Le médecin est-il un spécialiste des émotions ?

(question d’un lecteur)

Le médecin est spécialiste pour décortiquer l’émotion, pas pour l’éprouver.
Nuance capitale, qui l’empêcherait sinon de se rendre à son travail, car s’il lui fallait éprouver les émotions des autres quand ils se sentent malades… il perdrait toute efficacité.
C’est d’ailleurs ce qui se passe quand le médecin se soigne lui-même, souvent mal : il n’est plus capable de s’abstraire de ses propres émotions.

Recueillir les émotions des autres dans ses mains sans les éprouver n’implique pas qu’elles soient sans importance, au contraire.
Certains médecins, c’est vrai, ne savent pas quoi en faire, trouvent qu’elles engluent le diagnostic, et tentent de s’en laver les mains — origine probable des excès des hygiénistes —.
Si, par contre, on sait les présenter comme un trésor à leur propriétaire, il peut lui aussi les contempler, et y gagner beaucoup de liberté.

N’émettons pas de jugement de valeur sur les émotions des patients. L’empathie agissante (1) est de leur montrer des futurs, et ils repartent avec l’impression qu’un noeud a sauté.
Voyez cela comme l’ostéopathie des émotions…

(1) J’ironise sur mes propres critiques contre la philosophie agissante. Mais le rôle du médecin est plus interventionniste que celui du philosophe.

Une réflexion sur « Le médecin est-il un spécialiste des émotions ? »

  1. En prévention d’un lynchage, je me poste immédiatement la réponse embarrassante :
    Et s’il n’existe pas de futur ?

    Traçons la frontière, parfois peu visible, entre la « bonne » culpabilité et la culpabilité pathologique :
    La bonne est celle que l’on éprouve si un diagnostic est dramatiquement tardif ou erroné, et que cela a entraîné une perte de chance notable. Dans ce contexte, les assurances ne sont pas un progrès social : Elles dissipent la responsabilité et la monétisent, alors que son rôle fondamental devrait se restreindre à diminuer l’incidence de l’aléa. La principale punition pour une faute est l’inconfort d’une procédure juridique, qui n’a rien de constructif et est fort coûteuse en elle-même. Elle remplace désavantageusement le remboursement personnel par le fautif, en services plutôt qu’en devises, soutenu et motivé par cette « bonne » culpabilité.

    La culpabilité pathologique est se sentir responsable des promesses que la médecine ne tient pas. Personnellement je conseille aux gens d’éteindre leur télé, ou d’écrire un courrier aux célébrités qui annoncent un miracle de la médecine sans qu’il se réalise chez eux. Depuis que l’on guérit 50% des cancers, c’est devenu plus dur pour les 50% qui ne guérissent pas. On ne sait pas trop où est le coupable, et le médecin est le seul suspect sur lequel on arrive à mettre la main — analogie avec le médecin lui-même qui fait la gueule au délégué Servier parce qu’il ne peut s’adresser aux vrais auteurs des mensonges qu’on lui a servis —. La responsabilité symbolique plaquée sur le médecin peut être endossée sans qu’il en ressente de la culpabilité. Celle-ci serait pathologique. Tout ceci ne peut être bien compris que dans le concept de la panconscience.

    Culpabilité et responsabilité affluent parce que la vie et la santé sont plus qu’idéalisées : Elles sont devenues un but et non plus un moyen pour exister. L’esprit est anéanti si l’on renverse ces vaches sacrées. Quel que soit le pronostic, la mort s’incruste non plus dans l’ombre du patient mais directement dans son coeur : C’est elle qui le fait marcher, mort-vivant sans passé ni futur. Seul le pouvoir de cet habitant macabre a changé — on l’a magnifié —, car n’est-il pas présent, dans l’ombre, depuis notre naissance ?

    Ici apparaît la véritable carence de la formation médicale, qui ne concerne pas le soin physique, mais les sciences humaines. Une profession autrefois riche en philosophes devient un repaire de statisticiens.
    Bientôt, à « Quel est le but de mon traitement ? » l’on ne saura plus répondre que : « Satisfaire aux bonnes pratiques… »

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