Addictions: réparer la plasticité cérébrale

Pas-de-vieux-droguesTrès bon article de Cerveau & Psycho sur les addictions, dont voici les points essentiels :
— La consommation de drogues altère la plasticité cérébrale, rendant difficile tout changement d’habitude.
— Plus en détail, la communication neuronale est altérée par des anomalies de la machinerie moléculaire synaptique.
— On pourrait sans doute réparer cette machinerie avec des traitements pharmacologiques restaurant la plasticité.
— Les toxicomanes pourraient alors abandonner les rituels de consommation de drogue qui les figent dans leur dépendance.

Ces recherches font énormément avancer le traitement des addictions. Notons que la drogue n’est pas le seul élément diminuant la plasticité cérébrale. Deux autres peut-être plus importants sont l’ancienneté du recours à la routine addictive et le vieillissement cérébral. Notons aussi que toutes les routines sont concernées et pas seulement les addictions. Cette « consolidation » d’une habitude a des côtés bénéfiques ; elle nous permet de rentrer chez soi sans y concentrer systématiquement notre attention ; elle nous rend moins coléreux avec l’âge. Peut-être un effet secondaire d’un médicament simulant la plasticité serait-il de renouer avec l’impulsivité ?

L’article adopte la position classique d’un cortex préfrontal siège de la « volonté » et donnant ses ordres aux processus inconscients. De multiples arguments tendent à montrer qu’elle est fausse. L’essentiel des comportements prend son origine dans l’inconscient et le cortex préfrontal sert d’évaluateur plutôt que de directeur. Même quand il semble s’opposer à une impulsion subconsciente, il le fait par des déterminants également d’origine inconsciente, c’est-à-dire qu’il opère une médiation entre l’ensemble de ces pulsions. C’est pour cela que la « volonté » a autant de mal à se débarrasser des indésirables.

Les mauvaises routines s’éteignent quand elles n’ont pas l’occasion de s’exercer, comme un automatisme locomoteur s’étiole si l’on ne s’en sert pas. L’avantage du conscient est que l’inconscient n’est pas un gnome dissimulé et rétif, mais un ensemble de symboles fixes et de routines stupides quand elles sont prises isolément. Il est possible de les défaire en les « affamant » et esquivant soigneusement les éléments dont elle s’alimente. La compulsion boulimique se combat au moment de faire ses courses, le tabagisme chez le détaillant et quand l’on reçoit les invitations chez d’autres fumeurs.
Bien sûr il faut également créer des routines de remplacement, car l’espace cérébral ne peut rester vide, et les addictions en occupent une part importante. Ce n’est même pas une question de plaisir. L’addiction habituelle n’en apporte plus. Et l’addictif est justement une personne anémique en plaisir, n’ayant plus de ressources mentales disponibles pour en chercher ailleurs.

Pour en savoir plus sur ces notions avant-gardistes, lisez « Je », disponible sur lulu.com
Nous avions déjà abordé récemment le problème des addictions par un exemple pratique : Comment inciter un adolescent à ne pas fumer ?
…et vous aurez bien sûr deviné que le vieillard héroïnomane de la photo n’existe pas. Espérance de vie réduite d’un bon tiers avec ce genre d’habitude. Et ce n’est malheureusement pas la vieillesse qui saute, plutôt le handicap qui survient avec 40 ans d’avance…

2 réflexions au sujet de « Addictions: réparer la plasticité cérébrale »

  1. Pas d’accord du tout avec vous.
    Les personne souffrant de comportements additifs ne modifient pas leur comportement au moment de faire les course pour le trouble du comportement alimentaire ou chez le buraliste pour le tabagique.
    Les recherches neuro biologiques et l’imagerie fonctionnelle cérébrale nous permettent de mieux connaître la physiopathologie des addictions. Toutefois, nous sommes encore loin de traitements médicamenteux efficaces. Je pense que le succès du baclofene dans l’alcoolodependance et l’arrivée prochaine d’autres molécules vont entraîner de graves désillusions.
    Les mécanismes de changement de comportement dans l’addiction sont beaucoup plus complexes que ce que vous décrivez.
    Ne pas se rendre chez le buraliste ou chez son dealer est le résultat d’un processus long et complexe. Ce processus est différent pour chaque personne. La volonté n’a pas grand chose à voir dans ce processus. Il s’agit plutôt d’une maturation d’une motivation à changer de comportement confrontée à des essais répètes d’arrêt du comportement. Ceci explique en partie les « rechutes » .
    Les modélisations de l’évolution de la motivation a changer de comportement ont été faite par Prochaska et Di Clémente.
    Plus qu’une réduction de la plasticité cérébrale, l’addiction entraîne une annulation du contrôle cortical qui se traduit par l’abolition du sens critique.
    Les évolutions spontanées favorables des personnes souffrant de comportements additifs montrent, que la plasticité cérébrale est bien présenté chez ces malades.
    Bonne journée.

    1. J’avoue ne pas bien comprendre le début de votre commentaire, Pierre, alors qu’ensuite vous dites à peu près la même chose que moi.
      « Ne pas se rendre chez le buraliste ou chez son dealer est le résultat d’un processus long »… dans son succès, certes, mais indispensable, et précoce, sinon on n’a pas encore entamé sa tentative de sevrage. L’addictif sait que lorsqu’il a fait ses courses, il a déjà perdu la partie.
      Je suis bien d’accord avec vous que la volonté n’est pas le dirigeant que l’on imagine, et j’explique les ressorts psychologiques de la maturation du changement dans mon livre.
      Enfin la réduction de la plasticité cérébrale n’est pas une de mes affirmations mais celle de David Jentsch et d’autres chercheurs cités dans Cerveau&Psycho. Cette réduction est certainement variable selon les individus et leur degré d’intoxication.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *