jan 152012
 

Le monde libéral est caractérisé, avant toute autre chose, par une foi inébranlable en l’existence de liberté. La croyance en des qualités intrinsèques à chaque être humain, propriétaires, débouche sur la conviction que nous sommes aux commandes de la conduite de notre vie, capables de gagner ou de perdre selon notre habileté, comme si l’on passait chez un concessionnaire s’offrir une superbe voiture de course, dont les potentialités autorisent toutes les ambitions, et d’ailleurs l’attirance du monde libéral pour les belles bagnoles n’est certainement pas un hasard ;-)

C’est à la fois la plus grossière, et la plus efficace, des illusions qui propulsent l’homme dans sa réalisation personnelle.

Si nous remontons cette grosse ficelle vers le début de chaque destin, banal ou exceptionnel, nous tombons sur une loterie génétique et ses lots d’aptitudes innées, dont il est difficile de tirer une réelle fierté : c’est comme si le lot lui-même se réjouissait d’être une récompense… Vous n’existez pas encore pour porter un tel jugement. C’est la société qui le porte. Et donc, en quelque sorte, la fierté envers nos capacités est un sentiment que nous empruntons plus tard à la société, avec des critères de jugement qui auraient pu être tout différents dans une autre.

L’environnement va ensuite pétrir cette pâte génétique pour y sculpter notre personnalité. Là encore, nous n’avons pas vraiment les outils en main. Ce sont nos parents, nos éducateurs, des acteurs plus temporaires et d’autres eux-mêmes immatures, qui tiennent burins et marteaux. Les sculpteurs ne font pas réellement preuve d’initiative. Ils reproduisent le plan inscrit dans leur propre tête.
En fait, les seules orientations inattendues de notre vie sont les évènements liés au hasard.
Nous arrivons ainsi à une conclusion étonnante : S’il peut exister une liberté véritable, serait-ce de s’exposer volontairement à l’aléa ?
Voici qui détache radicalement la liberté de nos qualités intrinsèques, n’est-ce pas ?

N’attachez cependant pas trop d’importance à ce discours de coupe-jarrets. Il faut en effet vider l’illusionnement de toute sa charge péjorative. Il est la définition la plus intime et pertinente de notre humanité, nous détachant de la condition, vide de sens, de machinerie biologique. En m’attaquant à l’illusion de liberté, je la détruis pour renforcer l’impression de liberté, plus sincère et moins fragile, et dont il est impossible de se blaser car on la perd et on la retrouve, comme une effloraison de printemps.
Je peux recréer mes illusions, cette fois comme des chevaux fougueux que je place en attelage, capable de l’arrêter et de descendre de sa course folle, au lieu d’être moi-même ce jeune étalon fougueux qu’engloutira un jour un précipice. Pessimisme ? Non, nous affrontons tous un accident final. S’arrêter pendant cette folle épopée permet de prendre des photographies du monde et de les distribuer. Chacune contient une partie du monde et une partie de nous. Ces représentations, ou personae, sont les moyens les plus vraisemblables de notre survivance.

Mais là encore, n’hésitons pas à tresser de belles illusions. Inventons des paradis et des univers alternatifs.
Nous finirons tous au contact du multi…ver.

 Posted by at 14 h 00 min

  4 Responses to “Errance libérale”

  1. « Grosse ficelle », pas moi qui dirait le contraire ! Jusqu’à l’origine de l’espèce que je l’ai remontée , et avec elle, ces gènes de chasseur-cueilleur survivants on ne sait comment à dix millénaires de sélection pas naturelle du tout, opérée par les propriétaires qui se sont tricotés morale et droit de m’étiqueter TDAH et l’étiquette de syndrome !

  2. Oui, il faut chérir ce joli paradoxe qui nous voit bien plus libre dès qu’allégé de l’illusion de liberté. Le rien qui en subsiste est bonheur de lapidaire émerveillé des éclats de la pierre innée impatiemment polie par l’acquis.

  3. Quand vous voulez.

    Surtout si vous avez quelque sensibilité à l’approche systémique, que je crois seule capable de rendre compte de cette imbrication des degrés de libertés, niveaux de réalités et bien d’autres complexités… Et d’offrir à une espèce en voie de désembourbement de la pensée magique, la possibilité de décoller de l’utile causalité linéaire, utile mais bien trop limitée pour nous éviter l’autodestruction.

    Et plus encore si c’était pour creuser votre idée de « livre universel ». Un hyper… google. Un truc exclusivement constitué d’hypercards / hyperliens dont l’accès devrait être payé par l’obligation de notation des informations consultés après réponse à un QCM qui permettrait d’apprécier le niveau de compétence et de développement personnel de chacun. Ainsi serait facilité pour chaque disciple la rencontre de son maître.

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