Du trouble d’attention au trouble de responsabilité : Où réapparaît la fibromyalgie

Il est faux de dire que l'hyperactif est fâché avec les livres
Le cerveau est un drogué.
Il est affamé de neuromédiateurs, que seules lui fournissent les sensations. Enterrons la vision classique du cerveau PDG d’un assemblage d’organes stupides. Les interactions sont en permanence bilatérales et les sensations modèlent profondément le centralisateur hébergé par la boîte crânienne. La peau n’est qu’une cloison et non pas une frontière aux sensations, et le cerveau se remodèle également, à une vitesse parfois impressionnante, d’après des informations extérieures auxquelles il n’est pas directement connecté. Les centres moteurs et sensitifs intègrent un outil tenu en main, comme s’il faisait partie intégrante du corps. De la même façon, notre représentation du monde évolue en permanence, et ce n’est qu’en la comparant à des représentations étrangères que nous pouvons croire, sans certitude absolue, qu’elle se rapproche véritablement du réel.

La principale différence entre cerveau et ordinateur n’est pas que le premier soit biologique, mais qu’il n’en existe pas deux à utiliser le même système d’exploitation. Les sensations / instructions sont traitées ainsi de façon fort différente. Le résultat abouti d’une neurochimie, d’une organisation cérébrale, d’un environnement et d’évènements, tous spécifiques à chaque individu, explique l’incroyable diversité de l’humanité. Nous serions sans doute des extra-terrestres les uns pour les autres, comme peuvent l’être des animaux étranges, si nous n’étions pas unis par une série de stimuli identiques, hormonaux et interactifs sociaux.

Ce modèle apporte un éclairage au problème des addictions au virtuel, que nous verrons dans un prochain article.

Le cerveau est une éponge à sensations. Il est extrêmement attentif à tout nouveau stimulus, et ce n’est qu’après les avoir testés et classés qu’il peut les juger éventuellement sans intérêt.
L’enfant n’en est pas encore là. Il absorbe tout ce qui l’entoure avec une insouciance frénétique. Les plus hyperactifs à intégrer cette énorme somme d’informations ont des troubles de concentration… parce qu’ils ne sont pas encore entrés en digestion. C’est une étape fonctionnelle aux soubassements profondément biologiques, que l’on tente de bricoler avec des produits comme la Ritaline, en apprenti-sorcier.

Certains cerveaux semblent préférentiellement multi-tâches, d’autres mono-tâche. L’origine de cette organisation est probablement génétique car elle se manifeste précocement et semble difficile à inverser. Le type du cerveau multi-tâches existe dans le monde animal : Le poulpe possède un système nerveux réparti entre sa tête et ses tentacules, et les noyaux corticaux de ces derniers possèdent une grande autonomie : Des tentacules sont capables de tirer le poulpe vers une proie comestible tandis que d’autres le maintiennent à distance parce qu’il est effrayé par la cuve d’expérimentation où il se trouve.

Le concept du Moi devrait être remplacé par celui de la polyconscience, plus complet que la théorie freudienne. Nous sommes une société intérieure de personae. L’individu est un placard humain pratique à numéroter sur une carte d’identité, mais cette sacralisation de la frontière représentée par une boîte crânienne gêne pour comprendre notre mode de fonctionnement intime, en solitaire et en groupe. L’interaction de polyconsciences est un modèle bien plus riche.

Le cerveau multi-tâche, dans ce modèle, a des personae relativement indépendantes, moins préoccupées de pouvoir, qui peuvent agir sans l’accord général du Moi — le « Grand Conseil » des personae —. C’est un cerveau qui fait davantage confiance à la solidarité sociale. Les personae attendent de la société une protection constante. Leur assurance est extérieure. Elles n’ont pas besoin de chercher dans le Moi l’assurance et la responsabilité individuelle que nécessite une ambiance très compétitive.
Pour des raisons évolutives, le cerveau multi-tâches est plutôt féminin. La femme fait spontanément davantage confiance au groupe pour assurer sa protection. L’homme est dans une position plus concurrentielle au sein de ses congénères. Sa polyconscience fonctionne de façon militaire : Chaque persona doit rendre des comptes stricts au général, le Moi, de façon à assurer une action la plus cohérente possible avec l’intérêt de l’individu, plutôt que du groupe. L’homme fabrique une assurance plus intérieure et accepte en conséquence une plus grande responsabilité en lui-même, plutôt que la redistribuer sur le groupe. Qu’un homme ne puisse plus reconnaître sa responsabilité est le meilleur moyen d’en faire une épave…

Ne nous étonnons pas ainsi, en conclusion de l’article précédent, que les hyperactifs avec troubles de l’attention soient en immense majorité des garçons, dotés de cerveaux mono-tâche qui traitent séquentiellement les informations, vite débordés quand les nécessités quotidiennes et en particulier scolaires se multiplient sur les mêmes instants (ce que dit le prof, le voisin, l’oiseau qui passe, le film regardé la veille au soir…).

Les filles, elles, peuvent développer un état spécifique au cerveau multi-tâche, qui est un trouble de la responsabilité. Il deviendra plus tard une fibromyalgie, affection en immense majorité féminine.
La fibromyalgie est une maladie de la responsabilité provoquée par une carence de la société en la matière. Nous avons vu que la femme tend à chercher protection et responsabilité à l’extérieur, au sein du groupe, travail assuré en grande part, traditionnellement, par les protecteurs masculins. Si son attente est déçue, parfois d’une façon caricaturale par l’agression sexuelle d’un père — antécédents très fréquents dans la fibromyalgie — ou par d’autres violences, il est difficile, pour un cerveau ayant grandi sur le mode multi-tâche, de trouver la capacité de réintégrer en lui-même assurance et auto-protection personnelle. L’affrontement du stress est coûteux. La résistance aux multiples agressions de la société moderne, l’addition d’impératifs familiaux et nouvellement professionnels pour une génération de femmes, demande des moyens considérables, finit par épuiser les adaptations corporelles, et développe dix ans plus tard un trouble de fonctionnement physique sans aucune lésion : la fibromyalgie.

Les psychanalystes ont l’habitude de se bagarrer avec des Moi autoritaires.
Dans la fibromyalgie, le travail est tout autre : Il faut rebâtir un Moi qui s’est désagrégé dans les déceptions de l’adolescente. Tous les constituants sont là. La fibromyalgique est une personne complète. Elle a simplement besoin d’être agglomérée.
On pourrait espérer prédire la disparition de la fibromyalgie si les petites filles étaient élevées comme les petits garçons.
Mais nous voyons bien, à tenter de le faire, que ce n’est pas simplement une affaire d’environnement.

23 réflexions au sujet de « Du trouble d’attention au trouble de responsabilité : Où réapparaît la fibromyalgie »

  1. Je crains d’avoir été trop loin : Les associations féministes vont sûrement m’accuser d’avoir traité les femmes de poulpes 😉

    1. Mais non, mais non !

      Je voudrais juste souligner que le pourcentage d’agressions dans l’enfance de type sexuel ne seraient pas plus importantes que dans la population générale : n’oublions pas que les statistiques portent sur une population qui consulte, ou se livre. Dans notre enquête qui était anonyme, le pourcentage n’est pas si élevé que cela. D’autres traumatismes sont mis en avant qui sont plus ceux de la vie tout court.

      Merci de nous donner ainsi la parole.

      CR

      1. Carole, votre enquête sera certainement très intéressante, mais concerne aussi une population bien particulière, au plan culturel et social : des françaises probablement citadines pour la plupart, qui ont fait l’effort de prendre contact avec votre association, connectées au web, avec un long parcours de santé, une connaissance de leur affection par l’étiquette fibromyalgie qui véhicule encore bien des idées fausses ou incertaines, même chez les gens qui se passionnent pour le sujet.

        Les fibromyalgiques n’ont pas été toutes agressées sexuellement, bien entendu, mais j’ai pu constater que leur personnalité ne permet pas d’extraire facilement ce genre de souvenir. Elles faisaient pour la plupart confiance à leur agresseur, et ne se sont pas rebellées, voire tout simplement n’ont reconnu l’épisode comme une agression que beaucoup plus tard, quand la société a fini par brandir l’anathème contre ces pratiques familiales fréquentes, et que les femmes se sont retrouvées soudainement en situation de victime. Ce fut certainement l’un des points de départ de « l’épidémie » de fibromyalgies.

        Dans d’autres cultures, les abus sont plus fréquents et plus faciles à dire. Je crois que dans une étude mexicaine, ils ont été retrouvés 5 à 6 fois plus fréquents dans les douleurs attribuées aux fibromyalgies par rapport aux polyarthrites ou à d’autres causes rhumatologiques.

        1. Rebonjour,

          Parmi les répondants nous en avons autant venant de milieux ruraux que de milieux citadins. Nous avons aussi demandé le niveau d’étude, non pour être dans le jugement de valeur, mais bien pour faire des analyses croisées.

          Certes, le risque de ce genre d’enquête est en effet de cibler une population ayant uniquement accès à internet. Mais, de nos jours, cela devient courant d’en disposer. Pour être plus clair, nous ne souhaitons pas apporter des preuves scientifiques mais bien des argumentaires et éléments de discussion autour, précisément, de sujets sensibles concernant le vécu du douloureux chronique fibromyalgique.

          Evaluer leur perte d’autonomie et de qualité de vie nous paraît déterminant, tant en termes de quantité que de qualité, afin de mieux aider les professionnels de santé à comprendre le processus mis en place par nos organismes fibromités.

          Merci encore une fois de cette possibilité de dialoguer.

          CR

          1. Mais vous ne dialoguez pas vraiment, Carole, vous êtes plutôt contaminée par l’affreuse manie des médecins de répondre par une étude à une question vraiment personnelle 😉
            Marion a donné son sentiment, ci-dessous. Quel est le vôtre ? Pouvez-vous vous affranchir des pressions des responsabilités que vous vous êtes attribuées ?

            Bien sûr il serait judicieux que chaque fibromyalgique réponde indépendamment. C’est ainsi que fonctionne la sagesse du groupe.
            En l’occurrence je ferais davantage confiance à cette sagesse qu’à des études, car tant de facteurs sont concernés qu’aucune enquête, qui devrait établir une comparaison avec des femmes appariées non fibromyalgiques, n’aura la puissance nécessaire.

  2. Décidément, tu nous proposes des théories très intéressantes. Mon approche rejoins la tienne : la fibromyalgie, résultant d’une atteinte du sommeil profond, est lié à l’insécurité ressentie qui oblige à un sommeil vigile. C’est la maladie des gardiennes de grotte privées de guerriers et de la communauté féminine solidaire.

    L’autre alternative serait que la fibromyalbie soit liée à une sensation d’inutilité sociale : la femme ménopausée et isolée, qui n’a pas de travail stimulant et dont la vie perd son sens.

  3. Très intéressant, en effet la recherche d’antécédant d’inceste ou d’aggression sexuelle dans l’enfance devrait être systématique en cas de dépression ou de fibromyalgie de l’âge adulte vers 40 ou 50 ans. C’est impressionnant le nombre de personnes ayant vécu celà parmi les dépressions ou fibromyalgies « sans cause apparente » entre 40 et 50 ans.
    C’est évidemment plus difficile à aborder que les antécédents de consommation d’alcool , de tabac ou même de drogue. Les homme sont autant concernés que les femmes par de tels antécédants (chez eux celà se traduit plus par dépression et alcool). Ces impressions sont tirés de ma prtique.. Y-a-t-il eu des études cas témoins?
    Votre dessin est super puis-je vous l’emprunter pour mon blog?

    1. Je n’ai pas de référence d’étude sous la main, mais celles dont j’ai le souvenir retrouvaient 40 à 60% d’antécédents d’abus sexuels dans la fibromyalgie.
      C’est une association indiquée ici sur le site depuis les débuts de la description de la maladie, d’après des cas personnels.
      Les associations de patientes ont fortement milité pendant des années contre la psychiatrisation de la maladie, et retardé les études sur le sujet. Elles n’avaient pas tort, mais pour de mauvaises raisons : Elles cherchaient une pilule miracle pour maladie « organique », qui n’existe pas… et n’ont pas échappé en fait à la déferlante de tous les psychotropes disponibles, car la psychiatrie moderne tend à piluliser toute affection inscrite au DSM.
      Les associations ont eu tout de même l’intérêt de développer le Moi des patientes, au moins des présidentes, qui ne se tirent pas si mal de la maladie. Si seulement tout ceci pouvait être un peu démédicalisé…

      Le dessin n’est pas de moi, contrairement à la plupart des autres sur le blog. Quand je connais l’auteur, je mets un lien vers son site, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici. Vous pouvez commettre la même entorse que moi… Si nous sommes découverts, je le redessinerai avec Constant Prurit et Pierre Detaille 🙂

  4. Merci pour cet article qui me « conforte » dans l’analyse que j’ai pu faire au fil des années de ma fibro.
    Pas de traumatisme sexuel, mais clairement je me retrouve dans :“La fibromyalgie est une maladie de la responsabilité provoquée par une carence de la société en la matière. Nous avons vu que la femme tend à chercher protection et responsabilité à l’extérieur, au sein du groupe, travail assuré en grande part, traditionnellement, par les protecteurs masculins. Si son attente est déçue, parfois d’une façon caricaturale par l’agression sexuelle d’un père — antécédents très fréquents dans la fibromyalgie — ou par d’autres violences, il est difficile, pour un cerveau ayant grandi sur le mode multi-tâche, de trouver la capacité de réintégrer en lui-même assurance et auto-protection personnelle. L’affrontement du stress est coûteux.” et « “la maladie des gardiennes de grotte privées de guerriers ”… j’ai 28 ans et ça a commencé à mes 5 ans. Je suis une hyperactive intellectuelle, très empathe, très protectrice… des autres, au détriment de moi.

  5. Bonjour,

    Et merci de cette analyse intéressante à « décortiquer ».

    Je me permets ici en tant que présidente d’association de vous signaler que, las d’entendre des vérités et contre-vérités sur les fibromyalgiques, nous avons lancé une enquête, validée par des médecins, portant sur la « perte d’autonomie et de qualité de vie » du patient fibromyalgique, soit plus de 60 questions portant tant sur la petite enfance, les traumatismes vécus, les grosses des mamans de fibromyalgiques, le ressenti, etc…

    Nous avons plus de 1200 réponses.

    Cette enquête se trouve sur notre site internet mais avec sauts de page, ce qui est inconfortable pour une simple lecture. Pour en disposer sans sauts de page, je propose aux professionnels de nous envoyer simplement un mail.

    Les premiers résultats feront l’objet de deux interventions dans les prochains mois, tant auprès de professionnels de santé et de fibromyalgiques que d’étudiants en médecine.

    Bien cordialement,
    CR

  6. Que les fibromyalgiques aient été agressées sexuellement ou non dans l’enfance, ou qu’elles en aient eu le fantasme, ou qu’elles soient des gauchères contrariées comme le disent les kinésiologues, ou qu’elles tolèrent mal les ondes électro-magnétiques de leur modem wifi ou autres hypothèses plus ou moins fantaisistes non vérifiées à ce jour, ce qui m’importe est de savoir s’il revient au rhumatologue ou au psychologue de les prendre en charge, ce qui leur éviterait d’avoir l’impression d’être menées en bateau et nous éviterait d’avoir à subir leur agressivité pour notre incompétence à les soigner.
    Beaucoup de rhumatologues ne sont pas forcément doués pour le blabla et aiment avoir à traiter des pathologies plus concrètes.

    1. Je tiens à préciser que Herbert Phi Mosis, qui exerce à 4 mètres de mon propre bureau, est un garçon absolument charmant, très apprécié de ses patientes et en particulier des fibromyalgiques. Il est en effet incapable de leur opposer la moindre résistance, ce qu’elles sentent dès le premier regard, et profitent à fond.
      Herbert est doté d’une capacité de protection et d’empathie impressionnante, mais dont il ne possède pas la vanne de fermeture. Il est ainsi régulièrement épuisé par ses consultations de douloureux chroniques, comme une mère asséchée par l’allaitement de trois enfants à la fois.

      Ce commentaire doit donc être pris comme un simple appel à l’aide, et j’offre une prime substantielle à toute fibromyalgique pulpeuse qui accepterait de l’allaiter à son tour.
      En attendant, j’installe dans l’urgence une dérivation entre son bureau et le mien, et espère de nombreux commentaires de soutien 🙂

      Herbert participe énormément à nos cogitations respectives et son affaiblissement aurait de graves répercussions sur l’avenir du site.

  7. Vous avez raison « Admin ». Depuis 10 ans investie je ne parle jamais de ma fibromyalgie. Je ne réagis donc pas à titre individuel. Déformée il est vrai par l’engagement et la nécessité – et c’est un regret – d’avoir à prouver par les chiffres. C’est une demande institutionnelle qui nous aide cependant à avancer. Et nous n’avons pas toujours le choix.

    Mais nous n’en oublions pas l’individu qui est le fondement de ces enquêtes car, avant de la rédiger, nous demandons à des centaines de fibromyalgiques de nous envoyer leur sentiment, ressenti.

    Pour ma part, fibromyalgique depuis plus de 32 ans, votre remarque touche dans le mille. Il faudra du temps pour m’affranchir de ces responsabilités comme vous le dites.

    Juste une remarque : j’ai tellement mal dormi que je suis bien incapable de rédiger plus clairement ce matin. Serait-ce Dame fibromyalgie ?

    Il faudra du temps…

      1. Puisque que j’avais bien compris que régnait un certain humour dans vos échanges, et que vous étiez provocateur, je dois donc compléter ma réflexion sur le sommeil que je voulais aussi provocatrice.

        Victime récemment d’un A.V.C., en attente d’une lourde opération cardiaque, je n’arrive pas à vraiment trouver le sommeil. Vous conviendrez que ces circonstances ne m’aident pas à dormir sereinement et que la seule fibromyalgie n’est pas en cause.

        Et si l’esclavage se trouvait ailleurs ?

        Si le corps médical n’avait pas mis tous mes troubles depuis plus de 10 ans sur le dos de la fibromyalgie, aurait-on pu éviter l’A.V.C. ?

        Mais, on s’éloigne peut-être du sujet…

        Et si la confiance était le maître mot pour que les malades puissent se responsabiliser ?

        1. C’est effectivement un peu hors sujet, Carole, et l’humour dans cette discussion ne concerne pas la théorie sur la maladie mais la méta-analyse que nous en faisons entre professionnels. Le médecin qui ne décompresse pas après ses consultations est exposé très rapidement au burn-out… et au défaut d’empathie auprès de ses patientes.

          Doit-on rappeler que la fibromyalgie est un diagnostic d’élimination, porté après des explorations classiques s’il existe des signes spécifiques évoquant d’autres maladies ? Cet état se surimpose à un historique de santé « normal », en ce sens que les fibromyalgiques peuvent faire n’importe quelle maladie supplémentaire, dont la FM peut déformer la présentation. C’est la mise en garde adressée à de nombreuses reprises sur le site.
          L’étiquette FM a le lourd inconvénient d’être facilement appliquée sur tout nouveau symptôme, réduisant l’opiniâtreté du médecin à chercher une autre cause.
          Je ne conseille pas du tout à mes patientes de militer pour la reconnaissance de leur FM, au contraire : « Cachez soigneusement ce diagnostic. Apprenez à connaître vos douleurs « habituelles ». Consultez pour les autres, en ne parlant que de celles-là ».

          Mes patientes (celles que j’ai vues plus d’une fois) FM vont bien, en ce sens qu’elles se connaissent et se gèrent sans aucun psychotrope. Nous nous voyons pour des consultations normales et non pas au motif de la FM. L’existence d’un abus sexuel avoué est le cas le plus favorable : Un entretien suffit souvent à ramener les symptômes à un état non FM. Soumis déjà à une grande affluence, je ne prétendrais jamais une telle chose à une présidente d’association, Carole, si je n’étais pas quelque peu difficile à joindre par-dessus les océans… Et je suis persuadé qu’il existe de nombreux confrères moins verbeux sur le net qui ont une attitude aussi pragmatique que la mienne. Les seuls à éviter sont les commerçants qui ont intérêt à garder les gens toujours un peu malades ou à risque… mais tous les cabinets étant bondés cela devient plus rare.

          Bon courage à vous, Carole… Les cardiologues, heureusement, sont parmi ceux qui tiennent le mieux leurs promesses 😉

          1. Merci Admin,

            Je ne voudrais pas monopoliser l’espace et être hors propos.

            Je vais donc répondre une dernière fois à vos remarques, en vous remerciant d’avoir accepté mon passage. Je vous « observe » parfois et à distance (c’est de l’humour…).

            Nous sommes, dans notre « combat », bien plus proches de vos réflexions que vous ne le pensez.

            Seulement, notre militantisme est nécessaire, en dehors de toutes réflexions sociologiques, philosophiques, etc… car trop de personnes douloureuses vivent une grande souffrance souvent dans l’indifférence et la solitude.

            Il faut une grande capacité de recul, en tant que présidente d’association, pour tenir l’engagement plus de 10 ans alors que nous sommes précisément livrés à cette souffrance qu’il ne nous appartient pas de juger. Nous sommes tout simplement là.

            Pour ma part, douloureuse chronique « non souffrante », j’ai arrêté de consulter pendant de très nombreuses années, pour quoi que ce soit d’ailleurs. Et, vous seriez surpris de voir à quel point je parle pourtant peu de ma fibromyalgie.

            Mais… c’est dans mon dossier médical !

            J’aimerais, bien que vous soyez sur l’autre rive, avoir l’occasion d’en discuter car certaines de vos discussions m’interpellent.

            Une petite chose : depuis mon AVC j’ai rencontré une médecine humaine. Oserais-je dire que, probablement, en raison de la pathologie bien objectivable, et donc peu discutable, on n’avait rien à m’opposer ? J’ai accueilli cet état de fait avec philosophie et ai eu de longues conversations avec l’équipe de neurologues et cardiologues, chacun apprenant de l’autre.

            Je ne voudrais cependant pas mourir sans avoir su pourquoi j’ai eu des douleurs chroniques toute ma vie ? Peut-être est-ce la raison de l’énergie que je mets dans ce combat ?

            Mais, détrompez-vous, j’ai une propension au bonheur et un énergie de vie peu communes. Il le faut non pour mener un combat fort inégal ?

            J’ai beaucoup parlé.

            Je vous laisse tous à vos discussions et encore merci de votre écoute. Au début je me suis dit que j’étais sur un site d’intellos (oh l’humour c’est bon) et ensuite j’ai commencé à mieux comprendre votre démarche.

            Vous pourrez effacer mon message ensuite qui a fait diversion.

            Bien à vous,
            Carole

  8. Mon associé a parfaitement compris le sens de mon commentaire.
    Le désir empathique de vouloir être efficace et amener le (la) patient(e) à la guérison associé à une réserve ou une pudeur rendant difficile un déplacement du dialogue vers des zones plus sombres de l’inconscient, amène la consultation du fibromyalgique à un exercice de funambule qui peut être plus éprouvant pour le médecin que pour le (la) patient (e).

  9. Qu’est ce que vous diriez si vous deviez attribuer une pension d’invalidité à une personne dont tous les examens son absolument normaux et dont l’aspect physique à l’inspection est normal ainsi que la mobilité!
    Celà va bien au delà de l’empathie, ce sont les cotisations de nos assurés qui sont attribuées. Cette pathologie est la seule dans ma pratique (avec la dépression) où il n’y a aucun marqueur d’examen complémentaire, aucune déformation ni aucune altération de la mobilité lors de l’examen clinique à l’inspection et qui débouche sur des attributions d’invalidité.

  10. Voici une question à étages qui peut faire l’objet d’un gros livre, Philippe.
    Au rez-de-chaussée, vous demandez s’il est normal qu’une invalidité pour handicap à point de départ psychique soit comparable à celle d’un handicap locomoteur.
    Au 1er sous-sol surgit la gestion sociale de l’invalidité. Au 2ème l’organisation des droits individuels dans la société. Etc…
    Il m’est impossible de vous répondre en quelques lignes car je pense que l’humanité devrait habiter un immeuble différent.
    Nous avons commencé à déménager, mais il est toujours difficile de laisser les vieux souvenirs derrière soi, surtout les éclairages sacrés.

    Pour faire simple, l’invalidité ne devrait pas être amalgamé à la solidarité, ce sont deux réflexions différentes.
    L’invalidité est une déchéance de droits pour un être humain. Actuellement elle est au contraire automatiquement créditée de droits supplémentaires, avec des bénéfices matériels. C’est une perversion.
    La première étape d’une invalidité devrait être la reconnaissance d’une perte de droits par l’invalide. Celui-ci, en effet, n’est pas contraint à accepter l’invalidité dans toutes ses conséquences. C’est ici que peut naître une admiration pour lui équivalente ou supérieure à un non-invalide — tous les soignants en connaissent de nombreux exemples —.
    S’il n’a pas le choix ou s’il reconnaît une perte de droit, intervient alors la solidarité : Dans quelle mesure est-il responsable de son invalidité ? Quelle est la part, dans cette responsabilité, du naturel biologique, de la société et de ses impératifs (la profession…), du hasard (accident), de la bonne ou mauvaise gestion personnelle — là pourrait-on situer la responsabilité individuelle, si une telle liberté existe —.
    Etant sceptique quant à cette existence, je suis obligé de faire intervenir un étage supplémentaire : Pour que l’individu soit jugé responsable, il faut au minimum qu’il ait endossé cette responsabilité. Or la procédure actuelle est incroyablement légère : 18 ans = brevet d’être humain majeur et carte de vote offerts, aucun engagement ne vous est demandé.
    Quand les machineries du sous-sol injectent si peu d’intériorisation de la responsabilité dans les individus,, comment s’étonner qu’au rez-de-chaussée tous ceux que leur enveloppe corporelle démange réclament des droits d’invalidité ? Personnellement, je ne peux pas leur en vouloir.

    Notez pour terminer sur une note légère que si l’on persiste à amalgamer invalidité et droits financiers, il faut immédiatement attribuer une pension substantielle aux psychopathes, dont l’invalidité morale est manifestement sévère.

    1. Merci de votre réponse
      Tout est donc dans la question : qui est responsable?
      La fibromyalgie découle d’un trouble de la responsabilité.
      En effet devant une patiente fibromyalgique le médecin conseil ne trouve aucun responsable de l’état d’ invalidité. La patiente non plus ne se sent pas responsable. Selon votre post c’est la société qui est responsable (si j’ai bien compris).

  11. Votre conclusion va plus loin que vous le pensez : L’individu isolé ne peut être coupable de rien envers lui-même. Culpabilité et responsabilité n’ont de sens qu’en société. Il n’y a donc que la panconscience sociale qui puisse héberger la responsabilité. La partie que nous prenons individuellement en charge réside dans cette fraction de la panconscience que nous hébergeons tous, dans le concept de polyconscience. Nous attribuons, chacun différemment, un certain pouvoir à ce fragment de panconscience — nous laissons la société nous gouverner étroitement ou non —.
    Pour ceux qui choisissent de transférer toute leur liberté, tout leur pouvoir personnel, à la société, en suivant étroitement les consignes de la panconscience, c’est bien sûr celle-ci qui devient responsable de tout mal-être qu’ils pourraient ressentir.
    Pour ceux qui se réservent une part significative de pouvoir personnel, et en transfèrent peu — en général les mâles —, les lois n’ont pas la même importance et le poids des interdits en font des adversaires. Mais s’il décide de s’en affranchir, il ne peut pas honnêtement réclamer compensation des inconvénients à son ennemi.

    On peut conclure ainsi que la fibromyalgique, au moins, est honnête quand elle réclame une invalidité à la société, puisqu’elle lui a transféré tout son pouvoir.
    Ceux qui trouvent qu’elle ne se foule pas beaucoup pour mériter ça… n’ont pas tort. Et puisque je ne suis jamais avare de provocations, disons qu’une prestation financière devrait toujours récompenser un travail social, que le bénéficiaire soit invalide, chômeur ou RMIste.

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