mai 272011
 

Une enquête montre que malgré les scandales sur le médicament, les français lui gardent majoritairement leur confiance. Pas surprenant : Aucun remplaçant n’est proposé réellement à ce soldat symbolique de la santé. Ceux qui s’en méfient ont depuis longtemps bifurqué vers les médecines « douces », mais la chimie active du médicament allopathique se targue d’assez de succès pour séduire encore la majorité des patients. La société est trop agressive et déstabilisante pour établir l’assurance qui favorise la recherche de santé à l’intérieur de soi, avant de recourir à l’extérieur.

Le médicament devrait objectivement péricliter bien davantage. Difficile d’établir des chiffres exacts, mais un consultant voit passer en pratique courante 5% d’ordonnances dangereuses — non respect des contre-indications —, 25% d’aventureuses — produits multiples jamais testés dans de telles associations —, 20% de placebothérapies — les moins dangereuses — et 50% « dans les clous » : Celles-ci respectent les recommandations de bonnes pratiques, c’est-à-dire que leurs dangers, connus, sont avantageusement compensés par leurs bénéfices.
Pourtant, même ici, le terrain n’est pas si solide. Il ne faudrait pas faire du Médiator un accident exceptionnel. C’est presque extraordinaire qu’une généraliste anonyme ait pu réunir suffisamment de complications dans ses cas personnels et fait preuve d’assez d’énergie pour tirer la sonnette d’alarme. Or le Médiator n’est que la forme caricaturale de la situation de la plupart des médicaments : Leurs multiples effets biologiques sont « sélectionnés » en fonction de l’intérêt que leur trouve le laboratoire, le meilleur est gardé en indication principale et les autres relégués en « effets secondaires ». Les inconvénients majeurs sont facilement dépistés — une molécule qui double rapidement la mortalité ne passera pas les premiers essais cliniques —, les mineurs restent dans l’ombre, d’autant plus volontiers que le médicament est dans une phase avancée de son développement et que beaucoup d’argent a été investi. N’attendons pas du laboratoire, donc, qu’il ait vérifié toutes les conséquences possibles de son produit dans l’intégralité des circonstances et associations possibles. La puissance des statistiques s’effondre dès que plusieurs facteurs sont analysés simultanément car il faudrait des populations entières volontaires pour ces expériences. Ce n’est qu’en phase de lancement mondial, quand des centaines de milliers de patients commencent à absorber le produit, mélangé à ceux qu’ils prennent déjà, que l’on découvre dans la vie réelle le degré de tolérance de ces mélanges — et encore ne le regarde-t-on pas de très près, le Vioxx et le Médiator en témoignent —.

A vrai dire, tous ces risques masqués et incertitudes sont justifiés si le médicament est réellement innovant et prometteur, c’est-à-dire qu’il montre une amélioration spectaculaire du service médical rendu (SMR). Malheureusement ce n’est le cas que d’une minorité des nouveaux médicaments, et la majorité des anciens disparaîtraient du Vidal s’ils devaient se conformer à une telle obligation.
L’amélioration du SMR est un impératif récent et se heurte à des arguments fallacieux, qui respectent les données statistiques les plus fiables, mais jouent sur le caractère sacré de la santé. La question est : « A partir de quel bénéfice peut-on estimer qu’un service médical rendu est significatif ? ». Si un médicament diminue la probabilité d’une maladie de 50% mais provoque des ennuis moins graves que la maladie, faut-il s’en servir ? Si la diminution de la maladie n’est que de 5%, cela vaut-il la dépense, ou les fonds seraient-ils mieux utilisés dans d’autres affaires de santé ? A l’époque où le budget de santé augmentait sans frein, la question était de mauvais goût ; dans un budget fermé elle est essentielle…

En conclusion, reconsidérer le SMR des médicaments d’une façon objective pourrait faire plus que diviser par deux la consommation médicamenteuse actuelle. Mais la valeur symbolique du médicament ne peut pas s’éteindre aussi vite. Ainsi, il serait préférable de soutenir les vraies placebothérapies plutôt que les dérembourser brutalement, en les considérant comme une aide au sevrage de médicaments à effets biologiques de médiocre rendement et nettement plus coûteux.

 Posted by at 9 h 53 min

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