Jan 302011
 

Il n’existe guère de « petites » sciatiques. Vous aurez tendance à dire facilement que la vôtre est insupportable. Mais la sciatique aiguë, dite « hyperalgique », c’est autre chose, à placer sans hésiter sur le podium des douleurs ultimes. Ceux qui l’expérimentent supplient fréquemment qu’on les opère en urgence et en voudront terriblement au médecin qui ne leur a pas donné un morphinique d’emblée. Même les chirurgiens les moins « interventionnistes » sont impressionnés par l’aspect congestionné du nerf dans la sciatique aiguë et acceptent facilement de l’opérer.
Pourtant la sciatique aiguë est presque toujours de cause bénigne et de guérison spontanée en 1 à 3 semaines sans intervention. Paradoxalement ces formes impressionnantes sont moins chirurgicales que les sciatiques modérées et traînantes sur plusieurs mois, sans évolution favorable parce qu’il n’existe guère d’inflammation pour modifier l’anatomie locale.
La cause de la quasi-totalité des sciatiques hyperalgiques de début brutal est une variété particulière de hernie discale : C’est un fragment qui perfore non seulement l’anneau discal – Cf mécanisme de la hernie discale -, mais aussi le ligament vertébral postérieur, qui tapisse la colonne des vertèbres et des disques à l’arrière. Au lieu de rester « coincée » sous ce ligament, elle jaillit dans l’espace épidural, le canal qui passe au milieu des vertèbres, vient comprimer la racine du sciatique qui sort à cet endroit. La hernie est dite « exclue ». Mais, contrairement à une idée répandue, ce n’est pas tant la pression de la hernie qui irrite le sciatique, que l’inflammation qui se forme rapidement autour de la hernie. Celle-ci n’est pas à sa place; elle est traitée comme un « corps étranger ». L’inflammation est le processus qui va tenter de la détruire. Or, dans l’espace épidural, il est très efficace : de nombreux vaisseaux sanguins sont présents. Une multitude de cellules de l’inflammation présentes dans le sang arrivent très vite autour de la hernie. La réaction est spectaculaire : on parle de pannus, un tissu dense et agressif qui entoure et détruit prestement l’indésirable. On vérifie souvent sur des scanners successifs que des hernies volumineuses disparaissent en quelques semaines.
Malheureusement le nerf, lui, qui n’a rien d’un indésirable, déguste méchamment au voisinage rapproché d’un tel pannus. Les enzymes concentrées l’agressent. Il ressemble à une tomate bien mûre… et transmet sa mauvaise humeur à son propriétaire. L’intensité de la douleur peut être effectivement une indication opératoire urgente, mais la véritable indication du degré de souffrance du nerf sont les signes dits « neurologiques » et en particulier l’apparition d’une paralysie : Si vous avez du mal à abaisser ou relever le pied, indépendamment du fait que ce soit douloureux, c’est un signe cette fois de compression du nerf qu’il faut théoriquement lever rapidement.
Pourquoi théoriquement ? En pratique il faudrait intervenir dans les 4 heures qui suivent l’installation d’une paralysie pour que la récupération soit rapide. Plus tard, les études ne démontrent pas de meilleure récupération finale du nerf par rapport aux sciatiques non opérées.

Les étapes initiales pour vous aider à supporter une sciatique aiguë :
1) Savoir que la cause n’est pas dangereuse et que c’est la proximité de ce nerf gros et ultrasensible qui fait l’intensité du handicap -> moins de stress.
2) Ne faites pas le fier : réclamez des doses suffisantes de morphine. Une personne résistante peut supporter une sciatique aiguë quelques heures, pas quelques semaines.
3) Comprenez bien que votre jambe n’a rien ! Dans une telle situation, il est difficile de réfléchir. On n’ose plus bouger. En fait le déplacement de la jambe est pénible parce que l’on prend appui sur les lombaires. Tout mouvement doit commencer, quand on a une sciatique aiguë, par une contraction intense et volontaire de la ceinture abdominale, les muscles qui verrouillent la vraie zone lésée, c’est-à-dire les dernières vertèbres lombaires.
4) La position couchée n’est pas toujours plus confortable que les autres mais c’est la moins agressive : elle enlève le poids du tronc sur le disque. Malheureusement elle ne fait pas reculer la hernie. Il faut tenter globalement de se mettre en traction, en tirant les fesses vers le bas, et tâtonner pour trouver quelles inflexions latérales, de rotation, et de cambrure, semblent diminuer légèrement la douleur. Calez-vous avec des petits coussins.
5) Si vous n’avez pas encore reçu votre morphine, glacez le trajet sciatique (poches de glace, cryopacks); laissez en place 1 à 2 minutes jusqu’à engourdissement, enlevez, remettez quand l’effet se dissipe.
6) Après avoir reçu une dose suffisante de morphine, c’est le moment de vérifier que vous n’avez pas de paralysie du pied, sans que la douleur soit en cause
7) La douleur sciatique est modifiée par la morphine, mais la sensation reste là. Vous devez sentir sa diminution nette en l’espace d’une semaine.
8) Les radios sont peu utiles. Le scanner ou l’IRM ne sont pas nécessaires sauf si la chirurgie est envisagée, ou si le médecin a des arguments pour penser qu’il ne s’agit pas d’une hernie discale.

 Posted by at 17 h 36 min

  2 Responses to “Sciatique aiguë”

  1. Peut on conclure que les sciatiques ou ncb moins aigues, avec douleurs intermittentes , elles, ne « guérissent pas  » puisque moins d’inflammations ?

    • C’est exact.
      En fait les névralgies par hernie moins aiguë ou par arthrose ne relèvent pas de l’origine « chimique » de la hernie exclue (agression par le pannus inflammatoire), mais d’une origine mécanique : Ce sont les mouvements du nerf dans un orifice rétréci qui entretiennent son irritation, le rendent tuméfié, et encore plus à l’étroit, dans un cercle vicieux qui peut durer des mois. Ici l’inflammation n’est pas du tout bénéfique : Elle est modeste mais entretient le problème.
      On peut soit l’attaquer énergiquement avec une infiltration radio-guidée, les anti-inflammatoires par voie générale n’ayant pas une assez bonne concentration locale et n’agissant que comme antalgiques,
      soit empêcher son entretien par un comportement adapté, décrit dans les pages adhérents.
      Ces mécanismes différents expliquent les résultats quasi-inexploitables des études sur les traitements de ces névralgies – autres que la chirurgie -. Par exemple, les infiltrations épidurales peinent à montrer un bénéfice meilleur qu’une injection d’eau salée, alors qu’en pratique courante elles sont très efficaces sur la hernie exclue – et l’eau salée aussi par un effet de lavage sur le foyer inflammatoire -, moins utiles dans les hernies sous-ligamentaires.
      Bien sûr on peut se demander si c’est judicieux finalement de réduire cette inflammation efficace pour résorber la hernie, mais dans la sciatique hyperalgique elle reste bien assez active, et le (im)patient apprécie énormément le soulagement.

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(required)

(required)