Oct 282012
 

Les médicaments pris isolément n’ont aucun avenir en psychiatrie. Ils ne seront jamais capables de modifier l’organisation structurelle du comportement. Quand ils ont des effets diffus sur le psychisme, ils déclenchent une torpeur ou une excitation générale. Si au contraire ils parvenaient à agir sur des comportements élaborés, il deviendrait facile de rendre un médicament responsable de tout acte que l’on ne voudrait pas assumer… Les laboratoires n’ont pas fini de payer.

 Posted by at 15 h 51 min

  45 Responses to “Les médicaments n’ont aucun avenir en psychiatrie”

  1. L’avenir est aux psychothérapies, éventuellement assistées de drogues facilitant des états alternatifs de conscience. Comment ? Vous réalisez déjà le traitement au bar ? Mais oui : c’est scandaleux qu’il ne soit pas remboursé par la sécu. Ne demandez pas à votre psychothérapeute — oui, celle dont la blouse est largement ouverte — son diplôme, mais plutôt son permis de conduire. Mieux vaut qu’elle sache vous déposer au lit.

  2. Ca fait longtemps que j’en suis convaincue, sauf en urgence. Depuis dix ans je mène une sorte d’expérience si l’on veut dans mon cabinet: j’ai décidé de ne plus prescrire de neuroleptiques, de benzodiazépines et d’antidépresseurs tout en faisant de la médecine générale standart. Et ça marche! Il n’y a pas d’accoutumance puisqu’il n’y a pas de prescription initiale, pas de suicide à ces molécules, pas possible.
    Et deux autres dans le canton ont la main très légère.

  3. C’est une blague ? Si c’est le cas, c’est moyennement drôle. Le lithium permet à des dysthymiques de vivre normalement au lieu de se suicider ou de se ruiner en période maniaque. Les neuroleptiques ont des effets secondaires pénible mais permettent de passer de la folie à une relative intégration sociale.

    La psychothérapie est fondamentale bien sûr, mais dans les psychoses, son effet es limité.

    On ne doit pas parler des mêmes malades.

  4. Le titre provocateur appelait une réponse lapidaire, je ne suis pas déçu. Dr Vincent l’a mieux lu que Dominique ; le titre dit en effet que les médicaments n’ont aucun avenir en psychiatrie, pas qu’ils sont inutiles. Cependant…

    Dominique fonce habilement sur l’indication la plus aboutie (la seule ?), celle du lithium dans la PMD. N’allons pas dire en effet que les neuroleptiques permettent à un psychotique de mener une vie « normale ». Même dans le cas de la PMD, pouvons-nous dire que le lithium solutionne correctement les problèmes ? Est-ce qu’une consultation d’une demi-heure conclue par une ordonnance permet d’en juger ?
    Sans parler des échecs retentissants du lithium, qu’est-ce qu’une vie normale pour une psychose ? Se juge-t-elle sur la réduction du taux de suicide ? La camisole, alors, faisait mieux.

    A l’évidence, les psychotropes sont des traitements palliatifs. Au mieux, ils réduisent des comportements indésirables… et l’essentiel des possibilités d’évolution personnelle. Sans doute n’y a-t-il pas actuellement mieux à faire, mais nous devons avoir conscience que c’est essentiellement la sensibilité sociale que nous traitons en rendant le psychotique « fréquentable », et non pas la sienne. Il nous est aussi difficile de comprendre le monde d’un psychotique que celui d’une espèce différente.

    Même dans les affections psychiatriques les plus biologiques comme la psychose, la solution ne viendra pas de médicaments « presse-boutons » puisque le psychisme est déjà construit sur des failles. Ils n’ont pas de pouvoir « réorganisateur ». Seules les thérapies capables de remonter assez loin dans les processus sous-conscients seront capables de les déconstruire et les rebâtir.

    …si le patient le souhaite. Car pour finir à nouveau sur une provocation, je vous suggère la lecture d’une fiction, « L’énigme de l’Univers » où dans un avenir proche existe une « Association des Autistes Volontaires ». Ses motivations, décrites en détail (p81>95), sont extrêmement cohérentes. Cela rappelle qu’une psychopathie est avant tout une inadaptation à un environnement social appelé « norme », et qu’il n’existe par contre aucune norme de psychopathie, contrairement à ce que la psychiatrie utilitariste, et derrière elle l’industrie du médicament, tente de nous faire croire.

    Les médicaments ont un avenir en neurologie, quand les pathologies sont secondaires à de purs troubles homéostasiques.

    • Bonjour

      C’est limite si pour vous prendre les neuroleptiques c’est un stop tout 😉 (c’est un bonbon au réglisse)

      Moi je suis schizophrène affectifs et j’arrêterais pour rien au monde mon traitement ;( si c’est pour revivre l’enfer d’une décompensation 😐 dormir une heure par nuit et a vous casse la tête avec c’est voix qui vous harceler qui vous dises saute d’un pont 😐 tuer t’est grand parent 😐 c’est une horreur 😐

      Moi je vie très bien je prend 21 comprime par jour et une injection de 50 mg de risperdal 🙂 et le but de la vie n’est pas de créer une classe de normaupates mais de vivre heureux et c’est pas en prônant les élites qu’on n’est plus heureux a mort la société de consommation 😐 moi je vie pour avoir un semblant de joie de vivre même si parfois c’est dur 😐

      Sa fait depuis l’age de cinq ans que je suis malade et sa ma pas empêcher de faire les compagnons de France 😐

      Faut arrêter la connerie les médicaments c’est très bien 😐 par contre l’exclusion pour cause de différence est ta change dans ce monde de sauvage 🙂

      Dans certain pays d’Afrique les schizophrène sont enchaine a des arbres ;(

      Pour parler de thérapie différent oui mais pour atteindre qu’elle norme 😉 une norme creer par l’homme 😐 c’est se prendre pour dieu 😐 contentons nous de rendre les autres heureux pour qu’ils nous le rend 😐

      Peace and love

      Nasaryk

  5. Sans les médicaments je n’aurais jamais quitté le délire , c’est un faite . J avais un taux de dopamine 7 fois supérieur a un homme normal , donc les médicaments ont fait leur travail , pour le reste je pense que le patient est seul face a sa maladie , comme tout le monde face a ses problèmes , c’est ainsi fait .

  6. Bonjour,
    Oui moi aussi j’ai cru à une blague. Faisons simple : sans, c’est un enfer de tous les jours, avec de mauvais/non-adaptés à la personne (derniers mots italiques et soulignés), c’est un enfer. Avec, c’est tout simplement une vie NORMALE qui nous est à nouveau « accordée ».
    J’ai testé, depuis 2001, ces trois cas de figure. Dans le premier, on oscille entre délires, hallus et HP. Dans le deuxième, je me suis traîné 7 ans dans des emplois médiocres à ne rien comprendre de ce que je faisais. Dans le dernier, (je ne citerai pas le nom de la molécule) j’ai un boulot génial, que comprends…

    Ca, c’est pour le traitement au long court. J’en rajoute une couche : que faites-vous des angoisses, celles qui vous tordent le ventre sans vous avoir prévenu ? ben moi je prends un petit cachet bleu, ou un gros cachet bleu (au choix, deux neuroleptiques sédatifs et anxiolytiques).

    Je précise que j’ai reçu divers diagnostiques, le dernier est celui de schizophrène disthymique (ou trouble schizo-affectif).

    Dernière chose : après 8 années de traitement je viens il y a quelques mois d’essayer de réduire mes neuros… ça a été infernal. Et ne me la faites pas à l’envers, ce n’est pas les neuros qui rendent malade…

    A l’heure actuelle je ne prends qu’un neuro, à haute doses. Donc y’a pas de mic mac avecd ‘autres molécules, je tiens debout, travaille, et je m’accomode d’un fond résiduel de symptômes. Mais c’est 1/10000 de ce que je subirais si je n’avais pas cet antagoniste de la dopamine qui circulerais dans mon sang.

    • Bonjour,

      Je lis beaucoup de réactions qui parlent du présent des médicaments en psychiatrie. Or le billet parle de l’avenir de ces médicaments.
      Si ces médicaments ont bien un présent je souhaite ardemment comme tout un chacun ici, je crois, qu’ils n’aient pas d’avenir car leurs effets secondaires sont trop lourds.
      Bien sûr pas d’avenir devant de nouvelles thérapeutiques qui seraient plus légères.

  7. Etonnant ! Je ne pensais pas être aussi lu ! Comment se fait-il que vous n’interveniez pas sur mes autres articles concernant la psychiatrie ?
    Je répète que le post n’affirme pas l’inutilité des psychotropes mais leur absence d’avenir. Je suis ravi que vous ayez retrouvé une vie satisfaisante et même des projets énergiques puisque vous êtes, sauf schizophrène (le plus nuancé sur le médicament), des piliers du forum de Dominique.

    En dehors de votre expérience personnelle, pensez-vous que la plupart des schizophrènes soient dans une situation aussi favorable ?
    A part les médicaments, avez-vous utilisé une psychothérapie ? Si elle n’a pas marché, pensez-vous qu’elle était inadaptée, ou qu’il n’existe pas de psychothérapie possible dans votre situation (même une dont vous dessineriez les contours ; prendre en charge les autres sur un forum n’est-il pas une forme de thérapie structurante) ?
    Enfin, à quel âge a-t-on fait le diagnostic et cela n’influence-t-il pas la nécessité du médicament quand l’esprit est déjà construit ?

    • bonjour,
      oui un psychotique est un être blessé. Et on ne laisse pas une blessure à vif, on y met un pansement pour la protéger et en atténuer la douleur, c’est l’effet bénéfique du médicament. Malheureusement et c’est peut-être ce que vous dites, quand on enlève le pansement, la blessure réapparait toujours la même, aussi vive et identique, elle ne cicatrise pas avec le médicament, on l’endort c’est tout. Aussi peut on comprendre des choses profondes sur ce qui constitue sa réalité, sa vérité si on (l’en) dort à moitié ? peut-être oui mais plus lentement, à la vitesse atténuée. D’un autre coté, la douleur endormie, c’est la possibilité de nouvelles expériences tournées vers un extérieur moins étrange et ça c’est aussi source de réel développement et d’adaptation.

  8. Bonjour,

    Nous concernant (les schizophrènes) je pense qu’il faut voir la psychothérapie comme un complément aux neuroleptiques.
    Un complément précieux j’en conviens mais la base ,et je parle au nom de nombres de schizo stabilisés,est le neuroleptique.
    Je ne suis pas médecin mais juste un patient qui a aujourd’hui retrouvé une vie normale grâce a un neuroleptique et une dose homéopathique d’antidépresseurs.
    Cela fait dix ans que je suis malade et les rares fois ou j’ai stoppé mon traitement j’ai souffert de nouveau de délires qui m’ont emmené tous droit en HP.Et croyez moi sans médicaments la souffrance engendrée est grande.

  9. Bonjour,

    Le traitement, en l’occurrence principalement les neuroleptiques, ont une utilité qu’il est difficile de contester.

    Mais comme il y a DES schizophrénieS, il y a des schizophrènes, et des façons, forcément singulières de vivre avec cette singularité (je préfère parler de singularité que de maladie ou de handicap).

    En ce qui me concerne, autant je remercie les neuroleptiques (et parfois, d’autres traitements associés : anxiolytiques et antidépresseurs quand j’étais en phase de « réveil » à la réalité, et du coup, en phase de « dépression »), indispensables lors des périodes de crise, ou même plus tard pour me stabiliser – autant je dis clairement que ce ne sont pas les médicaments qui m’ont permis de progresser sur certains points, l’habileté sociale par exemple, ou le fait de me sentir plus partie prenante d’une histoire, la mienne (pendant longtemps, j’ai eu l’impression de ne pas avoir d’histoire…). C’est bien le travail psychothérapeutique (que j’ai fait par à coups, depuis l’âge de 29 ans), qui m’a permis de progresser sur ces points là. Ou d’accepter le fait, sans regrets, de ne pouvoir être à l’aise au quotidien en relation trop proche, trop intime (je vis très bien maintenant de ne pas avoir de vie de couple et de ne pas avoir eu d’enfants).

    J’ai coutume à dire que depuis toujours, je suis trop en avance et aussi trop en retard sur bien des points. Et que mon parcours, forcément singulier, est du coup sinueux, avec des hauts et des bas. Et ces hauts et ces bas, je pense que jusqu’à la fin de ma vie, j’en aurai. Sauf que je l’accepte mieux maintenant, avec du coup beaucoup moins de risques de décompensation massive.

    Si je reprends l’exemple de l’habileté sociale, qui m’a fait à certaines périodes de ma vie fortement défaut (à mon avis, liée à la dissociation, qui fait que dans certaines situations, les réactions ne sont pas du tout adaptées), c’est évident que ce handicap a pu être cause de décompensations (car je crois qu’inconsciemment on peut alors fuir la réalité parce que celle-ci, avec ses règles qu’on ne capte pas, est trop violente à vivre). Et ce n’est pas avec un simple traitement qu’on peut progresser à ce niveau là. Il n’y a que par les interactions avec les autres (pas facile quand on a tendance à s’isoler…), et par ce qu’on peut y comprendre (par l’aide d’une psychothérapie par ex) qu’on peut évoluer, pas seulement à cause des neuroleptiques qui, à ce niveau là, n’aident en rien. Lors de mes périodes, parfois longues, de solitude, je n’avais d’autre repères que moi-même, et aucun moyen de savoir si mes interprétations étaient justes – ou pas. Sans interactions avec les autres, on n’est que face à soi-même, dans une logique égotique qui n’est pas viable dans le temps (à moins de choisir la vie en monastère, et encore…).

    De toute façon, à titre perso, ça fait belle lurette que je ne me pose plus le problème dans les termes suivants : pour – ou contre – le traitement et/ou pour – ou contre – un travail psychothérapeutique, voire une psychanalyse. Pour ce dernier cas, je sais que Freud était contre l’analyse pour les psychotiques, tout simplement parce qu’il considérait qu’il ne pouvait pas y avoir de transfert, et donc de travail thérapeutique. Or, perso, ça me paraît bien plus complexe que cela (cf les travaux d’autres analystes, comme Harold Searles ou Henri Ey).

    De même, je fuis autant les psychiatres qui ne voient que l’intérêt du traitement (je me souviens encore du psychiatre qui me suivait à l’âge de 20 ans, et qui avait asséné à ma mère qu’il fallait demander la Cotorep car je ne serais jamais en état de travailler…), comme les psychanalystes qui récusent l’intérêt des médicaments… Rien n’est jamais définitif selon moi, et je trouve déplorable que certains médecins ne laissent aucun espoir d’évolution et/ou parlent de « traitement à vie ». Heureusement, ils ne sont pas tous comme ça ! 😉

    L’approche thérapeutique devrait être pour moi multi-factorielle, comme les causes de la schizophrénie, ou plutôt des schizophrénies, sont multi-factorielles.

    Et je pense qu’il faudra attendre quelques années pour trouver un juste équilibre entre le tout « scientifique » (cf les travaux récents sur la génétique et les neurosciences) et le tout « psychologique ». Je considère de toute manière que « tout ce qui est excessif est insignifiant ». Et qu’au niveau de maladies « humaines », les choses sont forcément, oui forcément, complexes. Et ne peuvent être réduites à un dysfonctionnement chimique.

    De toute façon, à mon tout petit niveau, mon approche est maintenant purement pragmatique, loin des querelles d’écoles, avant tout tournée vers l’ici et maintenant, le mieux vivre, et par rapport à des choses très concrètes (comment gérer au mieux le stress, vivre de manière la plus autonome possible, accepter un lien affectif sans que ça tombe dans la relation fusionnelle ou l’indifférence, etc, etc). Et je prends tout, d’une manière égoïste et opportuniste, tout ce qui peut m’aider à vivre mon quotidien au mieux. En sachant que rien n’est fermé/figé, et que les choses peuvent évoluer (dans un sens comme dans un autre : par ex, dans une baisse ou une augmentation du traitement, voire une fenêtre thérapeutique – comme dans une augmentation de séances de psychothérapie ou un arrêt – sans compter les choses annexes : le fait de travailler, d’arriver à nouer des liens sur la durée avec quelques personnes…).

  10. j’interviens sur ce billet car il a été tweeté, devinez par qui.
    je pense que vous chez à noyer le poisson avec plus ou moins de maladresse. vous « n’affirmez pas l’inutilité des psychotropes mais leur absence d’avenir ». excusez moi mais si c’est pas de la langue de bois…

    pour répondre à vos questions : je pense que la plupart des schizophrènes sont dans une situation pire que la mienne, je fais partie du contingent d’environ 20% qui travaille.
    j’ai déjà essayé moult psychothérapie.elles sont utiles mais ne ressemblent en rien à une thérapie analytique au sens où on l’entend. les rares psychiatres (hé oui, il faut pouvoir se la payer la thérapie surtout quand on est un cas social) qui acceptent de faire des thérapies analytiques avec des patients schizophrènes prennent beaucoup de risques. (je pense aux risques encourus pour les patients)

    je ne crois pas que avec une structure psychique qui modifie la mémoire, en particulier, un travail sur la mémoire serais bénéfique. cela reviendrait à construire un immeuble sur des bases erronées, inventées de toutes pièces par le délire. j’ai personnellement des pans entiers de ma mémoire qui sont délirants, je les laisse de côté et va de l’avant.

    on m’a diagnostiqué sur une durée de 6 ans environ.

    pour votre dernière question, je ne crois pas bien la cerner. pouvez-vous reformuler ?

    • Bonjour,

      Moi aussi, je suis étonnée devant les propos d’un médecin qui dénigre l’effet bénéfique des neuroleptiques dans le cas du PMD ou de la schizophrénie (c’est ce que j’ai compris de votre article en tous cas).

      Personne ne peut deviner que je suis schizo-affective, que j’entends parfois des voix, puisque je travaille et que je prends un ÉNORME traitement en neuroleptiques qui m’handicape par ailleurs ….

      La réponse est : Oui, je peux aspirer à vivre une vie normale gràce à ces médicaments neuroleptiques, malgré que je sois schizophrène….

      C’est quand je ne prends pas ces neuroleptiques, que je casse tout, que je me rase la tête, que j’insulte tout le monde et que je fais des tentatives de suicides. (voire pire).

      Les neuroleptiques ne sont pas des anti-dépresseurs, rassurez-vous…. Vu l’état dans lequel nous plongent les neuros, personne ne veut s’en voir prescrire sans raison absolument justifiée.

      Bien à vous 🙂

  11. Je ne suis vraiment pas d’accord, les neuroleptiques m’ont sauvé de la folie, des angoisses et des troubles de l’humeur. Si je ne prenais pas mes médicaments, je ne sais pas ce que je serai aujourd’hui. Les hallucinations et les angoisses m’handicapaient beaucoup, et je remercie ceux qui ont inventé les neuroleptiques, parce qu’après des mois et des mois, je m’entends enfin penser seule.

  12. Merci pour vos réponses.
    Le post a subi une interprétation, qui semble celle-ci :
    —Je voudrais enlever aux psychotiques leurs neuroleptiques
    —Je suis un grand partisan des psychothérapies (sans doute suis-je moi-même psychothérapeute ; j’ai peut-être une psychothérapie à vendre ?)
    —Je trouve que les psychotiques ne se débrouillent pas correctement dans la vie.
    —Corollaire possible : je méprise les psychotiques ?

    En relisant très attentivement mon court article, je n’y trouve rigoureusement rien qui corrobore une telle interprétation. Je vais le reformuler simplement :
    Ce n’est pas par une action biologique générale que l’on peut modifier l’organisation, déjà construite, d’un psychisme. L’avenir de la psychiatrie repose sur les progrès de la modélisation de l’édifice psychique, qui n’est pas un simple bain de neurotransmetteurs. Il sera possible alors de donner aux concernés les clés de leur reconstruction, et pas seulement des drogues aveugles à leur mode de pensée (et à leurs désirs aussi ; en parlant de vie normale, je pensais en particulier à la sexualité).

    Voyez-vous dans mon intention une volonté de couler les efforts étonnants que vous faites pour mener une vie normale, ou de reconnaissance que cette vie n’est jamais tout à fait comme celle des autres ?

    Le post parlait d’avenir. Il est spéculatif, comme la plupart des articles de ce blog sur la psy. Vous pouvez l’ignorer, n’étant pas des lecteurs assidus, mais ce n’est pas le cas du twitteur, qui a du laisser ce jour-là ses neurones au vestiaire — Twitter, une arme de destruction massive pour les opinions décalées ? —.
    Je suis néanmoins ravi de votre visite, car mes spéculations sur le psychisme sont très compliquées. Comme votre monde intérieur a une grande spécificité, que pouvez-vous dire de cette théorie par rapport à lui ?

  13. C’est quoi ça « organisation structurelle du comportement »?

    Je suis psychotique et je vous assure la structure va bien.

    Le comportement en BDA c’est tout autre chose… Mais ce n’est pas une structure qui est en question, mais bien le monde autours. Comment se comporter quand tout bascule autours de vous, quand tout et tous devient hostile, étranger. Le comportement n’est pas là dépendant d’une structure mais bien plutôt induit par des stimuli inhabituels et extraordinaires. Vous feriez quoi si d’un coup vous étiez devenu le Diable? Sûrement n’importe quoi comme n’importe quel psychotique…

    Dans la psychose ce n’est pas une organisation structurelle qui est en question mais la perception de l’environnement, et c’est bien une bête affaire de neurotransmetteurs. Et quand la télé ou la radio vous parlent, quand les trous de nez de vos interlocuteurs deviennent plus intéressants que ce qu’ils disent, vous serez content de trouver une pilule qui vous permet d’avoir un ressenti, une perception un peu plus « normale » d’une réalité partageable.

    Sans neuro je serais peut-être attaché au fond d’une chambre d’isolement ou peut-être en train de poursuivre de passionnantes conversations avec des feux tricolores.

    Qu’est-ce que vous allez fouiller dans l’organisation toujours en mouvement (et non « déjà construite » -on est vivant quoi!) du psychisme des autres. Je ne crois pas que ce soit la matière des psys et autres intervenants en maladie mentale, qui se contentent d’offrir des « conditions de vie » pour un développement moins pathologique, plus acceptable (pour le malade comme socialement) du psychisme (de la vie) des patients.

    Et même si je ne suis perçu que comme une somme de comportements, ma structure c’est à moi et je peux en causer en thérapie si j’en ai besoin et si je veux, mais en rien je ne souhaite que cela devienne le propos futur de la psychiatrie.

    Stef paranoïde

  14. Bonjour Jean-Pierre

    J’ai simplement signalé ton post aux schizophrènes de mon forum pour leur demander leur avis. Tu as pu lire leurs réactions. Pourtant, cela ne te pousse pas à remettre en cause ton billet. C’est dommage.

    De même, tu interprètes les commentaires des psychotiques qui ont témoigné de leur vécu. Ils n’ont pas dit ce que tu écris. Ils t’expliquent que dans leur cas, le neuroleptique est l’élément déterminant qui permet à leur vie de retrouver un sens, de se resocialiser, de faire fonctionner leur cerveau.

    Cela fait des millénaires que l’on travaille sur les psychothérapies. Je ne crois pas à une révolution de ce côté.

    Les psychotropes ont 50 ans. Ils sont balbutiants, souvent prescrits à tort et à travers. Pour autant, ils ont encore de l’avenir, et tant mieux pour les malades. L’apparition du lithium dans la PMD dans les années 60 a changé la vie de millions de gens, j’aimerais tant que l’on trouve des traitements aussi efficace pour d’autres maladies psychiques. Les schizos rêvent de neuroleptiques sans effets secondaires. Pourquoi pas un jour ?

    Certes, cela concerne une faible partie des souffrances psychiques, dont la majorité se résolvent par la parole et la psychothérapie, mais les errances du marketing industriel ne doivent pas pousser vers un retour de l’antipsychiatrie des années 60-70 dont les dégâts ont été considérables.

    • Une interprétation différente serait de dire qu’un gourou a manipulé ses fidèles pour lapider un gêneur. Mes nouveaux lecteurs doivent savoir en effet que Dominique a un contentieux personnel avec moi. Cela fait deux fois qu’il menace de retirer mon blog du « Club des Médecins Blogueurs » au prétexte officiel que « mes articles sont trop courts » (je vous engage à feuilleter le site pour le vérifier) mais nous savons tous deux qu’il existe d’autres motifs non avoués.
      Une telle interprétation cependant ferait de moi un paranoïaque, avec le seul avantage que je prendrais à mon tour des psychotropes pour en parler en connaissance de cause avec mes nouveaux interlocuteurs 😉

      La manipulation est avérée quand tu ramènes la cible générale « psychotropes » de mon article au seul exemple des neuroleptiques chez le schizophrène.
      « Cela fait des millénaires que l’on travaille sur les psychothérapies » est une « connerie », pour reprendre le terme dont tu fais aisément usage dans tes messages perso et qui n’apparaît plus en public. La première théorie sérieuse de l’inconscient date avec Freud d’à peine plus d’un siècle, et elle aurait bien besoin d’un coup de jeune avec la poussée de la neurophysiologie.
      Et puisque nous sommes dans une perspective historique, souviens-toi que l’anti-psychiatrie fut elle-même une réaction à une psychiatrie qui « enchaînait les psychotiques à un arbre », pour reprendre l’expression savoureuse de Nasaryk.

      C’est encore le gourou qui édicte qu’une majorité d’opinions défavorables devrait me faire répudier cet article. Clairement je ne suis pas conformiste. Mais je n’ai pas été non plus sur un forum de schizophrènes pour leur dire d’arrêter leurs neuroleptiques. Je préfère entendre les intéressés après mes explications, plutôt que celui qui leur a mis une batte dans les mains et une grosse flèche pour la direction du type à corriger.
      L’erreur est peut-être d’avoir choisi des personnes qui ont elles-mêmes affronté le conformisme social, et les mieux à même de comprendre une vision décalée.

  15. Bonjour,

    j’ai longtemps été en « guerre » contre les psychiatres et les neuroleptiques à cause de leurs effets secondaires entre autre et aussi parceque je ne me « voyais » pas malade. Après de nombreuses errances d’hôpital en hôpital et de nombreuses prescriptions je traînais toujours cette colère qui était envahissante et m’empêchait de vivre, de réfléchir et de discerner.

    Aujourd’hui j’ai un traitement neuroleptique+AD qui me convient parfaitement, sans aucun effet déplaisant, « tout benef! », mais là je dois avouer que j’ai dû passer deux ans en cmp à faire des ateliers sur l’insight et des entretiens infirmiers très réguliers pour comprendre que je voyais le monde à travers mes délires, sans cette prise de conscience je n’aurais pas accepter mon traimtement.

    Maintenant je travaille un peu (j’enseigne l’anglais et l’allemand) et je me suis inscrite en master d’allemand, et je m’entands très bien avec mon fils, avant j’étais une « maman dragon ».

    je n’arrêterais mon traitement pour rien au monde et je fais en sorte d’avoir une vie sans trop de surprises qui génèrent chez moi des décompensations, quoique je sois allée récemment en Inde pour le sommet sur la biodiversité, j’ai eu du mal à gérer et là encore les infirmières m’ont aidé.

    La chose que je regrette un peu en psy c ‘est le statut infantilisant d’assisté, je suis capable de me gérer et de demander de l’aide, en même temps je le reconnaîs je n’étais pas consciente de mes délires (c’en est le propre).

    Alors oui des neuroleptiques on en a besoin mais pas seulement l’humain est encore une source de bien faits notoire.

  16. Ton commentaire, Stef, est très intéressant sur deux points :
    1) Tu penses ta structure psychique indépendante de l’environnement, comme si elle était entièrement programmée génétiquement. Nos gènes ne contiennent pas tant d’informations ; ils tracent des sillons pour notre croissance mentale, très influencée ensuite par l’environnement ; les psychoses sont probablement un trouble de l’auto-organisation de cette croissance. S’il existe une science physique capable de les guérir, ce sera la génétique plutôt que la pharmacologie. La génétique, cependant, intervient très tôt, pas sur un psychisme déjà construit.
    Ce n’est donc pas le monde qui pose problème — sauf dans son traitement impitoyable des moins habiles d’entre nous à la course au pouvoir —, mais la capacité du psychisme à en établir une représentation efficace, de façon à être bien placé dans ce marathon frénétique.

    2) Simultanément, tu n’as pas envie qu’on « fouille » ta structure mentale, pour faire de toi un cobaye ou une sorte de citoyen idéal, et tu as raison. C’est ce sujet que j’évoquais avec la fiction sur les autistes. La plupart d’entre vous ne se « dégoûte » pas. Vous êtes simplement effrayés des états que peut prendre votre personnalité. En même temps cela fait partie de vous. Qui voudrait changer d’identité ? Qui voudrait être un étranger à ce qu’il considère comme Soi ? Vous cherchez simplement davantage de contrôle, et pour l’instant ne l’avez trouvé que dans les médicaments. Est-ce une panacée ou une solution éblouissante surtout par contraste avec votre état antérieur ?

    Je n’en ai pas de meilleure à proposer. Je pourrais dire, fielleux, que si l’on mettait le budget qu’un industriel dépense pour copier un neuroleptique leader sur le marché dans d’autres recherches, quelles nouvelles portes s’ouvriraient ?

  17. Non, je ne crois pas que la « structure » psychique soit indépendante de l’environnement… Et je dis surtout qu’elle est en évolution chez tous et pas construite comme vous semblez l’affirmer.

    Réformer la structure psychique en psychiatrie revient pour moi par exemple à simplifier le squelette (trop d’os, trop d’articulations…) en rhumatologie ; pour l’instant il n’existe que l’amputation ou la lobotomie. Je crois ça illusoire et dangereux.

    Pour moi le neuroleptique est comme le fauteuil roulant d’un paraplégique (c’est lourd, encombrant, moche, stigmatisant), évidemment il préférerait marcher. Et en attendant le gars qui ne sait pas marcher est content d’avoir le fauteuil le plus léger, le plus pratique, le plus joli possible (je ne vais pas me plaindre des gros sous dépensés dans la recherche). Je recherche le « contrôle » trouvé dans les médicaments comme le paraplégique la mobilité : ça passe par l’adaptation de l’environnement (prises en charge genre hospitalisations, lieux, logement adaptés, activités, travail adaptés… aides financières!) et pour le cas des psychotiques : adaptation de la perception de l’environnement (et régulation de l’activité des neurotransmetteurs). On est -je crois- actuellement plus près du « lève-toi et marche » que du « passe-toi de neuros et fonctionne »…

    Je me sens plutôt satisfait de mon état en regard ce qui existait pour les personnes avec mon diagnostic il y a 50 ans ou encore aujourd’hui dans d’autres pays… De là a dire que c’est la panacée…

    Stef
    pas degoûté
    pas dégoûtant

  18. Ouais, c’est vrai que c’était pas élégant élégant de la part de Dominique Dupagne de vous avoir livré comme ça à la vindicte de sa meute de schizonautes. Mais en même temps, c’est assez drôle.

    Moi aussi je suis schizophrène, et sous traitement aussi, mais je crois que je suis plutôt d’accord avec vous. J’avais déjà passé par votre blog, et vos conceptions clownesques me plaisaient beaucoup. Je m’étais dit qu’il faudrait que je repasse pour essayer de bien assimiler… la paresse et la procrastination ont eu raison de cette bonne résolution.

    Comme elles auront raison des vôtres. Les médicaments, c’est bien plus simple. C’est comme d’appuyer sur un bouton, et hop, le gros des problèmes disparaît. On évite l’internement et les doses trop incisives, qui sont quand même douloureux.

    C’est sûr cependant que c’est pas la panacée.

    Parce que la panacée, c’est l’amûûûr évidemment (vous, vous avez l’air de dire « la sexualité »), et le travail. Mais quoi? on n’a pas tous le cœur d’un Casanova et l’âme d’un Stakhanov, même en proportion. C’est la vie.

    • Merci Mich-Much.
      L’amour, l’intention la plus forte et la plus fragile, traverse tous les niveaux de notre psychisme. Il me semble plus solide quand on voit son ancrage dans la sexualité. Nous savons, autrement, qu’il tend à s’évanouir quand on l’examine de près.

      La racine de l’affaire présente est celle-ci :
      Quand tu dis quelque chose susceptible d’avoir plusieurs interprétations, le gars qui éprouve de la sympathie pour toi vient te demander : « Voilà ce qu’on pourrait penser de ton discours, est-ce bien ce que tu as voulu dire ? »
      N’ayant pas reçu un tel message, je n’ai que deux conclusions possibles :
      Soit DD n’a réellement pas compris mon article et il lui faut -aïe!- redescendre d’une étagère la très haute opinion qu’il a de son intelligence.
      Soit DD a parfaitement saisi les différentes interprétations possibles et il faut que j’apprenne à me méfier de sa sympathie…

      • Mais non mais non.
        DD aime échanger, se bagarrer avec les mots, et faire prendre des risques autres sur le terrain des idées, car lui en prend tous les jours 100 fois plus en s’exposant sous son vrai nom.
        C’est sain tout cela, il ne faut pas diaboliser… 🙂

  19. Bonjour Docteur (Jean Pierre et pas DD),

    Pour moi vous avez parfaitement raison.
    Je vous cite:

    “Ce n’est pas par une action biologique générale que l’on peut modifier l’organisation, déjà construite, d’un psychisme. L’avenir de la psychiatrie repose sur les progrès de la modélisation de l’édifice psychique, qui n’est pas un simple bain de neurotransmetteurs. Il sera possible alors de donner aux concernés les clés de leur reconstruction, et pas seulement des drogues aveugles à leur mode de pensée (et à leurs désirs aussi ; en parlant de vie normale, je pensais en particulier à la sexualité).”

    OUI OUI OUI et OUI !!!!!!!!!
    Il est dramatique de lire ici et là les protagonistes des neuroleptiques dénigrer la thérapie. Je ne parlerais que de psychose, ce que je connais sur ma peau (certains disent shcizo, d’autres shcizotypique, ou encore shcizo affectif bref).
    Dramatique, oui dramatique, littéralement dramatique.
    Je me suis bagarrée des années sur le forum de DD à plusieurs reprises pour faire passer mes croyances, mes messages, mais en extrêmement grande majorité, les gens, les patients avant tout, ne veulent pas entendre. Mon message, c’set: la psychose peut se guérir avec une thérapie, et les médicaments se réduire petit à petit quand c’est le moment.
    Je vois plusieurs raisons à cela, à ce refus d’accepter cette idée.
    1) Tout d’abord, il n’est pas donné à tout le monde le talent de la parole (voir mon billet à ce propos http://souslaloupe.net/2012/10/20/les-mot-notre-seul-vehicule/). ET évidemment, le seul véhicule pour une thérapie est la parole.Mon billet est superficiel, car la parole, c’est pas que trouver les mots, mais c’est réussir déjà dans sa tete à trouver les idées, les images, les situations, les visualiser, les comprendre, les analyser. Mais pour tout ceci, il faut des mots, oui des mots.
    2) Il n’est pas donné à tout le monde le souhait de partager, le désir de la relation avec un thérapeute. A titre personnel, j’adore parler de moi, et des autres, et j’Aime mon thérapeute qui a l’intelligence qu’il me faut. J’aime les échanges avec lui, j’aime le voir, que j’aille bien ou pas. J’aime son contact, l’idée de notre future rencontre. Je suis donc capable de projeter sur lui, ce qui n’est pas donné à tous les psychotiques.
    3) Il n’est pas donné à tout le monde de reconnaitre qu’on va mal, et qu’on a des choses à régler dans sa vie psychique (cf les témoignages plus haut et fréquents de mon ami PErsouille qui dit qu’il n’a aucun problème psy, mais que c’est exclusivement « chimique »). Pour arriver à cette prise de conscience, il faut une vie intérieure intense.
    4) Il n’est pas donné à tout le monde de rencontrer un psychiatre thérapeute (l’association des 2 me semblant nécessaire pour soigner un psychotique), qui ait l’expertise de la psychose. J’ai du attendre mes 44 ans pour le trouver, il ne gère que de la psychose, en hospi et en cabinet. Il connait parfaitement, mieux que moi, et Dieu sait que j’en connais des choses sur ce registre.
    5) Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir les moyens de se payer une thérapie avec un tel expert une fois par semaine, financièrement .Les CMP ne proposent pas de suivi aussi régulier. Les psychiatres ne font pas tous des feuilles de soin pour une thérapie hebdomadaire.
    6) Je finis par le plus important et le plus difficile à entendre pour certains: Il n’est pas donné à tout le monde, une fois les 5 points précédents acceptés et possibles, d’accepter de se remettre en question, de tordre le fer de la psychose, de tordre les convictions, les bases psychiques, les défenses inébranlables, qui causent la psychose, et en meme temps nous protègent de la souffrance. Par exemple, une hallu est le fruit d’une angoisse intense, un délire pareil. Si je paranoise pareil, tout ça est souffrance, mais aller remonter le temps pour comprendre d’ou vient cette souffrance correspond parfois à cette souffrance multipliée par 10. MA défense sans médicaments: je me coupe, et vais droit au suicide. Je ne ressens plus rien. Ca aussi c’est une défense des points précédents. En parler, comprendre tout cela, c’est faire s’effondrer notre château de carte, c’est aller vers l’inconnu, et ça fiche les pétoches. TREs peu de gens ont ce courage, et oui, je parle bien de courage.

    JE suis convaincue que la thérpiae qui suit mes points précédents peut soigner; Le discours « on est pas soigné si on arrête pas ses médicaments » est stupide. Bien sur que si. J’ai vécu l’enfer des années, avec médicaments (sans lesquels je ne serais plus), car j’angoissait tout de meme, je vivais si mal. Aujorud’hui je vis bien, pas trop de souffrances, de mieux en mieux, grâce à ma thérapie. Je me sens grande, cultivée de moi et des autres, consciente, mature, fière de moi!. Si un jour je me suicide, on dira « elle avait tort ». Non. J’aurais vécu heureuse quelques années, bien que pensant toujours au suicide.
    Mais la thérapie me fait grandir, et m’ôte les souffrance de l’ignorance de moi meme.

    Votre combat doit être poursuivi. Il le faut, c’est le meme que celui de mon psy.
    Je soutiens vos propos, et les soutiendrais jusqu’à ma fin.
    Les médicaments par contre permettent la thérapie par contre, bien sur, sans j’en serais pas capable.

    Il faut se battre, pour que plus de psychiatres soient formés pour la psychose, ça oui et oui.
    Comment faire ?

    Enfin pour finir, il faut arrêter, vraiment c’est grotesque, ce mythe des effets secondaires en 2012 des neuroleptiques. Bien sur, pour 80% des neuros et 20% des gens, il y en a. Mais il y en a des tonnes qui n’en ont aucun ! Il existe des neuros qui font pas grossir, qui endorment pas, etc ect…
    ET des neuros qui font grossir certains, mais pas d’autres.
    Enfin, je voudrais rappeler et préciser une chose: les témoignages sur le forum de DDupagne Atoute ne sont pas représentatifs des effets secondaires. N’oubliez pas, que ceux qui vont bien, des milliers et des milliers, ne postent pas car ils vont bien, n’ont pas d’effets secondaires, et n’ont donc aucune raison de venir sur le forum. Et aussi bien sur, les autre, qui vont si mal, qu’ils sont bien loin de pouvoir s’exprimer.

    Donc oui aux neuros, mais surtout oui++ à la thérapie. Et le plus tôt est le mieux.
    Car contrairrement à ce que je lis, je ne trouve pas que l’on progresse naturellement avec l’âge.
    Si je progresse, du haut de mes 46 ans, c’est grâce à la thérapie, rendue possible grâce aux médicaments.

    • La description de ta thérapie est très précise et très imagée, Rapsody. Je reprends ton « véhicule-parole » pour dire que chacun doit trouver le type de véhicule qui lui convient pour accéder à ses processus sous-conscients. On verbalise, puis il se passe des choses au-delà…
      Il existe d’autres façons, souvent très enrobées de mysticisme, mais les effets sont probants : on peut commander à son rythme cardiaque ou à sa vasodilatation cutanée, comme ce yogi capable de passer une heure dans l’eau glacée. Un exemple plus utile est de se poser un problème le soir et d’avoir la solution au matin ; il est possible d’accéder sans conscience à ses processus sous-conscients.

      Un autre choix est important : monte-t-on seul à bord du véhicule ou avec quelqu’un ? On craint le jugement du thérapeute, ou tout simplement ses intentions, qui ne seraient pas les nôtres. Il s’agit d’un mariage d’une intimité différente de la sexualité mais, sans jeu de mots graveleux, aussi profonde.
      Personnellement, dans l’ambiance libérale calédonienne et au contact des kanaks, je suis un adepte de la « tribu intime » et non du couple propriétaire et exclusif des autres. Il ne peut exister « d’invasion » d’un personnage que l’on a déjà installé en bonne place dans sa société intérieure.

      Notons au passage que les kanaks ont une gestion étonnante de leur psychotiques, envers lesquels ils se comportent de façon identiques aux gens normaux. Ils en ont pourtant une proportion particulièrement élevée, à cause de la consanguinité dans certaines îles et zones isolées, qui favorisent les neuropathies héréditaires (un argument majeur pour les facteurs génétiques des psychoses). Ils ne les attachent pas aux arbres !, ne les enferment pas. Il faut dire que leur sensibilité n’est pas la même : ils « astiquent » (battent) sévèrement les gosses désobéissants et d’une façon générale tous les irresponsables, si bien que l’intéressé, même délirant, y regarde à deux fois avant de recommencer une grosse bêtise. On revient à la vieille méthode du châtiment comme incitation à l’auto-organisation, qui n’est pas une référence — les neuroleptiques sont un progrès de ce point de vue —, mais l’énorme différence chez eux est que les psychotiques vivent au milieu du village comme les autres, sans aucun médicament avant l’arrivée des européens.
      Ceux-ci ont apporté les neuroleptiques… et l’alcool, cannabinoïdes et autres drogues, le stress social, qui ont décompensé bien plus souvent les psychotiques existants.
      Ils ont apporté aussi leur refus de tout fatalisme, qui s’est mis à remplir la prison de psychotiques, parce que l’on a pas vraiment ici d’autres structures qui leur soient adaptées quand ils ont eu des accès de violence.

  20. Pour reprendre l’analogie de Stef et répondre à Rapsody, la psychothérapie dans la schizophrénie est comparable à l’ostéopathie dans l’arthrose : certains assènent : « Ce rachis est pourri, n’y touchons pas et donnons plutôt des antalgiques en permanence » ; d’autres nuancent : « OK l’état physique n’est pas terrible, mais ce rachis a le droit de se bloquer comme les autres, voyons ce qu’on peut faire pour le mobiliser ».
    Le neuroleptique, comme un antalgique, évite de se taper la tête contre les murs. Cela suffit-il à « bouger » mentalement de la meilleure façon possible ? Il faut se rééduquer, tout seul éventuellement, mais on imagine facilement que la période traversée rende un coach utile.

    La psychanalyse convient remarquablement à de nombreuses personnes tandis que d’autres y voient une sorte de viol psychique. Il est toujours nécessaire de s’approprier sa thérapie. Je dirais qu’il faut jeter dessus le manteau de son auto-organisation — désolé pour l’hermétisme —.
    Pour que chacun puisse récupérer les clefs de sa reconstruction, cependant, il faudrait défricher le no man’s land qui s’étend entre neuromédiateurs et inconscient. C’est le sujet auquel je m’attaque depuis quelques années.

  21. JP, si j’étais gourou, les membres de mon forum seraient beaucoup moins libres à mon égard. Comme tu peux le constater, il y a des avis variés. Je leur ai simplement suggéré de donner leur avis, sans tenter de les influencer : http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?t=157040

    Tu fais démarrer les psychothérapies à la psychanalyse. Tu es décidément très réducteur. Pour moi, elles commencent avec les premiers sorciers.

    Bon, je retiens de tout cela que nous ne sommes pas d’accord, ce n’est pas un drame. Et arrête avec ta parano en effet, je ne sais pas d’où tu sors l’histoire de mon « problème personnel » avec toi.

    • Les sorciers donnaient des herbes aussi. Estimons la courbe de progrès du médicament grossièrement superposable à celle de la psychothérapie. Celle-ci n’a pas des « milliers d’années » de retard sur la pharmacie.

      Le gourou des temps modernes n’est plus raccordé érotiquement à ses fidèles dans son confessionnal, il passe l’essentiel du temps les doigts collés à un clavier. Il connaît bien ce que j’appelle des superconsciences, c’est-à-dire des regroupements de personnes par affinité d’intérêts (métiers, passions, problèmes de santé) qui échangent en permanence leurs points de vue, les homogénéisent s’ils sont très différents au départ, et forment une microsociété dont on peut prédire les comportements quand on la connaît bien.
      Ce n’est pas un dénigrement des schizophrènes. Les médecins, par exemple, forment leur propre superconscience, dont je pointe les illusions dans ce post récent.
      Les gourous classiques manipulaient ainsi les foules avec quelques mots, voire laissaient leur cible prononcer elle-même le discours qui allait la faire lyncher. Avec le web c’est encore plus facile. Quel succès des « petites phrases » sorties de leur contexte ou interprétées par quelqu’un qui n’était pas le destinataire de cette formulation !

      Heureusement on n’a plus le droit d’allumer son bûcher sans certificat tamponné par la police.
      Je suis convaincu du rôle essentiel du conflit dans le fonctionnement social, ce n’est pas ça qui me gêne. Ce qui est navrant est le conflit stérile. Je suis un poil stupéfait en allant sur le lien de ton forum du niveau de mésinterprétation de certaines de mes phrases. Par exemple Avocette lisant « Il nous est aussi difficile de comprendre le monde d’un psychotique que celui d’une espèce différente » croit que je la classe comme espèce non humaine !
      Si elle se promenait un peu sur mes blogs, elle découvrirait
      que je suis un fervent transhumaniste, dans le sens où je ne déifie pas l’espèce humaine et que les autres ont, dans certaines circonstances, autant d’importance que la nôtre,
      que je moque l’élitisme, toujours issu d’un rétrécissement de conscience,
      que je nous pense tous issus d’une loterie génétique et environnementale et donc pas dotés d’une âme propriétaire de notre réussite, qui serait notre fierté.

      Mais tout ça est un peu compliqué pour Avocette et c’est stupide d’envoyer un lien vers des phrases que je ne lui ai pas destinées. Je reconnais dans cette formule la spécificité des psychotiques et dénonce le colonialisme mental qu’il y a à leur imposer une « normalisation » sociale, comme l’ont bien compris d’autres membres du forum. Mais Avocette ne rêve bien sûr que d’être normale au sein d’une espèce humaine déifiée, c’est pour cela qu’elle a réagi ainsi.
      Je le sais d’autant mieux que je suis père d’une adolescente avec grosses difficultés d’apprentissage, sans être psychotique, et qu’elle aussi ne rêve pas de spécificité mais de normalité. Ainsi je ne lui fais jamais de grand discours pontifiant comme celui-ci, qui la réduirait au silence parce qu’elle ne pourrait suivre et se sentirait en infériorité. Mes phrases sont courtes et ouvertes, émaillées volontairement de blancs voire d’erreurs grossières, dont elle se saisit pour construire son assurance.

      Au final ta simple « suggestion de donner un avis », pas innocente, était se comporter en bourrin. Je suis navré pour Avocette. Heureusement il existe des consolateurs efficaces sur le forum.
      Je trouve que ton site est irremplaçable pour les communautés réunies par la maladie. Occupe-toi bien d’elles. Mais, s’il te plaît, ne les instrumentalise pas.

  22. Bonjour Docteur,

    Je suis aussi une participante du forum du Docteur Dupagne, et je souhaite apporter mon témoignage qui n’est pas issu d’une pensée dictée par un gourou, mais juste de ma propre expérience avec les psychotropes, et de mon suivi par un psychiatre.

    Bien sûr que le comportement va être déterminé peut-être par une thérapie, peut-être par un accompagnement socio-professionnel, par le soutien des proches, aussi par le libre arbitre, les choix, des stimulis divers, des circonstances, des chances et des malchances. Bien sûr, tout cela je l’ai vécu.

    Encore faut-il avoir accès tout simplement au réel pour pouvoir commencer ce cheminement, pour avoir accès à une thérapie, des projets …. Je ne vois pas quoi, à part les psychotropes peut redonner accès à une perception du réel « juste » et permettre un début de reconstruction.

    J’avais déjà traité ma psychose par une thérapie de type analytique et sans antipsychotiques pendant quelques mois. La thérapie, n’a servi qu’à faire vivre un délire et à l’alimenter, jusqu’à un point de non retour : les urgences psy.

    Le médicament est juste la clé ou la porte d’entrée, la condition sine qua non d’un possible rétablissement. Après tout le chemin reste à faire, mais impossible le premier pas sans ce point de départ médicamenteux.

    • Entièrement d’accord avec ça. Je n’ai rien écrit de contradictoire. La porte d’entrée d’une prise en charge thérapeutique n’est pas son avenir. Quelle affection psychiatrique a-t-elle déjà été guérie par des médicaments ? Peut-être serait-il possible d’empêcher l’apparition d’une psychose, si elle est liée uniquement à un déséquilibre de neurotransmetteurs, par un traitement in utero.

      • Re bonjour,

        Mais sans porte d’accès (le neuro), je ne vois pas comment on peut même avoir accès à un avenir. Je pense qu’à l’heure actuelle, le neuro est aussi une condition sine qua non d’accès à un avenir, puisqu’il en est le départ.
        Mallheureusement les psychoses sont encore incurables je crois.

        Oui j’ai lu votre réponse à Dominique Dupagne. (Avant de poster mon deuxième message).

        • L’avenir dont je parle est celui des traitements en psychiatrie et non le vôtre, qui effectivement est pour l’instant dépendant des neuroleptiques.

  23. Re bonjour Docteur,

    Je souhaite laisser une deuxième intervention. Sur le forum de Dominique Dupagne, j’ai un autre pseudo, je suis en fait « Avocette ». J’ai des angoisses par rapport à l’anonymat, et quand je change de lieu sur le net, je change aussi de pseudo. De plus j’ai des avis fluctuants,car hier j’étais décidée à ne pas intervenir ce que je fais aujourd’hui.
    Mais ceci doivent être des comportements psychotiques typiques.
    Bien sûr que non Docteur, je ne suis pas normale et je ne le serai jamais. Si vous m’aviez vu en pleine crise, vous le comprendriez, et même aujourd’hui, sous traitement, je ne suis pas normale.
    Ma vie n’est pas normale, je fais plein de choses pas comme les autres. Et je ne cherche pas à l’être.

    Je cherche simplement à m’adapter au monde. Car que vous le pensiez ou non, je suis humaine (pour moi une des pires espèces de la planète..Je ne déifie pas du tout l’humain). Humaine, c’est simplement un fait. Et comme la plupart des êtres humains, je dois me battre pour vivre et pour m’adapter.
    Si je travaille, ce n’est pas pour être normale, c’est pour gagner ma vie, si je prends des médic; c’est pour pouvoir sortir de l’isolement psychotique et avoir des amis et j’ai plein d’exemples.
    Je ne sais pas si vous arrivez à comprendre cela.

    • Avez-vous lu ce que j’ai répondu à DD ?

      • Je pense que oui en fait.
        Je n’ai pas dit que vous étiez « normale », mais que vous rêviez de l’être, parce que la société vous propose un mythe de normalité et non pas d’être… ce que vous êtes.
        Moi je rêve d’être a-normal. Vous voyez comme les gens peuvent être différents ?
        Plus exactement j’intègre l’anormalité à ma société intérieure. J’ai écrit dans un livre que la santé mentale est de pouvoir imaginer n’importe quel comportement anormal, tandis que l’aliénation mentale est ne pouvoir en imaginer aucun autre.

        • Bien sûr que non, je ne rêve pas de l’être. Vous n’êtes ni dans mes rêves ni dans ma tête.

          Je n’ai pas de rêve. J’essaie simplement de vivre ma vie de façon la plus autonome possible (car je n’aime pas dépendre de quelqu’un) et de faire attention aux personnes chères.

          J’ai juste remarqué qu’on s’en sort mieux en s’adaptant : c’est pourquoi je cherche à m’adapter, pas à être normale.

          • Pas dans vos rêves ? Zut alors !
            Mais dans vos pensées, en tout cas, actuellement 😉
            Tout ce que vous dites me semble correspondre au désir de la majorité des gens, donc ce point de vue vous êtes, au moment où vous l’écrivez, « normale », dont on ne va pas faire un qualificatif péjoratif tout de même !
            Vous avez donc, en quelque sorte, réalisé ce qui devait être un rêve à des périodes plus difficiles de votre vie. Bravo.

  24. Pourquoi bannir les neuroleptiques ou stabilisateurs d’humeur, ou pourquoi bannir le travail de dialogue docteur/patient. Je pense que le problème, ne sont pas les effet secondaire à long therme des neuroleptiques sur la santé, car beaucoup de personne ne prenant pas leur traitement finisse par se suicider, donc n’ont aucun avenir possible. Ces médicaments rallonge en quelques sorte notre espérance de vie tout en la rabaissant lol

    On fait avec ce qu’on a !!!

    Pour ma part, je suis shyzophrène , je prend actuellement un traitement, mais je confirme que prendre un traitement sans dialogue docteur/patient, et surtout sans aucune introspection ( analyse de soi par soi ) servira simplement a supprimer les voix et vision, mais pas à réordonner le rubixcube des pensés, du raisonnement etc… Seul l’introspection peut mener a changer de l’intérieur, les médicament servent a normalisé la réalité des schyzophrènes.

  25. Alors, personne parmi mes nouveaux lecteurs n’a d’avis sur la polyconscience ?
    Est-ce que cela n’aurait pas pu être écrit par un schizophrène ?
    Quel neuro me conseillez-vous 😉 ?

  26. Ce dernier commentaire de Rapsody est sans doute le plus révélateur, au fond, de l’opinion que les patients sous neuroleptiques ont de leur traitement, à la fois d’en être dépendant et se sentir dépossédé quelque part de sa vie par lui — et par le type qui le prescrit ? —.
    Ce que j’ai écrit n’est qu’à moitié une blague puisque, pour ceux qui ont lu le sujet, je pourrais faire l’objet d’un diagnostic, pas de schizophrénie, mais peut-être de plus bénigne polyphrénie.

    L’auto-dérision, dont c’était un exemple, n’est pas en tout cas inaccessible aux schizophréniques puisque de nombreux intervenants (germanika, schizo, valerianne, mich-much, newowest) en ont donné une belle démonstration. D’autres gardent des réactions infantiles, se fâchent très vite. N’est-ce pas inévitable, quand on n’a pas eu les années tranquilles d’un non-schizo pour affiner sa maturité ?

    C’est pour moi la démonstration que les psychothérapies sont sans doute plus indispensables encore dans les psychoses que dans les pathologies plus légères, malgré qu’elles soient difficiles. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut mettre tout le monde en analyse. Tout l’éventail des approches a sa place, particulièrement les techniques comportementales et cognitives. Ou l’auto-thérapie, pratiquée par une recherche personnelle pour ceux qui ont de bonnes bases.

    Je remercie sincèrement les intervenants dirigés ici par Dominique, sans arrière-pensée cette fois ! Cette discussion a été vraiment enrichissante. Comme quoi, un article peut être aussi productif qu’il est court. Je ferme les commentaires, rappelant que le sujet n’était pas « Faut-il que les schizophréniques continuent à prendre leurs neuroleptiques ? », question dont la réponse positive ne souffre aucune contestation.

  27. Pour ne pas terminer sur une improductivité ou un auto-satisfecit apparent de cet article, j’ai refait un post détaillé pour expliquer la schizophrénie et la place des neuroleptiques.
    J’ai ensuite recherché sur le web ce qu’en disaient les personnes les plus pointues sur le sujet, car je ne suis malheureusement qu’un pauvre rhumatologue ne connaissant rien à la psychiatrie. Voici deux liens où vous trouverez, avec le soutien d’une grande expérience dans le domaine, un discours parfaitement superposable au mien.

    Extraits :

    Les enjeux de la psychiatrie actuelle et son avenir. Pour une psychiatrie clinique éthique
    Depuis cinquante ans notre psychiatrie promet des guérisons miracles pour la prochaine génération. Et, il faut reconnaître que jusqu’à présent, ce qu’offre la psychopharmacothérapie n’est pas très enthousiasmant, du moins pour les psychotiques : « 10 à 30 % des patients ont peu ou pas de réponse à la médication antipsychotique et un autre 30 % des patients n’ont qu’une réponse partielle, c’est-à-dire qu’ils s’améliorent mais continuent à avoir des hallucinations et des délires, de légers à sévères » (ma traduction), c’est ce qu’indique le supplément 2004 au guide de pratique dans le traitement de la schizophrénie de l’Association américaine de psychiatrie (Supplement to the American Journal of Psychiatry, 2004, 24). Ces statistiques ne font que confirmer ce que d’expérience les psychotiques savent et qu’ils nous confient, pour peu qu’on s’intéresse à ce qu’ils pensent et qu’on les laisse parler : l’antipsychotique n’a pas l’effet annoncé, il n’entame pas les fondements sur lesquels ils ont construit le sens original donné à leur vie, il ne fait que calmer, diminuer l’ardeur avec laquelle les psychotiques s’appliquent à raffiner et à solidifier les assises du sens. D’autres aussi, des déprimés par exemple, distinguant subtilement leur « maladie bipolaire » de leurs problèmes psychiques, considèrent que le cocktail médicamenteux reçu a stabilisé leur état mais sans régler quoi que ce soit de toutes les questions qui depuis longtemps les tourmentent et continuent de paralyser leur vie quotidienne. Si on prend la peine d’écouter et d’entendre ce qu’elles ont à dire, ce sont les propres paroles des personnes touchées par les maladies dites psychiatriques qui pointent l’inaptitude du médicament à répondre aux interrogations profondes qui entretiennent leur souffrance et leur mal-être. Et pour cause : l’action du médicament sur les récepteurs cérébraux n’a vraiment rien à voir avec leur situation dans l’existence. Il faut être bien naïf et particulièrement inculte pour croire autre chose.
    *
    Qu’est-ce qui attend la psychiatrie ?
    Il n’y a pas de mal à ce que la psychiatrie fréquente l’industrie, pour autant que la discipline ne renonce pas à formuler ses propres diagnostics, en toute indépendance. Après tout, c’est grâce à l’industrie que de nouveaux médicaments importants sont créés. Mais il est incontestable que l’avenir de la psychiatrie ne peut pas reposer sur la multiplication des psychotropes. Déjà, 90 pour cent des consultations psychiatriques aboutissent à la prescription de médicaments. Nous savons que de nombreuses maladies psychiatriques ne peuvent pas être réellement traitées avec les médicaments qui existent. Il n’est donc pas souhaitable de multiplier les médicaments similaires.
    De même, il est absurde de dire que l’avenir même de la psychiatrie passe par une compréhension plus approfondie de la biologie du cerveau et de la pathogénie des maladies. Bien sûr que nous avons besoin d’approfondir nos connaissances dans ces domaines. Cependant, la neuroscience n’est pas au programme d’études de la plupart des psychiatres universitaires, qui sont chargés d’apprendre aux étudiants en médecine à s’occuper des patients et non pas de mener des recherches en biologie moléculaire. En dépit des nombreuses prédictions de sa mort et de sa supposée fusion imminente avec la neurologie, la psychiatrie reste une spécialité indépendante qui se porte bien. Elle ne fusionnera pas avec la neurologie, tout simplement parce qu’une grave maladie mentale n’est pas la même chose qu’une sclérose en plaques ou une maladie de Wilson. Elle ne fusionnera pas non plus avec la neuropsychopharmacologie ni toute autre discipline dans un proche avenir.
    En fait, nous allons plutôt assister à un regain d’intérêt totalement salutaire pour la psychopathologie. Celui-ci est indubitable parce que, parmi les grands thèmes de recherche qui ont émaillé les 200 ans d’histoire de la psychiatrie, la psychopathologie est l’un des plus prometteurs, tout en étant le moins cher à initier : il s’agit tout simplement de retourner au chevet des malades.

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