avr 012014
 

En 2014 il faut jeter vos hebdomadaires d’actualité et vous abonner à Philosophie Magazine. Les évènements du monde y sont traités avec un mélange de vues qui en font un véritable belvédère polyconscient. Tous les grands penseurs y sont convoqués, derrière les philosophes qui analysent et poursuivent leur oeuvre. C’est l’abondance de ces fines alternatives de jugement qui nous permet de cerner au plus près la vérité intrinsèque d’un évènement.

Cependant Philosophie Magazine a ses limites. Quand cette revue traque le sens du monde à travers la grille des penseurs classiques, et même contemporains, elle ne décrit pas le présent tel qu’il est réellement. Elle cherche plutôt une identité du présent compatible avec les philosophies du passé. Elle reste, ainsi, toujours un peu à la traîne.

L’autre grande revue indispensable est Cerveau & Psycho.
La grande carence des classiques, en effet, est la maigre connaissance de leur outil à penser, autrement qu’en circuit fermé. Quand la phénoménologie avoue que l’esprit déforme férocement jusqu’aux concepts attribués à la réalité, elle ne dit pas grand-chose de ce Réel, voire certains préféraient en nier l’existence. La science s’est révélée sans rivale pour construire le tissu de concepts qui, s’il n’est toujours pas le Réel, du moins le moule étroitement. Elle permet de remonter l’histoire évolutive de notre cerveau, de comprendre les intentions fondatrices de notre mode de pensée.

Cerveau & Psycho apporte des précisions sur nos rouages psychiques, tout en gardant une grosse langue de bois sur le libre-arbitre. On se demande en effet dans quel recoin dissimulé du cerveau il pourrait bien survivre, tellement le moindre de nos actes est profondément influencé par un grand nombre d’« ancres » environnementales et génétiques. Lire d’un bout à l’autre cette revue est franchement désespérant : elle réduit quasiment la personnalité à un vaste éventail de réflexes ultra-sophistiqués. Une limitation sévère et injustifiée. Elle remonte l’histoire de ces réflexes, mais est incapable d’en faire la somme. Elle n’est qu’un index des progrès de la science. Aucune intégration de ces découvertes dans la biographie de l’esprit résultant. C’est pourtant ce phénomène que nous éprouvons, et non ses connexions neuronales.

Il existe, au final, un fossé, entre un Philosophie Magazine aveugle au fonctionnement intime de l’esprit, et un Cerveau & Psycho considérant le mental comme une simple addition d’expériences scientifiques.

Le nexialisme est une discipline créée par A.E. Van Vogt, un auteur de SF célèbre, dans son space-opera « La faune de l’espace ». Un livre, en passant, qui n’a pas pris une ride. Le nexialiste de l’expédition scientifique au coeur de l’histoire est un savant ne possédant aucune spécialité sinon celle de les coordonner toutes. Un généraliste de la science. Les seuls qui peuvent prétendre à ce titre dans la société contemporaine sont peut-être… les journalistes.

Je rêve d’une revue nexialiste qui établisse des passerelles entre les sciences physiques et humaines.

Vous remarquerez que je n’ai même pas cité les revues médicales dans ce duel. En effet, vous pouvez les ignorer. La médecine singeant depuis quelques décennies les sciences expérimentales les plus dures, vous serez parfaitement informé en lisant rapidement la dernière ligne de chaque abstract. Le reste ne vous intéressera que si vous êtes un passionné de statistiques. Cela fait bien longtemps maintenant que la presse médicale ne s’occupe plus de sciences humaines. Même la psychiatrie s’est inféodée, à part quelques poches de résistance, à la science des rouages biologiques et non à celle de l’esprit résultant.

Est-ce une surprise ? La formation médicale est totalement élaguée des sciences humanistes. Un étudiant en lettres connaît davantage de philosophie. Les jeunes médecins se sont retrouvés sans défense face à l’essor de l’industrie pharmaceutique et de ses techniques d’influence éprouvées. L’ancien praticien respecté pour des connaissances qui dépassait largement le cadre du tube à essai, connaisseur de la pensée de son siècle et de l’Histoire, est devenu un petit commerçant vénal, stupéfait de la disparition de son statut social, agitant son diplôme de « médecin fondé sur les preuves », preuves que tout le monde peut trouver sans difficulté sur le web (et parfois plus fraîches).

Ainsi la corporation médicale a perdu tout pouvoir sur son destin, n’a aucun projet global de santé, est toujours désorganisée par un vieux clivage public-privé, est une entreprise de services répondant aux commandes exclusives des technocrates, réclame son euro d’augmentation comme tout bon syndicalisme ouvrier.

Heureusement persistent des révoltes individuelles. Les deux revues citées sont de forts soutiens, empêchant de basculer dans le scientisme comme dans le mysticisme. A quand l’espace qui établira le lien ?

La thérapeutique d’une société ne peut être trouvée isolément dans la physiologie, la psychologie, la sociologie, l’histoire des siècles passés. Il nous manque les penseurs au carrefour de toutes ces disciplines, assez doués pour établir un projet de société. Ce n’est pas à vrai dire qu’ils soient absents, mais personne ne les voit. Car ce n’est pas le vote démocratique qui les signale. Ce n’est pas non plus la presse, quand elle publie les découvertes ultra-spécialisées. Chacun d’entre nous en fait, en cette ère de promotion de l’individualisme, joue à faire le nexialiste. Nous ne confions plus cette tâche à quiconque, pas au médecin de famille en tout cas, et de plus en plus difficilement à un polichinelle politique. Il y a tellement à savoir, que nous préférons ignorer l’étendue de notre ignorance, et choisissons nos repères au fil de nos errances numériques.

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déc 162013
 

psychoticDécouvrons-les avec l’histoire de Stéphane M, psychotique assassin d’un enfant de 10 ans d’une manière atroce. Sa condamnation à 30 ans de réclusion classique a soulevé une polémique ; Jean-Pierre Olié, psychiatre judiciaire connu, a dénoncé la « faillite de l’expertise psychiatrique française » ; il accuse ses collègues, qui ont retenu une « responsabilité partielle », de « s’être pris pour des philosophes » en jugeant une notion aussi délicate que le libre-arbitre, alors qu’ils auraient du se contenter d’exposer le trouble mental.

Jean-Pierre Olié ne réalise pas qu’avec ce discours il tombe dans un travers identique à celui dont il accuse ses collègues : il dit ce que doit être (et ne pas être) le fonctionnement de la justice, alors qu’il n’en est pas un expert, lui non plus.
Nos prétentions vont outrepasser les siennes : nous allons voir comment la théorie polyconsciente éclaire les fils que nous souhaiterions voir animer la Justice, ainsi que ceux la reliant à la philosophie et à la psychologie.

Le meurtre perpétré par Stéphane M n’est ni un acte raisonné par son auteur, ni une pulsion sortie du néant. Il existe une structure psychique capable de la fabriquer ; une telle agressivité provient certainement des multiples frustrations emmagasinées jusque là par cet esprit en grande peine à se construire. Quelques instants de désinhibition et la catastrophe survient. « Le reste de la structure psychique n’a rien empêché ». Cette formulation définit la responsabilité. Mais nous pourrions dire aussi : « le reste de la structure psychique n’a rien pu empêcher ». Dans la première formule, nous supposons que cet « environnement » psychique autour de la pulsion est doté d’un pouvoir décisionnaire absolu, siège de la responsabilité. Aucune étude ni aucune théorie en vigueur dans les neurosciences n’a jamais trouvé le moindre argument pour un tel organe dictatorial. Nous ne naissons pas avec un gendarme moral intégré, nous introduisons des éléments de moralité dans notre construction psychique, quand celle-ci se déroule dans des conditions favorables. Continue reading »

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déc 062013
 

femme-hommeUne nouvelle étude neuro-scientifique a relancé la polémique entre idéologies sexiste et unisexe. Le web bruisse de vitupérations. L’étude montre des schémas de connectivité neurale différents entre hommes et femmes ; les connexions entre hémisphères sont plus nombreuses qu’à l’intérieur des hémisphères dans les cerveaux féminins ; c’est le contraire dans les cerveaux masculins. Elle suggère que ces derniers sont plus aptes à une coordination entre perception et action, tandis que les cerveaux féminins facilitent la communication entre processus analytiques (hémisphère gauche) et intuitifs (hémisphère droit). Dans un climat tendu sur le sujet, la directrice de l’étude, Ragini Verma, tire une conclusion nuancée : de quoi expliquer pourquoi les hommes excellent dans certaines tâches et les femmes dans d’autres.

Les réactions sont pourtant vives. L’une des plus complètes est celle de Catherine Vidal dans le Monde. Malheureusement ses arguments principaux ne sont pas recevables : Continue reading »

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déc 012013
 

Pas-de-vieux-droguesTrès bon article de Cerveau & Psycho sur les addictions, dont voici les points essentiels :
— La consommation de drogues altère la plasticité cérébrale, rendant difficile tout changement d’habitude.
— Plus en détail, la communication neuronale est altérée par des anomalies de la machinerie moléculaire synaptique.
— On pourrait sans doute réparer cette machinerie avec des traitements pharmacologiques restaurant la plasticité.
— Les toxicomanes pourraient alors abandonner les rituels de consommation de drogue qui les figent dans leur dépendance.
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août 242013
 

En morale on oppose les raisons déontologiques (des tabous impossibles à franchir) aux conséquentialistes (promotion du bénéfice pour le plus grand nombre, tout peut être envisagé si l’on maximise le bien ou minimise le mal). Dans les expériences de pensée, les réponses deviennent hésitantes quand ces raisons s’affrontent, et c’est généralement la culture de la personne interrogée qui tranche. Dans les sociétés utilitaristes (anglo-saxonnes, asiatiques) le choix conséquentialiste l’emporte, tandis que c’est la déontologie qui prime dans les individualistes cultures latines.

Par exemple dans le dilemme du wagon fou, où l’on peut sauver 5 ouvriers travaillant sur le chemin du bolide en le déviant sur une autre voie où travaille 1 ouvrier seulement, les utilitaristes choisiront d’actionner l’aiguillage, les déontologistes non.
Mais s’il s’agissait de sauver dix ouvriers, ou cent, ou mille ? Est-ce que les déontologistes ne finiraient pas tous par se rallier à la raison conséquentialiste ? Continue reading »

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juil 132013
 

Quand la médecine EBM raconte des âneries, il n’est pas surprenant de les voir relayées en toute honnêteté par la revue Prescrire. Il s’agit ici de l’absence de preuves évidentes en faveur de la viscosupplémentation intra-articulaire par hyaluronates. Notons que Prescrire, revue de bonne probité générale, montre un enthousiasme particulier à crucifier les traitements employés essentiellement par les spécialistes. Les intentions pures n’existent pas, quelle que soit la blancheur de la blouse. Sur le même sujet il n’existe pas à ma connaissance dans Prescrire de revue des anti-arthrosiques de fond, très largement prescrits en médecine générale, remboursés (glucosamine), et n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité. Tout juste retrouve-t-on un articulet en 2008 sur l’absence de recommandation à utiliser la glucosamine dans la gonarthrose et la coxarthrose, qui ne semble pas avoir eu beaucoup d’influence sur les habitudes.

On retrouve à la Une du même numéro de 2008, sur les traitements de l’arthrose : « L’injection intra-articulaire d’un corticoïde soulage la douleur du genou arthrosique souvent seulement une semaine environ, mais a des effets indésirables graves, notamment une infection du genou » (!) Le journaliste semble penser que l’ajout de « peut [avoir des effets indésirables] » est une fioriture. La page est en accès libre pour le grand public. La fréquence des infections après injection de corticoïde articulaire était estimée à 1 pour 14.000 à 50.000 gestes dans les années 80, et les conditions d’asepsie ont progressé depuis.

Le paracétamol est présenté comme une panacée, recommandé jusqu’à 4g/24H. Aucune mention, ici, des hépatites par abus de paracétamol, par les personnes qui jugent son effet insuffisant. Elles ne sont pas exceptionnelles, et surtout sous-diagnostiquées. Qui pense à une complication avec le « gentil » paracétamol ? C’est en fait une très mauvaise manière de l’utiliser dans l’arthrose, et c’est la raison pour laquelle peu de médecins voient la figure du patient s’éclairer de contentement quand ils proposent du paracétamol. Son effet est bref et surtout sur la douleur nociceptive, tandis que la douleur arthrosique de fond est surtout une raréfaction des autres informations sensorielles. En clair, donner du paracétamol à un arthrosique qui ne bouge pas ne sert à rien. Il faut l’utiliser juste avant des efforts, pour ignorer la dissuasion des articulations usées qui protestent pour se mettre en branle. Il est un faciliteur d’activités et non une couverture antalgique comme peut l’être un tramadol. Continue reading »

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juil 062013
 

L’histoire la plus célèbre à propos du match entre Ego et Panconscience est le roman « 1984  » d’Orwell. Winston, fonctionnaire gris et terne de l’Oceania, un pays totalitaire en guerre avec ses immenses voisins, commence à tenir un journal, défiant la Police de la Pensée. Pire, il va tomber amoureux de Julia, une cadre du parti unique Angsoc, et découvre les joies du couple. Malheureusement il est surveillé par le zélé et cruel O’Brien, qui l’arrête, le torture, et le rééduque afin d’extirper toute pensée prohibée. Winston finit en zombie panconscient.

La grossière erreur que véhicule « 1984 », cependant, est de croire que l’individu existe indépendamment de la société étouffante qui l’entoure. Continue reading »

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juin 192013
 

L’installation (inconfortable) d’un lombalgique chronique sur la chaise du visiteur déclenche chez le thérapeute deux tendances diamétralement opposées : soit il pratique des techniques manuelles et il accueille un nouveau pilier de son petit commerce ; soit il a une formation générale et subodore que son apport sera au mieux navrant, ce patient ayant certainement déjà essayé AINS et stages kiné sans y trouver de solution. Dans les deux cas, le lombalgique, lui, se sent otage de sa pathologie : quelque soit l’imagination et les compétences de son thérapeute, il est rare qu’il récupère durablement son indépendance et sa santé virginale. Continue reading »

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mai 152013
 

trouvez-xLa parution d’un dossier sur le sujet par Science&Avenir me fait ressortir cet article écrit il y a plusieurs années mais que, par distraction, je n’avais pas envoyé sur le blog. Il n’y a rien à y changer et il est plus avancé que son homologue de Science&Avenir, s’appuyant sur des théories neuroscientifiques de l’esprit plus précises, et abordant les techniques non médicamenteuses.

Cette grande question passionne tous les parents d’étudiants… et les étudiants eux-mêmes, mais ceux qui s’y intéressent trop devraient s’en demander les raisons: ne faut-il pas travailler la confiance en soi plutôt que stimuler son intellect ? Ne voudrait-on pas remplacer les données essentielles à ingurgiter par une gelule qui n’en contient aucune ?

Avant d’aborder les méthodes de stimulation, voici quelques réflexions générales qui sont probablement en vérité tout ce que vous avez besoin de lire de l’article : Continue reading »

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déc 272012
 

Dans le milieu des médecins ouverts et méfiants vis à vis des diktats corporatistes, on sait depuis longtemps le dépistage radiologique du cancer du sein, et du cancer de la prostate par dosage des PSA, inutiles en termes statistiques. Bien des vies sont cassées par un test erroné, ou une intervention thérapeutique trop lourde, mastectomie ou prostatectomie.
D’un autre côté il existe un phénomène dont les opposants au dépistage omettent de parler : quand l’on découvre un cancer du sein chez une femme et qu’il est un peu tard pour le guérir, elle demande inévitablement : « Mais si j’avais fait ma mammographie tous les ans, n’aurais-je pas eu une meilleure chance d’être traitée à temps ? ». pincesse-elfeSur un cas individuel, il est bien difficile d’affirmer que la réponse est négative.
Il faut donc que les gens soient informés des avantages et des risques du dépistage et décident de s’y engager ou non, pour limiter tout regret ultérieur.

Personnellement je ne recommande aucun de ces dépistages.
Hommes et femmes doivent s’entraider.
Comme il est très difficile pour un homme de pratiquer sur lui-même le toucher rectal, il lui faut trouver une amie assez intime pour l’aider dans son dépistage, à charge pour lui de la remercier en cherchant très attentivement tout nodule mammaire suspect…

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déc 212012
 

Le-Monde-Polyconscient-final

Avez-vous jamais voulu savoir comment l’arborescence de milliards de neurones, à présent illuminée par les IRM comme des sapins de Noël, pouvait faire naître votre pétillante conscience ?
Notre expédition, à travers ces pages, n’est pas technologique. Elle poursuit un mythe, le Moi. Nous ne le trouverons pas. C’est toute une société intérieure que nous découvrirons à sa place, dans une démarche spéculative, mais bien outillée scientifiquement : évolution, auto-organisation, repères, confrontation avec les théories existantes ; nous vérifierons la congruence de la polyconscience avec le monde que nous fréquentons.
Vous-même risquez d’y perdre votre « Je ». Ce livre n’est point un mets pour tous les esprits. Dotez le vôtre de quelques rations de survie avant de lui faire explorer la jungle polyconsciente…

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déc 012012
 

Nous avons vu la difficulté à établir la « normalité » mentale, ce qui n’empêche pas la psychiatrie « scientifique » d’établir des cases pathologiques, sans beaucoup communiquer sur le manque de sûreté de ces enceintes barbelées.
L’imposture surgit en 2012 à propos de la mise en examen d’une psychiatre ayant donné une permission à un patient psychotique stabilisé, qui s’en est servi pour commettre un meurtre.

Une accusation incroyablement stupide. Quand une personne montre un désir d’autonomie et que son comportement général laisse à penser qu’elle en raisonnablement capable, elle peut acquérir en proportion cette indépendance… et la responsabilité qui l’accompagne. C’est vrai de tout individu, « normal » ou non.
Les étiquettes psychiatriques, terriblement perverses, interdisent la moindre chance de commencer à devenir autonome. Un tel système de classement transposé à tous les citoyens pourrait faire dire : « Un jeune de 18 ans ne peut prétendre aux mêmes droits qu’un individu de 60 ans parce qu’il ne possède pas la même maturité et est plus susceptible d’avoir un comportement irresponsable. Idem pour l’origine sociale, le niveau de revenu, etc… ».
Un diagnostic n’est qu’un repère. Il n’est pas une carte d’identité psychologique.

Le milieu psychiatrique fonctionne en réalité mieux que la société en général, puisque les droits à l’autonomie n’y sont pas automatiquement distribués en fonction d’un critère aussi aveugle que l’âge civil ; ces droits sont demandés, assumés, mérités par la conduite que le « déviant » a su montrer. Bien sûr les dissimulateurs habiles causent des accidents. Les tribunaux, cependant, n’auraient-ils à juger que des crimes de malades mentaux ? Qui doit-on mettre sur le banc des accusés, aux côtés du criminel non psychiatrique, qui s’est vu offrir sans coup férir sa carte d’ « indépendant » le jour de ses 18 ans ?

La déviance est-elle toujours à 90° ?

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juil 232012
 

Découverte du blog Pharmacritique dont l’intérêt est double : indépendance vis à vis de l’industrie et indépendance vis à vis des médecins. La profession ne dispose pas de beaucoup d’observateurs affranchis de la nécessité de flatter, et n’ayant pas non plus de compte à régler. Les avis d’Elena Pasca sont donc précieux, documentés. Un fil RSS obligatoire dans le dossier FMC du praticien qui juge ensuite, au cas par cas, le bénéfice/risque. Un contrepouvoir plus fiable que les délégués des organismes sociaux, représentants de l’intérêt collectif et non de la personne assise en face de vous, qui a les mains agrippées avec un peu d’angoisse à sa pochette d’examens complémentaires, dans l’espoir d’être chez le bon avocat.

Pharmacritique inquiète les lecteurs susceptibles de recevoir un traitement pour de justes indications ? Il est vrai que le post sur le Mabthera n’incite guère un polyarthritique à gambader joyeux vers sa perfusion. Où réside, cependant, le problème ? Le médecin doit-il s’engager dans le traitement à la place du patient, quand celui-ci est seul concerné, et s’il est bien informé ? Ceux qui répondent par l’affirmative sont bien la cible de choix pour les fabricants de santé sous blister. Un patient refusant un risque qu’il a correctement cerné, de son point de vue, exerce sa liberté.
Quand on expose sa santé à l’aléa thérapeutique, autant avoir le plaisir de lancer soi-même les dés.

Bravo à Pharmacritique et ses invités, de nouvelles personae dans la polyconscience de la santé !

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juil 202012
 

Un avion se crashe. Qui est responsable de la mort du passager X ? Le pilote, l’ouvrier qui a fabriqué la pièce à l’origine de la défaillance de l’avion, le contrôleur de qualité de fabrication, le mécanicien de maintenance, et même l’employé d’agence qui a vendu le billet à monsieur X — qui n’avait bien sûr pas l’intention de l’envoyer au cimetière, mais aucun des autres non plus —. Dès que l’implication est partielle, la responsabilité est ressentie encore plus diluée. En ces temps où les avocats entrent longuement dans les détails, le juge rêve de faire prendre chair à la fatalité, pour avoir quelqu’un à mettre en prison. Car l’opinion lui réclame un coupable. Souvent il est désigné, par exemple le président de la compagnie aérienne, une cible qui a l’avantage de recueillir une popularité certaine et qui, de surcroît, jouait scandaleusement au golf pendant que son avion broyait tant d’innocents. Une tête couronnée tombe — pour la galerie ; en pratique la compagnie paye une lourde somme —. La vindicte s’apaise.

Un patient X décède d’un traitement, donné pour une maladie invalidante mais pas mortelle. Qui est responsable ? Continue reading »

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juin 132012
 

La maladie de Sachs : je viens seulement de voir ce film et n’aurais pas fait un post pour la performance cinématographique. La critique n’ayant rien d’autre à offrir qu’un gain de conscience, je n’en décelais pas ici. L’indulgence serait de dire que l’oeuvre remonte aux années 90. Mais elle ressemble à un film des années… 60, pas de ceux conservés précieusement sur son disque dur. Un message existe dans l’histoire, mais il n’est pas délivré. Le médecin doit « tenir », a-t-on l’impression, sans que l’allure du prophète muet, prêt à la crucifixion, joué par Dupontel, ne gêne le moins du monde.
Quel est le message ?
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mai 162012
 

Le Figaro reprend une étude anglaise (Ernst, Exeter) sur la sous-déclaration des accidents provoqués par la chiropractie, méthode de manipulation de brève amplitude peu répandue en France mais bien installée chez les anglo-saxons. Elle n’apporte guère de nouveauté. Les manipulations provoquent d’assez fréquents incidents — exacerbation des douleurs quand le geste n’a pas résolu le trouble mécanique : la zone irritable n’aime pas être chahutée en vain — et de rares accidents : le plus grave est la dissection de l’artère vertébrale avec des accidents neurologiques sévères ; grave également mais plus exceptionnel est la manipulation d’une vertèbre pathologique (angiome, métastase, spondylite infectieuse) ; enfin plus bénigne est la radiculalgie par mobilisation d’une hernie discale.
Ces complications ne sont pas très différentes de celles des traitements classiques. Les médicaments, d’efficacité piteuse dans les indications des techniques manuelles, montrent plutôt la couleur de leurs effets secondaires. Ceux-ci peuvent être graves : le nombre de décès provoqués par les AINS dépasse largement, statistiquement, celui des accidents neurologiques liés aux manipulations. Si le patient court-circuite facilement le médecin classique pour l’ostéopathe ou le chiropracteur dans les douleurs vertébrales, c’est qu’il trouve chez les seconds un meilleur rapport bénéfice/risque. Les complications, certes, ne sont pas inexistantes, mais le bénéfice est nettement plus spectaculaire. Nous savons que, dans un tel domaine, tout est affaire d’engagement éclairé du patient.

Ernst m’évoque un professeur connu de rhumatologie qui enseignait avec ardeur à ses étudiants de proscrire toute forme de manipulation… et se précipitait chez l’ostéopathe de son quartier quand il éprouvait une douleur vertébrale insupportable. Chaque militant de la médecine enjolive sa pratique et déverse sa bile sur ceux qui lui disputent le pouvoir. Certainement que les chiropracteurs n’insistent pas lourdement sur les exceptionnels accidents neurologiques à chaque fois qu’ils proposent une manipulation, comme le médecin évite par exemple de raconter en détail le léthal syndrome DRESS susceptible de survenir avec une prescription aussi banale que l’ibuprofène.

La bonne règle de pratique, quand on est médecin « conseilleur » sur la médecine manuelle, n’est pas tant d’exiger la pratique systématique de radios avant manipulation, qui ne met pas à l’abri des dissections vertébrales, que de recommander les techniques manuelles non forcées en première intention. Pour le néophyte, la médecine physique se réduit aux manipulations. En réalité l’univers de ces techniques est extraordinairement varié, cible tantôt l’articulation — chiropractie et manipulateurs classiques —, tantôt le muscle ou des points « gâchette » participant à un arc douloureux réflexe. Même si l’on s’attaque directement à la mobilité articulaire, structure initiatrice de presque tous les conflits durables, il n’est pas obligatoire d’effectuer un geste forcé, c’est-à-dire poussant l’articulation au-delà de ses limites habituelles. Des techniques très fines, par exemple l’amphothérapie de Jean-Marie Soulier, utilisent dans le « silence articulaire » des micro-mouvements parfaitement physiologiques : un genre de magie qui, bien réalisée, provoque sans aucune pression douloureuse… des impressions miraculeuses.

Aucune technique, cependant, n’a de prétention à l’universalité, quoi qu’en disent ses promoteurs. Si plusieurs tentatives de traitement non forcé ont échoué, il est licite de proposer une manipulation, en ayant cité les risques et demandé au patient de confirmer son engagement… et en espérant qu’il aura la force de rester détendu malgré tout.

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mai 122012
 

Le fascicule annuel de la MACSF sur la responsabilité médicale, florilège d’affaires censé sensibiliser la profession sur les fautes médicales évitables, est sans doute en fait la propagande la plus aboutie pour faire abandonner ce métier. Non pas que les décisions des juges semblent injustes, mais les erreurs rapportées apparaissent tellement humaines, capables de se glisser aisément dans une journée de travail surchargée, que l’on ressent sourdement la présence de l’épée encore oubliée sur notre tête par cet étourdi de Damoclès, sauf à congédier la moitié de notre clientèle pour s’occuper de l’autre avec une attention obsessionnelle.

La seule bonne façon de travailler m’a été enseignée par mon patron, en consultation externe : sa célébrité était telle que le délai de rendez-vous pour le voir se situait entre 4 et 5 mois. Les patients avaient bien entendu vu plusieurs médecins entretemps si le problème était sérieux, et le diagnostic était déjà correctement balisé. Si le problème était mineur, il avait généralement guéri de lui-même, et la consultation — de politesse — consistait à le confirmer au patient, ce qui rehaussait encore la réputation du professeur.
Je n’ai pas encore mis en pratique, à ma grande honte, la méthode de mon mentor. Je continue à voir des patients malades, parfois en urgence le jour-même, et ils compliquent terriblement le bel ordonnancement des rendez-vous pris à l’avance. Qu’est-ce qui me prend de courir de pareils risques ? Comme il semble impossible d’appliquer l’Evidence Based Medecine aux imprévus du quotidien, dois-je plutôt donner systématiquement les rendez-vous dans 4 mois pour faire de la Médecine Évidente de Base ? Continue reading »

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avr 212012
 

Quel regard apolitique peut-on porter sur l’élection en cours, très passionnée, et qui va produire, merveilleux effet de la démocratie, son éternelle moitié d’insatisfaits — c’est à cela que l’on reconnaît une vraie démocratie ! et si l’on pense encore qu’un tel régime met fin aux conflits, c’est que l’on n’a pas saisi leur nécessité impérative — ? Les sarkozystes sont si désespérés qu’ils se scandalisent de cette vidéo sur Hollande, avec en sous-titre qu’un candidat ne pourrait jamais gagner une présidentielle aux USA après une pareille affaire. La mystification politique en question fait plutôt potache ; en réalité elle bouscule presque de façon sympathique l’image de terne fonctionnaire de la politique que véhicule Hollande.

Cette anecdote n’a aucune chance d’influencer l’élection car il n’existe pas de « pro-Hollande », seulement des anti-Sarkozistes. La droite aurait-elle présenté n’importe lequel de ses poulains prometteurs, il gagnait, en se prévalant du bilan gestionnaire de Sarko sans récupérer l’image dictatoriale. Mais les urnes vont choisir un traitement radical : un flash de radiothérapie contre le « SarkHomme ». Continue reading »

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