Comment mon ADN se tortillera-t-il chez mes enfants?

progenitureQu’est-ce que l’ADN dans notre théorie auto-organisationnelle du vivant ?

La chimie considère les interactions moléculaires comme un vaste ensemble chaotique, auquel on peut trouver des règles, des tendances, mais avec une difficulté à prédire l’exact résultat final qui croit avec la complexité du système. D’une façon surprenante, la biologie, elle, a longtemps considéré l’ADN comme un message moléculaire stable, inaltérable, transmissible par des lois strictes et reproductibles. Les plus prudents parmi les chercheurs se gardaient en fait d’amalgamer « gène » et « segment d’ADN », car si l’existence du gène comme « signalétique » de la transmission génétique était avérée, le détail de ce langage ne pouvait être réduit avec certitude à des suites de ribonucléotides. Bien leur en prit. La structure tridimensionnelle de l’ADN fait partie de ce langage ; les conditions métaboliques dans lesquelles évolue la cellule sont susceptibles de modifier la façon dont elle interprète son information génétique, voire sans doute est-elle capable de la modifier. L’individu n’est pas l’esclave impuissant de son génome mais peut le moduler par ses choix d’interaction avec l’environnement, transmettre les modifications à sa descendance d’une manière plus complète que pour lui-même puisque le rejeton se construira à partir de ces nouvelles données. Le principe de bidirectionnalité, à nouveau, est à l’oeuvre.

Mesurons notre enthousiasme cependant : si l’individu pouvait changer profondément son propre génome, nous serions devenus rapidement une multitude d’espèces à représentant unique, incapables de se comprendre et même de se reproduire avec ses semblables, devenus dissemblables…

Il existe ainsi un tiraillement conceptuel à propos de l’ADN : réceptacle d’informations dont la stabilité est essentielle, et souplesse vis à vis de l’intégration d’informations nouvelles. Ce dernier point est particulièrement complexe : comment un comportement peut-il être traduit en information génétique ? Comment assurer que les modifications du code déboucheront bien sur la mise en place de décisions innovantes bien plus sophistiquées qu’un simple réflexe ? Toute l’auto-organisation présidant au lien gène // trait de comportement semble shuntée dans ce sens inverse.

Et pourtant, si des expériences démontrent que la sélection naturelle n’opère pas exclusivement par la destruction des gènes défavorables sous la pression de l’environnement, mais aussi par correction de ceux-ci, c’est qu’il doit exister une auto-organisation à rebours, correspondant bien à notre principe bidirectionnel observé partout ailleurs dans notre théorie du vivant, et base du concept d’émergence.

Il n’est pas obligatoire, cependant, que les effets soient les mêmes dans les deux sens. Leur seul point commun est l’incrémentation. A l’instar de l’auto-organisation à partir du génome, la transformation d’un gène se s’opère que sous l’effet d’un stimulus suffisamment puissant ou répétitif. Une chute ne changera pas les aptitudes du sens de l’équilibre chez vos descendants. Mais si vous tombez sans arrêt au point d’être contraint à vous concentrer anxieusement sur ce sens et à l’affiner dans vos perceptions, qui sait ?

Dès lors, l’ADN correspond remarquablement à notre définition d’un repère : une zone de stabilité ne demandant qu’à déplacer son centre si on le tiraille suffisamment. Sans doute les transformations opérées dans le génome ne sont-elles pas une véritable création d’information nouvelle. Comme nous l’avons vu précédemment, il n’existe pas de rétro-organisation capable d’inscrire de manière fiable quelque chose d’aussi complexe que les plans de nouveaux comportements. Il s’agit plutôt d’une mise au jour de réserves d’information génétique, que nous n’utilisons pas en situation « moyenne », quand l’information standard est efficace.

Ne disons plus « je vais transmettre mon héritage génétique à mes descendants », mais « comment mon ADN se tortillera-t-il chez mes enfants, dont l’environnement sera différent du mien ? ». Vous ne trouvez guère poétique l’une ou l’autre formule ? Moi non plus, cependant je me suis consolé ainsi, un jour que je parlais à mes enfants et voyais mes conseils traverser leur cerveau avec aussi peu d’interactions qu’en auraient eu des neutrinos : j’ai eu un petit sourire, me disant que je les avais déjà impressionnés d’une façon qui leur resterait invisible…

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