Le bouddhisme aujourd’hui

Le bouddhisme est un excellent exemple de l’absence de cloisonnement entre religion, philosophie, et techniques de contrôle du Soi. Il contient tout cela. Ses adeptes s’attachent surtout à l’une ou l’autre de ses facettes, selon leur origine culturelle ; les occidentaux s’en servent comme méthode de réalisation personnelle, indépendamment de son support métaphysique ; les philosophes y trouvent une source d’enchantement ; les orientaux ne le conçoivent pas sans son coeur spirituel.
L’originalité du bouddhisme au sein des religions — car originellement c’en est bien une — repose sur son approche positiviste et non punitive. Le fidèle est encouragé à s’améliorer par volonté spontanée et non sous les flagellations de textes sacrés et de leurs séides impitoyables. On y retrouve les racines orientales du refus du pouvoir, tandis que l’occidental est aiguillonné pour le posséder.
contact Dans les composantes du bouddhisme, nous avons donc des croyances peu contraignantes — la plupart des adeptes refusent de tuer un animal, mais si vous préférez les tuer pour les manger, libre à vous —, des techniques d’influence sur le subconscient efficaces, et une conception de la place de l’Homme dans le monde à la fois stimulante et pacifique.
Pourquoi refuser de démembrer le package ? Ceux qui vilipendent la récupération du bouddhisme pour ses techniques de contrôle de soi débarrassées de toute spiritualité tombent dans la religiosité. Les outils seraient détournés à de mauvaises fins ? Mais est-ce très bouddhiste de juger les fins des autres ? Ceux qui s’en préoccupent ont encore du pouvoir à abandonner…
Les techniques en question sont très semblables aux thérapies cognitives. Sur tous les continents, en fait, sont apparues des méthodes de contrôle sur l’inconscient. Elles baignent dans le mystère longtemps attaché aux profondeurs de l’esprit. La spiritualité est certainement un bon guide de ces plongeurs des abîmes. Ceux qui l’ont abandonnée parce que séduits par les lumières crues de la science, gardent leur conscience sociale pour les diriger. Chacun met au point sa recette personnelle d’outils et objectifs. Ce qui définit la religion est l’existence de règles trop strictes, bénéfiques aux âmes incertaines, mais carcérales pour ceux décidés à empoigner leur fragment de divinité et à en faire bon usage.

Le seul danger du bouddhisme réduit à l’outil est, comme toute technique subconsciente, de tenter de se modeler sans se comprendre. Il peut court-circuiter en effet le processus de maturation polyconscient, et permettre à une tendance radicale de la personnalité de corriger l’inconscient pour faire disparaître toute opposition. C’est le risque à vrai dire, de la méditation en pleine conscience, présentée à tort comme parée de tous les avantages ; la conscience ne représente en effet qu’une petite surface de l’esprit et la limitation de ses pouvoirs a une excellente justification : l’inconscient s’est patiemment tissé au fil de multiples évènements et il n’est pas prudent d’y introduire de grands bouleversements sans connaître son histoire.
Le bouddhisme doit donc être un auto-examen avant d’être une auto-influence, et ce d’autant plus que l’on n’est pas accompagné du garde-fou spirituel.

Ce cheminement amène à un dilemme : doit-on entreprendre une lutte contre les passions et s’en tenir à une vision spécifique de la vie « juste », débarrassée de tout désir un peu trop proéminent ? Ou abandonner le renoncement orientaliste au pouvoir, et tenter de réaliser un rêve qui en contient ?
L’homme est un être de pouvoir. C’est un idéal intéressant d’espérer le faire un jour fonctionner sur d’autres pistons. Mon Cynique, cependant, s’annonce peu convaincu par les énergies nouvelles : le pouvoir à haut indice d’octane, vidé du chef et remplacé par une espèce de bourre mollassonne coupable d’un génocide capillaire et d’un rhume asthénique chronique dans cette tête exposée à tous vents ? Hm…

Cette saillie, heureusement, manque sa cible ; les bouddhistes, sous nos climats, n’ont pas abandonné le pouvoir, au contraire : ils sont dans l’exaltation d’une philosophie militante alternative à la ligne matérialiste et productiviste contemporaine, et en réalité guère fidèles aux enseignements de renonciation de Gautama. Mais c’est beaucoup mieux ainsi…

4 réflexions au sujet de « Le bouddhisme aujourd’hui »

  1. Bonjour,

    je dois être mal connecté ce matin mais je n’ai pas compris votre message. Je ne suis pas bouddhiste, je regarde le phénomène de loin, j’ai lu quelques livres. Voilà tout. Par contre je trouve qu’il comporte beaucoup de pistes pour vivre une vie meilleure, la philosophie bouddhiste apporte beaucoup de pistes pour mieux se connaitre et évoluer sur notre planète. J’apprécie beaucoup de message qu’il véhicule.

    Ici quel message voulez vous passer ? Que l’on ne peut pas « juste prendre ce qui nous intéresse » ? Que le bouddhisme occidental n’est pas le bouddhisme oriental ?

    Merci par avance pour votre réponse

    PS ce livre pourrait vous intéresser http://www.amazon.fr/Quel-bouddhisme-pour-lOccident-ebook/dp/B005QDPO8O/ref=sr_1_4?ie=UTF8&qid=1369554604&sr=8-4&keywords=bouddhisme+occidental

    1. Fabrice Midal correspond parfaitement au profil de philosophe bouddhiste occidental auquel je fais allusion dans mon dernier paragraphe. Je ne sais pas cependant quelle est sa position quand à la séparation des composantes du bouddhisme, spiritualité et travail subconscient à des fins d’amélioration personnelle.
      Certaines personnes critiquent sévèrement cette séparation, à tort et à raison (c’est le message de l’article, ambivalent comme toujours sur ce blog polyconscient 😉
      -à tort parce que la spiritualité a des racines culturelles et n’est pas nécessaire sous la même forme à tous ; la rendre indissociable des techniques cognitives d’amélioration de soi équivaut à envoyer des missionnaires (peut-être est-ce pour l’Orient rendre la monnaie de sa pièce à l’Occident, car nous ne nous sommes pas gênés pour le faire, mais les nôtres n’ont pas eu tant de succès en Asie),
      -à raison parce que si l’on s’empare d’une technique efficace pour agir sur son inconscient sans qu’elle soit encadrée (par la spiritualité, en l’occurrence, dans le bouddhisme), on peut donner un grand pouvoir à des pulsions peu recommandables. Gagner en efficacité personnelle ? Mais si c’est pour acquérir davantage de pouvoir sur les autres et en faire mauvais usage ? Midal est un philosophe agissant. Heureusement, il exerce plutôt un contre-pouvoir…
      De ce fait, vous avez raison : le message qu’il véhicule est intéressant en occident, parce qu’il est débarrassé d’une bonne partie de sa gangue religieuse par ceux qui l’utilisent. Au Népal, où je viens de passer un mois, il est encore, comme les religions classiques, un moyen pour les gens d’accepter une vie très difficile.
      En occident : moyen de rébellion pacifique. En orient : dissuasion à la rébellion…

      1. Merci pour vos explications.

        Je suis beaucoup moins avancé dans mon vécu des sciences contemplatives mais je n’ai pas l’impression qu’il existe la moindre forme de prosélytisme.

        L’expérience du Népal a du être fabuleuse, vous comptez en faire un billet ?

        bonne journée

  2. Effectivement ce serait un comble pour le bouddhisme de faire du prosélytisme. En même temps il est devenu, insidieusement, très populaire en occident, au grand dam des chrétiens. Est-il possible de dissocier complètement les techniques méditatives de leur direction spirituelle ? Rappelons que celle-ci, originellement, est de s’évader de sa condition humaine. Alors que nous serions enclins, dans la culture locale, à préférer réaliser pleinement notre condition humaine !
    J’imagine qu’il est déjà arrivé que des psychopathes se plongent dans la méditation intérieure pour affermir leur assurance et réaliser les buts d’une spiritualité qui leur est particulière… Paranoïa me direz-vous.
    Mais je me souviens d’un radiologue côtoyé à St-Pierre et Miquelon qui avait passé plusieurs années dans un monastère bouddhiste : il pratiquait assidûment la contemplation… au point que lorsque je lui ai envoyé un patient traumatisé de l’épaule (au moins luxée et peut-être fracturée) il lui a fait une imposition des mains et l’a renvoyé chez lui sans faire de clichés. Après quelques épisodes du même genre, il s’était un peu fâché avec la population et le personnel local du service radio. Il s’est mis à peindre des signes cabalistiques sur les murs de l’hôpital, et on le croisait parfois dans les rues qui le surplombaient, occupé à lancer de terribles incantations… Son billet d’avion fut réservé étonnamment vite.
    Le bouddhisme en occident est pratiqué par une population élitiste, déjà bien avancée dans la connaissance de soi, ce qui fait son visage très différent de la religion populaire pratiquée en Asie.

    Le tour du Manaslu au Népal est un beau défi physique avec 18.000m de dénivelée cumulée, et une immersion dans le mode de vie encore moyenâgeux de vallées isolées. Compte-rendu humoristique et photos ici.

    regard-de-stupanepalais

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