Déontologie et conséquentialisme

En morale on oppose les raisons déontologiques (des tabous impossibles à franchir) aux conséquentialistes (promotion du bénéfice pour le plus grand nombre, tout peut être envisagé si l’on maximise le bien ou minimise le mal). Dans les expériences de pensée, les réponses deviennent hésitantes quand ces raisons s’affrontent, et c’est généralement la culture de la personne interrogée qui tranche. Dans les sociétés utilitaristes (anglo-saxonnes, asiatiques) le choix conséquentialiste l’emporte, tandis que c’est la déontologie qui prime dans les individualistes cultures latines.

Par exemple dans le dilemme du wagon fou, où l’on peut sauver 5 ouvriers travaillant sur le chemin du bolide en le déviant sur une autre voie où travaille 1 ouvrier seulement, les utilitaristes choisiront d’actionner l’aiguillage, les déontologistes non.
Mais s’il s’agissait de sauver dix ouvriers, ou cent, ou mille ? Est-ce que les déontologistes ne finiraient pas tous par se rallier à la raison conséquentialiste ? Continuer la lecture de Déontologie et conséquentialisme

Viscosupplémentation à (dé) Prescrire

Quand la médecine EBM raconte des âneries, il n’est pas surprenant de les voir relayées en toute honnêteté par la revue Prescrire. Il s’agit ici de l’absence de preuves évidentes en faveur de la viscosupplémentation intra-articulaire par hyaluronates. Notons que Prescrire, revue de bonne probité générale, montre un enthousiasme particulier à crucifier les traitements employés essentiellement par les spécialistes. Les intentions pures n’existent pas, quelle que soit la blancheur de la blouse. Sur le même sujet il n’existe pas à ma connaissance dans Prescrire de revue des anti-arthrosiques de fond, très largement prescrits en médecine générale, remboursés (glucosamine), et n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité. Tout juste retrouve-t-on un articulet en 2008 sur l’absence de recommandation à utiliser la glucosamine dans la gonarthrose et la coxarthrose, qui ne semble pas avoir eu beaucoup d’influence sur les habitudes.

On retrouve à la Une du même numéro de 2008, sur les traitements de l’arthrose : « L’injection intra-articulaire d’un corticoïde soulage la douleur du genou arthrosique souvent seulement une semaine environ, mais a des effets indésirables graves, notamment une infection du genou » (!) Le journaliste semble penser que l’ajout de « peut [avoir des effets indésirables] » est une fioriture. La page est en accès libre pour le grand public. La fréquence des infections après injection de corticoïde articulaire était estimée à 1 pour 14.000 à 50.000 gestes dans les années 80, et les conditions d’asepsie ont progressé depuis.

Le paracétamol est présenté comme une panacée, recommandé jusqu’à 4g/24H. Aucune mention, ici, des hépatites par abus de paracétamol, par les personnes qui jugent son effet insuffisant. Elles ne sont pas exceptionnelles, et surtout sous-diagnostiquées. Qui pense à une complication avec le « gentil » paracétamol ? C’est en fait une très mauvaise manière de l’utiliser dans l’arthrose, et c’est la raison pour laquelle peu de médecins voient la figure du patient s’éclairer de contentement quand ils proposent du paracétamol. Son effet est bref et surtout sur la douleur nociceptive, tandis que la douleur arthrosique de fond est surtout une raréfaction des autres informations sensorielles. En clair, donner du paracétamol à un arthrosique qui ne bouge pas ne sert à rien. Il faut l’utiliser juste avant des efforts, pour ignorer la dissuasion des articulations usées qui protestent pour se mettre en branle. Il est un faciliteur d’activités et non une couverture antalgique comme peut l’être un tramadol. Continuer la lecture de Viscosupplémentation à (dé) Prescrire

La véritable leçon de « 1984  »

L’histoire la plus célèbre à propos du match entre Ego et Panconscience est le roman « 1984  » d’Orwell. Winston, fonctionnaire gris et terne de l’Oceania, un pays totalitaire en guerre avec ses immenses voisins, commence à tenir un journal, défiant la Police de la Pensée. Pire, il va tomber amoureux de Julia, une cadre du parti unique Angsoc, et découvre les joies du couple. Malheureusement il est surveillé par le zélé et cruel O’Brien, qui l’arrête, le torture, et le rééduque afin d’extirper toute pensée prohibée. Winston finit en zombie panconscient.

La grossière erreur que véhicule « 1984 », cependant, est de croire que l’individu existe indépendamment de la société étouffante qui l’entoure. Continuer la lecture de La véritable leçon de « 1984  »

Nouvelles pistes pour les lombalgies chroniques

L’installation (inconfortable) d’un lombalgique chronique sur la chaise du visiteur déclenche chez le thérapeute deux tendances diamétralement opposées : soit il pratique des techniques manuelles et il accueille un nouveau pilier de son petit commerce ; soit il a une formation générale et subodore que son apport sera au mieux navrant, ce patient ayant certainement déjà essayé AINS et stages kiné sans y trouver de solution. Dans les deux cas, le lombalgique, lui, se sent otage de sa pathologie : quelque soit l’imagination et les compétences de son thérapeute, il est rare qu’il récupère durablement son indépendance et sa santé virginale. Continuer la lecture de Nouvelles pistes pour les lombalgies chroniques

Y a-t-il des moyens efficaces d’augmenter ses performances intellectuelles pour un examen ?

trouvez-xLa parution d’un dossier sur le sujet par Science&Avenir me fait ressortir cet article écrit il y a plusieurs années mais que, par distraction, je n’avais pas envoyé sur le blog. Il n’y a rien à y changer et il est plus avancé que son homologue de Science&Avenir, s’appuyant sur des théories neuroscientifiques de l’esprit plus précises, et abordant les techniques non médicamenteuses.

Cette grande question passionne tous les parents d’étudiants… et les étudiants eux-mêmes, mais ceux qui s’y intéressent trop devraient s’en demander les raisons: ne faut-il pas travailler la confiance en soi plutôt que stimuler son intellect ? Ne voudrait-on pas remplacer les données essentielles à ingurgiter par une gelule qui n’en contient aucune ?

Avant d’aborder les méthodes de stimulation, voici quelques réflexions générales qui sont probablement en vérité tout ce que vous avez besoin de lire de l’article : Continuer la lecture de Y a-t-il des moyens efficaces d’augmenter ses performances intellectuelles pour un examen ?

Entraide versus dépistage

Dans le milieu des médecins ouverts et méfiants vis à vis des diktats corporatistes, on sait depuis longtemps le dépistage radiologique du cancer du sein, et du cancer de la prostate par dosage des PSA, inutiles en termes statistiques. Bien des vies sont cassées par un test erroné, ou une intervention thérapeutique trop lourde, mastectomie ou prostatectomie.
D’un autre côté il existe un phénomène dont les opposants au dépistage omettent de parler : quand l’on découvre un cancer du sein chez une femme et qu’il est un peu tard pour le guérir, elle demande inévitablement : « Mais si j’avais fait ma mammographie tous les ans, n’aurais-je pas eu une meilleure chance d’être traitée à temps ? ». pincesse-elfeSur un cas individuel, il est bien difficile d’affirmer que la réponse est négative.
Il faut donc que les gens soient informés des avantages et des risques du dépistage et décident de s’y engager ou non, pour limiter tout regret ultérieur.

Personnellement je ne recommande aucun de ces dépistages.
Hommes et femmes doivent s’entraider.
Comme il est très difficile pour un homme de pratiquer sur lui-même le toucher rectal, il lui faut trouver une amie assez intime pour l’aider dans son dépistage, à charge pour lui de la remercier en cherchant très attentivement tout nodule mammaire suspect…

Le Monde Polyconscient tome 1 (la fin de ce monde?)

Le-Monde-Polyconscient-final

Avez-vous jamais voulu savoir comment l’arborescence de milliards de neurones, à présent illuminée par les IRM comme des sapins de Noël, pouvait faire naître votre pétillante conscience ?
Notre expédition, à travers ces pages, n’est pas technologique. Elle poursuit un mythe, le Moi. Nous ne le trouverons pas. C’est toute une société intérieure que nous découvrirons à sa place, dans une démarche spéculative, mais bien outillée scientifiquement : évolution, auto-organisation, repères, confrontation avec les théories existantes ; nous vérifierons la congruence de la polyconscience avec le monde que nous fréquentons.
Vous-même risquez d’y perdre votre « Je ». Ce livre n’est point un mets pour tous les esprits. Dotez le vôtre de quelques rations de survie avant de lui faire explorer la jungle polyconsciente…

La psychiatrie victime de ses propres étiquettes

Nous avons vu la difficulté à établir la « normalité » mentale, ce qui n’empêche pas la psychiatrie « scientifique » d’établir des cases pathologiques, sans beaucoup communiquer sur le manque de sûreté de ces enceintes barbelées.
L’imposture surgit en 2012 à propos de la mise en examen d’une psychiatre ayant donné une permission à un patient psychotique stabilisé, qui s’en est servi pour commettre un meurtre.

Une accusation incroyablement stupide. Quand une personne montre un désir d’autonomie et que son comportement général laisse à penser qu’elle en raisonnablement capable, elle peut acquérir en proportion cette indépendance… et la responsabilité qui l’accompagne. C’est vrai de tout individu, « normal » ou non.
Les étiquettes psychiatriques, terriblement perverses, interdisent la moindre chance de commencer à devenir autonome. Un tel système de classement transposé à tous les citoyens pourrait faire dire : « Un jeune de 18 ans ne peut prétendre aux mêmes droits qu’un individu de 60 ans parce qu’il ne possède pas la même maturité et est plus susceptible d’avoir un comportement irresponsable. Idem pour l’origine sociale, le niveau de revenu, etc… ».
Un diagnostic n’est qu’un repère. Il n’est pas une carte d’identité psychologique.

Le milieu psychiatrique fonctionne en réalité mieux que la société en général, puisque les droits à l’autonomie n’y sont pas automatiquement distribués en fonction d’un critère aussi aveugle que l’âge civil ; ces droits sont demandés, assumés, mérités par la conduite que le « déviant » a su montrer. Bien sûr les dissimulateurs habiles causent des accidents. Les tribunaux, cependant, n’auraient-ils à juger que des crimes de malades mentaux ? Qui doit-on mettre sur le banc des accusés, aux côtés du criminel non psychiatrique, qui s’est vu offrir sans coup férir sa carte d’ « indépendant » le jour de ses 18 ans ?

La déviance est-elle toujours à 90° ?

Pharmacritique

Découverte du blog Pharmacritique dont l’intérêt est double : indépendance vis à vis de l’industrie et indépendance vis à vis des médecins. La profession ne dispose pas de beaucoup d’observateurs affranchis de la nécessité de flatter, et n’ayant pas non plus de compte à régler. Les avis d’Elena Pasca sont donc précieux, documentés. Un fil RSS obligatoire dans le dossier FMC du praticien qui juge ensuite, au cas par cas, le bénéfice/risque. Un contrepouvoir plus fiable que les délégués des organismes sociaux, représentants de l’intérêt collectif et non de la personne assise en face de vous, qui a les mains agrippées avec un peu d’angoisse à sa pochette d’examens complémentaires, dans l’espoir d’être chez le bon avocat.

Pharmacritique inquiète les lecteurs susceptibles de recevoir un traitement pour de justes indications ? Il est vrai que le post sur le Mabthera n’incite guère un polyarthritique à gambader joyeux vers sa perfusion. Où réside, cependant, le problème ? Le médecin doit-il s’engager dans le traitement à la place du patient, quand celui-ci est seul concerné, et s’il est bien informé ? Ceux qui répondent par l’affirmative sont bien la cible de choix pour les fabricants de santé sous blister. Un patient refusant un risque qu’il a correctement cerné, de son point de vue, exerce sa liberté.
Quand on expose sa santé à l’aléa thérapeutique, autant avoir le plaisir de lancer soi-même les dés.

Bravo à Pharmacritique et ses invités, de nouvelles personae dans la polyconscience de la santé !

Qui est responsable ?

Un avion se crashe. Qui est responsable de la mort du passager X ? Le pilote, l’ouvrier qui a fabriqué la pièce à l’origine de la défaillance de l’avion, le contrôleur de qualité de fabrication, le mécanicien de maintenance, et même l’employé d’agence qui a vendu le billet à monsieur X — qui n’avait bien sûr pas l’intention de l’envoyer au cimetière, mais aucun des autres non plus —. Dès que l’implication est partielle, la responsabilité est ressentie encore plus diluée. En ces temps où les avocats entrent longuement dans les détails, le juge rêve de faire prendre chair à la fatalité, pour avoir quelqu’un à mettre en prison. Car l’opinion lui réclame un coupable. Souvent il est désigné, par exemple le président de la compagnie aérienne, une cible qui a l’avantage de recueillir une popularité certaine et qui, de surcroît, jouait scandaleusement au golf pendant que son avion broyait tant d’innocents. Une tête couronnée tombe — pour la galerie ; en pratique la compagnie paye une lourde somme —. La vindicte s’apaise.

Un patient X décède d’un traitement, donné pour une maladie invalidante mais pas mortelle. Qui est responsable ? Continuer la lecture de Qui est responsable ?

La maladie de Sachs : le protecteur et le conseiller

La maladie de Sachs : je viens seulement de voir ce film et n’aurais pas fait un post pour la performance cinématographique. La critique n’ayant rien d’autre à offrir qu’un gain de conscience, je n’en décelais pas ici. L’indulgence serait de dire que l’oeuvre remonte aux années 90. Mais elle ressemble à un film des années… 60, pas de ceux conservés précieusement sur son disque dur. Un message existe dans l’histoire, mais il n’est pas délivré. Le médecin doit « tenir », a-t-on l’impression, sans que l’allure du prophète muet, prêt à la crucifixion, joué par Dupontel, ne gêne le moins du monde.
Quel est le message ?
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Faut-il torturer le terroriste ou terroriser le tortionnaire ?

L’essentiel : sous ce titre étrange se cache une expérience de pensée sur l’éthique.
-Un terroriste peut-il être torturé ?
-Les 3 lois de l’Humanisme
-Application à l’éthique médicale : jusqu’où peut aller la science ?
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Manipulations et accidents neurologiques

Le Figaro reprend une étude anglaise (Ernst, Exeter) sur la sous-déclaration des accidents provoqués par la chiropractie, méthode de manipulation de brève amplitude peu répandue en France mais bien installée chez les anglo-saxons. Elle n’apporte guère de nouveauté. Les manipulations provoquent d’assez fréquents incidents — exacerbation des douleurs quand le geste n’a pas résolu le trouble mécanique : la zone irritable n’aime pas être chahutée en vain — et de rares accidents : le plus grave est la dissection de l’artère vertébrale avec des accidents neurologiques sévères ; grave également mais plus exceptionnel est la manipulation d’une vertèbre pathologique (angiome, métastase, spondylite infectieuse) ; enfin plus bénigne est la radiculalgie par mobilisation d’une hernie discale.
Ces complications ne sont pas très différentes de celles des traitements classiques. Les médicaments, d’efficacité piteuse dans les indications des techniques manuelles, montrent plutôt la couleur de leurs effets secondaires. Ceux-ci peuvent être graves : le nombre de décès provoqués par les AINS dépasse largement, statistiquement, celui des accidents neurologiques liés aux manipulations. Si le patient court-circuite facilement le médecin classique pour l’ostéopathe ou le chiropracteur dans les douleurs vertébrales, c’est qu’il trouve chez les seconds un meilleur rapport bénéfice/risque. Les complications, certes, ne sont pas inexistantes, mais le bénéfice est nettement plus spectaculaire. Nous savons que, dans un tel domaine, tout est affaire d’engagement éclairé du patient.

Ernst m’évoque un professeur connu de rhumatologie qui enseignait avec ardeur à ses étudiants de proscrire toute forme de manipulation… et se précipitait chez l’ostéopathe de son quartier quand il éprouvait une douleur vertébrale insupportable. Chaque militant de la médecine enjolive sa pratique et déverse sa bile sur ceux qui lui disputent le pouvoir. Certainement que les chiropracteurs n’insistent pas lourdement sur les exceptionnels accidents neurologiques à chaque fois qu’ils proposent une manipulation, comme le médecin évite par exemple de raconter en détail le léthal syndrome DRESS susceptible de survenir avec une prescription aussi banale que l’ibuprofène.

La bonne règle de pratique, quand on est médecin « conseilleur » sur la médecine manuelle, n’est pas tant d’exiger la pratique systématique de radios avant manipulation, qui ne met pas à l’abri des dissections vertébrales, que de recommander les techniques manuelles non forcées en première intention. Pour le néophyte, la médecine physique se réduit aux manipulations. En réalité l’univers de ces techniques est extraordinairement varié, cible tantôt l’articulation — chiropractie et manipulateurs classiques —, tantôt le muscle ou des points « gâchette » participant à un arc douloureux réflexe. Même si l’on s’attaque directement à la mobilité articulaire, structure initiatrice de presque tous les conflits durables, il n’est pas obligatoire d’effectuer un geste forcé, c’est-à-dire poussant l’articulation au-delà de ses limites habituelles. Des techniques très fines, par exemple l’amphothérapie de Jean-Marie Soulier, utilisent dans le « silence articulaire » des micro-mouvements parfaitement physiologiques : un genre de magie qui, bien réalisée, provoque sans aucune pression douloureuse… des impressions miraculeuses.

Aucune technique, cependant, n’a de prétention à l’universalité, quoi qu’en disent ses promoteurs. Si plusieurs tentatives de traitement non forcé ont échoué, il est licite de proposer une manipulation, en ayant cité les risques et demandé au patient de confirmer son engagement… et en espérant qu’il aura la force de rester détendu malgré tout.

Méthode infaillible contre l’erreur médicale

Le fascicule annuel de la MACSF sur la responsabilité médicale, florilège d’affaires censé sensibiliser la profession sur les fautes médicales évitables, est sans doute en fait la propagande la plus aboutie pour faire abandonner ce métier. Non pas que les décisions des juges semblent injustes, mais les erreurs rapportées apparaissent tellement humaines, capables de se glisser aisément dans une journée de travail surchargée, que l’on ressent sourdement la présence de l’épée encore oubliée sur notre tête par cet étourdi de Damoclès, sauf à congédier la moitié de notre clientèle pour s’occuper de l’autre avec une attention obsessionnelle.

La seule bonne façon de travailler m’a été enseignée par mon patron, en consultation externe : sa célébrité était telle que le délai de rendez-vous pour le voir se situait entre 4 et 5 mois. Les patients avaient bien entendu vu plusieurs médecins entretemps si le problème était sérieux, et le diagnostic était déjà correctement balisé. Si le problème était mineur, il avait généralement guéri de lui-même, et la consultation — de politesse — consistait à le confirmer au patient, ce qui rehaussait encore la réputation du professeur.
Je n’ai pas encore mis en pratique, à ma grande honte, la méthode de mon mentor. Je continue à voir des patients malades, parfois en urgence le jour-même, et ils compliquent terriblement le bel ordonnancement des rendez-vous pris à l’avance. Qu’est-ce qui me prend de courir de pareils risques ? Comme il semble impossible d’appliquer l’Evidence Based Medecine aux imprévus du quotidien, dois-je plutôt donner systématiquement les rendez-vous dans 4 mois pour faire de la Médecine Évidente de Base ? Continuer la lecture de Méthode infaillible contre l’erreur médicale

SarkHomme

Quel regard apolitique peut-on porter sur l’élection en cours, très passionnée, et qui va produire, merveilleux effet de la démocratie, son éternelle moitié d’insatisfaits — c’est à cela que l’on reconnaît une vraie démocratie ! et si l’on pense encore qu’un tel régime met fin aux conflits, c’est que l’on n’a pas saisi leur nécessité impérative — ? Les sarkozystes sont si désespérés qu’ils se scandalisent de cette vidéo sur Hollande, avec en sous-titre qu’un candidat ne pourrait jamais gagner une présidentielle aux USA après une pareille affaire. La mystification politique en question fait plutôt potache ; en réalité elle bouscule presque de façon sympathique l’image de terne fonctionnaire de la politique que véhicule Hollande.

Cette anecdote n’a aucune chance d’influencer l’élection car il n’existe pas de « pro-Hollande », seulement des anti-Sarkozistes. La droite aurait-elle présenté n’importe lequel de ses poulains prometteurs, il gagnait, en se prévalant du bilan gestionnaire de Sarko sans récupérer l’image dictatoriale. Mais les urnes vont choisir un traitement radical : un flash de radiothérapie contre le « SarkHomme ». Continuer la lecture de SarkHomme

Comment différencier une spondylarthrite inflammatoire d’une lombalgie mécanique banale ?

Situation très courante, vu la fréquence des lombalgies chroniques, et gênante quand est finalement porté un diagnostic de rhumatisme inflammatoire alors que l’on a houspillé le patient sur son hygiène de vie depuis des mois ou années, voire entamé sa réorientation professionnelle.
Les conséquences d’un retard diagnostique ne sont heureusement pas dramatiques, car les anti-inflammatoires sont toujours au moins partiellement efficaces, et souvent spectaculaires. C’est plutôt que le médecin et le patient sont gênés de respectivement en prescrire et en consommer autant, sans obtenir de guérison définitive. L’affirmation d’une spondylarthrite va au moins déculpabiliser cette situation car, contrairement aux lombalgies banales, l’utilisation au long cours des AINS est parfaitement conseillée, contre une inflammation « maladie », agressive, et non pas contre une inflammation bénéfique, tentative de réparation physiologique dans les discopathies par excès de contraintes mécaniques.  Continuer la lecture de Comment différencier une spondylarthrite inflammatoire d’une lombalgie mécanique banale ?

Winckler VS Borée : Enfin le début du conflit médical ?

Tandis que le milieu social général progresse régulièrement à coups de conflits résolus, les professions les plus indépendantes sont malades de leur unité apparente.
La médecine en fait partie. Une institution, l’Ordre, a été mise en place pour éviter soigneusement tout conflit : une papauté de la médecine tout aussi conservatrice que la religieuse… La désynchronisation des évolutions sociales et des mentalités médicales est devenue évidente quand les premières ont terriblement accéléré. Continuer la lecture de Winckler VS Borée : Enfin le début du conflit médical ?

Pour mieux vieillir, une stratégie gagnante

5/10
Parmi les nombreux livres pour accompagner le vieillissement, celui-ci est un catalogue complet et consensuel, de lecture facile pour le grand public. Se gardant à tout moment d’être trop personnel, il ne servira pas à la personne vieillissante à se construire une philosophie de fin de vie. Il cible plutôt les familles soucieuses de leurs aînés.
La section ostéo-articulaire est un peu simplette. Beaucoup plus intéressants sont les sujets psychologiques : dépendance, dépression, sexualité… Le plan « Bien vieillir » 2009 y est détaillé. On y repère une des meilleures mesures pratiques : l’habitat inter-générationnel, par exemple un vieux qui préfère rester à son domicile et loue bon marché une chambre à un étudiant.
Se procurer ce livre

Assez d’impostures !

Le Protelos est un cas d’école pour faire apparaître les incohérences qui touchent une grande partie des procédures médicales.

Les « recommandations » reposent sur des raisons essentiellement psychologiques, et fort peu scientifiques. Il est ainsi « acceptable » globalement que des décès surviennent en relation avec un traitement quand davantage de vies sont sauvées, alors que si l’on descend à l’échelon individuel certains des décédés auraient fait partie des survivants. La sensibilité populaire accepte facilement des morts « cachés » parce que la statistique n’est pas capable de les nommer, alors qu’elle supporte mal les injustices évidentes comme les patientes décédées d’un DRESS en étant traitées pour un risque tardivement et non inéluctablement mortel. Ces morts-là sont faciles à identifier.

Quand aux effets bénéfiques versus indésirables non mortels, c’est la bouteille à l’encre. S’il est assez facile de se focaliser sur des nombres de décès en raison du caractère sacré de la vie, comment chiffrer le poids de tel avantage ou de tel inconvénient ? Que vaut une éruption cutanée, plus cher ou moins cher qu’une douleur soulagée ? L’importance est-elle la même pour tous ? Un urticaire ou une diarrhée est facile à noter, mais qu’en est-il de toutes les perturbations moins apparentes ? Comment évaluer précisément les conséquences d’une abstention thérapeutique ? Comment chiffrer l’effet du confort sur le bonheur et l’autonomie future ? La médecine scientifique manipule son boulier avec un bandeau sur les yeux. L’intuition du médecin de famille expérimenté lui donne souvent des indications plus précises.

En fait les recommandations peuvent changer radicalement selon qu’elles s’adressent à l’esprit de ruche ou à l’individualiste. Continuer la lecture de Assez d’impostures !

Protelos : Faut-il continuer à se poudrer les os ?

Séparons d’emblée Protelos et ranelate de strontium, le principe actif. Protelos pâtit des vilenies de Servier. Coup de projecteur. Mais lobbying et petits arrangements ne sont-ils pas profondément incrustés dans toute l’industrie ? Peut-on simplement boycotter un médicament et moraliser quelques procédures ? N’est-ce pas une rustine du type appliqué au gouffre de la sécu, qui donne bonne conscience et évite de s’attaquer aux ressorts fondamentaux du système de santé ?
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