Le confinement tue

Le but de cet article n’est pas d’insister sur les effets psychologiques du confinement. Il est de montrer qu’il existe des données scientifiques sûres à propos de l’affirmation suivante : L’exercice physique est immunostimulant, et inversement le confinement est immunodépresseur.

Ces données sont résumées dans une excellente méta-analyse de Nieman et Wentz en 2018 : Le lien convaincant entre l’activité physique et le système de défense du corps (en lecture libre mais en anglais). Les conclusions sont :

1) Un exercice vif (d’intensité modérée à vigoureuse pendant 1H maximum) est un adjuvant important du système immunitaire. Il stimule l’échange des cellules immunitaires entre système circulatoire et tissus. Chaque séance augmente l’activité antipathogène des macrophages tissulaires. La recirculation des anticorps, cytokines et leucocytes est amplifiée. L’exercice quotidien additionne ces stimuli et améliore globalement la réactivité de la défense immunitaire et du métabolisme.

2) En revanche, les entraînements intenses et les compétitions provoquent un stress physiologique et des perturbations immunitaires transitoires, avec un risque accru de maladie.

3) Plusieurs études épidémiologiques confirment que l’activité physique régulière et d’intensité normale est associée à une baisse de l’incidence et de la mortalité par grippe et pneumonie.

4) Les preuves se multiplient également que l’exercice et son effet de sommation sur l’activité du système immunitaire ont un effet préventif sur l’apparition des tumeurs, de l’athérosclérose et d’autres processus pathologiques.

5) L’exercice retarde l’immunosénescence, c’est-à-dire l’incompétence croissante du système immunitaire avec l’âge. Il est particulièrement conseillé aux personnes âgées, en l’adaptant à leur état de santé.

A l’évidence le confinement va à l’encontre des bénéfices décrits. Attention ! Ne croyez pas qu’il s’agisse d’effets à long terme. Les mécanismes en cause interviennent dès la contamination virale. Le confinement ralentit la mise en alerte du système immunitaire dès les premiers jours d’inactivité.

Dans ce contexte il est certain que le confinement est responsable d’une majoration significative du nombre de décès. Il est très difficile de savoir combien exactement. Aucune étude n’est en cours pour comparer l’évolution des confinés et non confinés après contamination. Les mesures sont générales. Les épidémiologistes sont clairement gagnés par la psychose collective. Les effets du confinement n’interviennent visiblement en rien dans leurs décisions. Ce sont les économistes qui semblent s’en préoccuper davantage.

Parmi l’abondante littérature sur le COVID-19, je lisais récemment une tribune sur nos biais psychologiques. Celui de confirmation nous incite à privilégier les informations qui confirment nos idées préconçues, par exemple penser que tout ira bien alors que tout va déjà très mal. L’auteur en fait une explication de la panique ambiante. Nous aurions du réactualiser nos prévisions plus rapidement et nous inquiéter plus vite.

En disant cela, l’auteur ne réalise pas qu’il ne fait que renforcer ce biais. En effet il est aussi bien de la forme précautionniste : penser que tout ira mal alors que tout va bien et prendre des décisions inadaptées. La précaution a un coût certain, mais dissimulé. Ce sont toutes les conséquences cachées, secondaires, difficiles à chiffrer, de l’attentisme, ou d’une décision trop prudente.

Le confinement total est un exemple typique de ces biais décisionnels, qui rassurent au premier abord mais créent des effets secondaires invisibles et éventuellement davantage mortels.

Le confinement total est une aberration en matière d’immunité collective. Celle-ci survient quand 2/3 d’une population est protégée contre le SARS-CoV-2. Le virus ne peut plus se répandre. Les cas deviennent ponctuels. Cette immunité collective ne peut être assurée que par l’extension de l’épidémie ou par un vaccin. Le vaccin est bien sûr l’option la moins dangereuse. Mais il est peu probable qu’il soit disponible avant plusieurs mois. Et il intéressera surtout les endroits reculés où l’épidémie n’aura pas encore démarré, s’il en reste.

L’extension de l’épidémie est le seul moyen restant pour la stopper dans les pays où elle a démarré. Cela ne veut pas dire qu’il faut la laisser s’attaquer à n’importe qui. A l’évidence, les 2/3 de population qui devraient faire le COVID-19 pour développer une immunité collective sont les personnes les moins à risque, c’est-à-dire les moins de 65 ans en bonne santé.

Ils forment heureusement 80% de la population, davantage que les 2/3 requis. Être porteur de facteurs de risque n’est pas être en mauvaise santé. Rien de commun entre un diabétique dépisté tôt et bien contrôlé par le traitement, et un autre dépisté tardivement, difficile à équilibrer, en surpoids, déjà porteur de complications vasculaires et viscérales. Le premier a un système immunitaire sain, pas le second.

La ligne la plus logique à suivre devient claire :

La première préoccupation des épidémiologistes est d’étaler la survenue des cas graves pour éviter l’engorgement des hôpitaux. Mais ce problème ne peut surgir que si les personnes à risque n’ont pas été suffisamment protégées. La première mesure impérative est donc l’isolement très strict de ces personnes. Contacts réduits au minimum, référent unique.

Minimiser le risque pour ces personnes est aussi de limiter la durée de leur isolement. Leurs comorbidités imposent des soins qui ne sont pas tous réalisables au domicile. Et nous avons vu l’effet du confinement sur l’immunité.

En parallèle il est donc nécessaire que la population à risque faible, les 80% restants, développent leur immunité collective le plus rapidement possible. Peu importe qu’une bonne partie reste au lit et ne puisse se rendre au travail. Les conséquences sur l’économie, la production et les services, sont insignifiantes par rapport à celles du confinement actuel.

Le résultat est la disparition du SARS-CoV-2 dans les mêmes délais que les épidémies grippales habituelles. Et il est possible de relâcher bien plus rapidement la population à risque de son emprisonnement forcé.

Puisque cette politique n’est pas celle choisie (les biais cognitifs ont la vie dure, même quand on les connaît), suivez ce conseil pendant le confinement : exercice vif pendant 10 à 15 mn, 3 fois par jour. Les chaînes publiques devraient diffuser un cours de gym collectif et périodique. Sinon ressortez le vélo d’appartement de la naphtaline. Ou dansez !… sur un air de fin du monde.

*

4 réflexions au sujet de « Le confinement tue »

  1. Bonjour,
    C’est très intéressant et la réflexion sur l’activité physique pertinente.

    J’ai une question, que je me suis déjà posée quand certains pays ont décidé de ne pas suivre de confinement pour justement développer cette immunité collective : quels sont les éléments certains qui permettent de comparer cette souche virale à une grippe saisonnière ?
    On l’a déjà vu dans le passé, nous ne sommes parvenus à bout de certaines épidémies qu’avec la vaccination.

    Je n’ai aucune connaissance, je ne critique pas votre article, mais je ne comprends pas en quoi cette souche est différente des autres coronavirus qui n’ont pas fait autant de morts précédemment, ni ce qui permet d’être aussi affirmatif au sujet de l’auto immunité dans son cas.

    Merci de votre attention, et en général pour la qualité de vos publications.
    Bien cordialement.

    1. La contagiosité est voisine de la grippe. Le SARS-CoV-2 mute mais peu, contrairement à la grippe. C’est-à-dire que l’immunité contre une grippe n’est pas efficace (le vaccin y supplée), alors que celle contre le SARS-CoV-2 devrait l’être. Les autres coronavirus étaient aussi mortels mais moins contagieux. Leur dissémination est restée plus régionale.

  2. Un addendum pour ceux persuadés que verrouiller les aéroports et les frontières peut empêcher un virus d’entrer : voici une analyse très complète du transport des micro-organismes dans l’atmosphère, sur des poussières. Il pleut des virus et des bactéries !
    https://www.pourlascience.fr/sd/climatologie/65279les-microbes-de-latmosphere-7131.php

    Le sujet est très mal connu pour la transmission humaine, alors qu’il est bien documenté pour les épidémies animales. Il existe une enquête épidémiologique qui a corrélé le régime des vents dominants entre l’Asie et la côte ouest américaine, et la survenue des épidémies virales aux USA.

    On peut supposer que les études sur la survie du SARS-CoV-2 de 3H maximum dans l’air ne sont pas faites en conditions très réalistes. Elles ne tiennent pas compte du taux de poussière et de la météorologie. Pensez-vous que les distances recommandées entre les personnes puissent être les mêmes un jour de vent fort ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *