juil 232012
 

Découverte du blog Pharmacritique dont l’intérêt est double : indépendance vis à vis de l’industrie et indépendance vis à vis des médecins. La profession ne dispose pas de beaucoup d’observateurs affranchis de la nécessité de flatter, et n’ayant pas non plus de compte à régler. Les avis d’Elena Pasca sont donc précieux, documentés. Un fil RSS obligatoire dans le dossier FMC du praticien qui juge ensuite, au cas par cas, le bénéfice/risque. Un contrepouvoir plus fiable que les délégués des organismes sociaux, représentants de l’intérêt collectif et non de la personne assise en face de vous, qui a les mains agrippées avec un peu d’angoisse à sa pochette d’examens complémentaires, dans l’espoir d’être chez le bon avocat.

Pharmacritique inquiète les lecteurs susceptibles de recevoir un traitement pour de justes indications ? Il est vrai que le post sur le Mabthera n’incite guère un polyarthritique à gambader joyeux vers sa perfusion. Où réside, cependant, le problème ? Le médecin doit-il s’engager dans le traitement à la place du patient, quand celui-ci est seul concerné, et s’il est bien informé ? Ceux qui répondent par l’affirmative sont bien la cible de choix pour les fabricants de santé sous blister. Un patient refusant un risque qu’il a correctement cerné, de son point de vue, exerce sa liberté.
Quand on expose sa santé à l’aléa thérapeutique, autant avoir le plaisir de lancer soi-même les dés.

Bravo à Pharmacritique et ses invités, de nouvelles personae dans la polyconscience de la santé !

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juil 222012
 

Parmi les méthodes d’évaluation des médicaments, voici certainement la plus iconoclaste :
L’idée provient du comportement d’un collègue qui a reçu à un mois d’intervalle deux injections de Stelara, une biothérapie coûteuse utilisée dans le psoriasis étendu. Il était tellement effaré du prix du produit — 400.000 francs CFP soit plus de 3.300 € l’ampoule — que son éruption psoriasique a évolué en culpabilite aiguë, dont il souffrait davantage. Il a interrompu le traitement après 6.700 € dépensés pour ne plus voir ses plaques pendant 2 mois.
Il est vrai que ce tarif, que l’industriel peut certainement justifier par les coûts de développement, apparaît au final totalement délirant.
D’où cette idée pour évaluer le service rendu par un médicament : demander au patient le recevant, informé des bénéfices qu’il peut en attendre — au cas où il ne pourrait pas les constater par lui-même —, de choisir entre deux alternatives : soit il continue le traitement (d’efficacité avérée) remboursé par l’organisme social, soit il n’en profite pas et est crédité sur son compte d’1/3 du prix du traitement. Les réponses obtenues seraient probablement déstabilisantes.
Patient et sécu gagnants… aux dépens du laboratoire n’ayant pas proportionné son prix au service rendu.

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juil 122012
 

La conception d’une cure de désintoxication se situe entre deux tendances :
1) Le bâton : la punition d’une cure habituellement affreuse, laissant de méchants souvenirs, dissuadant de replonger.
2) La substitution : la cure est au contraire rendue la plus agréable possible, de façon à rivaliser avec le plaisir tiré de la drogue, un plaisir à rendre plus vif que la simple satisfaction de quitter sa dépendance, davantage intéressante pour l’entourage que pour soi.
Le risque est alors de créer une dépendance à la cure, de favoriser un retour à la drogue pour bénéficier à nouveau des conditions de la cure.

C’est un effet secondaire très universel de l’assistance : ses bénéfices secondaires, s’ils ne se maintiennent pas avec la « guérison », favorisent une rechute du problème qui avait motivé l’assistance. Cette dépendance « secondaire » est beaucoup moins facile à identifier que la dépendance primaire. Elle concerne la plupart des maladies chroniques. Guérir implique que l’état de non-malade soit plus gratifiant que celui de malade.
Or celui-ci profitant d’un statut de mieux en mieux protégé, la promotion du retour à la non-maladie devient difficile. Il est fréquent, par exemple, que grâce à la multiplicité des soutiens tant financiers qu’empathiques ou juridiques, chaque acteur ignorant l’existence des autres, une personne se retrouve avec 50% d’augmentation de son revenu en étant en arrêt de travail — appelé « syndrome du revenu paradoxal » —. La promotion du retour à la non-maladie demanderait alors, quoi ? Un doublement du salaire ? Mais pourquoi retourner s’échiner si l’on reçoit déjà un tel revenu en restant chez soi ?

C’est la confusion entre assistance et solidarité qui fait perdurer l’usage du bâton.
Car les véritables victimes de ce détournement de moyens, dans un budget fermé, sont ceux qui n’ont plus accès aux soins.

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juil 012012
 

Le médecin est un lien entre l’univers illusoire du patient et la réalité qui l’entoure. Sa médiation est donc de comprendre l’un et l’autre, mais ni de camper dans l’intimité du patient, malgré la chaude ambiance qu’elle peut recéler, ni d’être le représentant en armure glaciale du matérialisme.

Le traitement intuitif du patient par le médecin est remarquablement multicritère comparé à ce que proposeraient des algorithmes de décision, seuls les plus simplistes pouvant recevoir une validation scientifique. Ce traitement est faussé, cependant, par la présence des illusions personnelles du médecin. La formation scientifique permanente en améliore l’aspect technique, et sans doute l’outil numérique finira-t-il par le mettre à jour sans délai. Ici résident les erreurs humaines évitables. Par contre, l’homme-médecine reste le seul analyste pertinent des critères émotionnels qui modulent tant la présentation des maladies comme leur évolution. La difficulté à rationaliser cette part par les méthodes précédentes encourage à un palliatif navrant : le système de santé relaie le désir de la science de transformer les malades en êtres numérisables, en itérations d’alinéas bien précis d’une classification des pathologies, jusqu’en psychiatrie : avec le DSM, celle-ci devient le flambeau d’une vision réductrice du psychisme, alors qu’elle devrait exalter sa diversité. Lourde responsabilité prise par la médecine quand la santé influence à ce point les mentalités d’aujourd’hui.

L’efficacité de l’intuition serait-elle donc incapable de progression ? Continue reading »

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juin 302012
 

La principale ambivalence de l’Evidence Based Medecine (EBM) est la classification : à priori nécessaire pour regrouper les maladies et tester les conduites thérapeutiques, mais s’écartant ainsi forcément des maladies réelles, jusqu’à parfois ne plus correspondre à aucune. Deux exemples simples et caricaturaux : en psychiatrie, une personne triste pendant deux semaines est classée comme dépressive par le DSM. Le deuil est devenu une pathologie ! En rhumatologie les critères les plus récents pour diagnostiquer une spondylarthrite ankylosante sont une lombalgie nocturne plus un item aussi banal qu’une amélioration par AINS ou un antécédent familial de spondylarthrite. Quel lombalgique n’a pas fréquemment des douleurs la nuit, s’il est mal installé ? Combien de spondylarthritiques ont des parents atteints de lombalgies communes, vu leur fréquence ?
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juin 232012
 

Il existe des médecins qui n’aiment pas les malades, c’est vrai.
N’est-ce pas une des motivations à les guérir ?

*

Certains malades sortent du cabinet assistés, d’autres améliorés.
Les premiers ont perdu la maîtrise de leur destin — peut-être temporairement —,
les seconds l’ont récupérée.

*

Il existe un pédantisme scientifique à chasser dans la médecine.
Il faudra du gros calibre.

*

Je voudrais rencontrer la Mort avec un peu d’intimité
au lieu d’être observé par toutes ces sondes curieuses.

*

Le contentement de la maladie existe bel et bien,
est difficilement extirpable :
il commence, avec une température à 40°,
par une journée où l’on a sa mère à soi tout seul…

*

La médecine ne recule plus la mort pour des bien-portants,
elle transforme tout le monde en sursitaires.

*

Prétendre, à juste titre, que rien n’est certain,
arrange bien ceux qui ont la flemme d’apprendre.

*

Quand le corps est considéré comme une béquille,
c’est que l’esprit est boiteux.

*

Aïe! On demande à la médecine des chiffres
d’évaluer la médecine des sens.

*

Le progrès scientifique naît d’un hasard, considéré avec rigueur.
Le scientifique pointilleux, parvenu seulement à la moitié du chemin,
devrait s’autoriser quelques idées bizarres.

*

La balance bénéfice / risque, chez le médecin, commence à la poignée de main :
Pleine d’empathie, pleine de germes sur des doigts
qui vont saisir les aiguilles stériles.

*

Le diagnostic « c’est dans la tête »
n’est, surtout, pas dans celle du médecin.

*

L’ostéoporose n’existe pas.
Le risque est de se casser le cou ?
Mais le casse-cou se moque du risque…

*

Etre en bonne santé
inclue de faire des maladies normales.

*

Le suicide est un bras d’honneur
à des gènes uniquement préoccupés à se perpétuer.

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juin 232012
 

En pénétrant dans un cabinet médical, ce que les gens distinguent confusément, derrière le médecin, est la Grande Faucheuse. Le courageux chevalier en blouse blanche ferraille dur contre l’affreux dragon, mais l’on sait qu’un jour il perdra une bataille, et la gueule monstrueuse nous gobera.
Le médecin est difficile à dissocier du Dragon. De ce fait, la médecine préventive gagnerait à être pratiquée ailleurs. L’ambiance qui l’entoure, après tout, est fort différente : l’on conduit son véhicule corporel au garage pour la révision annuelle, quelques analyses sont réalisées, des additifs conseillés, mélangés à l’essence quotidienne. Aucun besoin de s’alarmer. Le dragon est à l’état de spectre lointain.
Or la médecine préventive, quand on s’approche du Cabinet des Mauvaises Nouvelles, s’éclaire d’un panneau avertisseur : « Vous semblez en bonne santé, mais je vais bien vous trouver quelque chose d’ennuyeux… ». Tandis qu’au Garage de Médecine Préventive, une pub indique : « Vous êtes inaltérable, et grâce à la composition inégalée de nos huiles, vous le resterez ».

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juin 222012
 

L’essentiel :
-Les méthodes d’évaluation, par essence subjectives, seraient imperméables à toute tentative de chiffrage
-Le travail humain est une suite d’échecs, débouchant sur des conduites défensives de sophistication croissante
-La défense du médecin à la mode est l’Evidence Based Medecine
-La promesse de l’idéal oblige, régulièrement, à mentir
-Le milieu professionnel n’est pas isolé du familial et du milieu à soi
-Quoi ? Une subjectivité ajustée à une autre subjectivité produit de l’objectivité ?
-Un test humain valable doit être réalisé en toute indépendance, sans connaissance des tests chiffrés.
-Troubles professionnels, séquelles des défauts de politique éducative, mais faut-il inféoder celle-ci à l’économie ?
-Évaluation référée aux autres ou à soi ?
-Organiser la coopération. La recherche en ville, orpheline. L’entreprise libérale.
-L’intelligence émotionnelle : toujours dominante, mais son visage change
-La guerre des blocs, en polyconscience, entre panconscience sociale et personae individuelles
-Auto-organisation du travail et rôle du conflit
-Exercice pratique d’entraînement au radotage.
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 Posted by at 20 h 52 min
juin 132012
 

La maladie de Sachs : je viens seulement de voir ce film et n’aurais pas fait un post pour la performance cinématographique. La critique n’ayant rien d’autre à offrir qu’un gain de conscience, je n’en décelais pas ici. L’indulgence serait de dire que l’oeuvre remonte aux années 90. Mais elle ressemble à un film des années… 60, pas de ceux conservés précieusement sur son disque dur. Un message existe dans l’histoire, mais il n’est pas délivré. Le médecin doit « tenir », a-t-on l’impression, sans que l’allure du prophète muet, prêt à la crucifixion, joué par Dupontel, ne gêne le moins du monde.
Quel est le message ?
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 Posted by at 15 h 00 min
juin 072012
 

L’essentiel :
-Hamer et le cancer libérateur.
-Médecines alternatives : intérêts et excès.
-Comment l’élitisme universitaire favorise l’intrusion des pseudo-sciences dans les cabinets.
-Hamer, Hahnemann, et les situations de Gettier : qu’est-ce que la connaissance ?
-Le débat philosophique sur la priorité du savoir-faire ou de la connaissance propositionnelle (intellectualisme).
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juin 042012
 

L’essentiel : suite de Peut-on sauver le soldat généraliste ?
Je ne fais aucune différence entre généraliste et spécialiste. Les médecins souffrent d’une famine de pouvoir. C’est moins visible chez le spécialiste parce que son domaine de compétence est plus étroit et protégé, particulièrement les examens techniques. Mais cela touche l’ensemble de la profession. Le médecin est devenu un petit employé de la santé, revers de la codification de la pratique qui a transformé un art en algorithmes diagnostiques que chacun peut trouver sur internet, et ce n’est qu’une affaire de temps avant qu’ils soient correctement compris et utilisés. Le conflit entre généralistes et spécialistes est celui d’une meute de loups qui se disputent les derniers lambeaux d’un mouton (le Pouvoir) déjà tondu jusqu’à l’os.

La désaffection du médecin pour une activité libérale ne vient pas d’une pénibilité accrue du travail mais d’un effondrement de la gratification que l’on en tire. Continue reading »

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mai 302012
 

Le médecin a déconsidéré le curé et l’a remplacé comme soutien des familles. Il a installé sa propre Trinité sacrée, une version féminisée — c’est dans l’air du temps — : la Santé Physique, sa fille la Science Médicale, descendue sur Terre pour faire des miracles, et l’Esprit « Sain », toujours là — le vieux roublard a su sauver sa place —.
On ne sait pourquoi, l’omnipotente Santé a elle aussi permis à une vilaine diablesse, la Maladie, de se tailler un beau royaume parmi l’innocente populace humaine. L’inconscient Divin, décidément, semble avoir besoin d’un bon psy.
Les anges-chercheurs sont à l’oeuvre pour fourbir de nouvelles armes. Le généraliste, lui, accueille les fidèles en sa paroisse. Il possède une formation en béton pour distribuer les hosties. Il en a une panoplie incroyable, colorée, hallucinante, et hallucinogène aussi. On ne lui a pas dit, au séminaire, qu’il faudrait sauver les âmes de surcroît. Mais la plupart, voyant bien les gens déboussolés par la disparition des soutanes, leur ouvrirent un nouveau confessionnal.
Car la déité moderne semble se préoccuper aussi peu de l’humanité que l’ancienne. Nous affrontons moult affections monstrueuses au lieu de bénéficier d’un petit siècle de bonheur tranquille. Peut-on trouver plus parfait Croquemitaine en chef que le Cancer ? La pomme qu’Adam a croqué devait être sacrément avariée : son génome en fut altéré.
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 Posted by at 18 h 20 min
mai 292012
 

L’essentiel :
-Erreur médicale ? Formation critiquable mais pas coupable.
-Pourquoi une opposition des désirs médecin-patient ?
-La « dé-diversification » guette davantage la médecine que la désertification.
-Tous les profils de médecins sont nécessaires, du « rugueux » au populiste comme Winckler.
-Les faux-amis du médecin
-L’hippotechnocrate
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 Posted by at 10 h 28 min
mai 262012
 

Le dilemme du wagon fou est intéressant à prolonger vers l’éthique médicale ; c’est une expérience de pensée simplifiée qui nous raccorde à des problèmes plus complexes de santé : si les moyens ne sont pas illimités, faut-il sacrifier un individu considéré comme perdu pour consacrer les ressources à améliorer les soins du plus grand nombre ? Doit-on privilégier la prévention ou le soin des maladies déclarées ? Faut-il accorder des moyens aux individus ayant des comportements volontairement suicidaires ou irrespectueux de leur santé ? Un enfant a-t-il plus d’importance qu’un vieillard ?
Les conceptions utilitariste et déontologique rivalisent pour s’imposer au médecin. En général, celui-ci utilise la solution qui émerge du dilemme du wagon fou : il sacrifie à la nécessité de l’utile tant que les gardes-fou déontologiques sont respectés. Mais ce n’est pas systématique ; le médecin libéral y est très attentif ; l’épidémiologiste et le politique, baignant dans la décision utilitaire, prennent leurs distances. Cela s’est traduit par des procès retentissants, où l’émotion populaire a condamné, pour un petit nombre de pots cassés, des décideurs pourtant cohérents dans leur gestion utilitariste. A l’inverse, la gestion « émotive » de la vaccination H1N1 a scandalisé les épidémiologistes par son gaspillage, alors qu’elle n’a pas heurté l’homme du commun.
Le jugement est compliqué par les nombreuses zones de flou affectant les frontières de la déontologie. Celle-ci est affligée d’une contradiction inhérente : ses règles n’admettent pas de dérogation mais elle mute en permanence avec l’époque et la culture. Si l’homme polyconscient vit facilement avec de telles ambiguïtés, le monoconscient prend avantage de l’un ou l’autre aspect : soit il est zélote de la morale, soit il en pointe les failles pour s’en affranchir.
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mai 162012
 

Le Figaro reprend une étude anglaise (Ernst, Exeter) sur la sous-déclaration des accidents provoqués par la chiropractie, méthode de manipulation de brève amplitude peu répandue en France mais bien installée chez les anglo-saxons. Elle n’apporte guère de nouveauté. Les manipulations provoquent d’assez fréquents incidents — exacerbation des douleurs quand le geste n’a pas résolu le trouble mécanique : la zone irritable n’aime pas être chahutée en vain — et de rares accidents : le plus grave est la dissection de l’artère vertébrale avec des accidents neurologiques sévères ; grave également mais plus exceptionnel est la manipulation d’une vertèbre pathologique (angiome, métastase, spondylite infectieuse) ; enfin plus bénigne est la radiculalgie par mobilisation d’une hernie discale.
Ces complications ne sont pas très différentes de celles des traitements classiques. Les médicaments, d’efficacité piteuse dans les indications des techniques manuelles, montrent plutôt la couleur de leurs effets secondaires. Ceux-ci peuvent être graves : le nombre de décès provoqués par les AINS dépasse largement, statistiquement, celui des accidents neurologiques liés aux manipulations. Si le patient court-circuite facilement le médecin classique pour l’ostéopathe ou le chiropracteur dans les douleurs vertébrales, c’est qu’il trouve chez les seconds un meilleur rapport bénéfice/risque. Les complications, certes, ne sont pas inexistantes, mais le bénéfice est nettement plus spectaculaire. Nous savons que, dans un tel domaine, tout est affaire d’engagement éclairé du patient.

Ernst m’évoque un professeur connu de rhumatologie qui enseignait avec ardeur à ses étudiants de proscrire toute forme de manipulation… et se précipitait chez l’ostéopathe de son quartier quand il éprouvait une douleur vertébrale insupportable. Chaque militant de la médecine enjolive sa pratique et déverse sa bile sur ceux qui lui disputent le pouvoir. Certainement que les chiropracteurs n’insistent pas lourdement sur les exceptionnels accidents neurologiques à chaque fois qu’ils proposent une manipulation, comme le médecin évite par exemple de raconter en détail le léthal syndrome DRESS susceptible de survenir avec une prescription aussi banale que l’ibuprofène.

La bonne règle de pratique, quand on est médecin « conseilleur » sur la médecine manuelle, n’est pas tant d’exiger la pratique systématique de radios avant manipulation, qui ne met pas à l’abri des dissections vertébrales, que de recommander les techniques manuelles non forcées en première intention. Pour le néophyte, la médecine physique se réduit aux manipulations. En réalité l’univers de ces techniques est extraordinairement varié, cible tantôt l’articulation — chiropractie et manipulateurs classiques —, tantôt le muscle ou des points « gâchette » participant à un arc douloureux réflexe. Même si l’on s’attaque directement à la mobilité articulaire, structure initiatrice de presque tous les conflits durables, il n’est pas obligatoire d’effectuer un geste forcé, c’est-à-dire poussant l’articulation au-delà de ses limites habituelles. Des techniques très fines, par exemple l’amphothérapie de Jean-Marie Soulier, utilisent dans le « silence articulaire » des micro-mouvements parfaitement physiologiques : un genre de magie qui, bien réalisée, provoque sans aucune pression douloureuse… des impressions miraculeuses.

Aucune technique, cependant, n’a de prétention à l’universalité, quoi qu’en disent ses promoteurs. Si plusieurs tentatives de traitement non forcé ont échoué, il est licite de proposer une manipulation, en ayant cité les risques et demandé au patient de confirmer son engagement… et en espérant qu’il aura la force de rester détendu malgré tout.

 Posted by at 6 h 44 min
mai 122012
 

Le fascicule annuel de la MACSF sur la responsabilité médicale, florilège d’affaires censé sensibiliser la profession sur les fautes médicales évitables, est sans doute en fait la propagande la plus aboutie pour faire abandonner ce métier. Non pas que les décisions des juges semblent injustes, mais les erreurs rapportées apparaissent tellement humaines, capables de se glisser aisément dans une journée de travail surchargée, que l’on ressent sourdement la présence de l’épée encore oubliée sur notre tête par cet étourdi de Damoclès, sauf à congédier la moitié de notre clientèle pour s’occuper de l’autre avec une attention obsessionnelle.

La seule bonne façon de travailler m’a été enseignée par mon patron, en consultation externe : sa célébrité était telle que le délai de rendez-vous pour le voir se situait entre 4 et 5 mois. Les patients avaient bien entendu vu plusieurs médecins entretemps si le problème était sérieux, et le diagnostic était déjà correctement balisé. Si le problème était mineur, il avait généralement guéri de lui-même, et la consultation — de politesse — consistait à le confirmer au patient, ce qui rehaussait encore la réputation du professeur.
Je n’ai pas encore mis en pratique, à ma grande honte, la méthode de mon mentor. Je continue à voir des patients malades, parfois en urgence le jour-même, et ils compliquent terriblement le bel ordonnancement des rendez-vous pris à l’avance. Qu’est-ce qui me prend de courir de pareils risques ? Comme il semble impossible d’appliquer l’Evidence Based Medecine aux imprévus du quotidien, dois-je plutôt donner systématiquement les rendez-vous dans 4 mois pour faire de la Médecine Évidente de Base ? Continue reading »

 Posted by at 18 h 15 min
avr 202012
 

Chez un rhumatologue existe un contingent de personnes atteintes d’affections dégénératives, gonarthrose et lombarthrose en premier lieu, qui réclament régulièrement une infiltration palliative de corticoïdes. La répétitivité de ces injections fait parfois frémir certains confrères, quand les mêmes patients sont atteints de troubles métaboliques, potentiellement accentués par le corticoïde. La chirurgie prothétique du genou montrait encore récemment de nombreux insatisfaits ; elle a fait des progrès suffisants pour qu’il soit à présent possible de la conseiller facilement ; mais il existe toujours une tranche d’âge idéale, que faire des trop jeunes et trop vieux ? Dans certaines ethnies, la gonarthrose est banale à la cinquantaine. Quant à la lombarthrose, on ne dispose pas des pièces neuves, ni de viscosupplémentation comme au genou.
Une fois le médecin au terme de ses messages quant à l’hygiène de vie, comment doit-il se comporter face à la demande de soulagement ?

Un profil de patient rétrécit visiblement sa conscience à un besoin d’antalgie immédiate, sans trop se soucier des conséquences. Un autre profil est au contraire très attentif, au moins autant que le médecin, aux risques, et hésite à s’engager dans toute thérapeutique. Les premiers vaquent normalement à leurs occupations, une fois le soulagement obtenu, pendant un nombre d’années sans doute inférieur, du fait qu’ils négligent les risques, aux seconds, si experts dans la précaution qu’elle devient un élément cardinal de leur existence, au point qu’ils ne semblent vivre que pour gagner quelques années de vie.

Sous cet angle, pourrait-on dire que réduire son niveau de conscience par rapport à ce que souhaite l’autorité médicale ait, quelque part, un effet de protection sur la liberté du destin choisi par chacun ?
Hypothèse provocante, qui met en lumière le décalage entre le degré d’anticipation propre au malade et celui du médecin. Continue reading »

 Posted by at 8 h 45 min
avr 162012
 

Les blogs tournaient au ralenti ces derniers temps parce que je mettais la dernière main à cet ouvrage, « L’Homme polyconscient », qui paraît aujourd’hui.
La profession médicale apporte ses moments de grand bonheur, ses dépits — généralement liés à notre ignorance, que le travail peut combler —, et aussi ses impostures, qui relèvent par contre d’un aveuglement plus difficile à contourner. Les règles professionnelles tendent de plus en plus à devenir celles d’une science « dure », comme si les patients étaient un matériau métallurgique au comportement toujours identique, ou du moins prédictible. Mais le patient — tout individu en fait — est l’interaction d’un physique accessible dans ses rouages les plus simples à la méthode scientifique, et d’une conscience qui ne l’est pas, car elle s’auto-organise selon ses propres règles. La médecine du quotidien est ainsi devenue un atelier de mécanique où l’on fait une vidange, un réglage de carburation et un changement de plaquettes, sans se préoccuper de l’électronique de commande, extraordinairement complexe sur les modèles contemporains. Tout au plus établit-on un modèle psychologique du conducteur, et s’il est un peu nerveux au volant nous allons lui trouver de quoi se calmer ! Les processus sous-conscients du psychisme, qui relient le comportement aux sensations corporelles et à leurs maladies, sont terra incognita… où l’on entend toutes sortes de prophètes, car il n’existe plus tant de terres inconnues pour attirer inventeurs et aventuriers.
Je me suis équipé pour me lancer à mon tour dans ces friches de la médecine, avec des objectifs précis : rester en contact avec la vraisemblance scientifique mais m’affranchir de ses effets réducteurs ; déconstruire avant de tenter un réenchantement de notre existence ; amener à un palier maximal de conscience — avec nos moyens actuels — que j’ai appelé la polyconscience.
Ce n’est pas un livre de médecine mais une nouvelle théorie de la conscience, aux prolongements étonnants vers la philosophie, la sociologie, l’épistémologie. C’est un creuset capable de refondre nos questions existentielles en solutions véritablement innovantes. Un livre difficile pour ceux qui se contentent d’éprouver la vie ; une échelle pour celui qui veut la contempler ?…
Version livre couverture souple, 202 pages
Version eBook format epub (Kobo FNAC, iPad…)

 Posted by at 12 h 03 min