Face à la douleur chronique

Le groupe le plus difficile des maladies chroniques est la douleur prolongée. La douleur cloître la personne dans sa maladie, l’immobilisant au niveau d’éprouver sa douleur, et l’empêchant de réfléchir autrement.

L’échange avec d’autres personnes bloquées dans la même situation est une aide, cependant c’est la méthode la plus lente pour s’améliorer, nous allons voir pourquoi. S’évader de la maladie nécessite de construire un niveau d’auto-organisation supplémentaire, où l’on se regarde vivre l’épreuve et l’on cherche comment l’insérer dans son fil biographique. Une tâche malaisée. Il faut regarder l’ensemble de son existence, lui avoir trouvé un sens. Mais c’est une certitude : en grimpant les niveaux d’auto-organisation il est possible de maîtriser n’importe quelle douleur.

 

J’ai traité le sujet sur cet autre blog. Il a besoin d’un remaniement pour le cas particulier de la maladie chronique, où l’esprit, mis en face d’un problème insurmontable par son propre corps, tend à le nier au tout début, puis à l’amplifier dans une réaction de défense : si la maladie est insoluble c’est parce qu’elle est « grave », plutôt que l’esprit soit obligé de s’évaluer négativement, parce qu’incapable de la résoudre.

C’est une bonne réaction de défense, soit dit en passant. Néanmoins il en existe de meilleures, par exemple l’anticipation de la guérison.

 

Malheureusement cette solution est difficile à conseiller. C’est vécu comme une démission de la part du corps médical. Le malade doit « s’emparer » lui-même de cette attitude (en général il est déjà construit dans ce sens) grâce aux éléments objectifs qu’on lui fournit. Pour les autres il est plus simple de choisir la solution « gravité de la maladie » qui génère une solidarité bien venue autour de soi.

La présentation positiviste des éléments objectifs de la maladie (tel que le font la plupart de mes articles sur la rhumatologie) aide les gens engagés dans l’auto-guérison. Par contre elle gêne les gens engagés dans la défense du Soi.

Au final tout le monde finit par aller mieux, mais il existe une durée d’extinction très variable, selon la solution choisie, de l’attention portée aux séquelles de la maladie. C’est plus facile lorsque l’on a une oeuvre fortement identitaire à continuer ou reprendre. Parfois on la trouve dans l’expérience de la maladie, c’est-à-dire que l’on va prendre soin d’autres malades, comme le font beaucoup d’ex-patients sur les forums.

 

Si vous pensez que le pouvoir de l’esprit n’est pas si important face à la maladie, alors réfléchissez à ceci :

Pourquoi, lorsque l’on annonce à des gens qu’ils ont une affection rapidement mortelle, par exemple un cancer de mauvais pronostic, voit-on certains s’effondrer de façon catastrophique et irrémédiable, tandis que d’autres organisent leur fin de vie avec une sérénité extraordinaire ?

Ils ont pourtant la même maladie.

 

Voilà ce qui apparaît d’un autre niveau d’auto-organisation.
J’espère qu’il ne vous apparaît pas trop désincarné 😉
Je vous assure que ce n’est pas le cas.
Pour que nos patients puissent s’en emparer, il faut libérer leur esprit de la douleur, c’est-à-dire leur prescrire des antalgiques puissants si nécessaire. Mais ce n’est pas suffisant. Les voici dans les conditions de réaliser le travail psychologique. Il faut les y atteler, plutôt que les conserver dans leur transfert sur votre toute-puissance médicale.

Une réflexion sur « Face à la douleur chronique »

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