sept 072012
 

Un jour que je regardais mes deux pieds, j’eus la très nette perception d’un message. Mes extrémités jumelles se plaignirent d’être toujours attifées à l’identique. Depuis leur naissance, elles sont vêtues des mêmes chaussettes parfaitement symétriques, incapables de minauder d’une façon quelque peu originale, par rapport à leur voisine, avec les petons de rencontre. Tout juste un trou apparu par suite de négligence sévère peut-il dénuder un peu la rondeur talonnière, sans que le message soit particulièrement attracteur. Au contraire, une chaussette pareillement usagée est souvent associée à un parfum de travail soutenu et de sueur malodorante, capable de repousser le galant le plus endurci par les cals.
« Mais si je vous habille différemment », protesté-je, « je serai la cible de tous les quolibets. Un grand blond a créé un précédent très fâcheux avec sa chaussure noire. »
Furieux, mes pieds se cotisèrent alors pour envoyer un billet d’avion à ma femme de ménage. Elle partit en vacances un mois. Au bout de trois semaines, j’ouvre mon tiroir pour n’y découvrir, au fond, que deux dernières chaussettes, une blanche et une noire. Je sens mes pieds frémir d’excitation. Après les avoir vêtus à contrecoeur, je commence par refuser de sortir. Peine perdue. Avez-vous déjà essayé de ne pas suivre vos pieds ?
J’ai déambulé, déambulé, frôlant tous les mollets de passage. Mes pieds se tortillaient de plaisir. Ils se sont même pris l’un dans l’autre tellement leur sensation d’indépendance était vive. Ma tête par contre s’est ennuyée ferme. La seule rencontre amoureuse qu’elle pouvait espérer est celle d’un pivert : elle piquait du nez.

 Posted by at 6 h 57 min

  2 Responses to “Chaussette noire”

  1. En tout cas, une chose sûre : vous n’écrivez pas comme un pied.

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