Les 10 mesures pour sauver l’assurance-maladie

Le gouffre de la sécu n’en finit plus de peiner la France. Il peine davantage ceux qui subissent les plans de redressement coercitifs… sans voir pour autant la situation s’améliorer à grande échelle. Alors, continuent à fleurir les idées pour guérir le système de santé, le dernier plan en date étant celui de Dominique Dupagne sur Atoute.
D.D. a d’excellentes idées, mais aussi ses bêtes noires : Parmi les 10 mesures de son plan, 5 sont redondantes et se résument à vilipender l’influence commerciale de l’industrie pharmaceutique sur les dépenses de santé.

Tous les projets de sauvetage de la sécu ont ciblé un vilain canard : Tantôt c’est l’hôpital, dont le budget est un abîme engloutissant plus de la moitié des dépenses de santé pour traiter moins de 10% des troubles de santé. Tantôt ce sont les prescriptions de ville, directement proportionnelles au nombre de médecins, faisant proposer l’équation géniale . Tantôt ce sont les laboratoires pharmaceutiques, hideux capitalistes cherchant à vendre au prix fort des pilules à l’utilité douteuse. Aucun de ces projets ne prend beaucoup d’altitude sur l’action conjointe de tous les acteurs, ce qui explique l’inefficacité des trains de mesures qu’ils ont pu produire.

Il n’existe pas de canard noir. Chacun des acteurs de la santé, producteur ou consommateur, suit le chemin le plus facile.
1) Pour un laboratoire, il faut effectivement vendre pour financer les très coûteux projets de recherche et développement. C’est impératif au point de devoir vendre plus que nécessaire, c’est-à-dire élargir les indications des médicaments, et utiliser une partie considérable du budget en marketing, à l’instar de toute industrie tournée vers la société de consommation. Et, malgré cette politique hystérique, la catastrophe guette : Un médicament prometteur en phase 3, pour lequel le laboratoire a déjà lourdement investi, peut se révéler inutilisable et couler l’entreprise si elle n’a pas les reins assez solides. Dans ce modèle, l’industrie pharmaceutique est sans doute l’acteur qui a le moins le choix : Elle est encouragée à dériver une grande partie de son budget vers la promotion maximale des quelques médicaments qui « marchent », au détriment de la dangereuse innovation.

2) Les patients suivent également la voie qu’on leur a tracée : La médecine hyperspécialisée accumule depuis des décennies les promesses enthousiastes, au point de se demander sans naïveté pourquoi nous devrions continuer à souffrir… et à mourir ? De moins en moins de gens sont préparés à tomber malade, et à l’idée que tout puisse s’arrêter. Peu importe le confort que la science puisse apporter à la vie, la sensibilité s’accroît pour ressentir avec acuité le moindre incident physique ou psychologique. La philosophie de la vie, de son sens, et de sa fin, est abandonnée. Quand une personne ressent une question existentielle, elle va montrer un endroit gênant de son corps au médecin. Le budget des religions a été reporté sur la sécu. Malheureusement les examens complémentaires médicaux sont d’un coût nettement supérieur à l’hostie.

3) Quelle est la voie facile pour les médecins ? Pas vraiment de guérir les malades, et surtout pas les plus atteints. Il est plus intéressant, pour une journée tranquille, de garder les gens un peu malades, pas trop, et de traiter les facteurs de risque. Il faut qu’ils fréquentent les cabinets, mais sans prendre trop de temps, car un « gros » malade ne rapporte pas plus qu’un petit. Le médecin n’est pas évalué sur sa performance à traiter un bassin de population. Il n’est même plus évalué par ses clients comme avant, car la réduction des effectifs les a tous rendus débordés de travail. Par miracle, le serment de la profession maintient encore debout la plupart des éthiques individuelles.

4) L’administration de la santé doit équilibrer les comptes. Peu au courant des dessous de la santé, et mal placée pour dire qui doit se faire soigner, elle additionne les contraintes administratives sur les soignants, au point d’utiliser jusqu’à un tiers de leur temps pour la paperasserie au détriment de l’activité de soin. Les procédures personnalisées sont remplacées par des standardisées, plus coûteuses – on ne prend jamais assez de précautions en matière de santé -. Les dépenses s’accentuent, les contrôles se renforcent, l’administration coûte de plus en plus cher.

Il est nécessaire de changer, pour chacun de ces acteurs, la voie facile :
L’industrie doit fonctionner sur un mode semi-commercial : Incitations à une recherche productive, mais pas d’impératif à la rentabiliser à tout prix par elle-même.
Le patient doit être remis aux commandes de son budget de santé, d’une façon plus éclairée, au lieu que la facture, dont beaucoup ne payent toujours pas un centime, soit aux mains d’experts peu intéressés par toutes les facettes de son bonheur personnel.
Le médecin doit être évalué, par seulement par la médecine du doute mais aussi par la confiance que ses patients placent en lui, tempérée du budget qu’il utilise pour y parvenir.
L’administration n’a théoriquement plus à utiliser de bâton quand tout le monde a corrigé la voie facile. Elle pourra rétrécir, tout en gardant le sourire béat du gestionnaire comblé par des colonnes de chiffres bien équilibrées.

Ces mesures seraient-elles irréalisables à l’échelle d’une nation ?
C’est bien plus difficile pour une France que pour une Europe. Mais il n’existe pas d’Europe de la santé : on y devine l’importance de la philosophie propre à chaque culture. L’influencer est un tabou particulièrement fort en France, une des plus inquiétées par les menaces sur son identité. Pourtant, seul un levier n’est pas facile à manoeuvrer pour une nation : celui de l’industrie, mondialisée. La France peut, néanmoins, créer des entreprises semi-publiques pour faire écran avec les intérêts commerciaux des grands laboratoires. Elle pourrait du même coup sauver par un modèle semblable, semi-public, une recherche aux moyens bien appauvris par… le gouffre de la sécu.

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