Quelle est la cause des maladies auto-immunes et auto-inflammatoires?

L’organisme humain est un ensemble d’eucaryotes (dotés d’un noyau) symbiotiques appelés ‘cellules’.

Elles sont les descendantes d’espèces bactériennes coopératives qui ont réuni leurs patrimoines génétiques dans un génome commun, passant ainsi de procaryotes à eucaryotes (le noyau héberge et protège ce génome commun). Selon les parties du génome utilisées, les cellules peuvent être totipotentes (pour la reproduction) ou spécialisées (pour les fonctions dédiées de chaque organe).

Nous pourrions dire que nos cellules forment une société dont le code législatif est le génome. Ces tablettes de la loi indiquent à chaque cellule ce qu’elle peut faire et ne pas faire. Par exemple elle n’est pas censée se multiplier éternellement, car elle vampiriserait ainsi les ressources des autres cellules. Celles qui le font malgré tout, les cellules cancéreuses, sont des bandits qui se sont mises à ignorer le code commun.

Pour les punir (et même les détruire, on ne rigole pas chez les cellules) il existe un organe disséminé dans le corps appelé système immunitaire. Ses cellules, les globules blancs, sont chargées de faire la police. Détruire les cellules qui ne respectent plus le code, mais également tous les micro-organismes qui ne disposent pas du bon passeport génétique. Bactéries et virus archaïques, toujours présents dans l’environnement sont ainsi prestement éliminés dès qu’ils mettent le nez à l’intérieur.

A l’extérieur ils sont encore tolérés, et même nécessaires. Une grande partie des bactéries symbiotiques n’est pas intégrée à l’organisme. Elles tapissent la peau et les muqueuses, sont indispensables dans les échanges et la protection externe, mais ont gardé leur génome spécifique. Ce sont des associations plus temporaires. Notre flore bactérienne change facilement au gré de l’environnement et en particulier de l’alimentation.

L’ensemble, ce que l’on appelle un corps humain, est donc une gigantesque assemblée de micro-organismes individuels, les uns unis par un code strict (les cellules), les autres associés par une symbiose temporaire (les bactéries saprophytes), et le tout se défend contre les intrusions d’autres micro-organismes, vigoureusement dans le domaine cellulaire grâce au système immunitaire.

La police immunitaire est divisée en deux sections principales : 1) l’immunité innée, assurée par les macrophages et polynucléaires, 2) l’immunité acquise, affaire des lymphocytes. Il existe d’autres acteurs cellulaires et biochimiques mais je simplifie.

L’immunité innée est présente dès la naissance. Elle est inscrite dans le code génétique et vise, sans surprise, les virus et les procaryotes. Ces ancêtres des cellules qui n’ont pas évolué vers une coopération génétique poussée ne sont plus tolérés à l’intérieur de l’organisme. C’est une immunité figée, définitive.

L’immunité acquise se construit au fil des rencontres avec les intrus. Ceux-ci utilisent des subterfuges pour échapper à l’immunité innée. Ils mutent, se dissimulent dans les cellules, utilisent des faux passeports… C’est une immunité dynamique, excitable, temporaire (les vaccins qui la stimulent n’ont pas une efficacité éternelle).

Les dysfonctionnements de la police immunitaire sont de deux ordres : déficiences et excès.

Déficiences: elle peut se retrouver débordée par des microbes trop nombreux, très agressifs (septicémies aiguës), ou assez malins pour échapper à leur vigilance (infections persistantes).

Excès : la police s’attaque aux bons citoyens. Elle cible les eucaryotes, fabriquant des anticorps contre leurs constituants normaux, tels les noyaux cellulaires. Tous les organes peuvent être concernés, en premier lieu les articulations (polyarthrites) mais aussi la peau (lupus, psoriasis), l’intestin (Crohn, rectocolite), etc.

La cause de ces erreurs est multifactorielle : génétique, bactérienne, alimentaire, micro-anatomique. Conjonction d’un terrain génétique et d’intrusions bactériennes chroniques (interface gencive-dent, porosité digestive anormale). La police reçoit des avertissements peu inquiétants mais répétitifs, et finit par se mobiliser contre un faux coupable.

Les cellules de l’immunité sont extrêmement performantes : elles sont capables de reconnaître les dizaines de milliers de protéines de leur société cellulaire au milieu des centaines de milliers qui existent à l’extérieur. On peut s’étonner que les dérèglements ne soient pas plus fréquents. Mais les globules blancs sont aussi assez entêtés : une fois qu’ils ont un mandat d’arrêt, même erroné, ils ne l’oublient pas. Les maladies de l’immunité sont souvent très durables.

C’est là où intervient la différence entre auto-inflammation et auto-immunité.

Les maladies dites auto-inflammatoires sont un dérèglement de l’immunité innée. Très génétiques donc, et très persistantes, mais peu sujettes à l’emballement. C’est le cas de la spondylarthrite ankylosante, fortement associée au gène B27, de début progressif, durant toute la vie, dépourvue de poussées violentes, peu agressive pour les organes. Elle enflamme continuellement, enraidit, détruit exceptionnellement.

Les maladies dites auto-immunes sont un dérèglement de l’immunité acquise. Les lymphocytes se mettent à sonner l’alarme contre les eucaryotes. L’alerte peut être modeste ou vive, évolue selon le contexte, selon les autres affaires en cours de l’immunité acquise. Les poussées peuvent être brutales et les agressions multiples. Les accalmies sont plus complètes. Les vraies rémissions sont possibles. L’âge voit leur activité se réduire. Les lymphocytes finissent par oublier le motif de leur excitation, comme une auto-vaccination qui perd son efficacité.

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