Mai 152013
 

trouvez-xLa parution d’un dossier sur le sujet par Science&Avenir me fait ressortir cet article écrit il y a plusieurs années mais que, par distraction, je n’avais pas envoyé sur le blog. Il n’y a rien à y changer et il est plus avancé que son homologue de Science&Avenir, s’appuyant sur des théories neuroscientifiques de l’esprit plus précises, et abordant les techniques non médicamenteuses.

Cette grande question passionne tous les parents d’étudiants… et les étudiants eux-mêmes, mais ceux qui s’y intéressent trop devraient s’en demander les raisons: ne faut-il pas travailler la confiance en soi plutôt que stimuler son intellect ? Ne voudrait-on pas remplacer les données essentielles à ingurgiter par une gelule qui n’en contient aucune ?

Avant d’aborder les méthodes de stimulation, voici quelques réflexions générales qui sont probablement en vérité tout ce que vous avez besoin de lire de l’article :
Les capacités intellectuelles proviennent d’un patient tissage de leur support physique, neuronal. Nous naissons avec un réseau de connexions capable d’établir n’importe quel comportement, adapté ou catastrophique, capable de générer n’importe quelle idée, géniale ou saugrenue. Le test minutieux de toutes les alternatives face à l’environnement spécifique que nous rencontrons est ce qui produit l’individu unique que nous sommes.
Une physiologie normale du système nerveux est nécessaire à une construction correcte du psychisme. La biologie est un ensemble d’équilibres choisi par la nature pour leur performance. Qu’il soit perturbé et la programmation du psychisme se fera dans de moins bonnes conditions. Ceci nous amène à un principe essentiel : il faut corriger des anomalies biologiques, susceptibles de causer des maladies psychiatriques, mais jouer à l’apprenti sorcier sur les équilibres, par exemple en augmentant les neuro-médiateurs les plus stimulants en pensant améliorer la performance intellectuelle, a toutes les chances au contraire de créer un dysfonctionnement global et de diminuer la performance sur le moyen terme même si l’on semble très « éveillé » sur le court terme.
Il n’existe pas de molécule de l’intelligence ; il existe simplement des substances médiant certains aspects du fonctionnement psychique — l’attention, la vigilance, le stress, l’endormissement —. Mais sans théorie conceptuelle claire du fonctionnement de l’ensemble du psychisme, en tripatouillant un aspect on va en dérégler d’autres. Le sommeil a une utilité. La digestion mentale et la génération d’alternatives que représente l’activité cérébrale nocturne est essentielle. Par exemple une étude sur le modafinil — molécule « de l’éveil », stimulant la sécrétion de l’histamine, le neurotransmetteur impliqué dans le système veille/sommeil — montre que ce médicament annule l’aptitude à corriger ses erreurs : l’on ne dort plus mais l’on ne sait plus corriger les décisions péjoratives prises auparavant. Sachant que c’est la drogue des traders, on peut se demander si elle n’a pas été responsable du dernier krach boursier !

La deuxième réflexion générale est que le meilleur stimulant intellectuel est le stress. Il s’agit là de la méthode la plus naturelle pour placer la biologie dans l’ordre de marche le plus adapté à répondre à une situation de défi. Le stress, pour un examen écrit, permettra de tirer le maximum des connaissances disponibles. Il ne peut bien sûr les inventer. Inutile donc de prendre des beta-bloquants ou des relaxants dans ce contexte.
C’est fort différent pour un oral. Le trac est capable de désynchroniser totalement la pensée, le langage et l’action. Votre discours est là, parfaitement clair dans l’esprit, et sa communication est pitoyable. Le stress paralyse temporairement vos automatismes parce qu’on ne peut plus leur faire confiance. Votre fluidité s’en ressent nettement. Il faut se tester au préalable dans une telle situation. Si le trac est sévère, il est judicieux, ici, de prendre un beta-bloquant (attention aux contre-indications) ou un anxiolytique léger. Vérifiez toujours le résultat avant d’arriver devant un examinateur ! De nombreuses méthodes non médicamenteuses existent pour gérer son trac. Mais voyez donc que, pour un étudiant, les relaxants sont sans doute plus utiles que les stimulants.

Dans les effets rapportés par les « potes » intervient une part considérable d’auto-suggestion. Le pire est qu’ils n’ont pas l’impression de se mentir : le jugement de l’effet stimulant est établi par un psychisme… lui-même fortement azimuté ! Vous savez fort bien qu’après quelques verres d’alcool tout le monde se sent génial… et est considéré comme génial par… les compagnons de beuverie uniquement. L’atterrissage est difficile, et l’on ne peut persister dans cette voie qu’en occultant soigneusement les détails du merveilleux épisode éthanolisé, ne gardant que la sensation agréable.
C’est la même chose pour tous les psychostimulants, amphétamines, cocaïne, et même l’adrénaline : on se sent très fort, très perceptif… en réalité on n’est pas plus intelligent. C’est essentiellement notre jugement objectif qui est altéré. Or l’examinateur ne sera pas très sensible à notre conviction… à moins qu’il ait sniffé une ligne lui aussi !

Enfin pour en finir avec les réflexions générales, s’il existe un psychostimulant efficace, il s’accompagne forcément d’une dépendance… à l’effet. L’alcool, encore une fois, en est un parfait exemple : nous espérons replonger profondément, dès le prochain soir, dans le bien-être et l’impression de puissance apportée par la drogue. La vie réelle devient terne, dépourvue d’attraits. Idem pour les anxiolytiques, les anti-dépresseurs et tous les psychotropes : si l’humeur qu’ils apportent est séduisante, pourquoi retourner à l’état antérieur. Ils sont un piège, car l’esprit fonctionne sur des contrastes ; l’effet de toutes ces substances devient lassant ; l’on garde une dépendance, parfois devenue véritablement physique, et le bénéfice a disparu. Comme l’on ne s’est guère préoccupé d’améliorer ses compétences réelles, les objectifs sont encore plus difficiles à atteindre qu’auparavant. La cigale constate que la bise glaciale est venue.

Méthodes non médicamenteuses

Dans un examen comptent les connaissances brutes d’une part, leur mise en forme d’autre part.
La connaissance est, incontournablement, une mémorisation, bien qu’elle puisse devenir une déduction — mais ceux qui en sont capables n’ont pas besoin d’améliorer leurs performances —. Quelques trucs, musicothérapie, dictaphone sous l’oreiller, peuvent faciliter la mémorisation.

La mise en forme est essentielle, particulièrement à l’oral, mais aussi à l’écrit.
Le « par-coeur » devient parfois suspect pour le correcteur, donnant l’impression d’avoir déjà lu ça quelque part, laissant planer le doute d’une tricherie.
Le vrai savoir est une reformulation. C’est pourquoi améliorer son esprit d’analyse est aussi important (et même plus important pour l’avenir) que stocker des connaissances brutes. L’analyse permet quasiment à elle seule de s’en sortir dans des questions à choix multiple, tandis que les questions rédactionnelles laissent franchement transparaître les lacunes de connaissances.
L’esprit d’analyse est moins facile à travailler que la mémoire. Lisez beaucoup de commentaires d’ouvrages, au moins autant que les ouvrages eux-mêmes.

L’autre point essentiel de la mise en forme, manifeste à l’oral, est votre aisance dans votre présentation.
Il est nécessaire de faire un petit travail sur soi-même, pas évident quand on est adolescent : comment les autres me voient-ils ?
Je suis timide ? N’aurais-je pas intérêt à faire une année de théâtre pour me glisser facilement dans la peau d’un personnage un peu plus extraverti ?
Je suis volubile ? Je devrais me filmer pour réaliser à quel point ma cadence est étourdissante et m’obliger à faire des pauses.

La musicothérapie
La musique ne rend pas plus intelligent, mais plus performant si elle est utilisée soit comme fixateur de mémoire, par associations, soit comme stimulus juste avant un examen.
Notons qu’une étude californienne de 1993 disait qu’un groupe de 36 adolescents avait obtenu de meilleurs résultats à des tests de raisonnement après avoir écouté la Sonate pour deux pianos en ré majeur de Mozart que ceux qui avaient écouté autre chose ou étaient simplement restés dans une salle silencieuse. Cette étude a été corrigée par d’autres, qui ont montré sur près de 3000 cas que le type de musique n’a pas d’importance, que ce n’est pas le raisonnement qui est amélioré mais l’ensemble global des performances, par une stimulation de la mémoire et de l’attention.

Le dictaphone sous l’oreiller
Cette méthode d’auto-endoctrinement est très vantée par certains : vous enregistrez vos cours sur un dictaphone et il vous les restitue la nuit pendant une période de profond sommeil. Il n’y a aucun obstacle théorique pour que ça marche. Il y a une partie importante de notre mémoire à laquelle nous n’avons pas accès consciemment. Cet apprentissage deviendra-t-il plus présent à notre réveil ? Vous pouvez le tester sans risque. Pas d’effet secondaire chimique à craindre. Le temps passé à enregistrer les cours est déjà du travail de révision en lui-même.

Psychotropes

La Ritaline
L’indication médicale officielle est la régulation de l’humeur chez l’enfant hyperactif. Plutôt un calmant alors ?
En fait la Ritaline est une amphétamine, groupe de substances bien plus connues pour leurs effets psychostimulants.
La Ritaline est bien stimulante à petite dose, tandis qu’elle diminue l’énervement à plus forte dose.
Les étudiants anglo-saxons n’ont pas attendu longtemps pour découvrir son intérêt, au point qu’un débat est paru dans le British Medical Journal en 2010, opposant un médecin « sécuritaire », qui met en garde contre les dangers d’une utilisation large de ce médicament sans vision sur le long terme, et un médecin « libéral », qui demande, à l’ère où l’on comprend de mieux en mieux la neurobiologie, s’il faut s’empêcher de bricoler tout ça et d’en faire profiter nos enfants, sous prétexte que ce ne serait pas « naturel ».
Les arguments semblent tenir la route de part et d’autre et vous devez vous faire votre propre opinion. Mais le libéral se fourvoie de deux façons : la connaissance de la physiologie est actuellement bien trop sommaire pour que l’on puisse profiter de ses découvertes ; et comme nous l’avons dit précédemment, aucun médicament ne peut améliorer une construction psychique ; sans doute sont-ils plus utiles pour aider à déconstruire un psychisme boîteux.
Sachez simplement que les effets de la Ritaline, dans ma propre expérience, sont liés à la dose, et qu’il n’y a pas de dépendance physique ; simplement le bénéfice disparaît aussi ; on souhaite le retrouver… Son utilisation comme psychostimulant occasionnel est sans doute éthiquement moins discutable que comme « camisole chimique » comme le font les parents américains qui n’ont plus le droit de mettre des claques…, ou comme « égalisateur social » pour les enfants moins performants à l’école, un effet illusoire.

La caféine
Stimulant le plus largement accepté dans notre culture, auquel on cherche des inconvénients depuis longtemps sans en trouver, il doit quand même être utilisé à bon escient, c’est-à-dire quand on en a besoin, sinon les accrocs du café ressentent surtout son absence qu’une stimulation au quotidien.
On peut donc utiliser une des boissons « énergétisantes » dont l’ingrédient essentiel est une forte dose de caféine juste avant un examen, les autres constituants étant des quasi-placebos installés là par le marketing.

A part
La cocaïne a des effets psychostimulants démontrés mais le risque de dépendance ne peut la faire recommander, même si l’on faisait abstraction de son illégalité… Cf la discussion ci-dessus.
Les amphétamines autres que la Ritaline ont les mêmes effets stimulants ; toutes sont normalement impossibles à se procurer légalement, et c’est justifié par le fait que leur principal intérêt est le traitement de pathologies psychiatriques, et qu’elles sont plutôt des placebos pour les autres, pas dénués d’effets secondaires potentiels, ce qui est un comble pour un placebo.

 Posted by at 13 h 53 min

  One Response to “Y a-t-il des moyens efficaces d’augmenter ses performances intellectuelles pour un examen ?”

  1. Dopage à la nicotine sur UnAirNeuf.org présente les usages de la nicotine comme dopant dans les activités sportives, notamment d’adresse. La nicotine est un psychostimulant et l’on peut l’utiliser dans ce but. Certains auteurs accros au tabac ne peuvent écrire sans leur cibiche. Ce n’est pas bon évidemment pour leur santé à terme.

    Par contre, se développent des usages à moindre risque, comme en vapotant la cigarette électronique. La nicotine seule est très faiblement addictive, contrairement au tabac (fumé ou pas), un peu comme la caféine. On peut penser que son usage va se développer dans ce but, en tout cas cela méritera d’être surveillé…

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