mar 182011
 

Nous sommes debouts sur deux appuis, les pieds, qui semblent insuffisants à certains, peu enthousiastes à les bouger, tandis que d’autres les abandonnent facilement pour un équilibre sur un seul pied, un saut, un looping.
La bonne santé ostéo-articulaire est fortement liée à l’aptitude à abandonner ses appuis. Quand on est statique, campé en permanence sur les deux jambes, le buste en position figée, les bras s’agitant comme des tentacules mécaniques indépendants, n’osant déplacer son centre de gravité de peur de ne pas le retrouver, les articulations peinent, soumises à des pressions permanentes sur les mêmes zones, mettant les tissus de support à rude épreuve, empêchant la micro-diffusion locale qui facilite les échanges métaboliques et la réparation.
Une phrase un peu longue ? Mais surtout une descente vertigineuse, d’une caractéristique que l’on peut croire simple curiosité, la posture, aux processus fondamentaux pour l’entretien de l’organisme.

Pourquoi ne quittons-nous pas nos appuis ?
Ce n’est pas que nous ne le désirions pas, mais que nous n’en trouvons pas l’assurance.
La posture a quelques caractéristiques génétiques, comme tous nos comportements, mais elle est surtout le reflet de notre maîtrise sur le monde… à la réserve près qu’elle ne soit pas manipulée : Certains sont d’excellents acteurs de la posture — danseurs, mimes, comédiens, commerçants… —.
Pour le commun d’entre nous, la posture est aussi étrangère à notre conscience que le sont nos mimiques faciales ou le vrai son de notre voix. Elle n’est pas contrôlée par la volonté mais par des automatismes inconscients, parfois simplistes. Le résultat de ce contrôle plus ou moins sophistiqué est ce que la médecine appelle la proprioceptivité. C’est notre adaptabilité à toute situation nécessitant une activité physique, ne serait-ce que pour mouvoir les éléments oto-rhino-bucco-laryngologiques nécessaires à la communication.
Il existe une proprioceptivité globale, régionale et situationnelle. On peut être habile sur une tâche manuelle et marcher très mal. Une danseuse peut être merveilleusement souple et féérique dans un ballet, timide et empruntée en société ou devant une caméra. Il n’y a pas de cloison entre nos centres moteurs et psychiques. La vision que nous avons de nous-mêmes, la justification que nous ressentons de notre présence dans chaque situation, l’assurance que nous en retirons, sont l’armature de notre posture. Celui qui n’ose quitter ses appuis est surtout quelqu’un qui n’imagine pas pouvoir marcher sur les mains — où à qui l’univers n’a pas permis d’imaginer une telle chose, selon que l’on croit à la liberté personnelle ou non —.
La rééducation idéale est, comme la médecine idéale, non pas d’imaginer la solution à la place de la personne, mais de l’aider à imaginer la solution, de façon à ne pas nuire davantage à sa sensation de maîtrise sur le monde. Aidons-la à prendre conscience du centre de son poids, à trouver les passages faciles sur les articulations, les enchaînements les plus harmonieux entre celles-ci. Apprenons-lui à faire danser ce corps.

Qui est le plus concerné ?
Bien sûr, vous avez pensé immédiatement aux personnes vieillissantes, qui savent devoir prochainement abandonner leur pouvoir sur le monde sur le seuil de la boîte en sapin, mais souvent s’en désintéressent un peu trop tôt… vingt ans trop tôt ? Les vieux, non seulement n’abandonnent plus leurs appuis — sauf involontairement — mais en réclament d’autres : le bras secoureur, la canne, le déambulateur.
A l’évidence, la maladie est passée par là. Mais les séquelles sont psychiques au moins autant que physiques, et les secondes ne sont récupérables que si les premières disparaissent. Attention donc à la longueur des hospitalisations, à la solitude, aux litiges familiaux devenus insupportables parce qu’on va périr sans armistice. Tous les thérapeutes savent que la façon dont on se remet d’une maladie ou opération tient davantage au goût pour l’existence qu’aux séquelles physiques — c’est pourquoi vous conseillerez des interventions aux inquiets, en les rassurant, et serez méfiants face aux déprimés —.

Pour la récupération de postures variées et adaptatives, si l’état de l’appareil locomoteur est cardinal, celui de l’équilibre également. L’ORL est un correspondant essentiel du rééducateur. Son bilan de l’oreille interne est bien codifié. Il en identifiera les dysfonctionnements et tentera de les améliorer.

Reprendre l’équilibre et les transferts d’appui ouvre la 3ème étape de l’amélioration : Aller au bout de ses postures, de ses amplitudes articulaires. Cela permet d’utiliser toute la surface des articulations sans surmener aucun endroit en particulier, et de recentrer les pièces mobiles sans obligation d’une intervention extérieure. Le thérapeute est parfois trop convaincu que le patient ne peut s’en sortir sans lui. Préférons la philosophie que tout patient recèle les moyens de s’améliorer. Il tient les commandes et a juste besoin d’un coup de main pour comprendre comment s’en servir au mieux.

L’autre handicap que l’individu souffrant affronte fréquemment n’est pas moteur : Il s’agit de fausses informations sensorielles, qu’il ne reconnaît pas comme telles. Les réflexothérapies trouvent tout leur intérêt ici. De très nombreuses méthodes ont été mises au point en médecine manuelle, qui permettent une « remise à zéro » du schéma sensoriel concerné. La fausse information, le plus souvent une douleur sans cause locale, est descendue du piédestal d’où elle excitait l’assemblée des nerfs, et le travail du système peut reprendre normalement.
Inutile ainsi de savoir si l’ostéopathie crânienne fait bouger les os du crâne ou pas ; c’est une réflexothérapie efficace dans une zone très riche en terminaisons sensitives, qui travaillent en miroir avec le plan général du système nerveux.
Les réflexothérapies font partie de la philosophie du patient qui s’auto-améliore, à condition de ne pas l’enchaîner avec d’autres boulets — carences, allergies, couleur de slip pas sexy —, et d’être certain qu’il n’a rien de plus grave.

Les techniques manuelles qui s’accordent au plus près avec cette philosophie sont de Jean-Marie Soulier, exposées dans « Amphothérapie », ce livre accompagné d’un DVD présenté il y a 1 an et que je recommande à tous les thérapeutes de l’appareil locomoteur, médecins, kinés et ostéopathes.
Citons également Philippe Pradier, médecin de rééducation fonctionnelle, qui a dérivé des arts martiaux une technique originale de rééducation fondée sur les transferts d’appui et la reprise des enchaînements proprioceptifs dans la gestuelle quotidienne.

 Posted by at 11 h 41 min

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