juil 132014
 

La dépression est la prise de conscience inappropriée de nos incohérences. Elle correspond à une perte d’efficacité de l’Inventeur (2), que l’on pourrait rebaptiser ici l’Affabulateur, garant de notre continuité psychique. Sans lui, impossible d’établir la fusion entre nos intentions et les informations fournies par l’environnement. Une distance insurmontable se manifeste. La dépression provient de l’ingurgitation malheureuse d’Observateurs (3) étrangers en polyconscience. L’image trop précise, peu malléable, qu’ils ont de nous, devient un poison pour l’Affabulateur. Elle s’est inscrite trop profondément pour pouvoir être simplement rejetée comme information fausse. Elle fait à présent partie de la Psociété. Les vives pulsions en provenance du Stratium (4) inférieur s’évaporent sous le soleil trop ardent de l’objectivité, comme un fleuve se perdant dans des marais en voie d’assèchement.

La dépression est difficile à traiter parce qu’en réalité le dépressif convient à beaucoup de gens. Dans ce monde surpeuplé de prétentions, le dépressif n’est pas envahissant. Il est même complètement absent. Il ne gêne que les proches, ceux qui ont investi sur lui, et en quelque sorte se désespèrent de voir que sa valeur n’est plus cotée à la bourse sociale.
En fait, si vous y réfléchissez, les gens pénibles sont au contraire ceux disposant d’un Affabulateur omnipotent, capable d’opposer systématiquement une « bonne » raison à n’importe quelle remarque pertinente. L’image inversée du dépressif est le maniaque, vivant dans un monde splendide dont il est l’empereur incontesté. Autant le caractère pathologique du dépressif est évident, autant il est difficile de repérer la frontière précise entre le maniaque psychotique et le simple optimiste, tant nous sommes naturellement positivistes.

Le problème posé par cette nature est que nos positivismes individuels sont en concurrence. Ce sont les congénères qui vivent dans un monde trop illusoire (pour nous) qui nous gênent, tandis que ceux ayant absorbé les évaluations de notre Observateur sont au contraire « affiliés » à notre propre monde.
Le dépressif s’y insère donc très bien. Il se voit sans fard dans la misère de sa condition humaine, des incohérences entre espoirs et réalisations que nous voyons plus crûment chez les autres que chez nous. Nous lui accordons sans difficulté le droit de se garder de toute gaieté déplacée. Notre charité lui est acquise. Qu’il fasse carrière de cet état n’est pas un réel problème pour la société. Il y a tant d’ambitieux plus difficiles à gérer.

Quel devrait être le traitement d’un dépressif, en conséquence de ceci ?
Il ne repose absolument pas sur une quelconque agression biologique, mais sur le redémarrage de son Affabulateur, soutenu par le vôtre. Dans les faits, cela consiste à lui demander de raconter sa pauvre histoire et lui rétorquer, les yeux dans les yeux, sans vaciller : « Mais vous êtes une personne géniale !!! ».
Mensonge ? Problèmes éthiques et manque d’enthousiasme s’évanouissent entièrement le jour où votre Observateur est devenu assez efficace pour vous faire remarquer que vous pratiquez exactement la même chose sur vous-même. Tous les jours notre Affabulateur personnel nous répète au réveil : « Tu es un type génial. Regarde comme les gens t’aiment. Incroyable que tu aies pu t’insérer dans ce monde hostile de cette façon. Je n’en reviens pas que tu aies une réaction immédiatement disponible pour chaque défi ». Sans cette litanie en toile de fond, personne ne se lèverait le matin.

Alors, n’est-ce pas un effort anodin que prêter un peu ce foutu Menteur à notre congénère dans le besoin ? Eh bien non, justement. Imaginez qu’il devienne aussi doué que nous pour se mentir. Ouh ! L’horrible prétentieux qui se dessine. N’est-il pas préférable, finalement, de le rendre simplement un peu plus euphorique à l’aide de quelques pilules ? Voilà un bon patient. Redevable. Un vernis d’illusion est effectivement offert. Celui, en couche épaisse, d’un malade. Mais lui fournir l’appréciation merveilleuse autant que fausse qui lui permettra de réaliser ses intentions, ah ça non !
Les antidépresseurs, au mieux, gardent la tête hors de l’eau. Ils n’ont jamais fait apprendre à nager.

(1) J’ai voulu bien sûr parodier, dans le titre, l’article paru dans Le Point « L’Académie de médecine au secours des antidépresseurs », qui a servi de point de départ à ce texte.
(2) L’Inventeur est cette faculté du cerveau gauche à trouver une explication à tout ce qui survient dans notre environnement, même lorsque nous disposons d’informations inadéquates ou insuffisantes.
(3) L’Observateur est une faculté plus tardive qui permet de considérer le fonctionnement de son propre esprit, disons « objectivement » pour simplifier. Nous l’entraînons au départ en analysant la situation des autres.
(4) Le Stratium est l’édifice neurologique auto-organisé, partant des groupes traitant les entrées sensorielles et rétro-contrôlé en étages successifs jusqu’aux fonctions supérieures.

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juil 112014
 

Une étude américaine de Friedly reprise par le New-York Times et le Figaro pourrait changer l’attitude vis à vis des infiltrations rachidiennes. Quelques critiques précises lui enlèvent en réalité tout intérêt :

—Elle n’a concerné que des patients souffrant de canal lombaire rétréci. C’est un tableau bien particulier parmi les problèmes vertébraux, touchant essentiellement les gens âgés, et provoquant en fait plutôt des troubles neurologiques dans les membres inférieurs que des lombalgies. L’étroitesse du canal en elle-même ne provoque aucune agression vertébrale ; les douleurs à ce niveau ne surviennent qu’en cas de pathologie dégénérative associée. Par contre la compression des structures nerveuses entraîne la classique claudication radiculaire ou médullaire, c’est-à-dire une sensation d’engourdissement douloureux sur une jambe ou les deux, pouvant empêcher complètement d’avancer au bout de quelques dizaines de mètres.
Ce tableau caractéristique est une indication à une tentative de rééducation, efficace surtout quand la cambrure lombaire est marquée et la personne plutôt sédentaire (mauvaise protection musculaire). Une infiltration épidurale a parfois un effet excellent s’il y a eu surmenage lombaire ou traumatisme, ciblant un oedème médullaire ou radiculaire. Elle n’aura pas d’effet durable en cas de canal rétréci sévère et ne doit pas être répétée sur une forme chronique. La chirurgie est indiquée, même à un âge avancée, en cas de troubles neurologiques lentement progressifs.

—Les causes d’une lombalgie sont multiples. Toutes les études appréciant l’efficacité des infiltrations sont déconsidérées par le mélange, dans le recrutement des patients, de bonnes indications à ce traitement et de mauvaises, empêchant de repérer les sous-classes qui en bénéficient. Pourquoi les rhumatologues s’acharneraient-ils à transpercer leurs patients s’ils ne voyaient que des mines déçues en retour ? La médecine universitaire ne comprend toujours pas grand chose à la physiopathologie du rachis en regroupant ces douleurs sous le terme de « lombalgie commune ». En conséquence, les gens à présent voient un ostéopathe en 1ère intention, et ils ont la plupart du temps raison, tandis que les études EBM claironnent ne trouver aucun effet démontrable de la médecine manuelle…

—L’étude a comparé des infiltrations de corticoïdes à un anesthésique seul. Celui-ci a un effet excellent dans les lombalgies. La douleur persistante est liée en grande partie à la richesse de l’innervation locale, au point que le patient ne perçoit souvent pas l’amélioration lésionnelle et continue à se comporter de façon précautionneuse, d’autant plus qu’il est mis en arrêt de travail et coupé de ses activités habituelles. L’anesthésique coupe le « court-circuit » douleur/inaction et permet de s’apercevoir que l’on n’est pas si handicapé. Il existe de nombreuses techniques dites de « contre-stimulation » agissant par le même biais : électrothérapie, ondes de choc, acupuncture, mésothérapie, reboutement (travail des terminaisons nerveuses tissulaires), etc…

epiduraleA présent, devons-nous en conclure que les infiltrations sont toujours un traitement judicieux du rachis ? Certainement pas. Sans doute sont-elles faites trop systématiquement. Leurs dangers, cependant, repose entièrement sur la façon dont elles sont réalisées, et leur intérêt sur un diagnostic précis de la cause de la lombalgie.

Les infiltrations foraminales, même réalisées sous contrôle scannographique, présentent des risques aussi exceptionnels que graves. Ce n’est pas tant la piqûre d’une racine, méchante mais à laquelle le patient réagit immédiatement, dissuadant d’une injection délabrante, que la présence d’une artériole ectopique alimentant racine ou moelle épinière, susceptible d’être lésée et pouvant entraîner au pire un infarcissement médullaire (paraparésie).
Les indications de ces injections ne sont pas les lombalgies mais les radiculites sur hernie ou arthrose foraminale. Les techniciens préfèrent à présent la voie para-lamaire ou para-transversaire en s’arrêtant dès qu’ils entrent dans l’espace foraminal, sans chercher à s’approcher de la racine.

L’excellente indication de l’infiltration est la douleur facettaire de la femme à morphologie dite trophostatique (hyperlordose, déficit ceinture abdo, bassin large, surpoids), cette fausse radiculalgie projetée volontiers en ceinture abdominale, ou à l’aile iliaque, ou l’aine, ou la face externe de hanche et de cuisse. Elle se rapporte à un point très sensible en L3-L4 ou L4-L5 latéral, souvent noyé dans une cellulalgie paravertébrale diffuse. L’injection n’a pas besoin d’être intra-articulaire (le pannus important chez ces femmes nécessite des cathéters longs et impose le repérage scopique si l’on veut être sûr de l’injection intra-facettaire). Elle ne demande pas de grandes compétences techniques.

Très différente est l’épidurale, qui garde une bonne indication dans la discopathie aiguë évolutive. Sa réalisation technique est délicate. Elle n’est facile que chez les patients maigres. Toute personne un peu corpulente devrait bénéficier d’un guidage scannographique. D’autant qu’il faut utiliser des aiguilles fines (aiguilles à PL enfant), limitant le risque de brèche épidurale, mais difficiles à diriger en profondeur.
L’indication des épidurales est souvent trop tardive. Elle est demandée par le médecin traitant après échec d’un traitement anti-inflammatoire classique et d’antalgiques, mais est surtout utile au début d’une discopathie aiguë, pas dans les formes subaiguës traînantes.
Le risque infectieux d’une épidurale est exceptionnel. Le risque courant est la réaction méningée par brèche épidurale et fuite de liquide méningé. Pour l’éviter, utiliser des aiguilles de 0,7mm maxi (l’intra-musculaire verte est déjà trop grosse), mettre le patient en hyperlordose une minute dès l’injection terminée (elle est faite en délordose), et si possible l’allonger un quart d’heure avant qu’il reparte.

Dans les poussées de lombarthrose chez les gens âgés, l’infiltration n’a de bon rapport bénéfice/risque qu’en paravertébral et si les points douloureux sont nets à ce niveau. Contrairement au syndrome de facette, les résultats sont nettement meilleurs si l’on est bien intra-articulaire (intérêt d’un repérage scopique). Ces injections faites correctement (1,5cm latéralement à la ligne médiane, bien dans l’axe, ne présentent pas davantage de risques qu’une intra-musculaire banale.

infiltration Les études EBM classiques n’apprécient pas les conséquences de l’attentisme. Un gros défaut. Typiquement elles vont analyser un critère central, par exemple la douleur sur échelle visuelle analogique (EVA), à différents temps de l’évolution. Si ce critère est identique chez traités et témoins à 3 mois du début de l’épisode, le traitement est considéré comme dénué d’efficacité significative ou de l’ordre du simple confort. Mais ces critères n’apprécient absolument pas ce que les gens sont devenus réellement. Aucune précision sur les changements physiques, fonctionnels, et psychologiques, du fait d’avoir vécu une maladie soit difficile soit confortable. Un patient ayant fait de lourds compromis dans sa vie de tous les jours pointera de la même façon sur l’EVA qu’un autre ayant gardé une activité physique presque normale avec des traitements plus agressifs. Parmi les patients se déclarant avec des séquelles identiques, certains se jugeront inaptes à refaire le moindre effort physique, les autres reprennent leurs projets là où ils les ont laissés. L’expérience montre que l’attentisme place bien davantage de personnes dans la première catégorie.

Les médecins devraient certainement être encouragés à l’attentisme par le fait suivant : les interventions médicales pointent en 3ème position derrière les maladies cardiovasculaires et les cancers comme cause directe de décès, d’après une enquête américaine en 2000. Ce sont des chiffres US, mais Barbara Starfield, qui a publié cette étude dans le JAMA, a eu le courage de regrouper toutes les causes iatrogènes, accidents chirurgicaux, infections nosocomiales, erreurs d’associations médicamenteuses et effets secondaires graves, pour arriver à cette conclusion. Aucune étude européenne n’a cherché à établir un tel calcul. Le web francophone est tout simplement muet sur l’enquête américaine, bien entendu largement reprise par le web anglophone. Pas terrible pour le moral des patients, s’autorise-t-on à penser. Mais que doit faire le médecin de cette information ?

Il peut conclure : « moins j’interviens, moins je fais de dégâts ; je n’agis que si j’ai une certitude ». Malheureusement il est difficile de fonder cette attitude sur les études EBM, pour deux raisons principales (plus une foule de raisons accessoires que nous avons largement détaillées sur ce blog) :
—Les traitements placebo administrés aux témoins ne sont pas factices ; ils sont des interventions médicales.
—Et la non-intervention est considérée comme laissant le malade dans son état « naturel ». Or non. C’est une personne atteinte d’un trouble, modifiant sa vie.
Vous devinez bien entendu que le côté excessif de l’étude de Starfield est qu’elle ne peut dire combien de personnes, parmi les victimes d’interventions médicales, seraient décédées de toute façon, et dans quel délai. Elle ne peut dire surtout combien de personnes, parmi celles qui ont survécu à ces interventions, seraient décédées si elles ne les avaient pas reçues.

Nous savons que les traitements, infiltrations ou autres, reçoivent beaucoup trop de publicité, favorable ou défavorable. Un patient doit s’engager dans son traitement, aux côtés de son médecin, mais sans aller jusqu’à l’enthousiasme. La maladie ne doit jamais prendre tant d’importance. Ce n’est qu’une mauvaise météo. Oui, nous pouvons mourir dans une tempête. Mais quand nous avons réussi à la traverser, nous sommes restés nous-mêmes. Nous ne sommes pas devenus bigots du système de santé.

Comment savoir, pour conclure, si l’on réalise des infiltrations à juste titre ou non ?
Voici l’un des meilleurs critères : regardez de combien augmente votre assurance professionnelle parce que vous en faites…

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juil 052014
 

criLa pulsion souterraine est considérée en psychanalyse comme fondamentalement identitaire. La souffrance de l’être provient de la médiocre satisfaction apportée par notre comportement, calé sur nos souhaits superficiels, tandis que les profonds crient leur désespoir, et se manifestent par de brefs actes d’une terrible incohérence.

En théorie polyconsciente, l’identité est répartie entre la société intérieure, la biographie, et le corps, tout cela emballé par le « Je ». Chercher à étendre son identité par un travail sur la biographie est parfaitement licite, et en ce sens il faut adouber les efforts psychanalytiques. Cependant ce n’est pas une thérapeutique, plutôt un apport de sens à l’existence. Pourquoi ?
Les désirs profonds, instinctifs, sont la partie la plus basse de l’édifice neurologique auto-organisé. Ce serait manquer de prétention que situer là son identité. C’est d’ailleurs le danger majeur de l’exploration de son propre inconscient : la régression. L’on pourrait finir par se réduire à ces pulsions instinctives, le garçon se voir comme réalisé seulement le jour où il couchera avec sa mère, ou quand il aura liquidé son rival de père. Ce n’est pas un danger propre à la psychanalyse. Le fervent adepte des neurosciences se regarde comme un amalgame réducteur de comportements pré-programmés et devient prévisible à l’extrême, le moindre aspect de sa vie devenant réglé par ce qu’il connaît du fonctionnement de son esprit.

L’identité ne trouve rien de spécifique dans ces intentions fondamentales communes à tous, même aux animaux, et inscrites par la génétique. Elle réside dans la manière dont nous les avons confrontées, jour après jour, aux résistances de l’environnement. Elle réside dans les mimétismes comportements que nous avons pêchés autour de nous et remaniés pour assembler une société intérieure unique. Notre identité est ce capharnaüm, réussites et échecs inclus, conduites harmonieuses et dysharmonieuses. Il est nécessaire de réfléchir dans son individualité aux modifications que nous voulons y apporter, aux nouvelles personae que nous voulons intégrer, et ne pas se faire taguer un modèle qui plaît surtout à d’autres ou à la société.

Le coeur de notre identité est l’univers d’illusions construit à propos du Soi, l’anticipation d’un destin jamais modeste puisque même dans le respect de règles de vie simples nous cherchons à approcher la perfection. L’identité est la fleur de la poussée individualiste. Elle veut laisser une trace indélébile sur le monde. Si nos moyens nous le permettaient, chacun d’entre nous chercherait à dévorer l’Histoire et à en expulser une nouvelle, irrémédiablement digérée par ses actes singuliers.

Vous retrouvez dans la saillie de Lacan ce fil conducteur à propos de la psychanalyse, c’est-à-dire que les désirs mis à jour par la cure existent bel et bien, mais que les rechercher est une démarche identitaire et non une thérapeutique de l’identité. Nous n’avons pas forcément besoin de les connaître pour disposer d’une personnalité efficace.
Notre propre saillie sera celle-ci : lorsqu’il est impossible de s’emparer de l’Histoire, la consolation est de s’emparer de « son » histoire.
Et puis… qui sait ?

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avr 012014
 

En 2014 il faut jeter vos hebdomadaires d’actualité et vous abonner à Philosophie Magazine. Les évènements du monde y sont traités avec un mélange de vues qui en font un véritable belvédère polyconscient. Tous les grands penseurs y sont convoqués, derrière les philosophes qui analysent et poursuivent leur oeuvre. C’est l’abondance de ces fines alternatives de jugement qui nous permet de cerner au plus près la vérité intrinsèque d’un évènement.

Cependant Philosophie Magazine a ses limites. Quand cette revue traque le sens du monde à travers la grille des penseurs classiques, et même contemporains, elle ne décrit pas le présent tel qu’il est réellement. Elle cherche plutôt une identité du présent compatible avec les philosophies du passé. Elle reste, ainsi, toujours un peu à la traîne.

L’autre grande revue indispensable est Cerveau & Psycho.
La grande carence des classiques, en effet, est la maigre connaissance de leur outil à penser, autrement qu’en circuit fermé. Quand la phénoménologie avoue que l’esprit déforme férocement jusqu’aux concepts attribués à la réalité, elle ne dit pas grand-chose de ce Réel, voire certains préféraient en nier l’existence. La science s’est révélée sans rivale pour construire le tissu de concepts qui, s’il n’est toujours pas le Réel, du moins le moule étroitement. Elle permet de remonter l’histoire évolutive de notre cerveau, de comprendre les intentions fondatrices de notre mode de pensée.

Cerveau & Psycho apporte des précisions sur nos rouages psychiques, tout en gardant une grosse langue de bois sur le libre-arbitre. On se demande en effet dans quel recoin dissimulé du cerveau il pourrait bien survivre, tellement le moindre de nos actes est profondément influencé par un grand nombre d’« ancres » environnementales et génétiques. Lire d’un bout à l’autre cette revue est franchement désespérant : elle réduit quasiment la personnalité à un vaste éventail de réflexes ultra-sophistiqués. Une limitation sévère et injustifiée. Elle remonte l’histoire de ces réflexes, mais est incapable d’en faire la somme. Elle n’est qu’un index des progrès de la science. Aucune intégration de ces découvertes dans la biographie de l’esprit résultant. C’est pourtant ce phénomène que nous éprouvons, et non ses connexions neuronales.

Il existe, au final, un fossé, entre un Philosophie Magazine aveugle au fonctionnement intime de l’esprit, et un Cerveau & Psycho considérant le mental comme une simple addition d’expériences scientifiques.

Le nexialisme est une discipline créée par A.E. Van Vogt, un auteur de SF célèbre, dans son space-opera « La faune de l’espace ». Un livre, en passant, qui n’a pas pris une ride. Le nexialiste de l’expédition scientifique au coeur de l’histoire est un savant ne possédant aucune spécialité sinon celle de les coordonner toutes. Un généraliste de la science. Les seuls qui peuvent prétendre à ce titre dans la société contemporaine sont peut-être… les journalistes.

Je rêve d’une revue nexialiste qui établisse des passerelles entre les sciences physiques et humaines.

Vous remarquerez que je n’ai même pas cité les revues médicales dans ce duel. En effet, vous pouvez les ignorer. La médecine singeant depuis quelques décennies les sciences expérimentales les plus dures, vous serez parfaitement informé en lisant rapidement la dernière ligne de chaque abstract. Le reste ne vous intéressera que si vous êtes un passionné de statistiques. Cela fait bien longtemps maintenant que la presse médicale ne s’occupe plus de sciences humaines. Même la psychiatrie s’est inféodée, à part quelques poches de résistance, à la science des rouages biologiques et non à celle de l’esprit résultant.

Est-ce une surprise ? La formation médicale est totalement élaguée des sciences humanistes. Un étudiant en lettres connaît davantage de philosophie. Les jeunes médecins se sont retrouvés sans défense face à l’essor de l’industrie pharmaceutique et de ses techniques d’influence éprouvées. L’ancien praticien respecté pour des connaissances qui dépassait largement le cadre du tube à essai, connaisseur de la pensée de son siècle et de l’Histoire, est devenu un petit commerçant vénal, stupéfait de la disparition de son statut social, agitant son diplôme de « médecin fondé sur les preuves », preuves que tout le monde peut trouver sans difficulté sur le web (et parfois plus fraîches).

Ainsi la corporation médicale a perdu tout pouvoir sur son destin, n’a aucun projet global de santé, est toujours désorganisée par un vieux clivage public-privé, est une entreprise de services répondant aux commandes exclusives des technocrates, réclame son euro d’augmentation comme tout bon syndicalisme ouvrier.

Heureusement persistent des révoltes individuelles. Les deux revues citées sont de forts soutiens, empêchant de basculer dans le scientisme comme dans le mysticisme. A quand l’espace qui établira le lien ?

La thérapeutique d’une société ne peut être trouvée isolément dans la physiologie, la psychologie, la sociologie, l’histoire des siècles passés. Il nous manque les penseurs au carrefour de toutes ces disciplines, assez doués pour établir un projet de société. Ce n’est pas à vrai dire qu’ils soient absents, mais personne ne les voit. Car ce n’est pas le vote démocratique qui les signale. Ce n’est pas non plus la presse, quand elle publie les découvertes ultra-spécialisées. Chacun d’entre nous en fait, en cette ère de promotion de l’individualisme, joue à faire le nexialiste. Nous ne confions plus cette tâche à quiconque, pas au médecin de famille en tout cas, et de plus en plus difficilement à un polichinelle politique. Il y a tellement à savoir, que nous préférons ignorer l’étendue de notre ignorance, et choisissons nos repères au fil de nos errances numériques.

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déc 162013
 

psychoticDécouvrons-les avec l’histoire de Stéphane M, psychotique assassin d’un enfant de 10 ans d’une manière atroce. Sa condamnation à 30 ans de réclusion classique a soulevé une polémique ; Jean-Pierre Olié, psychiatre judiciaire connu, a dénoncé la « faillite de l’expertise psychiatrique française » ; il accuse ses collègues, qui ont retenu une « responsabilité partielle », de « s’être pris pour des philosophes » en jugeant une notion aussi délicate que le libre-arbitre, alors qu’ils auraient du se contenter d’exposer le trouble mental.

Jean-Pierre Olié ne réalise pas qu’avec ce discours il tombe dans un travers identique à celui dont il accuse ses collègues : il dit ce que doit être (et ne pas être) le fonctionnement de la justice, alors qu’il n’en est pas un expert, lui non plus.
Nos prétentions vont outrepasser les siennes : nous allons voir comment la théorie polyconsciente éclaire les fils que nous souhaiterions voir animer la Justice, ainsi que ceux la reliant à la philosophie et à la psychologie.

Le meurtre perpétré par Stéphane M n’est ni un acte raisonné par son auteur, ni une pulsion sortie du néant. Il existe une structure psychique capable de la fabriquer ; une telle agressivité provient certainement des multiples frustrations emmagasinées jusque là par cet esprit en grande peine à se construire. Quelques instants de désinhibition et la catastrophe survient. « Le reste de la structure psychique n’a rien empêché ». Cette formulation définit la responsabilité. Mais nous pourrions dire aussi : « le reste de la structure psychique n’a rien pu empêcher ». Dans la première formule, nous supposons que cet « environnement » psychique autour de la pulsion est doté d’un pouvoir décisionnaire absolu, siège de la responsabilité. Aucune étude ni aucune théorie en vigueur dans les neurosciences n’a jamais trouvé le moindre argument pour un tel organe dictatorial. Nous ne naissons pas avec un gendarme moral intégré, nous introduisons des éléments de moralité dans notre construction psychique, quand celle-ci se déroule dans des conditions favorables. Continue reading »

 Posted by at 20 h 58 min
déc 062013
 

femme-hommeUne nouvelle étude neuro-scientifique a relancé la polémique entre idéologies sexiste et unisexe. Le web bruisse de vitupérations. L’étude montre des schémas de connectivité neurale différents entre hommes et femmes ; les connexions entre hémisphères sont plus nombreuses qu’à l’intérieur des hémisphères dans les cerveaux féminins ; c’est le contraire dans les cerveaux masculins. Elle suggère que ces derniers sont plus aptes à une coordination entre perception et action, tandis que les cerveaux féminins facilitent la communication entre processus analytiques (hémisphère gauche) et intuitifs (hémisphère droit). Dans un climat tendu sur le sujet, la directrice de l’étude, Ragini Verma, tire une conclusion nuancée : de quoi expliquer pourquoi les hommes excellent dans certaines tâches et les femmes dans d’autres.

Les réactions sont pourtant vives. L’une des plus complètes est celle de Catherine Vidal dans le Monde. Malheureusement ses arguments principaux ne sont pas recevables : Continue reading »

 Posted by at 18 h 50 min
déc 012013
 

Pas-de-vieux-droguesTrès bon article de Cerveau & Psycho sur les addictions, dont voici les points essentiels :
— La consommation de drogues altère la plasticité cérébrale, rendant difficile tout changement d’habitude.
— Plus en détail, la communication neuronale est altérée par des anomalies de la machinerie moléculaire synaptique.
— On pourrait sans doute réparer cette machinerie avec des traitements pharmacologiques restaurant la plasticité.
— Les toxicomanes pourraient alors abandonner les rituels de consommation de drogue qui les figent dans leur dépendance.
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 Posted by at 7 h 50 min
août 242013
 

En morale on oppose les raisons déontologiques (des tabous impossibles à franchir) aux conséquentialistes (promotion du bénéfice pour le plus grand nombre, tout peut être envisagé si l’on maximise le bien ou minimise le mal). Dans les expériences de pensée, les réponses deviennent hésitantes quand ces raisons s’affrontent, et c’est généralement la culture de la personne interrogée qui tranche. Dans les sociétés utilitaristes (anglo-saxonnes, asiatiques) le choix conséquentialiste l’emporte, tandis que c’est la déontologie qui prime dans les individualistes cultures latines.

Par exemple dans le dilemme du wagon fou, où l’on peut sauver 5 ouvriers travaillant sur le chemin du bolide en le déviant sur une autre voie où travaille 1 ouvrier seulement, les utilitaristes choisiront d’actionner l’aiguillage, les déontologistes non.
Mais s’il s’agissait de sauver dix ouvriers, ou cent, ou mille ? Est-ce que les déontologistes ne finiraient pas tous par se rallier à la raison conséquentialiste ? Continue reading »

 Posted by at 8 h 03 min
juil 132013
 

Quand la médecine EBM raconte des âneries, il n’est pas surprenant de les voir relayées en toute honnêteté par la revue Prescrire. Il s’agit ici de l’absence de preuves évidentes en faveur de la viscosupplémentation intra-articulaire par hyaluronates. Notons que Prescrire, revue de bonne probité générale, montre un enthousiasme particulier à crucifier les traitements employés essentiellement par les spécialistes. Les intentions pures n’existent pas, quelle que soit la blancheur de la blouse. Sur le même sujet il n’existe pas à ma connaissance dans Prescrire de revue des anti-arthrosiques de fond, très largement prescrits en médecine générale, remboursés (glucosamine), et n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité. Tout juste retrouve-t-on un articulet en 2008 sur l’absence de recommandation à utiliser la glucosamine dans la gonarthrose et la coxarthrose, qui ne semble pas avoir eu beaucoup d’influence sur les habitudes.

On retrouve à la Une du même numéro de 2008, sur les traitements de l’arthrose : « L’injection intra-articulaire d’un corticoïde soulage la douleur du genou arthrosique souvent seulement une semaine environ, mais a des effets indésirables graves, notamment une infection du genou » (!) Le journaliste semble penser que l’ajout de « peut [avoir des effets indésirables] » est une fioriture. La page est en accès libre pour le grand public. La fréquence des infections après injection de corticoïde articulaire était estimée à 1 pour 14.000 à 50.000 gestes dans les années 80, et les conditions d’asepsie ont progressé depuis.

Le paracétamol est présenté comme une panacée, recommandé jusqu’à 4g/24H. Aucune mention, ici, des hépatites par abus de paracétamol, par les personnes qui jugent son effet insuffisant. Elles ne sont pas exceptionnelles, et surtout sous-diagnostiquées. Qui pense à une complication avec le « gentil » paracétamol ? C’est en fait une très mauvaise manière de l’utiliser dans l’arthrose, et c’est la raison pour laquelle peu de médecins voient la figure du patient s’éclairer de contentement quand ils proposent du paracétamol. Son effet est bref et surtout sur la douleur nociceptive, tandis que la douleur arthrosique de fond est surtout une raréfaction des autres informations sensorielles. En clair, donner du paracétamol à un arthrosique qui ne bouge pas ne sert à rien. Il faut l’utiliser juste avant des efforts, pour ignorer la dissuasion des articulations usées qui protestent pour se mettre en branle. Il est un faciliteur d’activités et non une couverture antalgique comme peut l’être un tramadol. Continue reading »

 Posted by at 16 h 38 min
juil 062013
 

L’histoire la plus célèbre à propos du match entre Ego et Panconscience est le roman « 1984  » d’Orwell. Winston, fonctionnaire gris et terne de l’Oceania, un pays totalitaire en guerre avec ses immenses voisins, commence à tenir un journal, défiant la Police de la Pensée. Pire, il va tomber amoureux de Julia, une cadre du parti unique Angsoc, et découvre les joies du couple. Malheureusement il est surveillé par le zélé et cruel O’Brien, qui l’arrête, le torture, et le rééduque afin d’extirper toute pensée prohibée. Winston finit en zombie panconscient.

La grossière erreur que véhicule « 1984 », cependant, est de croire que l’individu existe indépendamment de la société étouffante qui l’entoure. Continue reading »

 Posted by at 13 h 58 min
juin 192013
 

L’installation (inconfortable) d’un lombalgique chronique sur la chaise du visiteur déclenche chez le thérapeute deux tendances diamétralement opposées : soit il pratique des techniques manuelles et il accueille un nouveau pilier de son petit commerce ; soit il a une formation générale et subodore que son apport sera au mieux navrant, ce patient ayant certainement déjà essayé AINS et stages kiné sans y trouver de solution. Dans les deux cas, le lombalgique, lui, se sent otage de sa pathologie : quelque soit l’imagination et les compétences de son thérapeute, il est rare qu’il récupère durablement son indépendance et sa santé virginale. Continue reading »

 Posted by at 17 h 05 min
mai 152013
 

trouvez-xLa parution d’un dossier sur le sujet par Science&Avenir me fait ressortir cet article écrit il y a plusieurs années mais que, par distraction, je n’avais pas envoyé sur le blog. Il n’y a rien à y changer et il est plus avancé que son homologue de Science&Avenir, s’appuyant sur des théories neuroscientifiques de l’esprit plus précises, et abordant les techniques non médicamenteuses.

Cette grande question passionne tous les parents d’étudiants… et les étudiants eux-mêmes, mais ceux qui s’y intéressent trop devraient s’en demander les raisons: ne faut-il pas travailler la confiance en soi plutôt que stimuler son intellect ? Ne voudrait-on pas remplacer les données essentielles à ingurgiter par une gelule qui n’en contient aucune ?

Avant d’aborder les méthodes de stimulation, voici quelques réflexions générales qui sont probablement en vérité tout ce que vous avez besoin de lire de l’article : Continue reading »

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déc 272012
 

Dans le milieu des médecins ouverts et méfiants vis à vis des diktats corporatistes, on sait depuis longtemps le dépistage radiologique du cancer du sein, et du cancer de la prostate par dosage des PSA, inutiles en termes statistiques. Bien des vies sont cassées par un test erroné, ou une intervention thérapeutique trop lourde, mastectomie ou prostatectomie.
D’un autre côté il existe un phénomène dont les opposants au dépistage omettent de parler : quand l’on découvre un cancer du sein chez une femme et qu’il est un peu tard pour le guérir, elle demande inévitablement : « Mais si j’avais fait ma mammographie tous les ans, n’aurais-je pas eu une meilleure chance d’être traitée à temps ? ». pincesse-elfeSur un cas individuel, il est bien difficile d’affirmer que la réponse est négative.
Il faut donc que les gens soient informés des avantages et des risques du dépistage et décident de s’y engager ou non, pour limiter tout regret ultérieur.

Personnellement je ne recommande aucun de ces dépistages.
Hommes et femmes doivent s’entraider.
Comme il est très difficile pour un homme de pratiquer sur lui-même le toucher rectal, il lui faut trouver une amie assez intime pour l’aider dans son dépistage, à charge pour lui de la remercier en cherchant très attentivement tout nodule mammaire suspect…

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déc 212012
 

Le-Monde-Polyconscient-final

Avez-vous jamais voulu savoir comment l’arborescence de milliards de neurones, à présent illuminée par les IRM comme des sapins de Noël, pouvait faire naître votre pétillante conscience ?
Notre expédition, à travers ces pages, n’est pas technologique. Elle poursuit un mythe, le Moi. Nous ne le trouverons pas. C’est toute une société intérieure que nous découvrirons à sa place, dans une démarche spéculative, mais bien outillée scientifiquement : évolution, auto-organisation, repères, confrontation avec les théories existantes ; nous vérifierons la congruence de la polyconscience avec le monde que nous fréquentons.
Vous-même risquez d’y perdre votre « Je ». Ce livre n’est point un mets pour tous les esprits. Dotez le vôtre de quelques rations de survie avant de lui faire explorer la jungle polyconsciente…

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déc 012012
 

Nous avons vu la difficulté à établir la « normalité » mentale, ce qui n’empêche pas la psychiatrie « scientifique » d’établir des cases pathologiques, sans beaucoup communiquer sur le manque de sûreté de ces enceintes barbelées.
L’imposture surgit en 2012 à propos de la mise en examen d’une psychiatre ayant donné une permission à un patient psychotique stabilisé, qui s’en est servi pour commettre un meurtre.

Une accusation incroyablement stupide. Quand une personne montre un désir d’autonomie et que son comportement général laisse à penser qu’elle en raisonnablement capable, elle peut acquérir en proportion cette indépendance… et la responsabilité qui l’accompagne. C’est vrai de tout individu, « normal » ou non.
Les étiquettes psychiatriques, terriblement perverses, interdisent la moindre chance de commencer à devenir autonome. Un tel système de classement transposé à tous les citoyens pourrait faire dire : « Un jeune de 18 ans ne peut prétendre aux mêmes droits qu’un individu de 60 ans parce qu’il ne possède pas la même maturité et est plus susceptible d’avoir un comportement irresponsable. Idem pour l’origine sociale, le niveau de revenu, etc… ».
Un diagnostic n’est qu’un repère. Il n’est pas une carte d’identité psychologique.

Le milieu psychiatrique fonctionne en réalité mieux que la société en général, puisque les droits à l’autonomie n’y sont pas automatiquement distribués en fonction d’un critère aussi aveugle que l’âge civil ; ces droits sont demandés, assumés, mérités par la conduite que le « déviant » a su montrer. Bien sûr les dissimulateurs habiles causent des accidents. Les tribunaux, cependant, n’auraient-ils à juger que des crimes de malades mentaux ? Qui doit-on mettre sur le banc des accusés, aux côtés du criminel non psychiatrique, qui s’est vu offrir sans coup férir sa carte d’ « indépendant » le jour de ses 18 ans ?

La déviance est-elle toujours à 90° ?

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juil 232012
 

Découverte du blog Pharmacritique dont l’intérêt est double : indépendance vis à vis de l’industrie et indépendance vis à vis des médecins. La profession ne dispose pas de beaucoup d’observateurs affranchis de la nécessité de flatter, et n’ayant pas non plus de compte à régler. Les avis d’Elena Pasca sont donc précieux, documentés. Un fil RSS obligatoire dans le dossier FMC du praticien qui juge ensuite, au cas par cas, le bénéfice/risque. Un contrepouvoir plus fiable que les délégués des organismes sociaux, représentants de l’intérêt collectif et non de la personne assise en face de vous, qui a les mains agrippées avec un peu d’angoisse à sa pochette d’examens complémentaires, dans l’espoir d’être chez le bon avocat.

Pharmacritique inquiète les lecteurs susceptibles de recevoir un traitement pour de justes indications ? Il est vrai que le post sur le Mabthera n’incite guère un polyarthritique à gambader joyeux vers sa perfusion. Où réside, cependant, le problème ? Le médecin doit-il s’engager dans le traitement à la place du patient, quand celui-ci est seul concerné, et s’il est bien informé ? Ceux qui répondent par l’affirmative sont bien la cible de choix pour les fabricants de santé sous blister. Un patient refusant un risque qu’il a correctement cerné, de son point de vue, exerce sa liberté.
Quand on expose sa santé à l’aléa thérapeutique, autant avoir le plaisir de lancer soi-même les dés.

Bravo à Pharmacritique et ses invités, de nouvelles personae dans la polyconscience de la santé !

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juil 202012
 

Un avion se crashe. Qui est responsable de la mort du passager X ? Le pilote, l’ouvrier qui a fabriqué la pièce à l’origine de la défaillance de l’avion, le contrôleur de qualité de fabrication, le mécanicien de maintenance, et même l’employé d’agence qui a vendu le billet à monsieur X — qui n’avait bien sûr pas l’intention de l’envoyer au cimetière, mais aucun des autres non plus —. Dès que l’implication est partielle, la responsabilité est ressentie encore plus diluée. En ces temps où les avocats entrent longuement dans les détails, le juge rêve de faire prendre chair à la fatalité, pour avoir quelqu’un à mettre en prison. Car l’opinion lui réclame un coupable. Souvent il est désigné, par exemple le président de la compagnie aérienne, une cible qui a l’avantage de recueillir une popularité certaine et qui, de surcroît, jouait scandaleusement au golf pendant que son avion broyait tant d’innocents. Une tête couronnée tombe — pour la galerie ; en pratique la compagnie paye une lourde somme —. La vindicte s’apaise.

Un patient X décède d’un traitement, donné pour une maladie invalidante mais pas mortelle. Qui est responsable ? Continue reading »

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juin 132012
 

La maladie de Sachs : je viens seulement de voir ce film et n’aurais pas fait un post pour la performance cinématographique. La critique n’ayant rien d’autre à offrir qu’un gain de conscience, je n’en décelais pas ici. L’indulgence serait de dire que l’oeuvre remonte aux années 90. Mais elle ressemble à un film des années… 60, pas de ceux conservés précieusement sur son disque dur. Un message existe dans l’histoire, mais il n’est pas délivré. Le médecin doit « tenir », a-t-on l’impression, sans que l’allure du prophète muet, prêt à la crucifixion, joué par Dupontel, ne gêne le moins du monde.
Quel est le message ?
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 Posted by at 15 h 00 min