Mai 302013
 

Essayons de réunir les éléments qui expliquent la grande variété des situations :

Avant l’opération :

Le travail ou le sport est-il responsable des dégâts ayant conduit à la prothèse ?
La médecine est incapable de donner une réponse claire, sauf en cas de traumatisme important au cours de la vie professionnelle ou sportive. Or c’est une question essentielle pour le travailleur destiné à reprendre le même poste par la suite, le sportif qui veut continuer.
Dans la réalité, les lésions proviennent de facteurs multiples, dont les contraintes imposées par le travail (cause extrinsèque) mais aussi la façon dont on s’y adapte (cause intrinsèque). Ainsi, selon l’idée déjà ancrée au départ chez lui, chacun jugera le travail comme responsable ou non ; l’on voit ce que l’on préfère.

Il est conseillé d’éviter de poser une prothèse avant la soixantaine, pour ne pas avoir à la changer plus tard. Les gens concernés par une reprise du travail sont donc jeunes chirurgicalement, mais âgés professionnellement.
Certains peuvent préférer attendre leur retraite pour se faire opérer. Un problème difficile pour le médecin du travail : la personne veut faire reconnaître son handicap pour obtenir des aménagements du travail ou un départ à la retraite anticipé… Mais on ne peut pas non plus obliger les gens à se faire opérer pour conserver leur aptitude, le risque chirurgical zéro n’existant pas.

Après l’opération :

La prothèse rétablit la fonction. Sauf complications et séquelles majeures de l’opération, la personne est donc censée pouvoir reprendre les mêmes activités qu’auparavant, et même d’autres qu’elle avait abandonnées.
Quels freins s’y opposent ?
-désadaptation au travail, à la fois physique et psychologique, particulièrement en cas d’arrêt prolongé
-lassitude du boulot, mauvaise ambiance née des difficultés pendant la période pré-opératoire, employeur qui cherche à se passer d’un employé à problème et en fin de carrière…
-peur d’aggraver d’autres articulations détériorées mais non remplacées, peur d’user la prothèse…
-passage à vide accompagnant le compétiteur qui ne voit pas le sport comme un simple entretien physique, et réalise que le sommet de sa carrière est derrière lui.

Tous ces motifs sont très subjectifs. Il n’y aucune recommandation médicale conseillant l’économie articulaire après une prothèse. Seuls les sports agressifs sont déconseillés pour éviter de luxer ou casser la prothèse. Les sports courants sont autorisés. La plus grande étude sur le sujet a été publiée en 2005 (1) : reprise du sport dans les 5 années suivant une prothèse de hanche ou de genou ; résultat : le succès dépend du handicap antérieur à l’opération, de l’âge physiologique, du type de sport pratiqué (marche vélo natation en tête, mais c’est la même chose chez tous les sportifs vieillissants), et la hanche neuve donne plus d’ambitions que le genou neuf : après prothèse de hanche, la proportion de gens pratiquant un sport passe de 36 à 52%. Après celle du genou, elle diminue de 42 à 34%.

Nuançons ces résultats : la prothèse de genou ayant une réputation moins bonne que celle de la hanche, l’on hésite davantage à se faire opérer… et du coup on arrive plus tard chez le chirurgien, avec un handicap plus installé. Les chirurgiens eux-mêmes, moins confiants dans la durée de vie de leur matériel au genou, n’incitent pas leurs patients à se faire opérer tôt. Pourtant les faits sont là : plus le handicap pré-opératoire est faible, meilleur est le résultat. Il ne s’agit pas d’aller faire changer une articulation capable de vous emporter 4 heures sur les sentiers tous les jours. Mais n’attendez pas d’être en difficulté à faire le tour de la maison ! Les chirurgiens ont surtout besoin d’éconduire les drogués du sport qui entrent en dépression s’ils n’arrivent plus à faire 3 marathons par semaine (un problème voisin des grosses consommatrices de chirurgie esthétique : un bon vieillissement consiste à réviser ses objectifs autant que ses pièces défectueuses). Mais il faut pousser ceux qui dégradent leur autonomie sans rien faire, par peur du bistouri.

En conclusion,

la reprise des activités après la prothèse repose pour l’essentiel sur les souhaits personnels — ou leur absence —,
bien davantage que sur des constatations médicales objectives.
Comme dans tout handicap chronique en rapport avec le métier, le médecin du travail est souvent confronté à une recherche de bénéfices secondaires.
Mais ce n’est qu’un cas particulier d’un problème plus général : les modalités du départ à la retraite, trop rigides, quand il faudrait un étalement de la cessation d’activité.

(1) Sports activities 5 years after total knee or hip arthroplasty: the Ulm osteoarthritis study – Huch K, Müller KAC, Stürmer T et coll. Ann. Rheum. Dis. 2005; 64:1715-20

 Posted by at 6 h 15 min

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(required)

(required)