Classification des médecins dans le domaine ostéo-articulaire

Précisons d’emblée que cet article n’a aucunement pour objectif de définir des bons et des mauvais médecins, comme l’a fait un autre avec ses « mal-traitants ». Chacun mérite sa place dans un réseau de santé ; personne n’est totipotent ; ceux qui étudient le plus sérieusement un cas clinique réduisent proportionnellement leur temps disponible pour d’autres, c’est-à-dire qu’ils rendent finalement service à très peu de monde, même si ces services sont significatifs. Nous consacrerons d’ailleurs un article indépendant au sujet de la « productivité » médicale.

Les errements et drames médicaux proviennent presque toujours d’un mauvais fonctionnement du réseau, autrement dit de professionnels travaillant trop en autarcie. Même quand « l’erreur » se focalise clairement sur un médecin, il existe un entourage favorisant ses conséquences néfastes, patients aveuglément en confiance, paramédical ne voulant pas vexer son prescripteur, personnel hospitalier respectant trop la hiérarchie et n’insistant pas suffisamment auprès du pouvoir médical malgré les signaux d’alarme, médecin-conseil arrivant tardivement pour jouer les gendarmes alors qu’il aurait pu jouer son rôle de « conseil » plus précocément.

Définissons 5 niveaux de compétence dans le domaine ostéo-articulaire :

1) Le gestionnaire
Seul ce premier niveau peut être considéré comme limité par rapport aux autres ; il s’agit du médecin gérant la guérison spontanée, à l’aide de traitements symptomatiques et de conseils d’hygiène de vie généraux, motivés de façon assez vague.

3 autres niveaux sont à mettre en parallèle, c’est-à-dire qu’un « spécialiste » peut posséder l’une ou plusieurs de ces compétences :

2) L’universitaire,
à l’aise dans l’arborescence diagnostique, capable de dépister les étiologies alternatives aux pathologies les plus courantes.

3) Le biomécanicien
détaillant l’hygiène de vie en transférant des notions de biomécanique au patient pour qu’il s’approprie son habitus. Dans le même domaine de compétence, ce médecin peut personnaliser la case diagnostique « trouble locomoteur d’origine mécanique et fonctionnelle », et s’intéresse aux thérapeutiques manuelles.

4) L’expert
de situations rares… que lui voit fréquemment.

5) Le phénoménologue
Enfin le 5ème niveau est le plus difficile à atteindre. Il demande une bonne connaissance de l’humanité en général. Il consiste à établir une représentation valide de l’espace phénoménologique du patient. En clair, imaginer de façon la plus précise possible la façon dont il voit son contexte personnel, et pas seulement dont le médecin le voit. Ce n’est pas de la psychothérapie, qui consiste à encourager le patient à changer sa vision de lui-même, et adopter celle que la société lui souhaite. Il s’agit au contraire de l’amener à ses objectifs par ses propres représentations du Soi et de l’environnement, mais avec une stratégie améliorée.

Les objectifs ne sont pas difficiles à deviner. Nous avons tous les mêmes : un travail qui nous plaît, sans nazi hiérarchiquement supérieur pour nous tourmenter inutilement, une bonne empathie avec l’entourage, une reconnaissance des services rendus, une oeuvre personnelle. Ce sont les représentations du patient qui sont plus malaisées à dessiner et surtout à accepter, parce qu’elles nous paraissent fausses ou naïves, que nous ne pouvons nous empêcher de les juger, ou au contraire elles sont plus justes que la nôtre parce ce que nous ne sommes pas dans la situation du patient, et en particulier la gravité du problème n’est pas ressentie avec équivalence. C’est la situation malheureusement classique du praticien qui annonce un cancer et se trouve satisfait… par la clarté limpide de son exposé, tandis qu’en face c’est l’anéantissement, l’enfoncement dans des sables obscurs et mouvants.

Les représentations du patient ont fréquemment l’inconvénient qu’elles le focalisent sur des objectifs simplistes et à court terme (« je ne veux plus avoir mal », « il faut stopper ce travail qui me détruit », « je dois échapper au stress ») éventuellement erronés pour la réalisation des buts à long terme (« je contrôle ma vie en fonction de mes désirs et de mes possibilités »). Il ne s’agit pas alors de convaincre le patient que ses représentations sont trompeuses, mais de lui faire percevoir ses véritables objectifs, réanimer une anticipation systématiquement détruite par les douleurs et les difficultés quotidiennes. Ses représentations vont évoluer d’elles-même si elles sont pénalisantes dans ce nouveau contexte.

SOS-SOSL’intérêt du patient est évidemment que les différents niveaux de compétence des médecins soient reliés de façon fluide et qu’il puisse nager librement dans le réseau, non pas pour satisfaire un besoin inutile d’avis multiples et contradictoires (puisque qu’il ne sera pas toujours au bon endroit) mais parce qu’il aura été aiguillé correctement.
Si ce réseau fonctionnait bien, l’expert de situations rares devrait être très disponible… puisque seuls des problèmes exceptionnels le concernent.

A quoi sert cette classification ?
Elle montre combien les termes de « généraliste » et « spécialiste » sont stérilisants. La première étiquette indique « Toi mon gars, passe la main le plus vite possible, tu n’es bon qu’à traiter la bobologie ». De même l’étiquette spécialiste indique à tort « Puisque tu es censé être l’expert, tu dois parvenir à résoudre chaque difficulté qui se présente ». Deux sources de paralysie du réseau, et d’exclusion (ou au contraire de leur inclusion inutile) d’un certain nombre de professions satellites, médecin du travail, kiné, ostéo, masseur, psychologue… par exemple parce qu’un conflit au travail n’a pas été initialement pris en compte, ou que les douleurs ostéo-articulaires servent de cheminée d’évacuation à un mal-être plus général et chronique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *