jan 132012
 

La sagesse de la foule contient un aspect décevant : Un groupe suffisamment grand devient parfaitement prévisible dans ses conclusions communes. Même s’il semble aboutir à l’option la plus juste, cela reste attaché à certains critères de jugement. La diversité s’efface à l’échelle de la foule, au profit d’un conformisme absolu.

Cela provient du fait que ses membres se comportent comme des monoconsciences. Ils se conforment à leur opinion principale, effaçant les alternatives parasites. En un certain sens, c’est un gage d’efficacité de la sagesse collective ; impossible de s’y fier si les individus étaient imprévisibles.
Pourtant, un groupe fait d’une somme de polyconscients, et mélangeant toutes ses tendances, pourrait voir celles qui sont réprimées s’additionner de façon inattendue. C’est-à-dire qu’une seconde opinion, moins gagnante chez la plupart des individus, mais présente chez un plus grand nombre, ferait au final un score plus élevé si elle ne restait pas dans l’ombre.

Nous aurions ainsi, avec une foule polyconsciente, un organisme beaucoup moins prévisible, qui donnerait de temps à autre des résultats différents d’un expert, parce qu’elle exhume la « petite idée », parfois en réalité la plus universelle, et que seul sait reconnaître celui qu’on baptise « génie ».

 Posted by at 10 h 55 min

  27 Responses to “Le génie de la foule”

  1. Bonjour,
    Cette foule polyconsciente est la foule connectée. C’est d’elle et de ses échanges internes que naît l’intelligence des foules. La foule qui est juste réunie (supporter de foot, votants, sondages), c’est à dire qui est une simple addition de monoconscience, est idiote.

    • Il faut préciser ce que l’on entend par connexion, Dominique.
      D’après les critères vérifiés chez une foule intelligente, l’indépendance avec laquelle ses membres effectuent leur choix est essentielle. Donc la connexion doit même nuire, d’une certaine façon, à la sagesse collective. Et, effectivement, on peut observer sur le net des « mouvements de foule », qui n’ont rien de « sage », quand tous reçoivent la même information — je suis un adversaire des réseaux sociaux dans leur forme actuelle —.

      Le réseau est avantageux pour deux autres raisons : l’accessibilité d’une grande diversité d’informations — chaque internaute est ainsi doté d’une connaissance d’autant plus originale qu’il n’est pas connecté à un réseau social —, et la collecte large et rapide des opinions.

      Le mode de collecte efficace pour faire apparaître la polyconscience dans une foule est celui qui récupère les opinions secondaires, ainsi que la force des réticences vis à vis des opinions principales.

      • Nous divergeons donc profondément.

        Ces mouvements de foules (buzz) dont tu parles sont typiques de foules monoconscientes : chacun reproduit l’info et la diffuse sans en avoir discuté avec personne. Au contraire, si l’info est traitée dans un véritable espace social (forum, liste de discussion) elle est rapidement corrigée si elle est fausse.

        Actuellement, dans l’info traditionnelle, le seul frein est le sérieux des agences de presse. Une fois la dépêche balancée dans les rédactions, elle est recopiée à l’infini sans aucune distance.

        Au contraire, une info qui buzze va être disséquée dans les espaces sociaux et après le feu de paille initial, elle sera corrigée.

        Je persiste à croire à l’intelligence des foules dont les membres échangent entre-eux. L’intelligence des communautés de patients en constitue pour moi un exemple frappant.

        Un autre exemple est le travail qu’on fait les généralistes connectés pendant l’épidémie H1N1, qui a abouti à la meilleure information disponible pendant que les journalistes se faisaient enfumer par les experts et les autorités sanitaires.

        • Ce n’est pas une divergence mais le fait que nous ne parlions pas de la même chose :
          Ce que tu décris est la réappropriation par l’individu de la sagesse tirée de la foule. C’est une étape différente. La sagesse de la foule, stricto sensu, si l’on se réfère au livre de Surowiecki, est la capacité d’un groupe à établir la réponse la plus juste. Elle repose sur l’indépendance des informations qu’acquièrent les membres du groupe. Et l’exemple que tu donnes va en ce sens : les journalistes disposaient d’une information canalisée par les autorités, tandis que les MG, sur le terrain accédaient à une information plus diversifiée et authentique, indépendamment les uns des autres. Qu’ils aient mis ensuite cette information en commun est un autre sujet — les voies d’acquisition de sagesse par la foule ne sont pas les mêmes que celles par lesquelles elle agit, même si tout ceci passe par le réseau —.

          Un forum est un endroit où se propagent une grande variété d’idées, y compris les plus fausses, parce que la plupart des sites affichent une orientation particulière. Si ce n’était pas le cas, l’Evidence Based Medecine aurait gagné un pouvoir sans partage depuis longtemps.

          Si l’on fait voter un forum, le résultat sera quelque peu uniforme, parce que les membres auront contaminé leurs opinions entre eux, et perdront ainsi de cette diversité nécessaire à la sagesse collective.

          On pourrait imaginer qu’un forum où les gens ne se regroupent pas par affinité pourrait montrer paradoxalement la meilleure sagesse collective — mais en pratique les modérateurs auraient du mal à faire respecter la charte de tolérance… —, ou que l’ensemble des forums parlant d’un sujet pourrait également approcher cette sagesse — mais où serait prise en compte l’opinion des candides, qui semble importante elle aussi dans une intelligence de foule ? —.

    • Bonjour,

      relisant l’histoire de la foule capable de deviner le poids d’un boeuf de manière plus précise qu’un « expert », je me demande si finalement la sagesse des foules ne vaudrait pas mais dans certaines conditions seulement : par exemple, il faudrait que le problème ne soit pas trop complexe …
      Pour la vaccination H5N1, la sagesse de la foule (pagerank google) résulte quand même à la base de l’expertise de certains médecins qui ont su faire preuve d’indépendance par rapport aux recommandations des labos relayées par le Ministère …

  2. Voici une histoire pour rendre le problème plus compréhensible :

    Vous cherchez la réponse à une question un peu complexe, par exemple : Le ministre de la Santé a-t-il réagi de façon compétente à l’épidémie de grippe H1N1 ?
    1ère méthode : Vous interrogez, sur un forum, 5 personnes, dont vous savez qu’elles ont déjà communiqué sur le sujet. Elles donnent peu ou prou la même réponse.
    2ème méthode : Vous interrogez 5 personnes choisies au hasard dans le métro, qui ne se connaissent pas. 2 ont des opinions sans nuance et opposées, qui s’annulent si on les additionne. Les 3 autres divergent plus légèrement et vous tirez de leurs arguments une réponse qui semble tenir compte de tout ce que vous avez entendu.

    Par quelle méthode pensez-vous être arrivé à l’opinion la plus juste ?

    • La réponse est évidemment la première solution.

      Les 5 personnes sur le forum ont confronté leur opinion et donc avancé dans leur réflexion. De plus, elles ont lu d’autres contributions et sans doute fait des recherche sur le sujet puisqu’elles sont sur un forum qui en parle.

      Dans le deuxième cas, vous faites une synthèse d’opinion parmi 5 pékins qui n’ont qu’une réflexion minimaliste et peu challengée sur le sujet.

      • Eh bien non, ce n’est pas comme ceci que fonctionne la sagesse de la foule, parce que les 5 qui ont communiqué ont fait, individuellement, le travail de l’analyste superviseur qui devrait recueillir leurs opinions indépendantes, et les 5 le font chacun avec davantage de partialité et arriveront à une opinion légèrement différente de celle qu’aura moyenné le superviseur.

        Ce que tu décris est ce que chacun tente d’extraire de la sagesse de la foule, c’est-à-dire en réalité l’amélioration de l’expérience individuelle, qu’il faut bien entendu soutenir.

        Mon exemple est sans doute mal choisi car un forum ayant discuté sur le sujet va contenir davantage d’experts individuels, et se rapproche de ce que j’appelle dans l’autre article un comité d’experts, mais si l’on élargit le nombre d’individus interrogés bien au-delà de 5, c’est dans la 2ème situation que va apparaître ce que l’on appelle la sagesse de la foule.

  3. Je peux me lâcher puisque je ne suis pas au niveau.
    Parler des foules sans citer une fois la théorie mimétique et les travaux de René Girard me paraît tout à fait inopportun.

    • Bonjour

      Certainement une bonne piste à explorer du côté de la théorie du désir mimétique ( cf. « Des choses cachées depuis la fondation du monde » de René Girard) …

  4. Je n’ai pas lu René Girard -> si sa pensée vous semble pouvoir faire avancer notre sujet, ne soyez pas timide pour l’insérer.

    Notez que je ne suis pas en train de vanter la sagesse de la foule, justement parce qu’elle ne se comporte pas (encore) comme polyconsciente.
    Cf cet article plus détaillé sur expert VS foule.

  5. Girard a mis l’accent sur les capacités de mimétisme du cerveau, qui sont une évidence : on pourrait même se demander, de façon provocante, de quel autre matériau le cerveau pourrait bien se servir pour créer de nouveaux comportements. L’imitation, cependant, concerne des schémas de personnalité, ce que j’appelle des personae. Le mimétisme s’ajuste parfaitement au concept de polyconscience. C’est le réassemblage de ces schémas selon des expériences et des recettes propres à chacun qui fait notre diversité. Voici qui devrait rassurer Sybille quant à la crainte que nous apparaissions comme de simples perroquets.

  6. Le travail de Girard est, pour revenir à notre sagesse de foule, une notion différente du mimétisme auquel on pense devant un mouvement de masse.
    Les gens réfléchissent de façon indépendante. Le mouvement de foule ne peut s’enraciner que dans un fragment de pensée que tous ses membres ont en commun. Certes ils ont acquis ce schéma mental par mimétisme, mais ils ont placé dessus un nouveau copyright, parce qu’ils l’ont modelé, rectifié pour qu’il s’ajuste aux schémas existants, et rien ne dit que dans des circonstances légèrement différentes, ce seront les mêmes individus qui participeront au mouvement général.
    S’inquiéter de devenir un perroquet ne consiste pas à refuser d’imiter, mais au contraire à imiter beaucoup et partout, en multipliant les expériences, et en tirer une synthèse précisément personnelle.

  7. @ admin Ce que vous dites de Girard est totalement faux. Comment pouvez-vous dire dans un commentaire que vous ne l’avez pas lu et ensuite, dans un commentaire suivant, parler de son oeuvre en avançant des contre vérités ? Le mimétisme girardien, la Mimesis, ce n’est pas du psittacisme… Lisez. Nous verrons plus tard. Je vous donne une piste : le désir.

    • Franchement, Mister Grange, vous êtes un peu lourd à gérer.
      Il se trouve qu’entre mes deux commentaires je me suis documenté sur Girard, ici et surtout , où l’originalité de son oeuvre semble bien résumée.
      Cette oeuvre est très intéressante mais je ne vois pas de rapport avec notre sujet, la sagesse de la foule, sauf à confondre le mimétisme structurant du psychisme de Girard avec un comportement mimétique observé dans une foule. Ce ne sont pas des phénomènes du même ordre.
      L’allusion au perroquet était bien sûr en référence au commentaire de Sybille — qui ne semble pas une fan de Girard — que j’ai retiré ainsi que votre réponse, car l’utilisation d’épithètes indésirables fait chuter brutalement à la fois la gaieté et le Q.I. moyen rencontrés sur ce blog…

    • @docteurdu16
      Je suis toujours un peu gêné par ceux qui contestent l’expression d’opinion sous prétexte que l’on n’a pas lu untel ou untel. Il y a deux façon de penser : tirer une réflexion de son expérience d’un sujet, ou faire une revue de la littérature. Seule une thèse ou un essai scientifique exigent de faire les deux.

      Il serait beaucoup plus constructif, pour alimenter notre sagesse sur cet espace d’échange, que tu nous apprennes en quoi la réflexion de René* Girard éclaire la sagesse des foules.
      (la précision du prénom est importante…).

  8. Allons bon, me voilà censurée. Je ne suis effectivement pas une fan de Girard mais n’avais pas l’impression de l’avoir couvert d’injures? Pour le QI, étant docteur en Histoire et en Philosophie, je me carre dans mon super fauteuil rouge ou je dis qu’effectivement ma critique était légère, faute de prendre la chose au sérieux?
    Ce qui répond aussi à la problématique de la gaieté.

    • Voici le couple de commentaires reçus :
      Sybille : Bah, Girard enfonce des portes ouvertes ou, pour résumer, C’est toujours mieux chez le voisin, imitons-le. Ce qui est certainement vrai pour les cons mais dans un pays alphabétisé, on peut espérer quand même un peu plus de réflexibilité.
      Docteurdu16 : @ sybille : quand vous exerciez à Delphes, il me semble que vos divinations étaient plus perspicaces. Vous n’avez rien compris à René Girard mais, comme vous le dites, laissez les cons entre eux.

      Votre commentaire était effectivement léger, Sybille, sans doute trop pour ne pas s’évaporer. Je n’ai aucun esprit de censure sur ce blog, plutôt de rendre la sagesse du groupe performante en élaguant d’une discussion prolongée ce qui ne lui apporte pas grand chose. Ne sommes-nous pas heureux d’avoir des éditorialistes qui nous condensent utilement la pléthorique information ?

      Quand à Docteurdu16, que je remercie de m’avoir fait connaître René Girard, chacun de ses commentaires est une balle qui fracasse le sujet et blesse les autres intervenants paisiblement occupés à le démonter tout autour.
      Je ne connais pas les raisons intimes qui le font se balader ainsi lourdement armé dans les blogs. Mais, s’il faut reconnaître que le web est un far west où tout peut arriver, l’ordre règne encore à Rhumatologie en Pratique small town. J’ai donc déplacé les deux commentaires victimes de ce duel, de ReP à RiP — Rest in Peace —, notre charmant cimetière ;-)

      • @admin
        Cette censure est maladroite. Il n’y avait pas de mise en cause nominative. Un simple rappel à la nétiquette aurait suffit. Cela ne me donne pas envie de continuer à échanger ici.

        • Voici une véritable divergence alors, Dominique :
          Je ne considère pas un blog comme identique à un forum. La philosophie en est même très différente : Un forum appartient à tous, pour peu que ceux qui s’en servent respectent la nétiquette.
          Un blog est une ligne conductrice. Un article émet une idée, forcément partisane, et la confronte à une critique constructive par le biais des commentaires. Le point de départ est l’idée et son auteur, et celui-ci affiche, et assume, son côté propriétaire.
          Chaque structure a ses avantages : le forum a un côté « humanitaire », est plus diversifié, avec beaucoup d’opinions mais davantage de difficulté à juger leur valeur. Il nécessite une forte disponibilité.
          Le blog est plus analytique, permet de choisir ses rencontres, concentre remarquablement l’information.

          Tu pourrais faire un petit sondage, toi qui a accès à un grand nombre d’internautes : Qui préfère tomber, dans la première page d’une recherche sur Google, sur les citations de pages de blogs ou de forums ?
          Personnellement, si j’espère pertinence et détail dans la réponse, je n’hésite pas : blog. Si j’espère de la variété, je n’hésite pas non plus : forum.

          Pour que ces avantages persistent, les règles doivent rester sensiblement différentes. Je ne cherche pas sur le blog quelqu’un qui me demandera la couleur de mes yeux et me donnera son n° de téléphone. Je suis atteint de lubricité intellectuelle ;-)

  9. @ admin. L’oeuvre de René Girard est abondante, complexe, discutable, discutée, elle comprend plusieurs aspects divers qui vont de la Mimesis simple à la théorie du Bouc Emissaire et… au christianisme. Vous me dites que je me ballade sur les blogs avec fracas. Mais l’intérêt des blogs ou des commentaires de blogs est justement d’ouvrir des portes où l’on peut s’engouffrer pour apprendre. J’ai connu René Girard en lisant « L’Art du Roman » de Milan Kundera (1986 – Editions Gallimard, folio, La Pléiade) où il écrivait dans une note de bas de page à propos du livre « Mensonges romantiques et vérités romanesques » qu’il s’agissait du plus beau livre qu’il ait jamais lu sur le roman. Kundera a ouvert une porte, il ne m’a pas pris par la main, il ne m’a pas dit ce que je devais penser, il n’a pas écrit un article dans Wikipedia, j’ai dû lire, j’ai dû me coltiner l’oeuvre de René Girard, parce qu’elle m’intéressait et parce que j’y apprenais d’autres façons de voir le monde, des façons auxquelles je pouvais adhérer ou non, que je pouvais comprendre ou non, j’ai essayé de comprendre… Sybille, nous dit-elle, a plein de titres et, en conséquence, nous donne un avis d’experte. Mais la littérature ou la philosophie, ce n’est pas la peinture, on ne peut pas dire j’aime / j’aime pas devant une toile que l’on a aperçue deux minutes ou vingt secondes dans un musée, il faut avoir le courage et la morale d’aller voir les textes originaux et de s’en faire une idée.
    Vous nous prenez de haut Admin.
    C’est votre droit.
    Ecrire sur la polyconscience sans connaître René Girard ou certains de ses épigones (Jean-Pierre Dupuy par exemple) c’est écrire sur l’inconscient sans citer Freud.
    Je conçois qu’il ne s’agit pas d’un forum mais s’il s’agit de ne retenir ce qui vous convient…
    Bonne journée.
    (j’ai sauvé mon texte)

    • Il existe (au moins) 2 méthodes pour écrire :
      -soit vos idées bouillonnent prétentieusement et vous laissez votre pensée se dérouler librement, l’ordonnez sur le papier, et la confrontez ensuite éventuellement (vous pouvez écrire pour vous-même) à ce qui a déjà été dit sur le sujet,
      -soit votre cerveau est vierge et humble et vous le remplissez des écrits de penseurs fabuleux, réalisant votre propre synthèse et citant beaucoup.

      Dans cette distinction arbitraire et certainement excessive, j’appelle le premier inventeur (DD dit trouveur) et le second digéreur.
      J’apprécie l’érudition et les citations intéressantes mais ceux qui citent trop fournissent rarement des idées originales. Il n’y a pas tant d’ouvrages essentiels. Ceux que je rencontre sont analysés dans cette rubrique.

      La teneur de ce blog montre à l’évidence, et c’est parfaitement intentionnel, que je ne cherche pas à donner la même importance à toutes les opinions et à les concilier dans un esprit égalitaire. Je ne suis pas politicien. Ce blog cherche à inventer, à trouver. Ce n’est pas forcément une tâche solitaire et ceux qui veulent participer sont les bienvenus. Les armes doivent rester au vestiaire, et pour s’en assurer, il est souvent nécessaire de s’écrire sa propre déclaration d’intentions, déjà faite chez moi dans un premier livre, et que j’aimerais voir prononcée de la part de mes contributeurs.

  10. “Ne sommes-nous pas heureux d’avoir des éditorialistes qui nous condensent utilement la pléthorique information ?”
    Ça se discute, cher monsieur. On peut aussi trouver les dits éditorialistes incultes paresseux ou ineptes, surtout sur des sujets que l’on maîtrise.
    Ceci étant, je blaguais sur la censure et blaguais dans ma réponse censurée car, de fait, me manque parfois l’esprit de sérieux.
    A cet égard, je serais plus nietzschéenne que kantienne ; à penser qu’un éclat de rire est parfois plus ravageur qu’une « pensée profonde ».
    Si cela vous a semblé parasiter bêtement votre fil, je peux le comprendre et ça ne me
    choque pas.

  11. En rapport indirect avec le génie de la foule, une étude intéressante en faveur de la nécessité de l’indépendance dans l’utilisation maximale des ressources mentales individuelles :
    Rejoindre un groupe de réflexion pourrait bien être la dernière chose à faire pour manifester son intelligence. Selon une étude récemment publiée, il paraît que le simple fait de se retrouver en société, que cela soit dans un jury, dans une réunion de cadres ou encore dans un club de discussion, conduirait à la diminution de l’expression du QI de certaines personnes. Davantage les femmes que les hommes. Le docteur Read Montague décèle ce coup de mou intellectuel en utilisant une IRM fonctionnelle sur le cerveau de volontaires testés pour leur QI, seuls ou en groupe. Il en conclut que les signaux sociaux même très subtils peuvent agir sur le fonctionnement cognitif des individus. Et de se demander si l’esprit de compétition souvent utilisé dans le cadre scolaire ou professionnel ne laisse pas sur le bord du chemin de belles intelligences. Quant à savoir pourquoi les femmes sont plus sensibles à l’effet de groupe, il n’y a pas encore de réponse (Philosophical Transactions of the Royal Society-B)

  12. Quant à la sagesse de la foule, l’idée que je trouve la moins cinoque est la citation cynique de Sénèque : « La preuve du pire, c’est la foule. « 

    • C’est bien pour cette raison que, comme je le signalais à D.Dupagne, une foule n’est sage que si ses membres ne s’influencent pas mutuellement.

  13. Je confesse avoir posté sans avoir tout lu. Maintenant que fait… je ne change rien !

    Cet échange me confortant dans mes préventions des foules dès lors que constituées de > 2 individus.

    Car lisant chacun je me dit que si je pouvais lui répondre en partageant un verre de Meursault nous aurions pu nourrir nous mutuelles réflexions du constat, d’abord de nos méconnaissances réciproques.

    Et, partant, de l’urgence d’aller chercher quelques faits à partir desquels émettre des hypothèses explicatives plutôt que des convictions ou citations d’auteurs dont nous ne sommes pas en mesure (à tout le moins moi pour ce qui est de Girard, sur qui le peu que j’ai lu et de qui le peu que j’ai écouté m’a laissé, comme à Sybille, l’impression de beaucoup de truisme. Et à défaut d’assertion. Aussi, ma tendresse pour les faits me fera toujours lui préférer… Jane GOODALL.

    A tout le moins voir si ce qui étaye les convictions énoncées méritent d’encore s’y référer. Bref, si la cervelle d’aucun d’entre nous n’était trop assujettie à un tempérament atrabilaire, un fond caractériel, de la testostérone excédentaire… on aurait sans doute coopéré dans la recherche d’un début de vérité. Ou au moins de l’élagage de quelques défaut de preuve.

    Bien plus facilement que sous le regard d’un ou de tiers qui réveillant l’esprit de compétition des animaux sociaux que nous sommes nous pousse vite à la confrontation.

    Tout cela dit, je vais me risquer à mettre mon grain de sel. Fusse pour dire que… la question me préoccupe grandement, voire m’angoisse, depuis bien longtemps.

    Depuis que sur la cour de récréation du CP, j’ai vu une toute « foule » s’acharner sur un de ses condisciple dont le seul tort était d’être plus faible, différent, surprotégé par de trop vieux, trop aimants parents qui l’affublaient d’un longue écharpe en laquelle les apprentis barbares ont tôt fait de voir l’instrument d’une torture spontanément coordonnée. J’assistais ainsi à la capacité de la foule d’avoir… raison. Mais avais beaucoup de mal à approuver ses raisons.

    Mais comment résister seul contre tous ? Est-ce la base de tout ce que j’ai investi dans la compréhension de l’éthologie de l’étrange bipède ? Ca y a en tout cas bien contribué.

    Est-ce ce souvenir traumatique qui a biaisé mon regard au point de ne voir dans toute foule que la preuve du pire ?

    Sans doute pas, puisque je tiens, moi aussi, la démocratie pour le « pire des systèmes à l’exception de tous les autres ». Pire, à commencer par son aisance à porter au pouvoir les pires d’entre nous dès qu’assez de peurs font accepter de la brader au besoin de se coordonner derrière l’animal alpha.

    Et que mon irréductible irénisme (lâche refus de souffrir dans de ces héroïques combats chers aux régimes forts ?) me fait rêver une humanité enfin délivrer du mal de la haine de l’homme pour l’homme.

    Mais au fait, ai-je bien raison ? Ne sont ce pas les amateurs « d’affrontement virils » qui ont raison. Les libéraux promoteurs de la loi du plus fort ? N’est-ce pas leur prône de la « sélection naturelle » qui sert le mieux l’espèce ? Les gonades sur pattes, si celles ci sont trop flageolantes ne mènent-elles pas l’espèce à sa perte ? Pas demain, mais dans mille, dix mille, cent mille… ans ?

    Que pèsent mes convictions démocratiques, mon choix de plus de droit pour moins de sang, face à la « logique » de survie de l’espèce ? Que pèse ce que je crois bien aujourd’hui à de telles échelles de temps ?

    N’est-ce pas juste de savoir ne tenir ma force que du regroupement des faibles contre les forts sûrs de leur droit de nous asservir que je suis si enclin à voire tant d’intelligence dans cette foule partisane de la démocratie ?

    Mais admettons que pour ce coup, sûr, elle ait raison la foule. Et que quand elle se fourvoie ce n’est que par manque d’informations ou les autres raisons évoquées plus haut (excès de coordination, ou manque de compétence, etc).

    Ainsi pourrons nous pronostique avoir raison de croire qu’aura raison une foule d’experts parfaitement capables et libres de s’informer aux meilleures sources dans des pays démocratiques garants de la pluralité de l’information.

    Voyons cela !

    Pour avoir été de la poignée de ceux qui, à partir de trois pauvres indicateurs, ont SU la Crise inéluctable une bonne décennie avant que l’armée des « experts » ne viennent nous expliquer qu’elle était IMPREVISIBLE, j’ai eu plus que loisir d’observer (incrédule !!!) leur aussi parfaite que collective… cécité !

    On voudra bien me pardonner d’en conserver une confiance inébranlable en la capacité des foules, si savante soit-elle, à se mettre le doigt dans l’œil jusqu’au genoux. Surtout s’agissant de réalités désagréables à envisager.

    Et, s’agissant de me faire une opinion, pas renoncer avant longtemps à leur préférer une ou deux cervelles bien faites, convenablement remplies, et dotées d’assez d’ans et sagesse pour avoir la modestie d’enrichir leurs rares certitudes de l’écoute prudente, mais attentives d’apports exogènes, voire exotiques, voire tonitruantes de foules dont elle écouteront les avis avec autant de circonspection que moi !

    Et, partant, continuer de cultiver l’art de repérer plus intelligent que moi.

    Cela étant, parce que refusant de sacrifier mes descendants connus, et moi-même, à la survie de l’espèce je fais le pari que le bon pari est de parier sur ce qui maximalise l’expression des potentialités individuelles du plus grand nombre. Donc j’incite mes enfants au respect mutuel plutôt qu’à marcher sur la gueule de leurs congénères, je préfère voter à gauche qu’à droite (même quand les représentants de la Gauche y font rien que m’agacer pendant que ceux de droite y font rien que faire preuve de bon sens !*).

    * Le monde n’est pas parfait, raison de plus pour s’employer à l’améliorer… non ?

    PS : ultime (pour cette nuit) question que je soumet à votre sagacité concernant les comportements des foules : mais pourquoi les prédictions autoréalisatrices inéluctablement engendrées par les phénomènes mimétiques si bien vérifiés ne rendent elles pas si facile de s’enrichir en bourse ? Et si ça marchait, tout le monde le ferait, donc tout le monde gagnerait ! Mais alors… qui perdrait ? Tout le monde… forcément ! :-)

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