Sep 122017
 

Le médecin n’a plus guère le choix. Assistant numérique obligatoire. Pas vraiment à cause d’une administration ayant pourvu chaque patient d’une jolie carte à puce (bien pauvre en données). Mais parce que les bénéfices sur la pratique sont devenus incontournables. Énormes tiroirs de fiches comprimés dans une petite tablette. Mobilité, connectivité, sauvegarde. L’intelligence artificielle mouline déjà les ordonnances pour éliminer les associations stupides. Combien d’erreurs d’autre nature rayera-t-elle bientôt des fichiers ?

Malheureusement à l’heure de s’informatiser le médecin n’est pas aussi bien servi que dans les autres métiers de l’information. Des géants se sont imposés dans la bureautique par leur polyvalence et leur convivialité. En matière de logiciel médical, rien de tel. Le paysage reflète l’individualisme des praticiens : mosaïque de petits logiciels comptant quelques centaines d’utilisateurs dans le meilleur des cas. On imagine facilement que jamais il n’aurait été rentable de mettre un bataillon de programmeurs à améliorer leurs interfaces utilisateur. Et malgré tout les logiciels, faiblement distribués, menacés en permanence d’être abandonnés, sont pour la plupart fort onéreux.

Un critère majeur de choix, dans ces conditions, est la longévité du produit. Sur Mac, le choix était initialement maigre. Prokov bénéficiait d’un quasi monopole avec Médistory. J’avais moi-même développé un fichier de patients sous Hypercard aux débuts de l’informatique médicale, mais avec l’apparition de Vitale et les certifications, le temps manquait pour faire évoluer le logiciel. Je me suis donc rabattu sur Médistory.

Et dès les premières heures d’utilisation, ma stupéfaction fut extrême. Sur la plate-forme réputée pour sa meilleure interface utilisateur, son intuitivité, l’homogénéité des commandes entre logiciels, Prokov a réussi à greffer une usine à gaz rappelant les pires exemples des vieux PC.

Prenez une fonction aussi simple que « commande-F ». Vous avez toujours recherché aisément ce que vous souhaitiez dans n’importe quel logiciel Mac, n’est-ce pas ? Hé bien dans Médistory vous y perdrez vos cheveux. Savoir quels patients vous avez vu hier ou lesquels prennent tel médicament sur lequel vient d’être publié une mise en garde, relève des compétences d’un programmeur professionnel.

Ébranlé, vous vous dites qu’il faut investir un peu de temps dans la connaissance du logiciel. Vous suivez une formation. A la fin de la journée et en ayant notablement augmenté le pourcentage de caféine de votre organisme, vous pensez avoir enfin percé à jour la tortuosité du concept d’une recherche ou d’une synthèse. Votre ordination a lieu le soir même et vous retournez prêcher la bonne parole à vos patients. Mais au cabinet vous parlez médical et non langage machine. Une semaine plus tard si vous n’avez pas fait vos exercices de réapprentissage quotidien du logiciel, tout est oublié. Issue caractéristique d’un logiciel conçu pour forcer votre esprit et non s’adapter à lui. Anti-philosophie du Mac. L’outil censé être à votre service vole en fait le temps que vous devriez consacrer au sujet, c’est-à-dire le patient.

J’ai continué des années sur Médistory comme un prisonnier enfermé dans sa cellule. Investissement financier lourd, difficulté du transfert de fichier, pas d’alternative assez enthousiasmante pour déclencher votre évasion, et surtout manque de temps pour s’en occuper.

Terrible regret que la flemme m’ait poussé à continuer avec le logiciel lors de l’association avec trois collègues. Je les ai vus peiner à leur tour, regretter leurs fiches cartonnées. J’ai perdu en fait bien davantage d’heures en maintenance informatique car les bugs en réseau sont fréquents.

Finalement j’ai craqué. Pas à cause du logiciel lourdingue, que j’avais fini par gérer au sein d’outils plus conviviaux. A cause des gens de Prokov, Kaufman & co. Paranoïa et suffisance, slogan chez l’éditeur. Quand vous faites une remarque sur les défauts du logiciel, on vous répond : « Ayez la foi, c’est le meilleur du monde ». Si vous devez réinstaller le logiciel parce que vous avez décidé de changer d’ordi, il faut supplier des semaines qu’on vous débride une licence que vous avez pourtant payé un prix conséquent. Modèle marketing moyenâgeux. Service méprisant.

Adieu, mister K. Vous irez noyer d’autres que nous de votre fatuité. Depuis que je ne regarde plus à travers l’opacité de votre logiciel je vois mieux les patients.

  4 Responses to “Médistory, le logiciel le plus contre-intuitif jamais conçu pour un Mac”

  1. Merci pour tous les patients qui s’interrogent en se demandant quand est ce que le médecin va les examiner et ressortent résignés, avec il est vrai, une ordonnance lisible; et la réflexion que leur médecin est en train de scier la branche…..

    • En effet, utilisateur de Medistory depuis plus de 20 ans, et doté du matériel et des logiciels les plus récents, j’ai de plus en plus recours à la hot line, malgré ma bonne connaissance du logiciel. J’ajoute qu’il n’existe pas une journée sans au moins un plantage. Tout cela n’existait pas sur les premières versions de Medistory qui étaient stables et beaucoup plus intuitives.La question est de savoir si tous ces défauts sont à l’initiative de l’éditeur, qui ajoute de la complexité inutile pour vendre ses mises à jour, ou celle de l’HAS qui impose de plus en plus sa  » logique » pour mieux contrôler notre pratique.
      En tout état de cause le fonctionnement de Medistory présente des problèmes suffisamment perturbants pour inciter à changer de logiciel.

  2. Bonjour,

    J’aurai trouvé plus élégant que l’article soit signé, même sur un blog.

    Merci

    Benoît FLORENTIN – Prokov

    • Le blog n’est pas anonyme, Mr Florentin. Cette page vous le précise: je suis le Dr Jean-Pierre Legros. Si je ne signe pas chaque article du blog c’est pour éviter l’affluence dans un cabinet déjà surchargé, ces articles et le site dans son ensemble étant très populaires. Aucun désir d’anonymat. Pour votre édification, je vous envoie par mail les échanges que j’ai eu avec votre patron. Beaucoup de reproches à faire sur l’ergonomie du logiciel, mais j’avais également conscience que vous n’avez pas les moyens d’une firme comme Apple. C’est la capacité remarquable de Mr Kauffmann à esquiver ses responsabilités et à s’auto-piédestaliser qui a fait déborder le vase. Pas plus de médecin que d’informaticien en lui ? Cordialement

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