Août 192011
 

Vu la fréquence de la pathologie discale, nous pourrions être tous tentés par la commande de 2 disques de rechange supplémentaires, les deux les plus bas situés finissant très mal leur carrière, sous le poids de tout ce mou qui se prélasse au-dessus de leur tête — nous exploitons toujours outrancièrement nos plus inférieurs —.
Malheureusement les indications de la prothèse discale restent rares, pour plusieurs raisons :

Nécessité de décider précocement de l’intervention dans l’histoire de la dégénérescence discale :
L’intérêt de la prothèse est double :
— Préserver la hauteur discale, pour éviter l’affaissement des articulaires postérieures et une arthrose inéluctable à ce niveau, et secondairement un étranglement agressif sur les racines nerveuses
— Conserver la participation de l’étage vertébral au mouvement global, sinon les étages adjacents subissent des contraintes anormales, d’autant que le pincement discal étant surtout postérieur, les lordoses cervicales et lombaires sont accentuées.
Aucun intérêt donc de placer un disque neuf sur un rachis arthrosique ou un étage pincé depuis de nombreuses années, qui a très peu de chances de reprendre un fonctionnement normal. L’âge limite (moyen) est 50 ans.

Technique chirurgicale difficile et non traditionnellement pratiquée par les chirurgiens du rachis : Les hernies sont ôtées par voie postérieure. La prothèse discale lombaire se place par voie antérieure rétro-péritonéale gauche. Entre les mains d’un chirurgien entraîné, le taux de complications est très bas, mais non nul : risque de blessure des gros vaisseaux exceptionnel, 0,8% d’éjaculations rétrogrades, 8% d’effet mineur de sympathectomie.

Les résultats au niveau cervical ne sont pas supérieurs à l’arthrodèse avec 5 ans de recul — mais c’est sur le long terme que l’on peut espérer un bénéfice de la conservation d’une hauteur discale —.
Au niveau lombaire, les résultats fonctionnels sont très bons, en particulier sur le maintien de l’équilibre sagittal, à condition de respecter les indications (certains types d’équilibre sagittal sont des contre-indications), âge, bon état musculaire, facettes articulaires non détériorées : C’est le rare patient vu tôt pour une lombalgie en barre traînante, discopathie authentifiée par un signal Modic 1 en IRM, et pincement discal rapide, avec une préoccupation pour l’avenir fonctionnel qui fasse envisager une intervention délicate (sportif de haut niveau…).

Notons que c’est également le patient qui bénéficie le mieux des techniques d’hygiène de vie décrites pour la discopathie simple, qui empêcheront le pincement discal si elles sont appliquées assez tôt. La prothèse discale n’est donc pas un bouleversement du traitement de la lombalgie, de la cervicalgie, ou des névralgies discales dites « communes ». Vues tôt, ces pathologies relèvent de modifications significatives du comportement, bien expliquées à l’intéressé, tandis que dans les formes évoluées l’arthrodèse a un meilleur rapport bénéfice / risque, la perte d’une articulation vertébrale étant peu critique au plan fonctionnel par rapport à celle d’une hanche ou d’un genou.

Conclusion personnelle : Sans remettre en question l’intérêt des prothèses pour les articulations en phase terminale, reconnaissons qu’elles sont un constat d’échec : échec d’une adaptation du patient, par sa proprioceptivité et son habitus, à auto-guérir ou protéger son articulation. Les causes proviennent d’un manque d’information au sein du couple patient-médecin, et d’une constitution trop tardive de ce couple. Une prise de conscience s’est faite pour l’ostéoporose, traitée à présent avant les fractures — mais l’on se repose beaucoup trop sur les médicaments —. Cette reconnaissance est à faire pour l’arthrose, où patient et médecin se réunissent pour une cérémonie mortuaire autour du cartilage disparu, quand le sort du malheureux se décide à l’âge de la médecine professionnelle et sportive.

 Posted by at 5 h 39 min

  2 Responses to “Où en est la prothèse discale ?”

  1. Il semble que médecins conseils et rhumatologues aient de nombreux patients en commun!
    Vous avez tout à fait raison de signaler cette épidémie de lombalgie chez les hommes, survenant plus tôt que l’ostéoprose chez les femmes, et handicapant non pas leur retraite mais leur vie professionnelle à partir de 45 ans!
    Il est curieux que le disease mongering fait autour de nombreuses autres pathologies, soit beaucoup moins actif autour de la lombalgie, qui au contraire de la plupart des maladies a tendance a être minimisée dans ses conséquences.
    Avec tout les messages de prévention que nous entendons, pourquoi aucun sur « protégez vos articulations des traumatismes dû au travail ou au sport »?

  2. C’est complètement vrai.
    Les rachialgies ne se laissent pas apprivoiser par la médecine EBM, trop exclusive actuellement, et ces pathologies restent dans les friches de la médecine.

    Nous tirons à boulets rouges sur le site contre la lombalgie et la cervicalgie dites « communes » qui font encore les gros titres de la presse scientifique.

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