L’(in)égalité hommes – femmes ?

femme-hommeUne nouvelle étude neuro-scientifique a relancé la polémique entre idéologies sexiste et unisexe. Le web bruisse de vitupérations. L’étude montre des schémas de connectivité neurale différents entre hommes et femmes ; les connexions entre hémisphères sont plus nombreuses qu’à l’intérieur des hémisphères dans les cerveaux féminins ; c’est le contraire dans les cerveaux masculins. Elle suggère que ces derniers sont plus aptes à une coordination entre perception et action, tandis que les cerveaux féminins facilitent la communication entre processus analytiques (hémisphère gauche) et intuitifs (hémisphère droit). Dans un climat tendu sur le sujet, la directrice de l’étude, Ragini Verma, tire une conclusion nuancée : de quoi expliquer pourquoi les hommes excellent dans certaines tâches et les femmes dans d’autres.

Les réactions sont pourtant vives. L’une des plus complètes est celle de Catherine Vidal dans le Monde. Malheureusement ses arguments principaux ne sont pas recevables :

1) Le cerveau n’est pas morphologiquement différent au cours de la gestation entre un bébé fille et garçon, et les gènes liés à la croissance du système nerveux central ne sont pas liés à l’X et au Y. Ce double argument appelle la même réponse : l’anatomie du cerveau ne dit rien de ses performances fonctionnelles, et à l’évidence nous avons tous des capacités cérébrales différentes dès la naissance, malgré une anatomie semblable. Les facteurs humoraux sont un élément essentiel de la maturation psychique ; nombre d’entre eux sont reliés à l’X et au Y, et même tout au long de la vie comme nous le verrons plus loin.

2) 90% des connexions neurales s’établissent après la naissance. L’extraordinaire plasticité du cerveau le rend très sensible à son environnement ; c’est donc lui, en particulier par les déterminants culturels, qui influence pour l’essentiel notre construction mentale. Une conclusion simpliste : notre maturation psychique ne se fait pas au hasard. Elle se fonde sur des rails fort impératifs, sinon nous serions tout simplement incapables de communiquer entre nous. Les 10% de connexions congénitales imposent leurs contraintes aux 90% qui vont suivre. Dans un système chaotique tel que la construction de l’esprit, de petites différences initiales dans le plan des « rails », invisibles à la naissance, vont provoquer des écarts croissants au fil de la maturation et peuvent expliquer sans difficulté les trouvailles faisant l’objet du débat. Bien sûr l’on peut exalter ces différences par la culture… autant qu’elles peuvent être réprimées.

L’on sait par exemple que le nourrisson possède des capacités mathématiques innées, manifestes dès les premières semaines de vie. Comment la maturation qu’il poursuit pourrait-elle se faire uniquement sous les pressions environnementales ? Il n’est pas une ardoise vierge.
Face au négationnisme humoral du développement psychique, présentons par exemple cette étude sur le sens de l’orientation : 85% des personnes se révélant incapables de construire une carte mentale sont des femmes. Mais le plus frappant est que la capacité à s’orienter semble dépendante du cycle menstruel : les femmes atteignent les mêmes résultats que les hommes quand leur taux d’oestrogènes est bas.

Tous les parents expérimentent, lors de la poussée pubertaire de leurs enfants, les difficultés de la culture à encadrer des pulsions très instinctives. Bien avant, les garçons hyperactifs et incapables de concentration épuisent leurs éducateurs tandis que les filles se consacrent studieusement au travail de groupe. Catherine Vidal, ayant du mal à nier toute différence, relève que le sexe au cours de la vie embryonnaire ne concerne « que le contrôle des fonctions physiologiques de la reproduction ». Serait-ce, pour elle, une fonction tout à fait indépendante de la programmation cérébrale ?? Stupéfiante hypothèse.

Les partisans de cette ligne négationniste (d’une influence sexuelle sur le développement du cerveau) se laissent aveugler par les flammes d’un affrontement culturel plutôt que scientifique. Psychologiquement, aventurons-nous à définir le mode de pensée masculin, correspondant à une volonté de puissance personnelle très nietzschéenne, tandis que le mode de pensée féminin est fondé sur la coopération au sein du groupe. Clairement, nous possédons tous ces deux modes de pensée, et le masculin prédomine à présent chez de nombreuses femmes qui en ont les moyens, celles ayant achevé une formation élitiste, les commerçantes, les sportives de haut niveau. Réfléchir en homme ou en femme n’est plus l’apanage du sexe idoine. Pourtant, cela n’implique en rien qu’il n’existe pas une influence génétique du sexe dans la construction du mode de pensée. Il est possible de retourner l’argument de la plasticité du cerveau dans l’autre sens : la culture peut parfaitement travestir les pulsions instinctives ; c’est la sublimation. N’est-ce pas à l’évidence ce qui survient pour le désir sexuel ?

Il est certain que nous sommes toujours dans une société machiste, et ce au niveau mondial, excepté quelques communautés îliennes. C’est un héritage venu du fond des temps, où la culture n’avait guère le pouvoir de modifier fondamentalement la nature.

En conclusion,

l’idéologie consistant à nier toute différence d’organisation du cerveau entre hommes et femmes médiée par la génétique n’a aucun fondement scientifique. Ce négationnisme a des ressorts historiques. Il est motivé par la façon dont les différences ont été exploitées par une faction attachée à démontrer une «supériorité» du masculin sur le féminin. Il n’existe aucune étude démontrant une identité de développement homme-femme (1). De très nombreuses études sont en faveur du contraire, malheureusement leurs objectifs et conclusions ont été utilisées abusivement à des fins sexistes, ce qui leur enlève la plupart du temps toute validité. Cette médiocrité ne peut pourtant pas être retournée pour prétendre que les différences n’existeraient pas, comme le font avec enthousiaste les négationnistes.

Nous sommes tous différents, «inégaux» pour la plupart des critères physiques et psychologiques, non seulement entre sexes, mais à l’intérieur d’un même sexe, pour des raisons en grande partie génétiques, l’environnement exacerbant les différences. Penser que les chromosomes sexuels ne seraient en aucune façon concernés par cette variance foisonnante est un non-sens.

Enfin la diversité est une bien plus grande richesse, pour l’humanité, que l’égalité.

 

(1) Les études « égalitaristes » montrent une identité de performance générale, comme le niveau de mathématiques dans la population globale. Notons que cette idéologie du refus de la différence occulte également les études où le sexe féminin se révèle un avantage. On ne peut pas soutenir l’égalité et son contraire…

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