Biothérapie, corticoïdes et COVID-19

Les recommandations officielles des experts sont :

-Pas de changement du traitement de fond par biothérapie et/ou corticoïdes en l’absence de contamination par le virus. Les relevés actuels ne montrent pas de gravité supérieure du COVID-19 chez les patients ayant reçu ces traitements, malgré leurs effets sur l’immunité. Nous essaierons en fin d’article de comprendre pourquoi.

-En cas de début d’infection virale : suspension du traitement de fond sauf les corticoïdes et le Plaquenyl. L’arrêt brutal des corticoïdes peut déclencher une insuffisance surrénale aiguë (la cortisone est une hormone physiologique indispensable et le traitement au long cours met parfois complètement au repos les glandes surrénales qui la fabriquent habituellement).

Les organismes professionnels conseillent cependant aux patients de prendre l’avis de leur spécialiste habituel et ils ont raison, car chaque situation est particulière. Je vais donc essayer de vous personnaliser un peu ces recommandations.

Vérifions vos connaissances sur le déroulement d’une infection et les biothérapies

C’est le préalable avant d’appliquer la meilleure décision à votre propre traitement.

Le virus n’est pas l’agent infectieux le plus dangereux pour l’organisme. Il se sert de la machinerie cellulaire. Il n’est pas un compétiteur pour les ressources métaboliques. Les bactéries sont bien plus dangereuses : autonomes, elles sont de vraies concurrentes pour les cellules, accaparent les nutriments, se multiplient sans frein, et sont presque toujours responsables du décès, même quand il s’est agi d’une infection virale au départ. Une infection bactérienne est comme un cancer développé en quelques jours. Le système immunitaire est débordé et les équilibres physiologiques s’effondrent.

Le danger du virus vient également de sa multiplication rapide mais pour des raisons différentes. Les cellules infectées fabriquent une multitude de nouveaux virus. Ils se répandent partout. Identifiés comme étrangers par le système immunitaire, les cellules tueuses viennent attaquer tous les endroits où ils se sont fixés. Cette défense salvatrice est aussi le problème. En détruisant le virus et en nettoyant ses résidus, les cellules immunitaires agressent les tissus locaux. Beaucoup d’enzymes sont libérées. C’est l’inflammation. L’inflammation est un processus éboueur puis cicatriciel, mais au départ il est destructeur.

Quand les lésions touchent les parois des bronches et des alvéoles pulmonaires, les conséquences sont rapidement néfastes. Les muqueuses qui recouvrent ces surfaces ne sont pas aussi résistantes et imperméables que la peau. Elles sont conçues avant tout pour favoriser les échanges gazeux air/sang. Lésées plus facilement elles laissent entrer les bactéries saprophytes, normalement cantonnées à l’intérieur des voies aériennes (extérieures à l’organisme proprement dit). Les saprophytes sont comme une forêt d’essences végétales qui se concurrencent. Elles s’auto-régulent entre elles et aucune espèce ne prend d’avantage majeur sur les autres. Il en est autrement quand elles pénètrent l’espace vierge que représente l’intérieur de l’organisme. Certaines se multiplient extrêmement vite. Staphylocoques, pneumocoques, pseudomonas, etc. ont très mauvaise réputation pour cette raison. Certaines souches ont une résistance naturelle aux antibiotiques courants et sont d’autant plus difficiles à freiner.

Raison pour laquelle il ne faut pas prendre des antibiotiques trop tôt dans une infection virale. L’antibiotique n’a aucun effet sur la multiplication virale. A ce stade il ne peut que sélectionner les bactéries qui lui résistent, et permettre aux plus dangereuses d’être celles qui coloniseront l’intérieur de l’organisme.

Le bon moment pour l’antibiothérapie survient après quelques jours d’infection virale, quand la dégradation de l’état général signe la surinfection bactérienne. La dégradation de l’état général qui inquiète, c’est une fatigue marquée et des troubles de la conscience sans contexte de fièvre élevée. Certes au début quand le virus provoque 40° de fièvre ou plus, personne n’est en forme. Ce n’est pas une température de fonctionnement correcte pour l’organisme. Mais c’est un phénomène attendu pendant l’invasion virale. La forme revient dès que la température baisse. C’est la phase virale. La phase bactérienne est marquée par la persistance de l’épuisement malgré une température revenue à moins de 39°. C’est le moment d’intervenir avec réhydratation et antibiotiques. Leur utilité est confirmée par l’amélioration rapide, dès les premières 24H. Dans le cas contraire il faut changer d’antibiotique.

Les bactéries sont bien plus dangereuses que les virus. Pourquoi alors quelques virus ont-ils si mauvaise réputation ? Certains perturbent l’action du système immunitaire. Le SIDA effondre le nombre de globules blancs. Les hépatites B et C sont des agressions du foie par le système immunitaire. Dans tous les cas ce n’est pas le virus lui-même qui crée les lésions, mais une réaction immunitaire inadaptée.

Quelles  des corticoïdes et biothérapies pris au long cours pour une maladie rhumatismale. Les corticoïdes sont immunosuppresseurs à fortes doses. A faible dose (moins de 10mg de prednisone par jour), tels qu’ils sont utilisés chez la plupart des rhumatisants, ils sont immunomodulateurs, comme les biothérapies.

Quelle est la différence ? Un immunosuppresseur bride véritablement l’intensité de la réaction immunitaire. L’organisme se défend moins vigoureusement. Un immunomodulateur ralentit le démarrage de la réaction immunitaire. Il infléchit sa courbe sans changer l’intensité finale.

Les effets immunosuppresseur et immunomodulateur ont surtout des conséquences en cas de surinfection bactérienne. Ils peuvent favoriser la multiplication ou la réactivation d’un virus. Mais, nous l’avons vu, ce n’est pas la phase la plus dangereuse. C’est la surinfection bactérienne qui est critique pour le pronostic.

Sachez également qu’un système immunitaire a une histoire. Fréquemment inhibé par des traitements antérieurs, diminué par l’âge ou d’autres maladies, épuisé par un rhumatisme mal contrôlé, il réagit médiocrement à toute sollicitation nouvelle. Raison de la fragilité des gens âgés et en cas de comorbidités. A l’inverse un rhumatisant traité tôt et chez lequel une biothérapie a vite suspendu l’activité du rhumatisme possède un système immunitaire en bon état. Le traitement encourage simplement cette immunité à ne pas s’exciter trop facilement, car elle le fait sur de mauvaises cibles (les articulations).

Vos choix vont différer selon votre type de biothérapie et votre maladie :

Les biothérapies ont une demi-vie (une durée d’effet) qui varie de 1 semaine à plusieurs mois selon les produits. Si vous utilisez un produit hebdomadaire vous êtes le plus à l’aise pour stopper seulement à l’apparition d’une fièvre ou d’une toux : la dernière injection cessera complètement ses effets en quelques jours. Elle ne gênera pas les défenses de votre organisme en cas de surinfection bactérienne.

Pour les biothérapies à demi-longue, la décision est plus difficile. C’est là que les particularités de votre maladie prennent toute leur importance.

Certaines maladies sont potentiellement plus dangereuses que d’autres. Les spondylarthropathies sont des maladies auto-inflammatoires plutôt qu’auto-immunes. Les organes internes sont exceptionnellement concernés. Une réactivation de la maladie c’est une recrudescence de douleurs, rien de pire. Stopper son traitement en période d’épidémie n’expose pas à des complications sévères et pourrait sembler une mesure de prudence, devant ce SARS-CoV-2 agressif (NB: COVID-19 est le nom de la maladie virale et SARS-CoV-2 le nom du virus).

Le bon compromis est d’espacer les injections jusqu’au réveil éventuel des douleurs. Vous personnalisez ainsi votre traitement en fonction de l’activité de la maladie et sans vous exposer à une vilaine rechute. Parfois en de telles circonstances il apparaît que le traitement n’est plus aussi nécessaire. Autant le savoir. Il existe des phases de rémission, même s’il est rare qu’une spondylarthrite guérisse définitivement.

Les mêmes conseils sont valables pour les polyarthrites modérées, quand le médecin a constaté l’absence d’érosions osseuses sur les radios (formes sans danger important de déformations articulaires). Là aussi le risque est surtout un réveil des douleurs. Vous pouvez espacer la biothérapie ou la suspendre en attendant que l’épidémie soit passée. Les injections retrouveront leur efficacité dès la reprise.

A l’opposé de ces rhumatismes peu dangereux il existe des polyarthrites et des connectivites (lupus, vascularites, etc) agressives et déjà difficiles à contrôler. Une rechute rapide guette celui qui arrête ou espace son traitement. Ne changez rien et isolez-vous soigneusement. C’est également dans cette situation qu’il faut avoir le Plaquenyl puis l’antibiothérapie facile.

Un élément supplémentaire peut rassurer les patients sous biothérapie. C’est un avis personnel et non scientifiquement validé. Pendre ou avoir pris récemment une biothérapie limite l’excitation initiale du système immunitaire contre le SARS-CoV-2, excitation qui est en partie responsable des problèmes pouvant conduire au décès (excès d’agression des tissus par les cellules immunitaires). Cela ne fait pas d’une biothérapie un traitement du COVID-19. Néanmoins certains produits, comme le Roactemra, ont montré un effet positif en cas de rebond de la maladie à 8 jours.

Ce qu’il faut retenir:

Une immunosuppression est néfaste tandis qu’une immunomodulation peut être bénéfique dans l’infection à SARS-CoV-2. Donc n’arrêtez votre biothérapie que si votre maladie ne semble plus la rendre indispensable. Pour les autres, espacez-les. En pratique passez les injections hebdomadaires à 10 jours, les injections tous les 14 jours à 21 jours, les injections mensuelles à 45 jours. Si vous commencez des signes d’infection, stoppez les injections jusqu’à la guérison complète.

Pour les corticoïdes, réduisez doucement la dose quotidienne, si cela ne réveille pas trop les douleurs, en gardant un minimum de 2 ou 3mg par jour.

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