Stop à l’ostéoporose… ou à ses traitements ?

L’essentiel : Avant d’aborder le cas Protelos dans une 2ème partie, voyons déjà si l’ostéoporose est traitée selon des règles satisfaisantes.

Les guidelines pour le traitement de l’ostéoporose reposent entièrement sur des données épidémiologiques : C’est la prédiction des complications de la perte osseuse qui fait l’intention de traiter. Or les études épidémiologiques ont un inconvénient majeur : elles recueillent les données de populations aux caractéristiques susceptibles de changer. L’incidence des projections que nous pouvons en tirer est d’autant plus incertaine qu’elle est lointaine.

Dans l’ostéoporose par exemple, le recueil s’est fait sur une population nouvellement vieillie, c’est-à-dire qui n’avait pas prévu de vieillir autant, et d’en prendre la mesure. La génération des femmes qui ont allègrement dépassé les 80 ans, et qui souhaitait, grâce aux promesses pharmacologiques de la médecine, bénéficier encore d’un bon confort de vie, a été le support de ces études, inquiétantes par le nombre élevé de complications apparues du fait de l’ostéoporose.

Le médicament est-il la seule prévention de cette affection ? Loin de là. L’hygiène de vie et la personnalisation des habitudes physiques sont d’un intérêt probablement très supérieur, mais il est difficile de le démontrer par la statistique étant donné les multiples variables à prendre en compte. Chacun peut constater, pourtant, la bonne tolérance des femmes gardant une activité physique régulière, de préférence choisie — de loisir —, à leur perte osseuse inéluctable. Tandis que les femmes très manuelles pendant leur carrière professionnelle, et qui n’enchaînent pas sur un entretien physique à leur retraite, perdent toute aisance et toute adaptation aux effets de l’âge, et déclinent de telle façon que l’ostéoporose devient alors très péjorative.

Ainsi ce n’est pas sur la génération des femmes émancipées qui se sont prises en charge dès la ménopause, par un traitement hormonal et un entretien physique régulier, qu’ont porté les études épidémiologiques de référence, mais sur la génération précédente.
L’on constate d’ailleurs actuellement une diminution franche des complications sévères de l’ostéoporose, qui n’est pas attribuable seulement à l’essor des traitements préventifs. Il est en fait impossible de savoir quelle part ceux-ci ont réellement eu dans cette amélioration, surtout quand l’on connaît le suivi des traitements dans la vie courante, souhaité davantage que réalisé.

La politique préventive contre l’ostéoporose a débuté par des discours « d’attaque » enthousiastes, excessifs, radicalisés même par le peu d’enthousiasme rencontré initialement au sein de la profession, et bien sûr orchestrés en sous-main par l’industrie.
Le danger vital de l’ostéoporose-maladie est essentiellement la fracture du col. On insiste sur son déclenchement facile par une chute même bénigne. Cependant, chute et fracture ne sont que le symptôme terminal d’une perte d’autonomie préalable et sévère de la personne âgée. Il serait illusoire de penser que la fracture est l’accident qui conduit au bord de la tombe. Le chemin qui a mené en position aussi périlleuse est tracé depuis des années. Ce ne sont pas les anti-ostéoporotiques qui l’auraient modifié, mais plutôt une prise en charge globale du vieillissement et particulièrement de ses aspects psychologiques : On ne peut pas faire les exercices à la place des gens. On ne peut pas demander au kiné d’être le sergent-major qui vérifie chaque jour que l’activité physique est d’un niveau satisfaisant, sinon le vieux est signalé au contrôle médical, et l’indocile placé immédiatement sous anti-dépresseurs et anti-ostéoporotiques !

L’ostéoporose rachidienne est plus problématique car les complications — les tassements — semblent survenir même chez des femmes sans excès de sédentarité. Pourtant, là encore, la tolérance est bien meilleure chez les femmes actives. Les asiatiques ont les mêmes pertes de taille que les occidentales, mais s’en plaignent peu, sans doute pour des motifs culturels de tolérance à la douleur, mais aussi parce qu’elles ne connaissent pas la retraite.

Les tassements dorsaux ne sont pas que le résultat de l’ostéoporose, mais aussi de la cyphose fixée : Quand la courbure est aussi permanente, la pression sur la partie antérieure du corps vertébral est terrible en termes de kilos multipliés par le nombre d’heures de procubitus. Cette partie cède, accentue immédiatement la cyphose, l’enraidit encore plus à cause des douleurs, d’où l’enchaînement, en quelques mois, des tassements en cascade des corps vertébraux fragilisés.
Tandis que le simple fait d’empêcher l’enraidissement en cyphose par des exercices d’assouplissement réguliers, ainsi que des postures à plat dos sur plan ferme, suffit à soulager les pressions antérieures. C’est extrêmement simple à réaliser et pourtant il existe davantage de femmes sous traitement anti-ostéoporotique que pratiquant ces exercices…
La tendance spontanée à la cyphose vient de l’inconfort procuré par l’hyperextension, qui remet l’appui sur les articulaires postérieures arthrosiques à cet âge, zones particulièrement sensibles. Ce ressenti est fortement lié à l’absence d’activité physique de loisir. Les paresseuses se feront utilement aider par des séances d’ostéopathie occasionnelles, qui diminuent ces désagréments. Mais il n’existe en réalité aucune lésion, aucune interdiction à faire des hyperextensions lentes et insistantes. Si l’activité normale ne les réalisent pas spontanément, il faut s’astreindre gentiment à les faire dans un entretien quotidien.

Les femmes avec ostéoporose vertébrale marquée mais restées souples perdent effectivement de la taille, mais sans tassement brutal et caricatural — effrondrement antérieur —, sans changement dramatique des courbures, et ainsi avec une tolérance excellente : il existe de nombreuses femmes qui ont perdu 20 cm sans jamais avoir souffert notablement du dos.

La conclusion de tout ceci est qu’il faut ajuster les indications des traitements ostéoporotiques et ne pas surprescrire. L’ostéodensitométrie n’est qu’un élément d’une prescription, au milieu d’un diagnostic de l’autonomie future, auquel doit participer la patiente. L’anti-ostéoporotique ne doit pas servi d’alibi pour éviter les mesures physiques et croire qu’on est à l’abri des complications. L’amélioration de l’hygiène de vie est au contraire une alternative réaliste et plus complète au médicament dans la majorité des cas.

Le moindre effet du raloxifène sur le col fémoral n’est pas un inconvénient rédhibitoire puisque la prévention de la fracture du col est surtout une prévention des chutes. D’ailleurs un rembourrage placé sur le grand trochanter a dans une étude été aussi efficace que les anti-ostéoporotiques de référence dans cette prévention.
Cet article est bien entendu motivé également par l’enterrement médiatique du Protelos. Nous aborderons ce sujet dans une 2ème partie, que nous pourrions intituler « Faut-il descendre sans sommation le délégué de Servier dès qu’il se présente à notre porte ? », mais je vais trouver autre chose 😉 car un article serait inutile si la réponse était univoque.

Une réflexion sur « Stop à l’ostéoporose… ou à ses traitements ? »

  1. -Apparemment boycotté de club, je pointe directement 2 articles persos qui vont dans le sens de ta démonstration,
    -Puisqu’on a grandement sollicité le gynécologue, (ainsi qu’un grand nombre d’autres incompétents en rhumatologie) après l’affaire WHI, pour combler en matière de prescriptions inutiles le manque à gagner de l’industrie

    – A propos de la densimétrie qui est très loin d’être une solidométrie
    http://bluegyn.com/blog/?p=1109

    -A propos du signe du décolleté de Jamin, tout aussi pertinent que le dosage de la Vitamine D
    http://bluegyn.com/blog/?p=1118

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