Qu’est-ce, au fond, que la médecine du travail ?

La poussée de l’individualisme a créé paradoxalement un handicap terrible au travail : l’on n’a jamais envie de travailler excessivement pour soi. Si je suis déjà « tout », pourquoi m’échinerais-je à m’étendre ? Quelles sensations supplémentaires cela va-t-il m’apporter ? Ne sera-t-il pas de plus en plus difficile de nourrir cette amibe affamée ? Je connais déjà, dans mon état « réduit », les manières les plus faciles d’accéder au plaisir. L’ambition risque de me faire perdre ces douillettes récompenses.

L’envie de travailler, ainsi, est un désir de s’épuiser pour quelqu’un d’autre. Quels astres voudrais-je voir orbiter autour de moi, leur chaleur amplifiant mon propre feu intérieur ? Parmi toutes ces entreprises individuelles étrangères, lesquelles justifient les investissements les plus enthousiastes ?
Les plus prometteurs sont nos enfants, auxquels nous avons injecté le capital de nos gènes. Les Bourses ont donné vie… Ailleurs, c’est l’aventure. Le capital-risque ! Plus l’on éprouve de la tendresse pour le monde entier, plus l’on travaille pour n’importe qui.

En médecine, c’est une telle humeur qui fait le praticien empathique ou formaliste. Le second travaille pour lui, sans excès, le premier pour les autres, sans frontières.

C’est aussi le terrible problème qu’affronte la médecine du travail. Alors qu’on tente de réduire celle-ci au repérage de gestes traumatiques, ses patients sont presque toujours des personnes qui ont perdu les autres pour qui passionnément travailler.

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