« L’homme, c’est son cerveau ! »

Cette bourde est fort répandue chez les transplanteurs d’organes. Confrontés aux réticences à la xénogreffe — transplant d’origine animale —, jugées d’essence religieuse (incluant la déification de l’espèce humaine) pour l’essentiel, les transplanteurs voient dans les organes artificiels l’avenir de l’humanité. Tout peut être remplacé si le cerveau reste.
C’est méconnaître l’une des sources principales de la sensation du Soi. Nous ne sommes pas qu’une somme de souvenirs et de comportements rodés. Nous sommes connectés intimement à chaque organe, et la réunion de ces afférences dans le cerveau archaïque est le socle de la sensation d’être… quelque chose qui n’a pas seulement une définition psychologique.

Les personnes confrontées au remplacement d’un organe important le comprennent confusément mieux que les techniciens, puisque étonnamment beaucoup refusent l’intervention qui pourrait prolonger leur vie, et ce quelles que soient leurs convictions religieuses.
Le renouvellement des cellules fait qu’en dix ans tout notre corps s’est remplacé, à part les neurones, le cristallin et quelques faisceaux cardiaques. Pourtant nous nous sentons parfaitement le même Moi. Parce que tous ces tissus sont restés connectés à l’encéphale.
Que va devenir celui-ci à bord d’un véhicule mécanisé ? Une autre espèce, à coup sûr. Qui ne saura pas grandir.

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