Les émotions sous l’oeil de la science

« Laissez-moi ! Nous ne sommes pas du même monde… »
« Laissez-moi ! Nous ne sommes pas du même monde… »

Ce blog semble fermement engagé aux côtés des neurosciences pour autopsier l’esprit humain et établir les plans de son squelette. Jamais cependant la démarche n’a été, ici, réductrice ; la jonction que nous cherchons à établir entre l’axone du neurone et le tentacule de la conscience ne participe pas que d’une recherche biologique ; elle ressemble plutôt à la construction du chemin de fer transcontinental américain : deux compagnies rivales avancent, mais sont bien obligées au final d’établir leur connexion.
Pour en témoigner, voici un pamphlet vif sur les effets d’un scientisme des émotions :

 

Émotions

Elles sont éprouvées par chacun d’une façon semblable à la perception des couleurs : très personnelle. Le scientifique pourtant, quand il veut étudier la visualisation des couleurs, a un grand avantage : le stimulus est externe, identique pour tous les individus, chiffrable : la couleur verte par exemple est centrée sur une longueur d’onde de 530nm ; si quelqu’un dit « bleu » à réception de ce stimulus, il est facile de le déclarer déviant. Rien de tel pour les émotions, qui sont endogènes. Chaque corps génère une sensation qui lui est particulière. Ne semble-t-il pas illusoire de chercher à l’isoler dans des cases — peur, joie, tristesse, surprise… —, comme le fait le scientifique, et surtout de lui attribuer des propriétés constantes — valence, activation, dominance, imprévisibilité — ?

Heureusement il existe un lecteur relativement fiable des émotions d’un individu : un collectif de ses congénères. En effet, l’émotion est à la fois un rouage interne et un langage. Elle se construit et s’éduque par l’échange avec les émotions de l’entourage. Si le plan génétique qui la crée est le même dans l’espèce et qu’elle s’affine par mimétisme, on peut subodorer que sa fonction psychique sera la même. Ainsi, s’il est impossible au scientifique d’éprouver l’émotion d’un de ses cobayes, il peut la cerner par ses effets dans la personnalité et le comportement.

Ce qui rend le terrain mouvant pour la science est ailleurs : elle attribue des propriétés à des phénomènes endogènes au psychisme sans posséder de plan de l’ensemble. Elle ressemble à un mécanicien enfermé dans la salle des machines d’un grand voilier : il détermine que l’endroit est humide et en fait une propriété intrinsèque à la cale, sans savoir que le navire est au beau milieu de l’océan ; ou alors le moteur s’arrête, et il conclue qu’il existe une sécurité pour le refroidir, alors que le capitaine a trouvé un vent favorable et économise son fuel.

Les repères sont nécessaires à une étude scientifique, mais ils sont toujours entachés d’intentions. Que le sujet de l’étude ait une existence matérielle indépendante des intentions de l’observateur et son « être » va dialoguer avec lui pour rectifier les repères erronés.

Mais la correction risque de ne pas s’effectuer quand des intentions entreprennent de créer un modèle pour d’autres intentions. Les « étudiées » risquent tout simplement d’être colonisées par les « enquêtrices » et se mettre à fonctionner de la même façon.

C’est un phénomène que l’on peut déjà observer dans les pays où la panconscience est forte et les citoyens très attentifs aux modèles créés par la science : ils inclinent à vivre de la façon décrite, parce qu’être sur l’équilibre proposé semble le plus valorisant. Et la science peut se vanter de sa performance : elle n’a plus de territoires mentaux vierges qui lui résistent, seulement des champs bien alignés et sagement cultivés par des paysans.

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