordements. Ouf ! Le tube digestif ne peut pas inverser son sens de circulation et ses deux sphincters… Continue reading »

 Posted by at 13 h 51 min
août 282012
 

L’Observateur est un personnage tardif de la polyconscience, et très encombrant. Autant il est bénéfique et améliore l’assurance quand tout va bien, autant il est extrêmement irritant quand l’entreprise unipersonnelle est en faillite. Malheureusement il est impossible de s’en débarrasser. Tout au plus peut-on l’éteindre provisoirement. L’alcool, et de nombreuses drogues, en viennent à bout facilement. Cela permet de se replonger dans une bienheureuse conscience limitée où l’on se contente d’éprouver et non plus de s’observer. Tous les interdits redeviennent admissibles. Concurrents, les anxiolytiques atténuent les effets de l’Observateur mais ne sont pas assez puissants pour l’occulter, et surtout anesthésient l’ensemble de la société intérieure. Ce calme plat, dépourvu de contraste, n’est pas très gratifiant. Les réajustements de polyconscience par l’alcool, éjectant l’Espion que devient un Observateur un peu trop critique, sont bien plus efficaces pour replonger dans la piscine du bonheur, dont la margelle est un rebord de bar qui en fait le tour complet.

Cette construction tardive de l’Observateur explique l’apparition retardée d’un grand nombre de troubles de la personnalité. N’est-il pas étonnant en effet de voir une dépression, un état algique ou anxieux permanent, survenir dix ou vingt ans après le traumatisme psychique que l’on pense responsable ? Continue reading »

juil 242012
 

Je suis étonné d’avoir aussi peu de questions sur la polyconscience. Je suis probablement touché par le dilemme de Warnock. Les rares personnes qui ont lu l’Homme Polyconscient et avec lesquelles j’ai pu en discuter sont… stupéfaites.
Ce qui ne m’arrange guère. La théorie renferme un abysse de questions, de connexions avec la psychologie classique, et d’embranchements neufs, qu’il est impossible d’explorer seul. Si les articles et BD déconstructifs que je publie fréquemment semblent, au premier degré, cyniques et décourageants, la polyconscience est capable d’un réenchantement étendu et solide. Ses prétentions vont jusqu’à englober la question de la divinité, que je vais traiter ici. Rien de médical… sinon que la plongée dans notre intimité la plus profonde ne peut être que profitable à n’importe quel thérapeute.
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 Posted by at 9 h 09 min
juil 012012
 

Repères :
—Dépression : prévue pour 2020 2ème cause de handicap et de décès prématuré, derrière les coronaropathies. Phénomène implanté mondialement parallèlement à la richesse… et non corrigé par elle
—Le quart d’entre nous feront une pathologie mentale dans leur vie.

Il n’existe pas de définition consensuelle des troubles mentaux. On a tenté d’en faire une souffrance ressentie par le sujet, l’empêchement d’une vie sociale, le dysfonctionnement d’un processus psychique normal, par exemple quand la peur se transforme en phobie. Tout ceci a des limites floues et subjectives. La maladie mentale n’est que contextuelle. Sa définition n’a rien à dire sur la cohérence de l’univers intérieur d’un sujet, seulement sur sa capacité à se mettre en concordance avec l’extérieur, qui est à la fois matériel et « grillagé » par un réseau de conceptions communes en société. On peut ainsi différencier les maladies mentales « culturelles », liées à l’inadéquation avec ce réseau, des pathologies « matérielles », certainement les plus biologiques et intrinsèques au sujet.

La seule définition globale est dynamique  Continue reading »

 Posted by at 14 h 11 min
juin 232012
 

Il existe des médecins qui n’aiment pas les malades, c’est vrai.
N’est-ce pas une des motivations à les guérir ?

*

Certains malades sortent du cabinet assistés, d’autres améliorés.
Les premiers ont perdu la maîtrise de leur destin — peut-être temporairement —,
les seconds l’ont récupérée.

*

Il existe un pédantisme scientifique à chasser dans la médecine.
Il faudra du gros calibre.

*

Je voudrais rencontrer la Mort avec un peu d’intimité
au lieu d’être observé par toutes ces sondes curieuses.

*

Le contentement de la maladie existe bel et bien,
est difficilement extirpable :
il commence, avec une température à 40°,
par une journée où l’on a sa mère à soi tout seul…

*

La médecine ne recule plus la mort pour des bien-portants,
elle transforme tout le monde en sursitaires.

*

Prétendre, à juste titre, que rien n’est certain,
arrange bien ceux qui ont la flemme d’apprendre.

*

Quand le corps est considéré comme une béquille,
c’est que l’esprit est boiteux.

*

Aïe! On demande à la médecine des chiffres
d’évaluer la médecine des sens.

*

Le progrès scientifique naît d’un hasard, considéré avec rigueur.
Le scientifique pointilleux, parvenu seulement à la moitié du chemin,
devrait s’autoriser quelques idées bizarres.

*

La balance bénéfice / risque, chez le médecin, commence à la poignée de main :
Pleine d’empathie, pleine de germes sur des doigts
qui vont saisir les aiguilles stériles.

*

Le diagnostic « c’est dans la tête »
n’est, surtout, pas dans celle du médecin.

*

L’ostéoporose n’existe pas.
Le risque est de se casser le cou ?
Mais le casse-cou se moque du risque…

*

Etre en bonne santé
inclue de faire des maladies normales.

*

Le suicide est un bras d’honneur
à des gènes uniquement préoccupés à se perpétuer.

 Posted by at 9 h 04 min
juin 202012
 

Une jeune fille, Adeline, entre au collège. Elle présente des difficultés d’apprentissage devenues criantes à la fin du primaire. Son passé est particulier : sa mère toxicomane a poursuivi sa consommation sans frein pendant toute la grossesse. Le développement physique d’Adeline a été parfaitement normal ; par contre son cerveau « imprime » difficilement ; toute mémorisation demande plus de temps, ne « tient » pas si on la précipite ; chaque réflexion s’éternise. Il faudrait à Adeline deux années scolaires quand les autres en font une. Mais elle se trouverait entourée de gamines alors que sa conscience sociale, elle, qui ne sollicite guère la mémoire, progresse normalement. Adeline profite heureusement d’une classe adaptée. Bilan orthophonique, pédo-psychiatrique, ophtalmologique, et IRM cérébrale : tout est normal. La prise de conscience de ses limitations a éteint un peu vite l’insouciance infantile d’Adeline. Devant cette perte de chance qui semble très neurobiologique, je lui fais essayer la Ritaline, à faible dose pour profiter des effets amphétaminiques plutôt que de la régulation de l’humeur, remarquablement égale chez elle.
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 Posted by at 20 h 45 min