Nov 102014
 

(extrait des « Trucs de médecine familiale » du site)

La grande majorité des infections des voies respiratoires supérieures sont des viroses. Les antibiotiques sont inefficaces sur les virus. Par contre les lésions induites par la réaction inflammatoire contre les virus peut léser la barrière protectrice des voies respiratoires, constituée d’une couche de mucus et des cellules de la muqueuse (membrane tapissant l’intérieur des conduits aériens, bouche gorge trachée bronches alvéoles pulmonaires). Ces lésions servent de porte d’entrée aux bactéries, normalement présentes à la surface du mucus, qui deviennent opportunistes : elles infectent l’intérieur de l’organisme.

En pratique les antibiotiques ne sont utiles que dans deux situations :

1) D’emblée quand il existe des signes caractéristiques d’infection bactérienne (essentiellement l’angine, particulièrement l’angine blanche). La fièvre est en général peu élevée et contraste avec une fatigue marquée, les symptômes sont très localisés à la gorge (pas de migraine, de nez qui coule, d’yeux larmoyants qui sont des signes viraux). L’idéal est « d’attraper » la bactérie dans les amygdales, barrière efficace mais rapidement débordée. Lorsque l’on éprouve une difficulté à avaler avant la fièvre et les autres symptômes généraux, faire dissoudre un comprimé d’antibiotique bactéricide (par exemple Oracéfal 1g) dans un fond d’eau et garder ce liquide en fond de gorge le plus longtemps possible (au moins une à deux minutes). L’effet de contact direct peut suffire à couper l’infection avant sa dissémination. Avalez ensuite le liquide pour un effet général supplémentaire, mais ce n’est pas obligatoire au tout début d’une infection. Si vous n’avalez pas, renouvelez le bain de gorge 2 ou 3 fois dans la journée. Pas besoin d’insister : l’effet doit être net en une dizaine d’heures. Si ce n’est pas le cas, on a probablement affaire à un virus.

2) Lorsqu’une infection clairement virale au début traîne en longueur, la fièvre a diminué mais la fatigue ne part pas. La toux persiste et devient productive (beaucoup de glaires). Les antibiotiques doivent être systématiques chez une personne fragile, âgée en particulier.

Deux autres situations sont bien plus courantes :

3) On est dans la phase virale pure : rhinite, trachéite, bronchite peu productive. La guérison est rapide, les symptômes sont pénibles mais brefs, peuvent être réduits avec une prise ponctuelle d’aspirine 1g ou d’ibuprofène 400mg. Le plus important est de prévenir les lésions qui favorisent la prolongation bactérienne de l’infection. En effet la toux d’irritation agresse considérablement la muqueuse des voies aériennes, de la trachée en particulier, sans être utile : aucun mucus à évacuer. Il faut donc la stopper. Utilisez, comme pour l’antibiotique, un bain de gorge, avec du Dafalgan-Codéine effervescent. L’effet est immédiat. N’avalez pas sauf si l’irritation est maximale ; vous bénéficierez alors du supplément d’effet de la codéine par voie générale, mais aussi éventuellement de ses effets secondaires (mal de tête, écoeurement, flottement de l’attention). Renouvelez le bain de gorge aussi souvent que nécessaire si vous n’avalez pas ; un demi-comprimé dissout suffit. Il existe aussi des produits spéciaux pour la toux sous forme de gélules souples à mâcher, libérant un liquide anesthésique au fond de la gorge. Le Dafalgan-Codéine a l’avantage d’être plus polyvalent dans une pharmacie de secours, car c’est aussi un excellent antalgique.

4) On n’est pas très fiévreux ni très fatigué mais la bronchite est pénible : toux productive qui ne s’arrête pas, dure parfois des semaines. L’infection reste localisée à l’intérieur des bronches, mais vos défenses naturelles n’arrivent pas à l’éteindre. Il faut leur donner un coup de main. Les antibiotiques sont très peu efficaces car ils ne pénètrent pas bien à l’intérieur des bronches. Souvent vous en changez en vain et ne faites que rendre votre flore bactérienne plus résistante à ces produits. Il faut apprendre à drainer correctement ses bronches.

En effet la plupart des gens toussent de manière inefficace : souffle trop court, trachéite qui fait tousser dès la moindre inspiration, rendant le processus aussi répétitif et irritant qu’inefficace.

Une toux utile, c’est quoi ? C’est un long souffle expirateur puissant et rapide, expulsant le mucus en accompagnant la contraction des bronches par l’augmentation de la pression thoracique, faisant suite à une inspiration douce et prolongée permettant d’emmagasiner le maximum d’air dans les poumons sans renvoyer le mucus dans l’autre sens.

Vous avez alors compris ce qu’il faut faire : forcez-vous à gonfler vos poumons au maximum en résistant à l’envie de tousser immédiatement. Servez-vous éventuellement de la méthode citée plus haut contre la toux trop irritative si vous n’y arrivez pas. Puis toussez le plus longtemps possible. Expulsez jusqu’au moindre centimètre cube d’air résiduel. C’est à la fin que la contraction des bronches devient maximale et fait progresser le mieux le mucus vers la sortie. La vitesse de ce tapis d’évacuation est la clé pour empêcher la multiplication bactérienne et venir à bout de cette infection. Les kinésithérapeutes, pour assister les jeunes enfants incapables de cette toux utile, leur pressent les poumons comme des éponges à essorer. Impressionnant et pénible, mais efficace. Heureusement que les côtes sont encore des cartilages souples à cet âge, sinon on ne sait comment elles supporteraient ce traitement !

 Posted by at 13 h 00 min

  19 Responses to “Viroses hivernales, toux, bronchite, utilité des antibiotiques”

  1. Euh…..je veux bien la biblio et les études sur l’efficacité de l’oracefal en bains de bouche dans les angines? parce que je ne vois cette méthode nulle part dans les recommandations. A moins que nous soyons dans un Blog qui parle de rhume atologie?

    • Cher Marc, quel âge avez-vous ?
      est-ce que tout ce que vous dites, faites, conseillez, a fait l’objet d’une recommandation ? Avec quel niveau de preuve ? Combien, parmi elles, de Certitudes ?
      J’espère qu’il existe, parmi vos pratiques, quelques-unes dont vous êtes raisonnablement sûr et qui pourtant n’ont fait l’objet d’aucune recommandation.
      Savez-vous que mon intervention la plus courante, l’infiltration, est quasi vierge de recommandations, qu’elle est parmi les niveaux de preuve les plus bas ?
      Damnation, mais pourquoi les correspondants, ostéopathes compris, me les réclament-ils pour leurs patients ?

      Il n’existe probablement pas d’étude sur l’efficacité de l’Oracéfal en bain de gorge (pas de bouche). Je n’ai pas vérifié. Pourquoi le labo en ferait-il une ?
      Avec 1 boite je traite les départs d’angine pendant 3 ans pour toute la famille. Imaginez le nombre nécessaire pour traiter ces angines déclarées. Pas très commerciale, cette indication.

      Comme précisé, il s’agit de « trucs » médicaux, le genre qui fait placer très peu de médicaments dans la pharmacie de secours.
      Votre réaction ultra-conformiste me fait penser que cette publication est une erreur.
      Je l’ai faite parce que tous les patients à qui je transmets ces trucs en sont ultra… satisfaits.
      Allez-vous essayer pour vous faire votre propre idée ?

      • Je suis médecin de famille. je n’ai pas encore 50 ans (mais cette barre commence à se rapprocher dangereusement), et je sais bien que très peu de choses repose sur des recommandations et des niveaux de preuve. Et, franchement, je ne sais pas si c’est une chance d’exercer une spécialité (la rhumato) ou il y a tant de « recommandations » (HAS, sociétés savantes françaises et européennes) pour vous rappeler qu’on fait de la science 🙂 et vous dicter ce que le patient devrait accepter que vous fassiez. je sais cependant avec un niveau de preuve suffisant que le caractère « erythémato pultacé » par rapport au caractère « érythémateux » de l’angine n’est pas un critère suffisant pour affirmer l’origine bactérienne de cette angine (raison pour laquelle il existe les streptotest pour nous aider). Je sais aussi que je ne prescrit plus d’ORACEFAL ni de céphalosporine de première génération depuis belle lurette (résistances diverses et variées). Pour le reste, effectivement, bien que je ne suis pas certain que votre description de l’Autodrainage bronchique soit parfaite, je pense que c’est plus efficace que tous les sirops divers et variés. pas non plus de critère vraiment validé pour faire la différence entre bronchite virale ou bactérienne, en dehors du critère négatif de l’auscultation normale (oui oui, j’examine les patients qui me consultent)

        • Mon sentiment est que vous pourriez remplacer votre streptotest par ma méthode, à la fois diagnostique (si le premier comprimé est inefficace je n’insiste pas) et thérapeutique. La résistance du strepto aux AB de ce type est exceptionnelle me semble-t-il. Le conseil s’adressant aux familles, l’intervention est bien plus précoce qu’un streptotest prescrit par le médecin débordé en période hivernale.
          Enfin, puisque nous parlons des recommandations, celles avec lesquelles j’ai démarré dans ce métier indiquaient 10 jours impératifs pour une antibiothérapie. N’est-ce pas ce genre de recos qui a créé les résistances dont vous parlez ?

          Bien sûr c’est un sentiment, et non une conviction étayée par des preuves. Mais à quelles idées donne-t-on un budget, pensez-vous, dans ce pays ? Même vous, qui réfléchissez, avez commencé par regarder ma spécialité avant de noter l’idée.

  2. Je ne vais pas reprendre point par point mais
    – pour les angines on a les streptotest qui donnent un resultat fiable en 5 min et je suis etonnee qu en tant que rhumato vous ne l utilisiez pas.
    – les angines blanches sont tres souvent des mononucleoses donc virales.
    – je ne vois pas pourquoi vous dites que les antibiotiques penetrent difficilement dans les bronches…
    – pourquoi dire que les gens toussent mal??
    – la kine du nourrisson est denoncee depuis longtemps comme inutile, je n en ai jamais prescris de ma vie et tout le monde va bien, merci.
    Bref je m arrete la mais votre article n est pas tres credible…desolee…

    • Jolie liste, Sophie. Provient-elle vraiment d’un cabinet médical ? J’en fais une autre :
      -le streptotest est un examen pénible sur une angine très inflammatoire, particulièrement houleux chez l’enfant
      -déjà dit : il n’est dispo que chez le médecin et que les caisses le distribuent gratuitement ne veut pas dire qu’il n’a pas un coût
      -sa fiabilité ? Le net regorge de témoignages médicaux de négativité perpétuelle, parfois suivie quelques jours plus tard d’un phlegmon ou d’une scarlatine
      -le streptotest ne dépiste aucune des autres angines bactériennes, ce que fait mieux mon application d’antibiotiques : en fait je me moque complètement du germe que je traite. Tout ce qui m’intéresse est de savoir si je peux l’attraper là avec un antibiotique
      -je ne retiens pas le critère d’angine blanche pour l’application
      -on dirait que vous n’avez jamais été confrontée à une bronchite traînant des semaines avec changements multiples d’antibiotiques
      -probablement n’avez-vous pas non plus rencontré beaucoup de bronchites asthmatiformes du nourrisson, où la toux ne draine rien
      -ou êtes-vous très généreuse sur vos prescriptions de corticoïdes.

      D’autres avis ?

  3. – Dans l’immense majorité de ma ( certes courte, mais quand même) pratique, il est très rare de trouver de vraies bronchites chez les ados et les adultes < 60 ans (sauf tabagiques et asthmatiques), avec une auscultation pathologique j'entends.
    Le plus souvent, pas l'ombre d'un ronchus ou d'un sibilant à l'auscultation dans les toux traînantes, j'ai donc du mal à imaginer l'efficacité réelle du drainage bronchique dans ce cadre-là, pour diminuer la toux.
    J'explique en général à mes patients que l'inflammation trachéo-bronchique est longue à se résorber, à fortiori chez les fumeurs, et leur prodigue tous les conseils de protection physique (repos vocal, limitation de l'exposition aux irritants (tabac ++++), air froid…). Si cela ne suffit pas, un peu de cortisone inhalée sur une durée limitée (hors AMM certes), antibiothérapie en 3ème ligne seulement…
    Souvent dur à faire comprendre aux "vieux" patients de certains médecins que je remplace (je précise que je suis "jeune" remplaçant, 2 ans de pratique), qui dégainent antibiotiques, prednisolone ou ibuprofène (parfois les 2 en même temps), antitussifs ou mucolytiques (parfois les 2 en même temps, et qui peut me dire en quoi les mucolytiques peuvent se targuer d'être "expectorants", selon la formule ?)…
    – Le streptotest, je suis d'accord ne dépiste pas toutes les angines bactériennes (mais celles à strepto sont l'immense majorité, ayez l'honnêteté de le dire !), certes n'est pas gratuit, blablabla… mais dire que cela est un examen pénible sur une angine très inflammatoire, je trouve que vous poussez un peu ! On parle d'un allez-retour de gros coton-tige dans la gorge, avec certes souvent un gros réflexe nauséeux, mais rien de comparable avec la douleur de l'angine en elle-même, et l'inconfort est surement moindre que celui occasionné par certaines infiltrations, puisque c'est là votre "intervention la plus courante"…
    – Je ne vous trouve pas tendre avec notre consœur "Doc du froid" : et vous, en tant que rhumato, vous en avez vu souvent, des bronchites asthmatiformes du nourrisson (personnellement, je parle de bronchiolites, pas vous ?) ?
    – Presque tous les ORL s'entendent pour dire que les phlegmons périamygdaliens et abcès pharyngés sont grandement favorisés par la prise d'AINS, y compris sous couverture antibiotique, plus que par les corticoïdes et les faux négatifs du Streptotest (dont vous avez vraiment fait la bibliographie, ainsi que celle de la résistance à l'ORACEFAL ?)
    Dans l'attente de vos réponses…

    • Je suis extrêmement surpris de voir ces réponses qui semblent considérer mon article comme une spéculation sortie telle un lapin du chapeau. 20 ans que je me traite ainsi, de même que mes proches et bon nombre de patients informés des « trucs », ravis du résultat et stoppant des traitements antibiotiques de plusieurs semaines pour toux productive et guérir en 24H après que je leur aie expliqué comment tousser.

      On ne fait pas de la science en disant : « S’il n’existe pas une étude avec un niveau de preuve A, c’est que ça ne marche pas ». C’est aussi stupide que l’athéisme. Quand on n’a pas les informations nécessaires, la raison conseille l’agnostisme. L’athéisme est une position identitaire.
      C’est bien ce que j’ai lu jusqu’à présent : des avis identitaires (affiliés EBM) mais aucun argument sérieux ni aucune preuve que mes protocoles soient inefficaces, ce qui aurait été beaucoup plus productif.

      Cet article n’est pas un banc d’essai du streptotest. Les critiques que j’ai reproduites proviennent de forums réservés aux confrères ; elles semblent assez largement partagées.

      C’est vrai, je ne suis pas tendre avec « Doc du froid ». Relisez sa réponse : elle contient exclusivement des « non, vous avez tort » et aucun argument. Depuis l’émancipation féminine, les poules ont disparu et le nombre de coqs a doublé 🙁 Mais j’aime la douceur que vous dissimulez profondément en vous, Sophie 😉

  4. Bonjour.

    Glaçant de lire ça ( aussi bien l’article que les réponses aux commentaires ) d’un médecin formé à priori à une médecine moderne structurée par ce qui est démontré et pas par ce que l’on croit.

    Oui un grand nombre de vos patients, voire tous, sont peut-être satisfaits de votre méthode de bains de bouche. Ça ne veut pas dire qu’elle marche pour guérir une angine. Des millions de français sont satisfaits de leur traitement homéopathique, une quantité colossale et inquantifiable est aussi très satisfaite de tout ce que le pays compte de magnétiseurs, « thérapeutes », et autres titres farfelus issus de principes fumeux, mais où la mise en scène et la confiance induisent un effet, et donc pour le patient, une efficacité. Ils sont excusables, parce qu’ils n’ont pas été formés à identifier et comprendre la différence entre ce qui donne un effet, et ce qui traite réellement une maladie. Vous si.

    L’effet placebo donne parfois des résultats spectaculaires, ce n’est plus un secret pour personne. Ici, absolument rien ne montre que nous avons affaire à autre chose.

    Répondre à chaque critique ( et je suis rassuré qu’elles soient unanimes pour le moment de la part des gens de métier ) par des pirouettes (  » parce que tout ce que vous faites est prouvé, a fait l’objet de recommandations ?  » ), ne change rien au fait que votre plaidoyer est une croyance, dénuée de la moindre preuve tout comme le sont les principes dits « thérapeutiques » des pseudo-sciences citées un peu plus haut.

    En cela, imaginer à votre trouvaille un processus et une explication physiopathologique – qui relève de votre invention – en l’assenant comme vérité à vos lecteurs, aller jusqu’à lui prêter des valeurs de test diagnostic que vous allez même jusqu’à confronter à ceux existants ( combien d’armées d’études et de méta-analyse sur le TDR issues d’équipes de tous pays, d’établissements détaillés de sa sensibilité et spécificité pour en peser l’indication et la place dans les campagnes de traitements de l’angine ? ), est un discours intellectuellement préoccupant. Heureusement que nous parlons de simples angines, sinon j’aurais remplacé préoccupant par dangereux.

    Opposer à ce test diagnostic éprouvé des arguments aussi insondables que  » des messages sur le net disent que…  » ou des histoires de chasses telles que  » … et une scarlatine a suivi « , semblent montrer que vous n’avez effectivement rien compris à l’EBM que vous citez quelques lignes plus haut.

    On atteint probablement un sommet avec cette phrase:

    “C’est bien ce que j’ai lu jusqu’à présent : des avis identitaires (affiliés EBM) mais aucun argument sérieux ni aucune preuve que mes protocoles soient inefficaces, ce qui aurait été beaucoup plus productif.”

    Vous êtes en train de nous demander de démontrer que dieu n’existe pas. Ce n’est pas à nous de démontrer que votre méthode ne marche pas, c’est bien à vous de démontrer qu’elle marche, autrement qu’en racontant des anecdotes de votre pratique fût-ce-t-elles nombreuses et jalonnant vingt années d’exercice. En d’autre terme, qu’elle soit plus efficace qu’un placebo ( bon courage, l’homéopathie n’a toujours pas passé ce test avec succès ). Lorsque Pfizer sort une nouvelle molécule miracle avec l’espoir d’en inonder le marché, il ne lui suffit pas de clamer à l’ANSM ( ancienne AFSSAPS )  » prouvez que ma molécule ne marche pas « . Elle peut très bien avoir un effet réel, ou un effet placébo. C’est donc justement la supériorité au placebo qui sera recherchée.

    Car si une molécule a des effets mesurables, mais que ceux-ci sont en fait identiques à ceux du placebo, certes la molécule ne sera pas  » sans effets  » de manière absolue, mais elle ne sera sûrement pas efficace, puisque des gélules de sucre feront le même travail.

    Pas facile tout ça n’est ce pas ? Oui les obstacles sont nombreux avant de pouvoir légitimement attribuer une vertu curatrice à des soins comme vous le faites. C’est ce qui nous sépare des décennies et des siècles passés, et qui rend notre médecine plus scientifique mais aussi plus efficiente et plus sûre. Sinon, les français adorent les thérapeutes et médecines naturelles, vous pouvez y tenter votre chance, personne ne vous demandera d’où votre conviction vient et selon quelle recommandation de grade A, c’est ce qui permet à quantité de ces thérapeutes un exercice tranquille et rentable.

    A vous de choisir votre mode d’exercice.

    N.B: quelques commentaires pèle-mèle:

    – Les bronchites traînantes avec multiples changements d’antibiotiques, ce n’est pas une situation de prescription normale… la toux réactionnelle dépasse très régulièrement les 3 semaines et sa conversion de sèche à grasse n’est en rien un symptôme de surinfection. A aucun moment chez le sujet sain et dans cette évolution classique, un antibiotique n’est recommandé ( et ça c’est un grade A ). Les symptômes fébriles dépassant 7 jours, ou une toux gênante dépassant le mois, sont des arguments faisant discuter une radiographie ( et pas encore l’antibiotique ).

    Chez le sujet fragile, a aucun moment l’antibiothérapie n’est systématique, elle se discute à chaque fois au cas par cas, y compris pour le gros fumeur, et y compris pour le BPCO où elle n’est largement employée que pour les stade II de la classification de gold ( syndrome obstructif permanent, maladie avancée ).

    – Il est faux et contraire aux recommandations d’indiquer une antibiothérapie d’emblée sur une angine  » d’allure  » bactérienne. Il a été maintenant suffisamment prouvé que l’allure ne correspondait à rien. Une vaste méta-analyse publiée dans pediatrics en 2012 a rappelé l’indication de TDR dans 100% des cas entre 3 et 15 ans où la clinique n’a aucune utilité diagnostique, et l’utilisation du score de Mac Isaac suivi si nécessaire du TDR au delà de 15 ans.

    Bien confraternellement.

    • Eh bien je suis gâté. Un commentaire réactionnaire de plus et toujours aucune expérience pratique.
      J’avoue avoir hésité à valider votre message, Rhazelovitch, non pour son ton mais parce qu’il pollue notre sujet. Si vous souhaitez réfléchir sur les limites de la médecine EBM, vous êtes sur le bon site. Lisez la rubrique BBM avant d’envoyer ce genre de tribune. Non, certainement ne puis-je vous demander de démontrer que Dieu n’existe pas, puisque vous l’avez trouvé. La philosophie, ici, est de voir l’EBM seulement comme un outil au service du médecin, dans l’esprit d’ailleurs de ses concepteurs.
      Un outil un peu schizophrénisant pour le médecin, c’est vrai. Il n’opère qu’une induction du particulier au général, n’indique rien pour revenir au singulier du patient. Le médecin utilise pour cela son intuition. Êtes-vous au courant, Rhazelovitch, que la moitié de la logique que vous utilisez tous les jours n’est pas de l’EBM ? Du moins je l’espère, sinon vous êtes menacé de remplacement par un programme informatique. C’est cette intuition, chez l’une de nos consoeurs, qui a fait envoyer le Mediator à la poubelle.

      L’EBM intéressante, pour notre sujet, serait plutôt celle concernant les traitements locaux. Je ne crois pas qu’elle ait jamais validé le moindre antiseptique pharyngé en aérosol. C’est mon ressenti : jamais eu de raccourcissement d’une angine avec un désinfectant local classique, contrairement au bain d’Oracéfal. Je serais content d’avoir d’autres expériences personnelles sur une méthode aussi simple à évaluer : vous appliquez, vous êtes soulagé dans les 12H.
      Rhazelovitch, quand vous collez un pansement sur une plaie, vous ouvrez votre dictionnaire ?

  5. No Till et Razelovitch, merci !

    Je ne vais pas rentrer dans les details mais suis contente de voir que je ne suis pas la seule a avoir eu l impression de lire un article de Doctissimo.

    Ps: je ne prescris presque jamais de corticoides et je ne vois pas en quoi ma reponse a pu vous faire croire que j en abusais…
    Ps 2 a No Till: moi aussi je ne vois quasiement jamais de bronchites, c est tout dans la gorge 🙂

    • Vous ne devriez pas être si méprisante envers Doctissimo, Sophie. Votre 1er message est au même niveau d’observation. Seul le paradigme change.
      Les autres commentateurs ont pris la peine de développer leur pensée. Je les en remercie.
      Votre suggestion est bonne ; je devrais recueillir mes avis sur Doctissimo. La sagesse de foule est l’une des alternatives à l’EBM.
      Mais je vous rappelle qu’ici ce n’est pas un forum. Et que, pas si accessoirement, je n’ai rien à vendre, pas davantage d’Oracéfal qu’autre chose. Un contexte plus sain que celui de la majorité des études que vous lisez.
      Le prochain commentaire aussi bref que j’aimerais vous voir poster est « J’ai essayé. Ça ne marche pas »
      Exposez-vous au prochain coup du froid !
      Cordialement

  6. Hallucinant, l’apologie de la médecine-tambouille. Bain de gorge à l’oracefal, remise en question de la pharmacologie et du mode d’action des cephalosporines. Justification par l’experience personnelle et l’approbation de non médecins. Contradiction de l’evidence based medecine par un supposé droit au « do it yourself ». Toutes les ficelles de l’erreur sont là…
    Regardez les réactions à votre billet sur les réseaux sociaux par vos confrères, sur Twitter par exemple: sans le vouloir vous êtes « peer reviewed », le ton est unanime et il y a des enseignements à en tirer!

    • Eh bien, si cela ne fait pas taire tous les sympathisants que je pourrais avoir…
      Je ne twitte ni ne facebooke, sans doute est-ce grâce à cela que je garde une indépendance que vous semblez avoir perdue.
      En clair vous êtes en train de me dire : « un grand nombre de confrères vous critique, cela suffit à vous démontrer votre tort, taisez-vous. »

      Et plutôt que me rapporter un argument un peu plus valide que ceux reçus jusqu’à présent, vous me servez une reformulation stupide et inexacte de ce que j’ai dit ?
      Je le confesse : j’ai marché sur la pelouse.
      Avez-vous rêvé d’être gardien de square dans une autre vie ?

      Je suis vraiment désolé. Non pas de cet article, mais de voir des médecins, malgré leur position privilégiée, refuser de s’offrir un degré de conscience supplémentaire.
      Sans doute parce que la société les veut ainsi, non plus pratiquants d’une médecine « générale » (généreuse ?), mais généralisée.
      De bons petits soldats de l’EBM.

  7. Fondée sur la preuve, tout simplement. Avez vous essayé les bains de bouche au crestor après un repas gras?
    Bonne journée

    • Cher ami, votre réponse montre bien comment vous êtes au garde-à-vous devant la preuve.
      Réalisez-vous que cette philosophie médicale, largement détournée aujourd’hui de son objectif initial, est ce qui permet en théorie de mettre 50% de la population américaine sous statines, parce que le risque de mortalité vasculaire diminue, même en l’absence de syndrome métabolique ?
      Bien entendu la totalité des effets adverses ne sont pas connaissables. Jusqu’à l’incidence sur le sentiment de vulnérabilité personnelle de prendre un cachet quotidien pour la santé ? Risible pour vous, sans doute. Pas pour un neuroscientifique, qui connaît bien les ancrages invisibles et puissants de l’environnement sur la personnalité. La plupart des gens prendront ce traitement pour rien (seulement pour les effets indésirables) puisqu’ils ne feront jamais le moindre incident vasculaire. Mais… « la Preuve a dit oui ».

      Les réponses et les reformulations que j’ai reçues montrent seulement la rareté des confrères qui comprennent mon discours sur l’EBM. Réveillez vos neurones bon sang !

      Je sais que je brocarde des opinions bien établies dans le paysage. Pire, un rhumato a l’air de dire aux MG comment ils doivent exercer. Mobilisation « générale » ! Personne n’est plus désagréable qu’un médecin bousculé dans ses certitudes (moi pas moins que les autres).

      Tout ceci ne va certainement pas plaire aux twittés.
      Réalisez-vous que Twitter est un outil de clonage de l’opinion ? Comment voulez-vous raisonner de façon indépendante au milieu d’un flot continu d’informations fragmentaires ? Un esprit placé dans ce courant est une éponge à données, un poisson filant au milieu du courant.

      Merci quand même d’avoir remonté ce courant, tel un saumon vigoureux, pour m’avertir du piteux destin où il entraîne ma prose.

  8. Coïncidence ? Est publiée aujourd’hui une vigoureuse réaction de Alain Abbeys, formateur kiné aux recommandations américaines sur la bronchiolite du nourrisson, dont le JIM s’est fait l’écho.
    Dans cette tribune le kiné indique l’abandon par la profession du clapping au profit de « l’expiration lente et prolongée glotte ouverte suivie d’une toux stimulée (et non provoquée) par préétirement des fibres trachéales », qui correspond on ne peut mieux à la technique que je montre aux patients.

    Notons les réactions piteuses et fuyantes des rédacteurs du JIM, en résumé : « nous on se contente de publier, on ne peut pas effectuer de contre-vérifications ». Bien sûr, si c’est de l’EBM et en plus made in America, pourquoi se poser des questions ? Pourquoi demanderait-on à un kiné ce qu’il en pense ?

    Voici le problème essentiel posé par l’EBM : aucun contre-pouvoir. Une méthodologie devenue exclusive. Un soutien fanatique. L’ère de l’art médical abstrait.

  9. […] Ah, et un topo sur les angines, rhinites, bronchites, qui fera du bien à tout le monde, en ces périodes fraiches, pour y voir plus clair! c’est ici. […]

  10. Merci pour tous ces conseils, je testerai les bains de gorge ainsi que la technique de toux. Etant moi-même pourri par les rhumes, angines et ses dérivés, et sujet quasi systématique aux infections suite aux maladies virales, il m’a été très difficile de trouver un médecin traitant qui sache s’adapter et donc me soigner efficacement.

    Quand j’en entends un ici qui veut attendre un mois et une radio des poumons avant de prescrire un antibiotique, ça me fait très peur. Pour ma santé, pour la sécurité sociale, et pour les gens qui viendront le consulter en toute confiance.

    Ps aux médecins qui commentent : si les gélules en sucre peuvent soigner, svp, pourriez vous m’en prescrire a ma prochaine venue ? Je suis sérieux.

    Ps a l’auteur : mon remède de grand mère contre mal de gorge et angine non virale : cherchez  » spray nomade d’urgence » sur le net. Efficacité incroyable, introuvable en pharmacie.

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