Scandale autour du Lombiator

Les médias ont tort de s’exciter sur le Médiator (1). Il existe des scandales plus graves mais occultes, qui touchent bien davantage de personnes dans leur quotidien.
Comme le fait remarquer Philippe Ha-Vinh, l’ostéoporose a fait l’objet de campagnes de prévention acharnées, tandis que les lombalgies et cervicalgies continuent à pourrir la vie des jeunes comme des vieux, dans l’indifférence générale. Les douleurs du 3ème âge, au quotidien, ne sont pas ostéoporotiques : Ce sont celles de l’arthrose, que l’on prévient non pas avec les placebos actuels mais avec des mesures physiques.
Et s’il ne s’agissait que du vieillard ! Il est devenu courant de voir des adolescents consulter pour des rachialgies mécaniques. Il va falloir s’habituer à voir au courrier, à côté de celle d’EDF, la facture de l’ostéopathe en prélèvement automatique.

Comment expliquer cette absence de concernement social pour des douleurs que tout le monde éprouve dans sa vie ?
En voici les grandes causes :

La recherche médicale est en état de prostitution avérée pour l’industrie du médicament. Les choses se sont bien arrangées : Avec la déclaration des conflits d’intérêts, elle est devenue légale…
Sans médicament à tester, pas de financement. Or les douleurs rachidiennes se traitent par des mesures d’hygiène de vie détaillées. Sans doute faudrait-il chercher les fonds chez les fabricants de matériel sportif et les propriétaires de salles de gym. Mais le terrain ayant toujours été occupé par le médicament, c’est sans surprise que le traitement médical « classique » d’une rachialgie comporte un AINS, un myorelaxant, un antalgique… une hérésie. Cette malheureuse inflammation qui tente à grand peine de réparer un disque, mieux vaut la gommer et l’oublier.

Douter en médecine est une bonne chose, mais la méthodologie statistique actuelle est inadaptée aux troubles locomoteurs. La recherche EBM, joyau révéré par les hospitaliers, est impuissante à dire quelles sont les procédures efficaces dans le traitement des rachialgies. La force de la statistique s’effondre avec le nombre de facteurs étudiés, or ils sont innombrables dans la façon dont un individu se sert de son appareil locomoteur. La médecine EBM continue à pondre des études doutant de l’efficacité des manipulations, amalgamant sans les connaître des dizaines de techniques manuelles différentes, tandis que les patients, pragmatiques, vont directement montrer leur rachis à l’ostéopathe, court-circuitant leur médecin classique.

Les rachialgies sont empreintes de la vilaine glu du « fonctionnel ». S’il y a bien une chose dont le scientifique a horreur, c’est le sujet flou, parce qu’il présente les choses à sa façon. Or le cerveau est fortement connecté à son moyen de locomotion. Il refuse de le quitter pour les besoins de l’étude, et si on l’endort, il ne locomotionne plus. Damnation ! Comment plier ce corps à nos abaques, s’il suit un bon vouloir cortical ?
La solution pour le praticien est simple : C’est de tracer une étoile, chaque branche représentant un élément du trouble fonctionnel : lésion de l’organe, trouble de la proprioceptivité, contraintes externes anormales (métier), habitus, difficultés psychologiques domestiques et professionnelles.
Nous voici avec une belle image diagnostique, chaque branche pointant vers un traitement dédié.

La médecine est capable de traiter le chaos, quand elle protège son indépendance.
La recherche est capable de quitter le médicament, si elle trouve d’autres finances.

(1) OK c’est facile. Ce qui est dur est de le placer sur un site rhumato…

2 réflexions au sujet de « Scandale autour du Lombiator »

  1. Plusieurs remarques : 1) Vous confondez l’EBM et les Etudes contrôlées randomisées ; 2) Vos arguments sur l’ostéopathie sont les mêmes que ceux qui prônent l’homéopathie (comparaison n’est pas raison) ; 3) l’effet nocebo de l’ostéopathie n’est jamais évalué ; 4) les théories fumeuses de (certains) ostéopathes me laissent pantois ; 5) l’attaque contre Big Pharma ne fait pas de mal, cela met les rieurs, les anticapitalistes de son côté…

    1. Voici un résumé concis des réponses que les confrères pressés n’auront pas le temps d’aller chercher dans ce blog verbeux :

      1) Je confonds volontairement EBM et études contrôlées randomisées — ajoutons même en double aveugle —parce que les secondes sont le support quasi exclusif de la première, générant des règles de pratiques elles aussi randomisées et non personnalisées. Une médecine médiocre, statistique et donc… approximative. L’existence d’autres méthodologies, études contrôlées centrées sur l’évaluation par le patient ou du thérapeute, reste anecdotique et sans influence sur les recommandations actuelles.
      J’ai beaucoup de sympathie pour les créateurs de l’EBM, qui ne voulaient pas que leur bébé devienne un monstre tentaculaire et ont prononcé des mises en garde contre cette évolution possible. Je fais un parallèle avec les découvreurs de l’énergie atomique : Le contexte a voulu qu’on ait besoin de la bombe, ce qui a fait d’eux des gens suspects. La médecine a eu besoin de moyens de vérifier qu’elle tenait ses promesses : C’est l’outil EBM que l’on a assigné exclusivement à la tâche, à son grand dam.

      2) Ostéopathie et homéopathie ne doivent pas être amalgamées. Les deux apportent une excellente prise en charge humaine, ce qui n’est pas négligeable. Les études contrôlées commencent à s’en rendre compte : L’effet Hawthorne est plus important que l’effet placebo ; la supériorité de l’homéopathie dans certaines indications ne provient pas du granule mais de la qualité de la prise en charge. Les patients sont améliorés par le simple fait qu’on s’occupe attentivement d’eux. Est-ce une surprise ?
      L’ostéopathie comporte en plus des techniques physiques qu’il faut pratiquer soi-même pour en parler. Elles font une différence immédiate entre un patient débarrassé de sa cervicalgie à l’issue de la consultation et un autre, malheureux, qui va chercher AINS et myorelaxants palliatifs. Le résultat de ces techniques est indépendant de tout profil psychologique, bien que le choix parmi les méthodes doive tenir compte de ce profil. C’est l’une des médecines les plus rapides, spectaculaires et rentables. Qu’elle soit incluse dans la formation de tout médecin comblerait une grande partie du trou de la sécu.
      Au fil des siècles, le médecin a réussi à quasiment éliminer le curé, mais toujours pas le rebouteux… Les techniques du second sont pourtant bien plus rapides et faciles, et il aurait mieux valu garder le premier comme correspondant !

      3) Effet nocebo de l’ostéopathie : Au plan des complications primaires, les AINS étaient, il y a une dizaine d’années, au niveau du SIDA parmi les causes de mortalité dans les enquêtes américaines. Les manipulations, qui ne sont qu’une des techniques ostéopathiques, et de moins en moins pratiquées, n’ont certainement pas tué autant de monde.
      Quant aux complications secondaires, défaut de prise en charge pour une pathologie qui ne relève pas de l’ostéopathie, les torts sont partagés avec les médecins qui n’incluent pas les ostéopathes dans le réseau, c’est-à-dire qui ne connaissent pas les indications de ces traitements et encouragent les ostéos à travailler en médecine parallèle… sans filet puisqu’ils n’ont pas d’accès aux examens complémentaires.

      4) Certains ostéopathes racontent beaucoup de bêtises, mais c’est l’ostéopathie qui a introduit la notion de globalité dans les maladies locomotrices, que la médecine classique reprend maintenant à son compte. Il existe une guerre de religion dans le milieu ostéopathe, entre les anciens qui ne veulent pas entendre parler de rationnalisation et d’études contrôlées, et les jeunes qui souhaitent faire de la science. Peu importe. Les anciens sont souvent meilleurs techniciens, par la durée de la courbe d’apprentissage, quelque soit leur discours. La demande des jeunes est justifiée car elle va faciliter leur réintégration dans un réseau de soins homogène. Les ostéopathes ont leurs propres impostures à affronter… tout comme les médecins.
      Mais cela reste en réalité une affaire très personnelle : De belles illusions aident à se gratifier dans son travail et à se soucier davantage de sa réalisation quotidienne. Tous les thérapeutes ont des tâches répétitives ; il faut sa dose de plaisir pour s’y atteler. Nous ne pouvons pas nous déclarer imposteurs, même quand nous le sommes, et nous avons raison. Faisons encore un parallèle, cette fois avec le contribuable qui triche sans hésiter sur des broutilles de sa déclaration d’impôt, pensant que s’il ne pratique pas ce sport national, il se fait avoir… mais qui vote pour une moralisation de la fiscalité en général. Le médecin se laisse aller à la même petite délinquance vis à vis des organismes sociaux, mais ce n’est pas cela qui est grave. Le drame vient qu’il n’existe aucune structure, dans la profession, qui se charge d’une réflexion générale sur les pratiques et un projet de santé. Ne vous ridiculisez pas en me parlant de l’Ordre…

      5) Big Pharma respecte ses propres contraintes, industrielles. Le monde de la santé, s’il était adulte, n’aurait pas tant de difficulté à la tenir à distance. Que les médecins fassent autant de brainstorming sur la politique de santé que les dirigeants des laboratoires, et nul doute que nous aurions d’autres propositions à faire qu’une demande d’augmentation d’honoraires… Mais la profession ne dispose que de brillantes individualités, et d’aucune troupe. La coordination est médiocre quand plusieurs milliers de généraux dirigent chacun leur propre quartier général, sans avoir recruté aucun soldat pour le champ de bataille où se décide le destin de la société.

      Aïe ! Ai-je vraiment fait un résumé ?

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