Qu’est-ce qui différencie la douleur aiguë de la douleur chronique ?

La douleur est initialement le signal d’une lésion de l’organisme. Information particulièrement utile. Qui met immédiatement en action des réflexes d’auto-protection. Que le slogan « Plus personne ne doit souffrir » soit devenu populaire dans les années 90 a été une catastrophe pour la gestion de nombreuses maladies chroniques, aboutissant à des dépendances graves aux antalgiques majeurs. Ce slogan doit être restreint aux douleurs aiguës temporairement insupportables, ainsi qu’aux douleurs lésionnelles insolubles (cancers invasifs) : ce sont les situations où les médecins doivent distribuer leurs boites de morphine sans réfléchir.

La douleur initiale est également une information utile par son intensité. Aiguë, elle me signale un dégât important. Je dois être très attentif à protéger l’endroit, à le mettre au repos, à chercher la posture qui diminue l’intensité de la douleur.

Modeste, la douleur me signale plutôt un phénomène irritatif : dysfonctionnement plutôt que dégât, répétitivité gestuelle qui sollicite constamment le même endroit. Le repos, ici, est au contraire défavorable : il ne change en rien l’automatisme de mouvement responsable, diminue le tonus des protections articulaires actives (les muscles) s’il se prolonge. Je dois modifier ma manière de faire, varier mes activités quotidiennes et mes postures. Les maladies professionnelles musculo-squelettiques sont fréquentes chez les travailleurs statiques, très « robotisés » dans leurs postures. Tandis que ceux donnant l’impression de danser sur leur poste de travail rencontrent rarement des problèmes, pour une tâche identique.

La douleur initiale, aiguë ou modérée, est causée par une inflammation locale. Ce phénomène a mauvaise réputation, car il inclue la libération de composés algogènes, donc crée la douleur. La majorité des gens ont alors le réflexe de prendre un anti-inflammatoire, parce que la douleur est pénible. Mais l’inflammation est aussi le processus réparateur de l’organisme. Il comprend plusieurs phases : exsudative (invasion du site par les cellules de l’inflammation), résorption des tissus lésés, cicatrisation. Une douleur aiguë signale une inflammation vive et donc efficace : résorption et cicatrisation sont très actives. Si l’endroit est protégé de nouveaux dégâts, la guérison est certaine. Une douleur modérée indique au contraire une inflammation modeste. Paradoxalement les dégâts moins sévères peuvent persister plus longtemps, parce que la réaction de l’organisme n’est pas suffisamment vigoureuse. Dans certaines pathologies (enthésopathies = lésions de la jonction os-tendon), le traitement le plus adapté est d’agresser l’endroit par des séances d’ondes de choc, c’est-à-dire de réveiller temporairement l’inflammation locale.

Une douleur initiale aiguë ou modérée peut persister au-delà de plusieurs mois. On l’appelle par convention « chronique » à partir de 6 mois. Elle peut correspondre à des lésions mal prises en charge : erreur de diagnostic, traitement inadapté (dont le repos prescrit à tort), contexte professionnel entretenant la lésion, etc…

Elle peut aussi ne plus être purement nociceptive (liée à un signal lésionnel) mais liée à la gestion de la douleur par le système nerveux central. Aucune douleur n’est purement psychologique mais aucune non plus n’est purement le signal d’une terminaison sensible. Il faut un cerveau pour interpréter cette douleur. Les douleurs « compréhensibles » sont traitées normalement en tant qu’informations utiles par le cerveau. Des douleurs incohérentes perturbent ce traitement.

Les anomalies dans la douleur chronique peuvent siéger à de multiples niveaux. En partant du bas de la hiérarchie de l’auto-organisation du système nerveux que j’ai baptisée ‘Stratium’, on peut rencontrer successivement :

-une diminution des contre-stimulations nerveuses qui écrêtent naturellement la douleur aiguë (c’est en renforçant ces contre-stimulations qu’agissent de très nombreuses techniques antalgiques, mésothérapie, acupuncture, palpé-roulé, thérapies thermiques…)

-un épuisement des hormones du stress qui change les équilibres des informations sensitives reçues de la périphérie par le système nerveux central, créant un fond douloureux permanent majoré fortement par la moindre lésion même bénigne. C’est le mécanisme de la fibromyalgie. Le traitement est une meilleure gestion du stress et de l’anxiété, mais aussi de récréer un contraste entre douleur lésionnelle, douleur irritative, et même plaisir ! (ce qui n’est pas évident : les cabinets médicaux ne sont ni des chambres de torture ni des lupanars 😉

-à peu près au même niveau intervient encore la génétique : il semble que la sensibilité centrale à la douleur varie selon l’hérédité.

Par ailleurs des signaux nerveux puissants et répétitifs créent des « autoroutes » dans les voies nerveuses, ceux de la douleur comme les autres. C’est un avantage pour un sportif qui travaille inlassablement ses gestes pour les rendre plus fins et plus rapides, mais cette sensibilité exacerbée est un inconvénient avéré si le signal afférent est une douleur. Ce phénomène explique les deux dysfonctionnements suivants :

-une douleur « décisionnelle » dans le comportement, c’est-à-dire qui influence les moindres aspects de l’activité quotidienne, les projets à court terme voire à long terme. C’est généralement le rééducateur fonctionnel qui devient l’observateur indépendant permettant de corriger ces automatismes inconscients perturbés.

-une attention excessive à la douleur, lui attribuant une célébrité néfaste. Piège tendu aux gens bloqués entre quatre murs par la maladie, empêchés de poursuivre leurs oeuvres habituelles.

-une douleur apportant des bénéfices secondaires en termes de relations familiales : personne âgée choyée par ses enfants, toute personne dont l’existence est morne, dans une impasse, étouffée par des névroses mal résolues, peut retrouver de l’importance en ayant besoin d’aide. La douleur chronique est le symptôme le plus subjectif qui soit.

-une douleur apportant des bénéfices secondaires en termes de relations sociales et professionnelles : bien sûr il ne s’agit pas des personnes les plus impatientes de reprendre travail et projets personnels. Bien des gens se lassent de leur métier, ont des difficultés avec leur hiérarchie, ne se sentent pas valorisés au travail, se sentent défavorisés par rapport à des collègues. Le phénomène touche volontiers des cadres supérieurs, dont le degré de protection sociale est parfois tel qu’ils gagnent deux fois plus pendant un arrêt de travail (syndrome du « revenu paradoxal »).

Cette classification n’est pas faite pour dénoncer des « simulateurs » qui n’auraient pas de réelle raison d’avoir mal, mais au contraire pour expliquer que de nombreuses douleurs ne sont plus seulement physiques, sans pour autant être « psychogènes ». Les véritables simulateurs sont rares. L’esprit est utilitaire et est conduit vers certaines solutions selon les pressions du contexte. « J’ai toujours mal » est fréquemment une meilleure option que « Je n’ai plus mal », même si la lésion physique initiale est guérie. Des dysfonctionnements séquellaires sont possibles à n’importe quel niveau de la hiérarchie que nous venons de voir.

L’intérêt de cette enquête hiérarchique vous paraîtra évident : traiter une douleur au niveau nociceptif (par des antalgiques) quand elle se situe à un autre échelon, ne sert strictement à rien (sinon à rendre insupportables les effets secondaires des médicaments, car aucun bénéfice n’en est retiré). De même, prendre en charge socialement une douleur chronique quand une lésion irritative persiste ou quand un automatisme anormal s’est installé (boiterie…) est voué à l’échec. Les sciences universitaires ne formant les médecins qu’aux maladies du premier niveau (physique), c’est leur expérience et la connaissance pas seulement clinique et radiographique de leurs patients qui leur permet d’agir conjointement sur les bons leviers de prise en charge. Tout est possible tant que la douleur n’est pas devenue un symbole sacré (auto-entretenu) dans l’univers de la personne.

Quelle est la façon la plus hygiénique de dormir ?

Fuyez les « meilleures façons de dormir ». Bien que nous ayons la même anatomie générale, chaque individu en est une version particulière, en particulier au niveau du système locomoteur, postural, et même sur la manière dont les trajets vasculaires et nerveux s’accommodent du voisinage de structures potentiellement agressives (os muscles fascias).

Nos particularismes ne s’arrêtent pas là. Nous mettons en place des habitudes pendant l’enfance et notre organisme y est adapté. Changer arbitrairement une façon de dormir peut entraîner des problèmes inattendus.
Par ailleurs certains d’entre nous présentent des problèmes que d’autres non pas. Inutile pour ces derniers de tenir compte des précautions des premiers. Par exemple si vous avez un cardia en bon état, quel intérêt d’adopter une position anti-reflux ?

Ecoutez ce que votre corps vous raconte. Méfiez-vous des sommeils trop profonds, quand vous êtes complètement épuisé : cela supprime les vagues émergements de la conscience entre 2 cycles de sommeil ; or ils sont indispensables pour accéder à une impression de position inadaptée et la changer (souvent aucune n’est favorable une nuit entière).

Seule habitude à essayer de changer : dormir la tête sur le bras relevé. Cela comprime les tendons de l’épaule entre tête humérale et acromion, entraînant leur dévascularisation et leur fréquente rupture chez les gens âgés. Si cette habitude est difficile à abandonner, essayez de changer le degré de rotation du bras d’une nuit à l’autre (on peut envoyer la main vers l’avant ou l’arrière).

Il est parfaitement possible de dormir sur le ventre. Certes cela oblige à une rotation cervicale qui peut être excessive. Pour l’éviter, il suffit de se mettre un oreiller voire deux, assez épais, sous le tronc du côté où regarde la tête, pour mettre le buste de 3/4 plutôt qu’à plat.

Existe-t-il à ce jour une sérieuse Théorie du Tout ?

Existe-t-il à ce jour une sérieuse Théorie du Tout ?

Nombreuses candidates, explorant chacune une facette spécialisée de l’existant… pas une seule ne relie tout. Elles se répartissent en 4 grandes catégories : mystiques, scientistes, humanistes, épistémologiques. Comment unifier ces systèmes de cohérence, quand chacun se présente comme discipline fondamentale de la pensée. Le mysticisme ignore superbement les découvertes scientifiques ; la science appelle Théorie du Tout une unification du monde physique qui réduit l’homme à un tas de particules élémentaires ; l’humanisme au contraire s’attache exclusivement aux contenus de la conscience, sans s’inquiéter de leur provenance ; enfin les épistémologues manquent de connaissances fondamentales assez poussées pour faire la leçon aux scientifiques.

David Chalmers affirme qu’en premier ressort, une vraie théorie du Tout ne peut se fonder uniquement sur les lois physiques, doit inclure la relation entre les processus physiques et l’expérience consciente. Pas de possibilité d’édifier une telle théorie sans comprendre, déjà, comment fonctionne la conscience.

Diversium-blogCette prescription est à la base du livre « Diversium, une théorie de Tout et de Toujours ». Le défi : respecter les données scientifiques, inclure notre outil à élaborer un espace conceptuel : l’esprit, enfin relier et non pas évacuer les suggestions théologiques ou philosophiques. La force de notre approche est son interdisciplinarité. Chaque spécialiste peut y trouver de nouvelles réponses car elle est, avant tout, un mode de pensée innovant.

La coeur du livre se déroule ainsi :

—Théorisation du fonctionnement de l’esprit humain, en accord avec les recherches neuroscientifiques les plus récentes : principe d’une pyramide auto-organisée dont les étages produisent une complexification croissante des concepts (assimilables à des lois d’organisation stratifiées), passant du biologique au mental, du réflexe à la réflexion.

—Extension du principe de stratification à l’organisation des niveaux successifs de la matière (partie de la pyramide allant des particules élémentaires jusqu’à notre système neurologique), ainsi qu’à l’organisation sociale (partie au-dessus de nos esprits individuels, qui en sont le support).

Toutes les disciplines sont ainsi concernées par cette théorie, dont l’apport essentiel est de n’enfermer aucune dans un cadre préétabli. Au contraire elle protège l’indépendance de leurs paradigmes respectifs. Le Diversium est une machine à diversification. Le niveau supplémentaire d’organisation que nous pouvons ajouter à notre pensée aussi bien qu’à la société se gagne en considérant toutes les alternatives et en les mettant en conflit.

Il ne s’agit donc pas d’une tentative d’enterrer ces conflits sous une théorie hégémonique mais presque de les exalter, afin d’aboutir à la meilleure issue, qui peut-être aussi bien une harmonisation, un dualisme ou la célébrité d’une solution nettement supérieure aux autres, colonisant le niveau d’organisation considéré.

Ce nouveau mode de pensée encourage à identifier le niveau du Diversium où s’ancre le paradigme que l’on veut utiliser. Un paradigme est un langage descriptif des lois d’organisation d’un plan spécifique. Sa puissance peut s’étendre aux niveaux adjacents mais s’épuise par l’addition des indépendances que forment ces strates. Par exemple le modèle standard règne en maître sur les particules quantiques, nécessite des corrections pour s’adapter à la réalité macroscopique, et n’explique en rien nos conduites humaines, beaucoup plus haut situées dans le Diversium. A cette altitude, chacun peut concevoir sa propre théorie de la personnalité, et survivre.

Notre mode de pensée stratifié résout de nombreuses impasses contemporaines de la connaissance, aussi bien en physique fondamentale, en médecine, en sociologie, en spiritualité.

Enfin cette théorie du Tout explique comment s’extraire elle-même du problème de la circularité.

En dix volumes, pensez-vous ? Non, seulement 30.000 mots…

Si un anti-TNF voit son effet s’épuiser, quelles peuvent en être les causes ?

« Effet qui s’épuise » veut dire recrudescence des douleurs et d’autres symptômes éventuels.
Les deux premières questions, intriquées, sont :
N’existe-t-il pas une autre maladie qui démarre ?
N’est-ce pas un effet secondaire du traitement ?
Rechercher en particulier une infection, plus fréquente sous anti-TNF. Cependant toutes les maladies sont possibles, autres inflammations, ischémies, etc… Continuer la lecture de Si un anti-TNF voit son effet s’épuiser, quelles peuvent en être les causes ?

Fête à tous les étages

Pour fêter la publication officielle aux éditions l’Harmattan de « Stratium »,
le livre qui ne fera rien de moins que révolutionner ce siècle,
voici une nouvelle fournée de bulles pétillantes issues de sa suite, presqu’au terme de son chantier.
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Tenant compte des deux observations que « nos politiciens sont de vrais crétins » et « on a les politiciens que l’on mérite », je m’abstiens d’aller voter…

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Les sites de rencontre pour gens déjà mariés font enfin jurisprudence. Il est désormais légal que le budget conjugal serve à payer les amants…

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Le chemin vers l’intelligence artificielle est raccourci par une tendance parallèle de l’être humain à devenir artificiel.

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Proverbe stratique : Tout adolescent a un bon fond. Le problème chez certains est que pour l’apercevoir, il faut constamment agiter la merde qu’ils ont dans la conscience.
(ce proverbe n’a qu’un seul but : soulager tous les parents qui auraient voulu l’écrire sans s’y résoudre)

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La logique est l’ascèse de la pensée humaine dans son obédience au réel.

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Pour exister, on vendrait tout ce qui existe, et alors on se serait plus rien.

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Que tous les gens puissent adhérer aux mêmes concepts est un progrès social, mais un appauvrissement de l’éco-système intellectuel.

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Je me demande à quoi l’on peut bien s’occuper au Paradis. Déjà qu’on passe sa vieillesse à ne savoir quoi foutre…

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L’Histoire est un lieu où l’on vole du pouvoir,
tandis que l’Inventeur crée le sien.

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L’anatomo-pathologiste est un professeur devant lequel mieux vaut échouer.
A moins de vouloir se faire dire que l’on peut passer en (phase) terminale ?

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La médecine prise en flagrant délit de sale gueule : elle dépiste les pro-trombine et les anti-trombine…

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La profession médicale ne forme plus des ingénieurs en diagnostic individuel mais des techniciens de l’Evidence Based Medecine.

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Au plan social, il est aussi difficile de faire parler les médecins d’une seule voix que faire chanter des coqs dans une chorale.

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Des deux aphorismes précédents concluons que les médecins font tout à l’envers : ils uniformisent le discours dans leur cabinet, siège pourtant dédié à la diversité de la relation médecin-malade, et ne souhaitent aucunement s’unifier en dehors pour décider du destin de leur profession, un acte fondamentalement collectif.
Quelqu’un m’écoute ?
Non. Un cocorico parmi les autres…

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Les faibles sont pitance,
les forts s’en remplissent la panse.

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L’anticipation semble tellement utile. Pourquoi ne sommes-nous pas tous affairés à nos plans d’avenir ?
L’oracle a l’inconvénient de souligner horriblement les défauts d’aujourd’hui, à notre conscience baignant dans ce présent.
Il faut déjà ingurgiter beaucoup d’anticipations pour l’en extraire.

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La question de l’existence d’un Paradis n’offre aucun intérêt propre. En fait elle implique que la vie sur terre est un Enfer. Là est le véritable problème.

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De la difficulté d’être femme
Plus merveilleuse est la beauté avec laquelle elle s’élève comme une fusée dans la société, plus rude est l’alunissage.

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Je pense, sur la fin de ma vie, convertir ma fortune en denrées périssables, pour obliger mes héritiers à se mettre très rapidement d’accord sur le partage…

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Viroses hivernales, toux, bronchite, utilité des antibiotiques

(extrait des « Trucs de médecine familiale » du site)

La grande majorité des infections des voies respiratoires supérieures sont des viroses. Les antibiotiques sont inefficaces sur les virus. Par contre les lésions induites par la réaction inflammatoire contre les virus peut léser la barrière protectrice des voies respiratoires, constituée d’une couche de mucus et des cellules de la muqueuse (membrane tapissant l’intérieur des conduits aériens, bouche gorge trachée bronches alvéoles pulmonaires). Ces lésions servent de porte d’entrée aux bactéries, normalement présentes à la surface du mucus, qui deviennent opportunistes : elles infectent l’intérieur de l’organisme.

En pratique les antibiotiques ne sont utiles que dans deux situations : Continuer la lecture de Viroses hivernales, toux, bronchite, utilité des antibiotiques

Dolorisme

L’immense majorité des gens accablés par des douleurs chroniques souffrent terriblement parce qu’ils ne se sont pas appropriés leur douleur.
Qu’est-ce que cela veut dire ?

Pour se l’approprier, il est impératif de comprendre d’où elle vient et se satisfaire de l’explication. Notons immédiatement une conséquence étonnante de cette observation : un individu accepte mieux sa douleur quand la cause lui paraît acceptable (c’est-à-dire qu’elle se relie correctement à son besoin identitaire) que parce qu’elle est véridique, en particulier scientifique. Certaines personnes supportent même en vain des douleurs qui pourraient être supprimées, parce qu’elles lui ont trouvé une fonction identitaire.
La plupart du temps la recherche de la cause de la douleur chronique est inadéquate et incomplète. Les éléments d’information sur le web sont dispersés et en apparence contradictoires. Un profane a peu de chance de les assembler correctement pour en faire un cadre qui lui semble parfaitement cohérent. Par suite il lui est impossible de s’approprier cette douleur ; elle reste en majeure partie étrange, étrangère, une méchante puissance qui tente de le réduire à sa merci.

Ces éléments d’information se divisent en deux catégories :
La première comprend les originaux, les individualistes ; ils reposent sur des croyances, des théories personnelles propagées par des « Séides » et non par la confirmation expérimentale. Il peut être intéressant de devenir soi-même un Séide, mais l’on ne possédera jamais qu’une partie de réponse. C’est la transposition sur Soi de la solution personnelle d’un autre et non sa propre Solution. Ce type d’information apporte une grande force identitaire à l’origine de la douleur, mais éventuellement la déconnecte complètement de la réalité.
On peut ranger dans cette catégorie une partie des avis recueillis dans les forums, axés sur l’expérience personnelle.

Les autres appartiennent à la seconde catégorie, l’information commune, collectiviste, reproductible quel que soit l’individu, catégorie actuellement confondue avec la science fondée sur les preuves. Elle se trouve sur les sites médicaux officiels, uniformisants et malheureusement insuffisants, puisqu’une faible partie du ressenti d’une douleur chronique peut être expliquée par leurs dires.

matrixCette carence motiva le projet Rhumatologie en Pratique, destiné à faciliter l’appropriation de la douleur chronique à ceux débordés par elle. Bien sûr vous y parviendrez plus aisément pour une douleur arthrosique que pour une névralgie du trijumeau. Même dans ce dernier cas cependant, et bien qu’elle provienne de niveaux très bas dans le Stratium, difficile d’accès aux facultés conscientes, il est possible de s’en emparer, la reconsidérer, le requalifier. L’entraînement est plus long, plus difficile à apprendre seul, mais la situation le motive entièrement. La douleur ne doit plus être un tyran inaccessible, fouet brandi par un Corps indépendant, mais un dysfonctionnement qu’il appartient à Soi de faire disparaître.

Pour les douleurs d’origine ostéo-articulaire, le principe repose sur une idée centrale : le manque de mouvement, aussi bien physique que psychologique. L’espèce n’a jamais été aussi accablée de douleurs insupportables que depuis sa sédentarité croissante, l’essor des métiers à posture statique, moins épuisants physiquement mais répétitifs. Le chasseur-cueilleur gambadait dans les prairies ; l’agriculteur est le premier à avoir connu le mal de dos chronique.

Le manque de mobilité a plusieurs conséquences : réduction du massage cartilagineux, un élément essentiel de son activité anabolique et de la circulation des nutriments dans son espace interstitiel ; sous-utilisation des automatismes neurologiques qui assurent la coordination -> perte de compétence ; réduction des informations sensorielles alternatives à la douleur, qui rend celle-ci diaboliquement prééminente dans le sensorium.

Malheureusement pour les douloureux chroniques qui ne gèrent pas ces signaux inutiles en les ignorant, il semble que le corps traite leur excès d’importance chronique comme les autres types d’informations, c’est-à-dire qu’il crée des terminaisons supplémentaires pour recueillir toute cette douleur et améliorer sa gradation, sa sensibilité. Si vous avez trop mal en permanence, vous cessez de percevoir le « plus » et le « moins » douloureux. L’organisme s’occupe de créer de nouveaux capteurs « douleur ». Il veut en savoir plus. A ce niveau, la douleur n’est qu’une information comme les autres. C’est beaucoup plus haut dans le Stratium qu’est interprétée sa pénibilité.

Les antalgiques, dans le traitement de la douleur, ne sont qu’un soutien au détournement de l’attention, qui est le principal objectif.
L’attention… qui d’autre que le douloureux chronique la pilote ? Personne. En désespoir de cause, vous pouvez engager un médecin terroriste pour opérer le détournement. Il vous menacera avec une lobotomie, des drogues dures, des électrodes implantées dans le rachis.
Cela ne suffit pas ? Vous avez raison, contraintes et peur de la punition n’agissent jamais bien longtemps. Plus efficace est de réveiller vos passions. Laquelle vous rendrait fébrile au lever le matin, au point d’oublier vos pilules ?

L’on doit sans doute se féliciter de l’abandon du dolorisme, vieille tendance religieuse à exalter la douleur physique, à lui attribuer une valeur morale. Cependant, qu’est-ce que la médecine moderne a offert en remplacement pour inciter à mépriser une douleur qui n’apporte aucun bénéfice ?
Nos aïeux auraient-ils été mieux armés contre la douleur, avec leur morale judéo-chrétienne, que nous avec toute cette prétentieuse pharmacopée ?

Deux mille quatorze idées nous attendent

En ce début d’année, que je souhaite stimulante à tous, faisons un recadrage de ce blog, qui concernera désormais la pure rhumatologie. Certains s’étonnaient en effet d’y découvrir des envolées philosophiques ou psychanalytiques peu en rapport avec la spécialité. Il se trouve que, en médecine, l’art médical proprement dit est réducteur. Nous avons bien des patients qui viennent avec une simple tendinite ou une angine, mais ceux que nous revoyons fréquemment ont des troubles de vie étendus au-delà du physique. Comment comprendre où veut aller leur esprit et ce qui le fait tourner en rond, alors que nous n’avons que des intuitions sur la façon dont il s’est construit ?

Ayant découvert mon ignorance et peu satisfait des théories psychanalytiques, j’ai utilisé une double approche sociale et neurologique pour établir des plans originaux du mental. Comme les chantiers ferroviaires rivaux de la première ligne transcontinentale américaine, cette « bataille pour le chemin unificateur de l’esprit » s’est terminée par la création de la théorie polyconsciente, reliant biologie et psychologie.

Les bifurcations sont très nombreuses, vous vous en doutez, et me passionnent davantage qu’une actualité rhumatologique enterrée de façon navrante dans de redondantes études sur les biothérapies, financées par l’industrie. Des articles continueront à être publiés ici, toujours indépendants de ces pressions commerciales.

Mais tout ce qui concerne le développement de cette théorie du psychisme et ses multiples applications pratiques dans les cabinets médicaux comme la vie quotidienne, sera désormais sur un autre blog, « Je » et la polyconscience.
Il n’est pas référencé dans le Club des Médecins Blogueurs. Il s’adresse de préférence aux lecteurs de « Je », l’ouvrage qui vulgarise notre théorie ; néanmoins les articles sont listés par difficulté et la plupart sont très accessibles. Sujets déjà parus : les particularités des jumeaux, la logique cachée de l’astrologie, gérer une timidité, comment faire la différence entre ce qui est conscient et inconscient dans notre pensée, des histoires personnelles incompréhensibles s’éclairant avec l’approche polyconsciente (Tranches de « Je »), etc…

Souhaitant vivement voir les plus éclectiques d’entre vous sur cette nouvelle piste d’envol,
Meilleurs voeux,
Jean-Pierre Legros

Faut-il réaliser une infiltration sous échographie ou non?

L’échographie semble pour certains un outil parfait voire obligatoire afin d’assurer la réalisation technique correcte d’une infiltration.
Voyons dans l’azur idyllique du « pour » s’il n’existe pas quelques nuages de « contre ».
Avant de les énumérer, détaillons le contexte :

Il est exact qu’un nombre non négligeable d’infiltrations échouent parce qu’elles sont mal faites. Les conséquences sont différentes selon le produit et l’endroit injecté. Continuer la lecture de Faut-il réaliser une infiltration sous échographie ou non?

Quels espoirs professionnels et sportifs après prothèse de hanche ou de genou ?

Essayons de réunir les éléments qui expliquent la grande variété des situations :

Avant l’opération :

Le travail ou le sport est-il responsable des dégâts ayant conduit à la prothèse ?
La médecine est incapable de donner une réponse claire, sauf en cas de traumatisme important au cours de la vie professionnelle ou sportive. Or c’est une question essentielle pour le travailleur destiné à reprendre le même poste par la suite, le sportif qui veut continuer.
Dans la réalité, les lésions proviennent de facteurs multiples, dont les contraintes imposées par le travail (cause extrinsèque) mais aussi la façon dont on s’y adapte (cause intrinsèque). Ainsi, selon l’idée déjà ancrée au départ chez lui, chacun jugera le travail comme responsable ou non ; l’on voit ce que l’on préfère.

Il est conseillé d’éviter de poser une prothèse avant la soixantaine, pour ne pas avoir à la changer plus tard. Les gens concernés par une reprise du travail sont donc jeunes chirurgicalement, mais âgés professionnellement. Continuer la lecture de Quels espoirs professionnels et sportifs après prothèse de hanche ou de genou ?

Une nouvelle philosophie de l’inflammation

Ce post est, comme tant d’autres ici, iconoclaste et spéculatif. Cependant il s’appuie sur des notions scientifiques bien établies, et s’il s’avère juste… alors le mode de prescription actuel des anti-inflammatoires est largement erroné. Continuer la lecture de Une nouvelle philosophie de l’inflammation

Le Monde Polyconscient tome 1 (la fin de ce monde?)

Le-Monde-Polyconscient-final

Avez-vous jamais voulu savoir comment l’arborescence de milliards de neurones, à présent illuminée par les IRM comme des sapins de Noël, pouvait faire naître votre pétillante conscience ?
Notre expédition, à travers ces pages, n’est pas technologique. Elle poursuit un mythe, le Moi. Nous ne le trouverons pas. C’est toute une société intérieure que nous découvrirons à sa place, dans une démarche spéculative, mais bien outillée scientifiquement : évolution, auto-organisation, repères, confrontation avec les théories existantes ; nous vérifierons la congruence de la polyconscience avec le monde que nous fréquentons.
Vous-même risquez d’y perdre votre « Je ». Ce livre n’est point un mets pour tous les esprits. Dotez le vôtre de quelques rations de survie avant de lui faire explorer la jungle polyconsciente…

Rachialgies et anticipation

Les douleurs vertébrales et dérivées sont la caricature de la maladie d’anticipation. Il s’agit de névralgies fulgurantes, extrêmement pénibles et imprévisibles, pour deux raisons :
—Elles sont déclenchées dans des mouvements de faible amplitude et combinant différents axes, si bien que la personne a des difficultés considérables à repérer les contextes déclenchants précis et à s’en prémunir.
—La plupart du temps elles sont ressenties à distance de la réelle source du problème (douleur projetée), car elles sont localisées par la personne à la terminaison du nerf et non à l’endroit où il se fait irriter. Le rôle normal du nerf est de transmettre l’information d’une lésion de la zone qu’il prend en charge ; s’il est lui-même irrité, il raconte la même chose, trompant son propriétaire. Même avertis, la plupart des gens continuent de se fourvoyer, car habitués à faire une confiance aveugle aux signaux de leur organisme. En voulant protéger l’endroit qui fait mal, par des compensations sur les articulations voisines, ils aggravent le problème au rachis.

Le rachialgique se trouve ainsi engagé malgré lui dans un film d’anticipation version gore, où un tortionnaire hideux et sadique, la douleur, le guette dans un labyrinthe de mouvements, sans aucune idée de l’endroit d’où il surgira. Doit-on être étonné que la conduite de cette personne devienne rapidement précautionneuse et inefficace ? Toute coordination est perdue. Le moindre départ de geste est une aventure dangereuse. Les antalgiques ne font que gommer légèrement la douleur, inopérants au plan mécanique.
Ce n’est plus un trouble en rapport avec des lésions vertébrales, mais une maladie d’anticipation.
Continuer la lecture de Rachialgies et anticipation

Où en est la prothèse discale ?

Vu la fréquence de la pathologie discale, nous pourrions être tous tentés par la commande de 2 disques de rechange supplémentaires, les deux les plus bas situés finissant très mal leur carrière, sous le poids de tout ce mou qui se prélasse au-dessus de leur tête — nous exploitons toujours outrancièrement nos plus inférieurs —.
Malheureusement les indications de la prothèse discale restent rares, pour plusieurs raisons : Continuer la lecture de Où en est la prothèse discale ?

Fibromyalgie : racines historiques

Avez-vous bien remarqué que notre argumentaire extrade la fibromyalgie du siège de la conscience de ces patientes, et l’exile dans la panconscience collective ?

Dès que l’on aborde l’analyse psychique de cette maladie, traîne la tenace accusation qu’il s’agit d’une sorte d’auto-mutilation, d’auto-punition.
Non, voilà une culpabilisation bien mal placée. Il n’existe aucune anorexie, aucun désir de se nuire. Les médicaments sont rejetés parce qu’inutiles. Ces femmes évitent même un simple piercing.
Le migraineux se suicide parfois… surtout après la lecture d’un article de ce blog 🙂 La fibromyalgique, malgré toutes ses douleurs, jamais.
La maladie est provoquée au contraire par une tentative d’adaptation, assez désespérée, à des ordres contradictoires : La société prétend se charger du bonheur de toutes, et demande simultanément aux femmes d’acquérir en elles-mêmes une responsabilité identique aux hommes.

La fibromyalgie, peut-on dire, est un effet indésirable de l’émancipation féminine.
Hein ??? Continuer la lecture de Fibromyalgie : racines historiques

Douleur, parle, mon amie

Résumé : La fourmi ferait mieux de danser tout l’été.

La douleur est l’un des signaux les plus essentiels de l’organisme. Elle est graduée selon l’intensité de l’agression, et commande une réaction d’évitement proportionnelle. Ce fonctionnement est automatique. La douleur, contrairement à d’autres informations sensorielles, est, en temps normal, peu interprétée. L’animal réagit vivement à une attaque extérieure qu’il peut esquiver, en ayant mémorisé la douleur, tandis qu’il ne se préoccupe guère d’une douleur viscérale sur laquelle il ne peut agir. L’homme s’est mis à chercher la cause de ses douleurs viscérales et à les interpréter par la science médicale. Ce faisant, il a prolongé son espérance de vie, mais a aussi ouvert la porte à toute une pathologie de l’interprétation.

La douleur n’est pas seule concernée. Les autres sensations simples le sont également. La faim et le goût pour les aliments, qui permettent de faire son choix pour se nourrir selon la dépense physique et les besoins du métabolisme, ont été réinterprétés par une multitude de consignes et de publicités nés de l’imaginaire, si bien que les adultes, et même à présente les enfants, perdent les informations de ces sens très instinctifs et deviennent obèses. Continuer la lecture de Douleur, parle, mon amie

Arthrose digitale chez les habitants de Beta Pictoris

Il est des études qui font se demander si la médecine n’est pas en train d’explorer une planète lointaine.
La si fréquente arthrose des doigts, responsable de nodules disgracieux mais surtout d’une raideur invalidante, est médiocrement prise en charge par la médecine classique. Moult pilules merveilleuses du Dr Abuse sont distribuées aux noduleux avec comme principal avantage leur innocuité, le pire effet secondaire étant de regarder l’entassement de boîtes à ingurgiter et se sentir un peu plus handicapé.

Aux mains toutes déformées qui lâchent verres et couverts, l’on fournit maintenant un matériel adapté, baptisé « technologie d’assistance » (TA).
Les prêtres de l’EBM ne sont pas avares de cérémonies coûteuses : Ils ont convoqué quelques dizaines de malheureux, pour une célébration de la TA (1):
Une première colonne a reçu une hostie insipide : une liste de conseils sur la meilleure façon d’utiliser leurs doigts. L’autre colonne a reçu l’hostie briochée : la liste additionnée des accessoires TA (attelles, outils spéciaux). Bien entendu les seconds ont été enchantés par leurs nouveaux jouets. Tonnerre de l’orgue à tuyaux qui clôt la cérémonie. Nous avons tous, sans le savoir, donné à la Quête…

Peut-on mieux faire ?
En une demi-heure environ, n’importe quel médecin — ou profane — peut apprendre à débloquer des doigts arthrosiques par des gestes simples et sans danger, et redonner une fonction spectaculairement meilleure. La limite est l’ancienneté de l’enraidissement. C’est donc une technique à posséder par tout médecin de famille, qui peut l’exercer dès le début de l’évolution d’une arthrose digitale, et en particulier après une poussée inflammatoire, où la raideur s’installe.
Tous les patients traités ainsi sont capables de serrer mon petit doigt dans leur paume avec fermeté, et n’ont aucun besoin de matériel spécial.
Vidéo déjà ancienne sur le site adhérents pour effectuer seul ces mobilisations ; une autre sera prochainement dédiée au médecin.

(1) Kjeken I et coll, Effect of assistive technology in hand osteoarthritis: a randomised controlled trial. Ann Rheum Dis., 2011

Pourquoi les infiltrations ont-elles mauvaise réputation ?

Les infiltrations doivent avoir quelque intérêt puisque les rhumatologues s’obstinent à les pratiquer — bien souvent dans des indications non réellement validées —, mais c’est le traitement à la réputation la plus sulfureuse dans cette spécialité. Pourquoi ?

Ma plaque affichée à l’entrée du cabinet pour réduire les files d’attente…

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