nov 142012
 

Un topo stratégique sur la rééducation ? Quelle prétention, alors que je fais partie d’une spécialité réputée pour ses procédures raccourcies : « On pique où ça fait mal ». Cependant, un fait étonnant est que les patients ne se découragent pas de revenir assener la plainte de leurs rachialgies chroniques à notre morne figure, à l’évidence fort peu intéressée. Voilà qui oblige progressivement à reconsidérer une stratégie défensive plus élaborée que la « sale gueule », et à s’intéresser à la continuité entre le diagnostic anatomo-clinique et la prise en charge physique.

J’ajoute à ma décharge que je n’aurais aucun problème à écouter un topo titré « Comment prescrire la rééducation » par la voix d’un kiné. Certainement, celui qui réalise le traitement physique et analyse finement le fonctionnement du patient peut préciser la physiopathologie du problème et affiner la prescription.

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Cette présentation s’attache aussi à identifier les causes d’échec d’une prise en charge. Continue reading »

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nov 042012
 

La compréhension de cet article nécessite celle de son vocabulaire :
-polyconscience, société intérieure, psociété, sont des termes grossièrement synonymes et se réfèrent à l’idée que nos représentations sous-conscientes du monde et des autres sont regroupées en une sorte d’assemblée intérieure dont les délibérations forment notre comportement.
-persona : représentation détaillée et cohérente définissant une tendance de comportement, dont la popularité dans la polyconscience dépend de ses succès antérieurs.

La schizophrénie est une maladie dont l’explication est remarquablement facile en polyconscience. Les « voix » entendues par le schizophrène sont les personae de la société intérieure, normalement non perçues par la conscience. Que le schizophrène se laisse aller aux comportements suggérés par ces voix ne vient pas d’une « faiblesse » de la personnalité. Cette interprétation fausse est fondée sur l’idée persistante que la conscience serait un dictateur du comportement. Or elle n’en est que l’évaluateur. Elle ne peut s’opposer directement aux pulsions sous-conscientes — sinon pourquoi qui que ce soit se laisserait-il aller à un acte dont il connaît la dangerosité ? —, elle ne peut que transférer son évaluation « alarmiste » à la psociété et réveiller les personae opposées à celle qui génère la conduite inadaptée.

Le schizophrène semble avoir un problème de réglage du « volume » des ordres dictés par la psociété. Certaines représentations « crient » avec une puissance telle qu’une négociation intérieure devient impossible. Le processus d’évaluation conscient ne parvient plus à donner une appréciation de la valeur du comportement suggéré, qui normalement en fait selon les cas une « célébrité », fort présente à l’esprit parce qu’ayant produit des résultats favorables, ou au contraire un « raté » à éviter à tout prix.
La persona « hurlante » s’empare des commandes du comportement. Ce n’est à vrai dire que la forme caricaturale des conduites impératives voire forcenées chez des gens considérés comme indemnes de maladie mentale, dont la conscience peine à faire entendre son évaluation dans la psociété.

Chez le schizophrène, le volume déréglé semble du à un excès de certains neurotransmetteurs, qui déséquilibre la puissance de processus sous-conscients censés rester simplement « imaginatifs », devenant alors trop « directeurs » du psychisme. Continue reading »

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oct 282012
 

Les médicaments pris isolément n’ont aucun avenir en psychiatrie. Ils ne seront jamais capables de modifier l’organisation structurelle du comportement. Quand ils ont des effets diffus sur le psychisme, ils déclenchent une torpeur ou une excitation générale. Si au contraire ils parvenaient à agir sur des comportements élaborés, il deviendrait facile de rendre un médicament responsable de tout acte que l’on ne voudrait pas assumer… Les laboratoires n’ont pas fini de payer.

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oct 232012
 

La psychologie a voulu, dans un désir de reconnaissance, ressembler aux « belles » sciences, mathématique et physique. Elle s’est efforcée de bannir la subjectivité de ses recherches, tout en empruntant aux mathématiques l’habit costume-cravate de la statistique. Elle s’est cantonnée au comportementalisme, accréditant presque des croyances métaphysiques, comme s’il existait une âme irréductible par l’analyse, boite noire de nos conduites intérieures.
Si cette approche a permis de trouver des analogies dans les comportements, est-elle cohérente quand ils sont des produits de la subjectivité ? La psychologie recommence depuis ce siècle à s’intéresser à celle-ci.

L’objectivité n’est qu’un langage entre subjectivités. Elle n’est pas une finalité en soi. Chacun d’entre nous construit un univers subjectif spécifique. Ce qui fait de l’objectivité un outil de communication précieux est sa capacité à harmoniser nos représentations avec ce que le monde réel nous suggère, et les univers propres de nos congénères. Il n’est pas nécessaire que le réel devienne notre monde intérieur. Heureusement, car il n’a pas d’intentions. La subjectivité est le réenchantement, la conception d’un monde magique, illusoire en cet instant, mais auquel le réel pourrait ressembler si les intentions qui nous en séparent se réalisent.

Ceux d’entre nous qui misent sur l’objectivité à tout prix et en impriment la marque sur chaque facette de leur existence, captent le pouvoir de la science, de la communication objective. C’est un pouvoir énorme dans une société recentrée étroitement sur l’information. Ils se disent « objectifs », scientifiques, mais en réalité, exercent comme les autres leurs intentions : appelons-les gentiment « besoin d’exister », mais c’est plus précisément un appétit pour sa part de pouvoir social.
Un être entièrement objectif n’existe pas. Une machine correspond à cette définition. Les hommes qui s’en rapprochent sont mortellement ennuyeux. Derrière les connaissances qu’ils possèdent, éblouissantes par leur étendue, se cache parfois un vide terrible de subjectivité. Il se devine par l’absence d’humour, la difficulté à s’intéresser à ce qui n’est pas le champ habituel de leur connaissance, des relations humaines très conventionnelles. A l’évidence nous connaissons tous quelques scientifiques irréprochables qui auraient besoin d’une bonne perfusion de subjectivité.

La médecine, malheureusement, est toujours plongée dans cet obscurantisme relatif qu’a connu la psychologie. Elle aura davantage de difficultés à en sortir parce qu’il lui est plus facile de conserver l’illusion d’une « belle » science. Après tout la statistique codifie plutôt bien les mécanismes biologiques. Que ceux-ci aient produit une faculté émergente appelée « conscience » ne concerne pas directement la médecine du corps.
Même la psychiatrie s’est trouvée contaminée par ce bug logique et, contrairement à la psychologie,  tente toujours de s’affranchir de la subjectivité.

Au final pourtant, les résultats de la médecine sont présentés à des subjectivités : les patients. Sans rien connaître de leurs identités. Elle ne sait pas codifier leurs critères subjectifs : importance générale de la maladie, mythes accompagnant les différentes affections, questions existentielles, vieillissement, face à face avec la mort, conflit de la santé avec les autres aspects de la vie, acceptabilité du risque. Rien d’étonnant, dans ces conditions, que le discours de la médecine ne soit pas toujours reçu comme elle l’attend… objectivement.

Pour pallier à cette originalité pénible du patient, l’effort porte sur la seule solution que puisse imaginer l’objectivité : donner au patient le modèle de ce qu’il devrait penser. Objectif de santé parfaite — « que les politiques se débrouillent pour payer » —, fidélité exemplaire au traitement, attention aux effets secondaires mais surtout pas d’inquiétude, le résultat est satisfaisant parce qu’il est conforme aux statistiques… arrêtons là d’éreinter nos objectivistes.

Cette médecine espère un monde de patients conformes, respectant les critères qu’elle sait étudier, faisant resplendir sa tenue de « science parfaite », qu’elle est loin d’être en réalité : si les mathématiques peuvent s’auto-congratuler parce qu’elles renferment les éléments de leur propre cohérence, la médecine ne cerne l’être humain qu’en négligeant la « matière noire » de sa subjectivité.

Actuellement l’on ne peut faire de la science médicale qu’en se rétrécissant l’esprit. C’est un véritable défi que créer la véritable science de l’être humain, qui en intégrera toutes les parties.

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oct 192012
 

Négociations dans une impasse.
Quand l’impasse existe depuis une trentaine d’années, les commerçants sortent tables et chaises, les visiteurs s’y installent pour boire, pas pour faire des travaux. Il existe des cafés enchanteurs dans lesquels on pratique l’échange et la philosophie ; d’autres répondent à une nécessité bien précise, on honore un rendez-vous, pas question de s’intéresser à la table d’à côté. Si par hasard une communication est nécessaire, on ne mélange pas les univers, on les justifie.
C’est à cette ambiance que correspondent les négociations actuelles. Deux phalanges idéalistes, installées dans leurs tranchées, expliquent pourquoi le ciel est une bande étroite. D’un côté l’administration de la santé, représentante de l’intérêt collectif, de l’autre les médecins, pseudo-libéraux salariés de fait mais diversement agglomérés en syndicat, représentatif d’un extrémisme plutôt que d’une moyenne dont on cherche sans succès la longitude.
Garder le ciel étroit consiste à l’encadrer de palissades. Nous disposons pour cela d’un merveilleux outil : la langue de bois. Quelques phrases ligneuses et nous voici dans un joli jardinet de propriétaire, où les invités sont priés d’observer un minimum de politesse.

Quelles sont ces phrases dans l’affaire qui nous occupe ? Continue reading »

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sept 192012
 

L’erreur foncière de l’EBM (Evidence Based Medecine) est d’avoir retiré l’esprit de la nature de la maladie. Emportés par les succès de cette méthode dans la reconstitution de la biologie, nous sommes conduits par l’EBM dans une impasse, parce qu’au moment de réintégrer l’esprit dans le diagnostic individuel, la façon dont il a pu intervenir dans les résultats proposés par l’EBM nous est complètement inconnue. En fait l’EBM fait tout pour s’en débarrasser, mais nous n’avons aucune certitude qu’elle y soit parvenue. Si elle réussit probablement quand il s’agit d’examiner une réaction biologique élémentaire dans une boite de Pétri — et encore l’esprit suspect de l’observateur est-il là pour recueillir et interpréter le résultat —, nous pouvons être certains qu’elle échoue dès qu’il s’agit d’analyser un symptôme, modelé par une conscience dont nous ne connaissons la biographie et les rouages que sous forme terriblement superficielle.

En pratique l’EBM ne s’en tire qu’en établissant une modélisation du patient standard, de ses attentes, de son habitus, du niveau de compréhension de son propre fonctionnement. Au cas où peu de ces critères interviennent dans l’étude, le nombre de cas analysés va noyer les différences en un bruit de fond qui, néanmoins, peut masquer des résultats spécifiques à certains sous-groupes. Par exemple si l’on étudie les effets du tabac, on peut limiter les critères à la façon dont les gens fument : passivement, activement, inhalation de la fumée ou non, combustion entière du paquet en un quart d’heure ou tabagisme moins compulsif. Même dans une enquête aussi simple, cependant, une foule de critères ne sont pas considérés, sur l’état de santé général accompagnant le tabagisme, les autres habitudes de vie, le terrain héréditaire, la façon dont l’individu a été conduit au tabagisme et comment il se voit fumer, etc… Une foule de critères qui permettraient de répondre à des questions essentielles, mais trop nombreux pour être appréhendés par la statistique. Des critères surtout qui, dans certains cas, pourraient remettre en question les résultats sur les autres, étudiés isolément.

Notre ignorance devient crue quand l’EBM tente d’analyser des comportements complexes, qui ne sont plus une simple réaction biochimique, mais font intervenir des processus subconscients qu’elle postule identiques chez tout le monde. Malheureusement  si une réaction chimique impliquant les mêmes composants produira toujours le même résultat, il n’y a pas deux hommes qui marchent de la même façon. Le coeur est peut-être un organe assez simple pour que l’EBM puisse s’en emparer, mais quand on la voit produire ses résultats, avec exactement les mêmes prétentions, sur les maladies de l’appareil locomoteur ou du psychisme… Il faut certes une bonne dose d’obnubilation pour être chercheur. Elle n’est pas conseillée aux utilisateurs. Difficile pourtant de s’en affranchir quand l’EBM est devenue un dogme.

En retirant l’esprit du corps pour étudier ce dernier, l’EBM entérine l’idée moyenâgeuse que le corps est une sorte de véhicule de l’âme, que l’on peut passer au marbre et rendre à son esprit propriétaire. Sans doute est-ce la bonne méthode… pour ceux qui ont acheté un corps de série.

Il est impossible de fonder une médecine sur les preuves parce qu’il est impossible de prédire le cours de l’esprit. La méthodologie juste est d’organiser la médecine autour des repères que l’on connaît du fonctionnement du corps, du moins ceux mis en place par nos propres esprits, car ces repères ne sont pas intrinsèques au corps. Heureusement ils sont remarquablement semblables d’une personne à l’autre quand il s’agit de repères biologiques. Ils se dispersent tout aussi remarquablement dès que l’on grimpe les niveaux d’éveil neurologiques. Cf « Peut-on encore parler de psychosomatique ? »

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sept 122012
 

Y’a pas moyen d’être tranquille ?

La catégorie « psychosomatique » des maladies est un terme galvaudé et imprécis qui traduit notre méconnaissance du no man’s land s’étendant entre la physiologie des organes et la conscience. Partant d’une caractérisation aussi floue, les traitements du psychosomatique sont intuitifs, suspects, inféodés à des croyances, objets de désaccord entre traitant et traité. Par ricochet, la médecine esquive soigneusement les rapprochements entre états de conscience et états corporels pathologiques, alors que nous sommes des êtres entièrement connectés, interprétatifs. La psychiatrie elle-même tente de s’affranchir de l’étude de la conscience et de ses processus sous-jacents, se contentant de recueillir auprès d’elle les symptômes, puis ensuite redescendre abruptement au niveau de la chimie cérébrale pour appliquer ses traitements. S’agit-il vraiment d’une codification, ou d’un aveuglement scientifique intentionnel ?

Tentons une classification des maladies selon le « niveau d’éveil » neurologique qu’elles comportent :
Tout en bas nous avons les troubles des effecteurs corporels, organisés en grands appareils, sensori-moteur, circulatoire, épurateur, etc… La conscience qu’en a le malade est réduite à des sensations aussi puissantes que frustres : douleurs, palpitations, parfois simple impression d’être malade… Tout ceci est traduit par l’examen médical, c’est-à-dire par d’autres consciences, avec le risque d’erreur que l’on connaît. Cependant sans l’intervention d’un professionnel il est courant qu’un malade traitant ses propres informations à l’aide d’un livre ou du web arrive à une conclusion totalement fantaisiste, ce qui montre la distance entre la conscience et les impressions qu’elle reçoit en direct.

Un étage au-dessus, toujours largement enterrés dans les processus sous-conscients, sont situés les troubles de l’intégration des automatismes corporels. La spécialité la mieux connue est la posturologie. Sans surprise, cette discipline, flirtant déjà avec le psychosomatique, prend bien soin de ne s’intéresser nullement à la personnalité de ses sujets, au risque de voir déteindre sur elle l’anti-scientifisme accroché au ténébreux inconscient. L’on y prend donc en charge les automatismes de patients décervelés, corrigeant les entrées sensorielles plantaires, visuelles, temporo-mandibulaires. L’on s’y occupe de posture globale, abandonnant le bon sens populaire qui prétend que la façon de se tenir reflète le caractère. Continue reading »

août 282012
 

L’Observateur est un personnage tardif de la polyconscience, et très encombrant. Autant il est bénéfique et améliore l’assurance quand tout va bien, autant il est extrêmement irritant quand l’entreprise unipersonnelle est en faillite. Malheureusement il est impossible de s’en débarrasser. Tout au plus peut-on l’éteindre provisoirement. L’alcool, et de nombreuses drogues, en viennent à bout facilement. Cela permet de se replonger dans une bienheureuse conscience limitée où l’on se contente d’éprouver et non plus de s’observer. Tous les interdits redeviennent admissibles. Concurrents, les anxiolytiques atténuent les effets de l’Observateur mais ne sont pas assez puissants pour l’occulter, et surtout anesthésient l’ensemble de la société intérieure. Ce calme plat, dépourvu de contraste, n’est pas très gratifiant. Les réajustements de polyconscience par l’alcool, éjectant l’Espion que devient un Observateur un peu trop critique, sont bien plus efficaces pour replonger dans la piscine du bonheur, dont la margelle est un rebord de bar qui en fait le tour complet.

Cette construction tardive de l’Observateur explique l’apparition retardée d’un grand nombre de troubles de la personnalité. N’est-il pas étonnant en effet de voir une dépression, un état algique ou anxieux permanent, survenir dix ou vingt ans après le traumatisme psychique que l’on pense responsable ? Continue reading »

août 272012
 

Anatomo-pathologiste : scénariste de tranches de vie.

Amniocentèse : auscultation d’un foetus à l’aide d’un séthrètoscope.

Auto-médication : la meilleure méthode pour lutter contre est la bien-portance.
Pas la peine de se prendre pour un médecin si l’on ne se prend pas pour un malade…

Bactéricide : auteur de crimes contre l’inhumanité.

Beauté : marchandise résistant mal au soleil, qu’il faut se dépêcher de ranger à l’intérieur.

Cancer : — Euh… êtes-vous sûr qu’on ne peut pas changer de signe ?
— Oui. C’est pour la vie…

Causalité : de quoi causerait-on sans elle ?

Chimiothérapie : mode d’alimentation qui a déclenché l’énorme succès du bio.

Clientèle : nous avons celle qui nous ressemble.
Si nous souhaitons de la variété, alors il nous faut être plusieurs.

Coeur : organe spécialisé dans l’activité de battre pour les femmes, et qui fait un infarctus en apprenant que c’est immoral.

Cognitive : recette consistant à saisir un cerveau au moment d’un comportement automatique précis
et à le plonger dans une gelée de coings nutritive qui l’alimente éternellement.

Connaissance : ne peut pas être substituée par la conne aisance.

Coton-tige : violeur d’oreille libidineux, persuadé que la ouate protège contre les maladies transmissibles.

Crevette : chez le goutteux, aussi dangereuse qu’une guêpe jaune. Peu importe qu’elle ne possède pas de dard :
c’est le rhumatologue qui se charge de piquer, dès la crise démarrée.

Dent : accessoire inutile implanté dans la bouche des enfants par les petites souris ; la plupart ont un centre en matériau résorbable, laissant une cavité au bout de quelques années, défectuosité lourdement financée auprès des souris vénales par l’Ordre des chirurgiens-dentistes.

Dernier souffle : remboursement de l’emprunt à l’atmosphère fait à la naissance.

Déviance et génétique : puisqu’il n’existe pas un gène de l’intelligence,
pourquoi en existerait-il un pour les maladies mentales ?

Épidémie : maladie transmise par l’air, moins souvent dans les gouttelettes de salive que dans les mots qui les accompagnent.

Evidence Based Medecine : acronyme anglais signifiant « Médecine Biaisée à l’Évidence » ; certains mauvais plaisants disent « Baisée ».

Fonctionnelle : terme appliqué à une maladie ambivalente, plutôt dérèglement du PDG en fonction dans le bureau cortical que des organes fonctionnaires.

Gastro-entérologue : oracle bizarre qui tente de vous persuader qu’avaler et déféquer son oeil est nécessaire pour lire votre avenir.

Ginécologie : populaire ; 1ère spécialité qui permet de s’adonner à la boisson tout en restant écologique.

Hygiène : protection contre les maladies physiques, et cause de maladies mentales.

Jeune : tous les vieux, aujourd’hui, rêvent de rester jeunes,
mais il ne faut surtout pas être un jeune d’aujourd’hui.

Maladie : ce que le mal a dit.

Médicament : certaines en font leur amant médical.

Médecin : proxénète des précédentes.

Mont de Vénus : éminence la plus dangereuse connue. Tous les visiteurs sont attirés par le précipice.

Mort : rien d’autre n’apporte autant de diversité dans la satisfaction.

Moyen : appellation fausse, en médecine, d’une obligation.

Naissance : rien d’autre n’apporte autant de diversité dans la satisfaction.

Obésité : tentative d’absorption du monde environnant qui ne se laisse pas arrêter par deux accoudoirs.
(Maigreur : don de son espace environnant aux appétits de conquête des obèses)

Papule : endroit où il faut commencer pour déboutonner une maladie.

Pied creux : souvent confondu avec un dromadaire à cinq sabots assis sur son cul.

Piercing : anneau d’amarrage à son groupe social.

Polyconscience : si 450 millions de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux, il nous faut une autre théorie de la conscience.

Prostate : organe prétentieux dont l’importance ne cesse de gonfler avec l’âge alors qu’il sert de moins en moins.

Rein : organe particulièrement mou, terrifié à l’idée que l’on vienne lui demander de soulever un piano et se plaindre ensuite de sa performance minable, le honteux « Tour de rein ».

Sleeve : implantation chirurgicale d’un slivoïde, espèce d’alien chargé de grignoter lentement l’intérieur du corps de son hôte.

Statistique : outil de conversion merveilleux qui permet d’expliquer à tous une maladie inexplicable à l’un.

Thermomètre : étrange forme de vie à base de mercure qui s’emmerde à mesurer la température.

Varice : seule circonvolution que l’on est content de voir scléroser avec l’âge.

Verge : corde qui se prétend assez longue pour aller chercher les gens au fond du précipice.

 Posted by at 17 h 53 min
juil 232012
 

Découverte du blog Pharmacritique dont l’intérêt est double : indépendance vis à vis de l’industrie et indépendance vis à vis des médecins. La profession ne dispose pas de beaucoup d’observateurs affranchis de la nécessité de flatter, et n’ayant pas non plus de compte à régler. Les avis d’Elena Pasca sont donc précieux, documentés. Un fil RSS obligatoire dans le dossier FMC du praticien qui juge ensuite, au cas par cas, le bénéfice/risque. Un contrepouvoir plus fiable que les délégués des organismes sociaux, représentants de l’intérêt collectif et non de la personne assise en face de vous, qui a les mains agrippées avec un peu d’angoisse à sa pochette d’examens complémentaires, dans l’espoir d’être chez le bon avocat.

Pharmacritique inquiète les lecteurs susceptibles de recevoir un traitement pour de justes indications ? Il est vrai que le post sur le Mabthera n’incite guère un polyarthritique à gambader joyeux vers sa perfusion. Où réside, cependant, le problème ? Le médecin doit-il s’engager dans le traitement à la place du patient, quand celui-ci est seul concerné, et s’il est bien informé ? Ceux qui répondent par l’affirmative sont bien la cible de choix pour les fabricants de santé sous blister. Un patient refusant un risque qu’il a correctement cerné, de son point de vue, exerce sa liberté.
Quand on expose sa santé à l’aléa thérapeutique, autant avoir le plaisir de lancer soi-même les dés.

Bravo à Pharmacritique et ses invités, de nouvelles personae dans la polyconscience de la santé !

 Posted by at 20 h 11 min
juil 222012
 

Parmi les méthodes d’évaluation des médicaments, voici certainement la plus iconoclaste :
L’idée provient du comportement d’un collègue qui a reçu à un mois d’intervalle deux injections de Stelara, une biothérapie coûteuse utilisée dans le psoriasis étendu. Il était tellement effaré du prix du produit — 400.000 francs CFP soit plus de 3.300 € l’ampoule — que son éruption psoriasique a évolué en culpabilite aiguë, dont il souffrait davantage. Il a interrompu le traitement après 6.700 € dépensés pour ne plus voir ses plaques pendant 2 mois.
Il est vrai que ce tarif, que l’industriel peut certainement justifier par les coûts de développement, apparaît au final totalement délirant.
D’où cette idée pour évaluer le service rendu par un médicament : demander au patient le recevant, informé des bénéfices qu’il peut en attendre — au cas où il ne pourrait pas les constater par lui-même —, de choisir entre deux alternatives : soit il continue le traitement (d’efficacité avérée) remboursé par l’organisme social, soit il n’en profite pas et est crédité sur son compte d’1/3 du prix du traitement. Les réponses obtenues seraient probablement déstabilisantes.
Patient et sécu gagnants… aux dépens du laboratoire n’ayant pas proportionné son prix au service rendu.

 Posted by at 15 h 33 min
juil 122012
 

La conception d’une cure de désintoxication se situe entre deux tendances :
1) Le bâton : la punition d’une cure habituellement affreuse, laissant de méchants souvenirs, dissuadant de replonger.
2) La substitution : la cure est au contraire rendue la plus agréable possible, de façon à rivaliser avec le plaisir tiré de la drogue, un plaisir à rendre plus vif que la simple satisfaction de quitter sa dépendance, davantage intéressante pour l’entourage que pour soi.
Le risque est alors de créer une dépendance à la cure, de favoriser un retour à la drogue pour bénéficier à nouveau des conditions de la cure.

C’est un effet secondaire très universel de l’assistance : ses bénéfices secondaires, s’ils ne se maintiennent pas avec la « guérison », favorisent une rechute du problème qui avait motivé l’assistance. Cette dépendance « secondaire » est beaucoup moins facile à identifier que la dépendance primaire. Elle concerne la plupart des maladies chroniques. Guérir implique que l’état de non-malade soit plus gratifiant que celui de malade.
Or celui-ci profitant d’un statut de mieux en mieux protégé, la promotion du retour à la non-maladie devient difficile. Il est fréquent, par exemple, que grâce à la multiplicité des soutiens tant financiers qu’empathiques ou juridiques, chaque acteur ignorant l’existence des autres, une personne se retrouve avec 50% d’augmentation de son revenu en étant en arrêt de travail — appelé « syndrome du revenu paradoxal » —. La promotion du retour à la non-maladie demanderait alors, quoi ? Un doublement du salaire ? Mais pourquoi retourner s’échiner si l’on reçoit déjà un tel revenu en restant chez soi ?

C’est la confusion entre assistance et solidarité qui fait perdurer l’usage du bâton.
Car les véritables victimes de ce détournement de moyens, dans un budget fermé, sont ceux qui n’ont plus accès aux soins.

 Posted by at 14 h 12 min
juil 012012
 

Le médecin est un lien entre l’univers illusoire du patient et la réalité qui l’entoure. Sa médiation est donc de comprendre l’un et l’autre, mais ni de camper dans l’intimité du patient, malgré la chaude ambiance qu’elle peut recéler, ni d’être le représentant en armure glaciale du matérialisme.

Le traitement intuitif du patient par le médecin est remarquablement multicritère comparé à ce que proposeraient des algorithmes de décision, seuls les plus simplistes pouvant recevoir une validation scientifique. Ce traitement est faussé, cependant, par la présence des illusions personnelles du médecin. La formation scientifique permanente en améliore l’aspect technique, et sans doute l’outil numérique finira-t-il par le mettre à jour sans délai. Ici résident les erreurs humaines évitables. Par contre, l’homme-médecine reste le seul analyste pertinent des critères émotionnels qui modulent tant la présentation des maladies comme leur évolution. La difficulté à rationaliser cette part par les méthodes précédentes encourage à un palliatif navrant : le système de santé relaie le désir de la science de transformer les malades en êtres numérisables, en itérations d’alinéas bien précis d’une classification des pathologies, jusqu’en psychiatrie : avec le DSM, celle-ci devient le flambeau d’une vision réductrice du psychisme, alors qu’elle devrait exalter sa diversité. Lourde responsabilité prise par la médecine quand la santé influence à ce point les mentalités d’aujourd’hui.

L’efficacité de l’intuition serait-elle donc incapable de progression ? Continue reading »

 Posted by at 7 h 56 min
juin 302012
 

La principale ambivalence de l’Evidence Based Medecine (EBM) est la classification : à priori nécessaire pour regrouper les maladies et tester les conduites thérapeutiques, mais s’écartant ainsi forcément des maladies réelles, jusqu’à parfois ne plus correspondre à aucune. Deux exemples simples et caricaturaux : en psychiatrie, une personne triste pendant deux semaines est classée comme dépressive par le DSM. Le deuil est devenu une pathologie ! En rhumatologie les critères les plus récents pour diagnostiquer une spondylarthrite ankylosante sont une lombalgie nocturne plus un item aussi banal qu’une amélioration par AINS ou un antécédent familial de spondylarthrite. Quel lombalgique n’a pas fréquemment des douleurs la nuit, s’il est mal installé ? Combien de spondylarthritiques ont des parents atteints de lombalgies communes, vu leur fréquence ?
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 Posted by at 12 h 04 min
juin 232012
 

Il existe des médecins qui n’aiment pas les malades, c’est vrai.
N’est-ce pas une des motivations à les guérir ?

*

Certains malades sortent du cabinet assistés, d’autres améliorés.
Les premiers ont perdu la maîtrise de leur destin — peut-être temporairement —,
les seconds l’ont récupérée.

*

Il existe un pédantisme scientifique à chasser dans la médecine.
Il faudra du gros calibre.

*

Je voudrais rencontrer la Mort avec un peu d’intimité
au lieu d’être observé par toutes ces sondes curieuses.

*

Le contentement de la maladie existe bel et bien,
est difficilement extirpable :
il commence, avec une température à 40°,
par une journée où l’on a sa mère à soi tout seul…

*

La médecine ne recule plus la mort pour des bien-portants,
elle transforme tout le monde en sursitaires.

*

Prétendre, à juste titre, que rien n’est certain,
arrange bien ceux qui ont la flemme d’apprendre.

*

Quand le corps est considéré comme une béquille,
c’est que l’esprit est boiteux.

*

Aïe! On demande à la médecine des chiffres
d’évaluer la médecine des sens.

*

Le progrès scientifique naît d’un hasard, considéré avec rigueur.
Le scientifique pointilleux, parvenu seulement à la moitié du chemin,
devrait s’autoriser quelques idées bizarres.

*

La balance bénéfice / risque, chez le médecin, commence à la poignée de main :
Pleine d’empathie, pleine de germes sur des doigts
qui vont saisir les aiguilles stériles.

*

Le diagnostic « c’est dans la tête »
n’est, surtout, pas dans celle du médecin.

*

L’ostéoporose n’existe pas.
Le risque est de se casser le cou ?
Mais le casse-cou se moque du risque…

*

Etre en bonne santé
inclue de faire des maladies normales.

*

Le suicide est un bras d’honneur
à des gènes uniquement préoccupés à se perpétuer.

 Posted by at 9 h 04 min
juin 232012
 

En pénétrant dans un cabinet médical, ce que les gens distinguent confusément, derrière le médecin, est la Grande Faucheuse. Le courageux chevalier en blouse blanche ferraille dur contre l’affreux dragon, mais l’on sait qu’un jour il perdra une bataille, et la gueule monstrueuse nous gobera.
Le médecin est difficile à dissocier du Dragon. De ce fait, la médecine préventive gagnerait à être pratiquée ailleurs. L’ambiance qui l’entoure, après tout, est fort différente : l’on conduit son véhicule corporel au garage pour la révision annuelle, quelques analyses sont réalisées, des additifs conseillés, mélangés à l’essence quotidienne. Aucun besoin de s’alarmer. Le dragon est à l’état de spectre lointain.
Or la médecine préventive, quand on s’approche du Cabinet des Mauvaises Nouvelles, s’éclaire d’un panneau avertisseur : « Vous semblez en bonne santé, mais je vais bien vous trouver quelque chose d’ennuyeux… ». Tandis qu’au Garage de Médecine Préventive, une pub indique : « Vous êtes inaltérable, et grâce à la composition inégalée de nos huiles, vous le resterez ».

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juin 222012
 

L’essentiel :
-Les méthodes d’évaluation, par essence subjectives, seraient imperméables à toute tentative de chiffrage
-Le travail humain est une suite d’échecs, débouchant sur des conduites défensives de sophistication croissante
-La défense du médecin à la mode est l’Evidence Based Medecine
-La promesse de l’idéal oblige, régulièrement, à mentir
-Le milieu professionnel n’est pas isolé du familial et du milieu à soi
-Quoi ? Une subjectivité ajustée à une autre subjectivité produit de l’objectivité ?
-Un test humain valable doit être réalisé en toute indépendance, sans connaissance des tests chiffrés.
-Troubles professionnels, séquelles des défauts de politique éducative, mais faut-il inféoder celle-ci à l’économie ?
-Évaluation référée aux autres ou à soi ?
-Organiser la coopération. La recherche en ville, orpheline. L’entreprise libérale.
-L’intelligence émotionnelle : toujours dominante, mais son visage change
-La guerre des blocs, en polyconscience, entre panconscience sociale et personae individuelles
-Auto-organisation du travail et rôle du conflit
-Exercice pratique d’entraînement au radotage.
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juin 132012
 

La maladie de Sachs : je viens seulement de voir ce film et n’aurais pas fait un post pour la performance cinématographique. La critique n’ayant rien d’autre à offrir qu’un gain de conscience, je n’en décelais pas ici. L’indulgence serait de dire que l’oeuvre remonte aux années 90. Mais elle ressemble à un film des années… 60, pas de ceux conservés précieusement sur son disque dur. Un message existe dans l’histoire, mais il n’est pas délivré. Le médecin doit « tenir », a-t-on l’impression, sans que l’allure du prophète muet, prêt à la crucifixion, joué par Dupontel, ne gêne le moins du monde.
Quel est le message ?
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juin 072012
 

L’essentiel :
-Hamer et le cancer libérateur.
-Médecines alternatives : intérêts et excès.
-Comment l’élitisme universitaire favorise l’intrusion des pseudo-sciences dans les cabinets.
-Hamer, Hahnemann, et les situations de Gettier : qu’est-ce que la connaissance ?
-Le débat philosophique sur la priorité du savoir-faire ou de la connaissance propositionnelle (intellectualisme).
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