Fibromyalgie : racines historiques

Avez-vous bien remarqué que notre argumentaire extrade la fibromyalgie du siège de la conscience de ces patientes, et l’exile dans la panconscience collective ?

Dès que l’on aborde l’analyse psychique de cette maladie, traîne la tenace accusation qu’il s’agit d’une sorte d’auto-mutilation, d’auto-punition.
Non, voilà une culpabilisation bien mal placée. Il n’existe aucune anorexie, aucun désir de se nuire. Les médicaments sont rejetés parce qu’inutiles. Ces femmes évitent même un simple piercing.
Le migraineux se suicide parfois… surtout après la lecture d’un article de ce blog 🙂 La fibromyalgique, malgré toutes ses douleurs, jamais.
La maladie est provoquée au contraire par une tentative d’adaptation, assez désespérée, à des ordres contradictoires : La société prétend se charger du bonheur de toutes, et demande simultanément aux femmes d’acquérir en elles-mêmes une responsabilité identique aux hommes.

La fibromyalgie, peut-on dire, est un effet indésirable de l’émancipation féminine.
Hein ???

Quand la vague féministe a pris de l’ampleur, beaucoup d’hommes y ont adhéré non pas par conviction philosophique, mais pour dire à leur épouse de se mettre à chercher un boulot. Dans nombre d’affaires malheureuses, certains en ont profité pour larguer la compagne vieillissante et séduire une plus jeune, se déculpabilisant au prétexte que les femmes sont à présent indépendantes. Pas toutes de la même façon, surtout dans une société dont de nombreux secteurs restent fortement machistes…

Une interlocutrice a remarqué que si les abus sexuels ont une responsabilité dans la fibromyalgie, comment se fait-il qu’elle soit d’apparition récente ? Ces abus semblent d’autant plus courants que l’on remonte l’histoire humaine. Pourquoi, alors, la fibromyalgie n’est-elle pas une maladie préhistorique ?

C’est la qualification « d’abus » qui est récente. L’émancipation féminine a eu également comme conséquence la reconnaissance des pratiques incestueuses sur les adolescentes comme immorales. Auparavant seul les abus assortis de violences physiques manifestes étaient qualifiés de crime. La notion d’abus psychologique n’avait pas cours au tribunal. Une génération de femmes se trouva ainsi soumise à une « victimisation » par l’évolution des moeurs. Un comportement paternel considéré comme peu reluisant, mais courant, accepté la plupart du temps par les mères elles-mêmes — qui avaient subi la même chose —, devint soudainement une agression caractérisée par le protecteur familial en titre.

Ces annonces ont eu un effet dévastateur pour toutes celles qui n’ont jamais vu d’autre protection qu’au sein de leur couple, leur famille, et la société en général.
Pire, que ces épisodes sexuels aient été des violences psychiques leur a été imposé de force, sans parole à la défense. Le père est enchaîné définitivement dans les geôles de la polyconscience. Il devient tragiquement difficile, alors, de dépénaliser les futurs actes sexuels…

Pendant que quelques-unes, saisies par la pureté de l’idéal, enfilaient leurs gants de boxe pour hisser le féminisme à la une, d’autres en subirent les plus grossiers effets secondaires.
C’est toute l’histoire tragique de l’idéalisme, qui enrôle bien davantage de soldats involontaires que de convaincus.

Le tsunami fibromyalgique cependant, né de la chute de l’astéroïde Féminisme dans l’océan de la psyché humaine, devrait refluer dès que ses causes seront reconnues et admises.

8 réflexions au sujet de « Fibromyalgie : racines historiques »

  1. Je ne sais pas où vous avez été péché que le fibromyalgique ne se suicidait jamais car en fait les fibros détiennent un des plus hauts taux de suicide parmi tous les malades chroniques ;
    quant à moi (fibro) je tolère depuis l’arrivée de la maladie très mal les médicaments mais quant j’en repère un qui peut me soulager je l’utilise à bon escient
    voilà
    téma

    1. Pas très judicieux pour les fibromyalgiques de colporter des bruits pareils, Téma. Il n’y aucune démonstration d’un taux de suicide particulièrement élevé dans la FM, avec des études qui disent le contraire, et la seule dont j’ai entendu parler qui montrait une prévalence supérieure du suicide (avec également plus de cirrhoses et d’accidents vasculaires, ce qui en fait déjà une population particulière), ne retrouvait pas d’augmentation globale de mortalité par rapport à la population générale.
      Vous confondez peut-être avec les idées de suicide…
      Pour vous donner une idée, le suicide représente 1% de la mortalité générale. La FM est à proximité de ce chiffre. Les psychopathies, dont ne semble pas faire partie la FM (ouf !) sont à 11%…
      J’ai eu connaissance de migraineux qui se sont suicidés à cause de la douleur. De fibromyalgiques, jamais.
      Les suicides sont donc probablement liés à des psychopathies compliquant la FM. Mauvaise prise en charge ? Il faudrait déjà définir ce qu’est une bonne prise en charge… Je n’ai pas l’impression que la médicalisation l’améliore, au contraire… au point que lorsque j’ai affaire à une patiente présentant un tableau typique de FM mais la vivant sans grand problème — il y en a davantage qu’on ne le croit —, j’hésite à lui faire ce diagnostic.

  2. Je me délectais à l’idée de me faire brocarder comme macho englué dans une lutte d’arrière-garde contre l’émancipation féminine, mais mes lecteurs sont trop gentils. J’ai bien eu quelques remarques, prudentes, sur un débordement possible par rapport au sujet de la fibromyalgie…

    Nous entrons ici dans un domaine polémique et d’accès difficile, car l’émancipation féminine est loin d’être un acquis généralisé : délicat d’en critiquer déjà les excès. Ecueil comparable au révisionnisme, sujet traité sur « Trinquons à l’acide » : Quand l’idéalisme est encore à la lutte, il ne se laisse pas facilement amadouer dans les consciences très remontées.
    Pas mon genre de vendre une idée douteuse en l’adossant à une autre plus facile à déguster, travers du pseudo-scientisme fréquemment dénoncé ici.
    La suite non médicale des effets secondaires de l’émancipation ira donc sur cet autre blog, désigné comme cible idéale pour les hackers mécontents.

  3. La principale difficulté pour sortir d’affaire une fibromyalgique est la place que la maladie a prise dans sa vie.
    Comme dans la plupart des affections chroniques, il est difficile d’intervenir quand la patiente s’est organisée autour de la fibromyalgie, alors que les prises en charges précoces sont très faciles.
    D’où la nécessité d’en reconnaître les racines, hors de l’imposture actuelle de sa médicamentation.

  4. Rien ne peut remplacer, au coeur de l’assurance d’un homme, la certitude calme et inébranlable d’une mère d’avoir enfanté le soleil de l’humanité.

    S’agit-il d’un avantage déterminant ? Tout dépend sur quelles valeurs s’est construite cette assurance, car elle sera inamovible. Elle peut créer un humaniste dévoué, un affairiste insensible, un mari fidèle, un meurtrier dénué de tout remord.
    Ce sont les mères qu’il faudrait envoyer au parloir.
    C’est à elles que l’on doit tout le profit de son entreprise personnelle.
    Ce sont à elles qu’il faudrait demander, au procès, de se rétracter d’une telle confiance.
    C’est dans leurs yeux que l’on sait si les valeurs que l’on s’est choisies, confirment notre propre valeur.
    C’est la sienne, si l’on a capitalisé du bonheur jusqu’à suffoquer, qu’il faut adorer.

    Pourquoi ai-je ressorti ici ce vieux texte ?
    Si l’on fait un parallèle, quelle peut être la conséquence pour l’assurance d’une fille de lui annoncer que son père a violé son affection pour elle ? Le désastre provient non pas de l’agression sexuelle elle-même mais de la victimisation. Le discours à tenir est à l’évidence que son père n’a pas voulu lui faire de mal, et non qu’il s’est comporté en prédateur. C’est bien l’instinct qui était à l’oeuvre, mais pas celui de détruire son enfant.

  5. D’emblée s’est faite la réflexion que l’apparition de la fibromyalgie a suivi de près la disparition des hystériques du siècle dernier. Sauter immédiatement à la conclusion que les unes sont devenues les autres est simpliste, mais la remarque est intéressante : que sont devenues les hystériques ?
    A l’ère de l’émancipation féminine, la présentation hystérique ne fait plus recette ; les chances de séduire la société, et l’autre sexe en particulier, pour en réclamer la protection, s’effondrent. Car l’hystérique était, juste sous la surface, une séductrice, sans que cela soit une fin en soi. Elle est avant tout une petite fille perdue, souvent traumatisée, dans l’incapacité de trouver assurance et responsabilité en elle-même, et ainsi en recherche de toute protection disponible autour d’elle, sans jamais se reposer sur une seule.
    Ce tempérament s’est trouvé remarquablement inhibé par la notion nouvelle que la femme, désormais, doit ne compter que sur elle-même. Cependant la société, pas bégueule, a renforcé simultanément son assistance aux plus vulnérables, aux « souffrants ». La douleur « valorisée » par le corps médical se réduit à celle du corps, la souffrance morale étant moins aisée à codifier et à faire entrer dans les procédures d’assistance. Le mal-être de ces femmes n’avait plus d’autre issue qu’une présentation physique la plus séduisante pour la solidarité médicale : des douleurs multiples et insupportables.
    Leurs inconscients n’avaient pas les moyens « d’inventer » une maladie bien codifiée pour les blouses blanches. La douleur apparut diffuse, incompréhensible, sans rapport avec une lésion physique ou biologique quelconque. La fibromyalgie était née.
    Tout ceci n’est bien sûr que conjectures.

  6. C’est merveilleux! Je fais un travail en études féministes sur la santé des femmes et j’ai choisi la fibromyalgie parce que c’est très majoritairement « un mal de femmes » qui se trouve à l’intersection entre le sexisme de notre société (avoir longtemps pensé que c’était une maladie imaginaire) et celui du pouvoir médical (qui adopte une perspective androcentrée, oubliant de prendre en compte le vécu des femmes, les symptômes parfois différenciés pour certaines maladies, avoir de la difficulté à CROIRE les femmes lorsqu’elles décrivent leurs symptômes, etc.). Et JE TOMBE SUR CE SITE! Voilà, c’est dit : C’EST LA FAUTE DU FÉMINISME si des personnes sont atteintes de fibromyalgie! C’est merveilleusement grotesque et absurde comme explication. Je rigole, c’est pas possible ! ahahahah!

    1. Ce mail confirme ce que tout le monde sait : il y a le féminisme éclairé, et les religieuses du féminisme, aveugles à tout sauf à la cause…

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