Moïse, en vieillissant, a ajouté trois commandements

Trois principes physiologiques à connaître pour découvrir les secrets du meilleur des vieillissements :

-Le vieillissement est un ralentissement « normal » des processus de renouvellement des tissus ; le maintien de leurs fonctions devient plus difficile, particulièrement en cas d’agression, avec une intervention moins rapide de la régénération cellulaire, qui peut laisser des cicatrices, en termes de diminution du rôle homéostasique assuré par un organe, d’une sécrétion hormonale, ou fragilisation d’une structure de soutien.

-Les contraintes mécaniques sont le stimulant essentiel de l’activité des cellules des tissus de soutien ; les cellules, malgré la paresse liée à l’âge, gardent jusqu’au bout une capacité adaptative aux besoins. Ostéocytes, chondrocytes, sont sensibles aux déformations. Les pressions mécaniques stimulent et orientent leur métabolisme (mécanotransduction). L’architecture osseuse reflète ainsi fidèlement les lignes de force qui s’exercent sur l’os. Le cartilage — jeune — est capable de s’épaissir si les contraintes de pression sont inhabituellement importantes à cet endroit.
La mécanotransduction vient d’être étendue aux cellules musculaires et explique les effets du massage : celui-ci stimule l’expression de gènes dans la cellule musculaire avec diminution des phénomènes inflammatoires et augmentation de l’activité des mitochondries, les centrales énergétiques cellulaires (Tarnopolsky, université MacMaster, Canada, 2012)

-Les gestes et les postures sont exécutés de façon plus ou moins efficaces selon leur fréquence, selon le « rodage » du système nerveux. Une attitude aussi banale que rester debout implique une tâche de fond élaborée des automatismes nerveux, qui reçoivent une multitude d’informations sensorielles — capteurs de pression cutanés, sens de position des articulations, tension des muscles et des tendons, équilibre par la vue et l’oreille interne — et renvoient des impulsions motrices, contractant et décontractant les muscles dans les configurations les mieux adaptées. Ces automatismes sont sous-conscients. La volonté ne fait qu’envoyer l’ordre du mouvement, sans le détailler. A partir de la même intention, le mouvement peut être harmonieusement exécuté ou non selon la qualité des automatismes, et la conscience ne fera aucune différence. Un individu peut croire faire le même geste pour marcher que quelques mois auparavant alors que, pour raison d’inactivité ou d’autre problème de santé l’ayant perturbé, le mouvement est devenu médiocre : l’information sensitive est moins fine, les muscles peu réactifs et mal coordonnés, de manière invisible pour l’utilisateur. Les plus perceptifs se font la réflexion « qu’ils deviennent maladroits », mais ne s’en inquiètent pas davantage que de leurs premiers trous de mémoire, alors qu’il existe par derrière des mécanismes neurologiques sophistiqués en voie de détérioration et qu’il faut réentraîner.
Nous avons tendance, à l’âge adulte, à considérer les aptitudes physiques et le savoir comme acquis. Ils ne sont pas gravés, mais facilités, et se reperdent si l’on ne s’en sert pas. De la même façon qu’un souvenir perdu n’affole guère quand la connaissance de la perte n’arrive pas à la conscience, l’étiolement des automatismes physiques ne peut inquiéter si l’on s’en sert rarement.

En possession de ces trois principes, nous pouvons trouver les règles que doit suivre l’évolution de l’activité physique avec l’âge :
-diminuer la durée des efforts en charge pour éviter la rupture des fibres du tissu de soutien, qui ont leurs limites,
-ne pas trop réduire l’intensité, et tendre à augmenter la fréquence des efforts pour garder une stimulation efficace de l’activité cellulaire d’entretien,
-garder une mobilité vive, équilibrant les phases sédentaires, pour garder performants les automatismes nerveux des gestes et de la posture.

Un dernier principe physiologique s’étend au fonctionnement de la conscience, avec des conséquences psychologiques :
Le jeune est en pleine maturation corticale ; sa curiosité le pousse naturellement vers les activités physiques pour peu qu’elles recèlent quelques défis ludiques. Une grande partie de son attention, mobilisant ses ressources mentales, est consacrée au physique — du moins traditionnellement car les loisirs virtuels sont en train de fabriquer une génération en besoin d’un ostéopathe personnel, comme la précédente aura été en besoin d’un psy personnel pour l’accompagner dans son changement de civilisation —. L’adulte vieillissant, quand il a baigné dans la culture de l’information, n’a plus de projets physiques enthousiasmants. Le corps devient un carcan gênant, imparfait, plaintif ; on se met à pester contre lui comme si c’était un chien qui a pissé sur le tapis. On n’éprouve plus de plaisir à s’en servir et à améliorer ses capacités. On le fait sortir pour marcher un peu, par devoir, par instinct de conservation. Toute l’attention est consacrée à la sauvegarde des tâches intellectuelles qui ont fait notre succès à la maturité — pas pour tout le monde, ainsi malgré l’état dégénératif objectivement plus avancé des vieux qui ont eu les métiers les plus physiques, ceux-ci restent les plus actifs et performants dans les tâches manuelles —.

Corollaire : alors que la présentation ludique des activités physiques devrait être réhaussée au fur et à mesure du vieillissement — pour y garder notre attention —, elle devient négligée. Le vieux ne joue plus, souvent parce qu’il a été éduqué dans une présentation trop élitiste du loisir physique, et se sent incapable de tenir la comparaison. Pourtant, de la même façon que l’on peut redécouvrir avec plaisir la littérature ou les mathématiques longtemps après avoir été fâché avec pour tyrannie scolaire, il est possible de retrouver l’esprit du jeu physique, avec des très jeunes ou des personnes de son âge, en remplaçant le joug de la compétition par le ravissement de l’émulation.
Le maintien de la fraîcheur intellectuelle n’en est que plus facile ; l’esprit est en paix, plus si occupé à récriminer contre une représentation du corps fort négative, ou à replâtrer une image mensongère.

Une réflexion sur « Moïse, en vieillissant, a ajouté trois commandements »

  1. très intéressant, votre article me sera utile dans les années à venir. Je penserai que mon cerveau toujours en pleine forme mérite un corps stimulé.

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