Une histoire de psy

« Vous n’aimez pas beaucoup les psychiatres, semble-t-il… Avez-vous eu une expérience personnelle pénible avec un psy ? »

Non. Je n’ai jamais jugé les psy qu’à travers leur littérature et leur travail chez des gens que je fréquentais au moins aussi souvent qu’eux.

En une seule occasion j’ai eu à parler avec l’un d’entre eux d’un problème qui me touchait de près :

C’était peu après la séparation d’avec ma conjointe, qui s’est plutôt merveilleusement bien passée d’après les normes habituelles de ce genre d’affaire, mais le changement de vie a été difficile au début pour nos deux plus jeunes enfants, âgés de 10 et 12 ans.

Clémence, ma fille, s’est mise à beaucoup pleurer quand je me suis absenté deux semaines, voyage lointain et professionnel prévu depuis déjà longtemps.
Personnellement j’étais secrètement ravi de cette réaction, non pas parce qu’elle montrait son attachement à moi, mais parce que c’était une démonstration inattendue d’émotion normale chez une petite fille qui ne montrait d’habitude que très peu de choses.

Sa mère ne l’a pas perçu ainsi et l’a emmenée immédiatement chez un pédo-psychiatre. Deux séances se sont mal passées. Clémence ne trouvait rien à dire à cet adulte peu loquace et refusait d’y retourner, affirmant s’ennuyer ferme.

Je suis rentré et ai pris rendez-vous avec le psy pour discuter de cette thérapie et répondre à ses inévitables questions sur mon rôle dans l’affaire.

Lors de l’entretien, j’expliquai la situation familiale en signalant, sans trop insister, une communication difficile entre Clémence et sa mère, ainsi que le caractère inhabituel et transitoire de notre situation familiale qui avait fait éclater l’affaire.

Le psy m’écouta attentivement et me répondit textuellement :
« Votre discours est trop structuré. Ça cache certainement bien des choses… »
Assez surpris je dois dire, j’ai considéré un instant une répartie plutôt méchante :
« Votre propre discours semble assez structuré lui aussi. Ne cache-t-il pas bien davantage chez quelqu’un qui a choisi la profession de psychiatre ? ».

J’ai été heureusement plus malin, choisissant :
« Pensez-vous qu’il s’agisse d’une réaction anormale de la part de Clémence dans la situation actuelle et qu’il faille la médicaliser ? »
Cette fois c’était lui qui était clairement déstabilisé et il s’est démonté dans une réponse fuyante et incertaine : « Mouii… on peut toujours faire quelque chose… il faut accompagner… ».

Clémence n’est jamais retournée chez lui… parce qu’elle a retrouvé sa gaieté coutumière dès que nous nous sommes retrouvés plusieurs soirs par semaine et un week-end sur deux.

Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé mon erreur : Je m’étais présenté chez ce collègue comme un médecin porteur d’un diagnostic que j’étais en train d’assener à l’autre comme si j’étais dans mon cabinet, au lieu d’être l’humble quêteur de conseil. J’avais complètement raté ma relation transactionnelle avec ce psy. Je lui déniais son autorité et nous nous sommes retrouvés instantanément dans un combat de coqs qui, bien sûr, ne se termine jamais à l’avantage des 2 parties.

C’était une découverte sur la relation médecin-patient qui m’a beaucoup servi ensuite quand j’avais des confrères comme patients, mais je suis resté toujours surpris de constater cette méconnaissance du problème chez tous les psychiatres de rencontre, alors que de simples psychologues, moins aveuglés de fatuité, gèrent beaucoup mieux ces transactions pourtant élémentaires.

3 réflexions au sujet de « Une histoire de psy »

  1. Merci pour votre article, les psys sont souvent mal perçus alors qu’ils apportent souvent une aide inestimable? Petit conseil, ne pas hésiter à en changer si le contact ne passe pas dès la première séance.
    Julie

    1. C’est le B.A. BA, Julie.
      Je mettais en scène cette histoire pour montrer le décalage qui peut exister entre un psy et le patient.
      Le psy tague l’histoire de ses propres névroses et sa vision d’adulte sur des personnalités
      qui se sont construites, parfois beaucoup plus simplement, mais toujours différemment.
      Un psy devrait être un expert des consciences multiples,
      or beaucoup sont enserrés dans le carcan du concept psychanalytique,
      d’une rigidité dépassée et à la clientèle très ciblée.
      Il existe heureusement des psys de tous milieux,
      et j’y inclue les liseuses d’avenir,
      c’est pourquoi chacun peut trouver chaussure à son pied.
      Je suis à vrai dire inquiet des dérives actuelles professionnalistes de la psy,
      qui voudraient réduire ses membres à des diplômes et des heures de formation.
      Pour une spécialité aussi mal codifiée,
      il est bien prématuré de dire qui est compétent et comment l’évaluer.

  2. C’est l’été Indien; 4 septembre 2010

    Si on veut avoir des émotions, demander l’opinion de votre interlocuteur sur les psychiatres.

    N’est-ce pas curieux que dans les années 60/70 toute action et réaction menait au divan du psychiatre, puis quelque chose est arrivé et les psychiatres n’ont plus la cote.

    (((J’en profite pour faire un aparté, qu’on pense tout le mal qu’on veut des psychiatres, mais au moins mieux vaut mettre sa langue dans la poche d’un psychiatre que d’un coach. Comment une personne peut-elle être si innocente qu’elle se met dans les mains d’un coach?)))).

    Il faut avoir beaucoup de pitié pour le psychiatre. Et beaucoup de mépris, les deux à la fois. Pitié pour un métier plus que dangereux; Mépris pour les compensations exigées pour prendre ce risque.

    Peut-être mépris parce que les psychiatres ne suivent pas les règles de leur profession;

    Le métier de psychiatre est une horreur. Pour un psychiatre expérimenté, après une heure avec un client il sait a peu près de quoi il s’agit. Tout le restant du travail va consister à amener le patient jusqu’à la rivière de la vie, tout en sachant que le patient va probablement refuser de boire. Pire encore le patient est comme une vache qu’on mène d’un pâturage à un autre; la vache pour des raisons bovidéennes commençant gentillement le trajet et soudainement se jette dans les ronces, dans un éboulis, dans un marais, et refuse avec la plus grande obstination qu’on l’empêche de se noyer, de se fracturer, de tomber dans le précipice. Les patients sont similaires et encore eux n’ont pas l’excuse de raisons bovidéennes. Comment étant psychiatre résister au désir de cogner la tête du patient contre le mur pour le ramener à la réalité?

    Pourtant, quel que soit le mal qu’on peut dire des psychiatres, de leurs théories, de leurs écoles, de leurs coteries, si ils n’existaient pas il faudrait les inventer.

    Le psychiatre, pour autant que je sache, est la seule réponse que nous avons trouvé à ce problème qui est si vexant:

    « Nul ne peut se voir soit-même ».

    Un miroir nous est nécessaire pour tester la solidité de notre attache à quelque chose qui serait la réalité et mesurer si nous sommes en train de sortir de la route.

    Dans notre monde, métro, boulot, dodo, miroir, chute, erreur, agression données et subites, où trouverons nous aujourd’hui un lieu où nous ne sommes pas jugés?

    Vous vous souvenez de l’ancienne histoire concernant l’impassibilité des confesseurs?

    Mon Père pardonnez moi j’ai pêché.

    Oui, mon enfant, qu’avez vous fait

    Mon Père, j’ai tué

    oui mon enfant, combien de fois?

    Qui voir aujourd’hui si j’ai tué, si je crois que j’ai tué, si je souffre de vouloir tuer, si je souffre de penser qu’on veut me tuer et que je dois tuer pour me protéger.

    Quel délire, qui veut tuer?

    Mais tout le monde; Nous tuons avec enthousiasme, plaisir et sans remords puis que nous étions justes et que l’Autre était une menace. Notre assassinat n’est plus par l’arsenic-poudre blanche à héritage, mais par la parole, les gestes, les dénis, les refus.

    Pour le moment, lorsque nous partons sur nos délires, je ne vois que le psychiatre qui peut aider à nous remettre dans une autre évaluation de notre situation.

    Ensuite que les chances de succès soient limités, que la procédure soit onéreuse, que les méthodes soient incertaines, que Freud dans son génie a fait beaucoup de mal à la psychiatrie, ce sont des obstacles a gérer, si nous les trouvons insurmontables, il faut chercher d’autres solutions.

    Quelles autres solutions?

    Nous avons eu tellement d’espoir dans les années 60, années ou le livre de Karen Horney était dans chaque bibliothèque.

    Aujourd’hui nos avons fait un grand pas en arrière pour nous et un grand pas en arrière pour l’humanité, si en 1960+++ nous nous demandions pourquoi nous aimions si mal et étions si mal aimés, aujourd’hui nous sommes retournés au Moyen-Age où la présence de l’Autre est une menace, ce qui est parfaitement vrai, l’horreur venant de ce que nous ne voyons plus de moyen de vivre avec cette menace.

    Vers 1960, Woodstock, Flower People, le mot clef était

    « Amour »

    Nous sommes retombés lourdement dans la réalité, le mot clef est maintenant

    « MOI »

    Nous l’avons vu venir dans les années 60 où les gourous suédois et américains prêchaient dans une terre oh si fertile que le but de la vie était de s’accomplir. « Att förverkliga sig själv ».

    Aujourd’hui celui qui souffre d’une plaie qui ne saigne pas, ne sait plus où aller.

    De plus la génération d’aujourd’hui et la génération pénicilline, elle va chez le psychiatre pour être guérie. Cela est impossible.

    Oui, si la vie m’avait donné courage, persistance, capacité de me distancer, un peu de cerveau, oui j’aurais été très honoré qu’on me salue en disant

    lui, il est psychiatre

    Je ne dois pas avoir de regret, je comprends les bovidés et les cochons, à un tel point qu’ils croiient que je suis un des leurs. Croyez le si vos voulez, même les vaches et les cochons (suidés) ont parfois besoin de l’aide d’un ouvrier agricole psychiatre. (vous avez naturellement lu la série des romans si amusants du vétérinaire anglais (James Herriot) sur ses relations avec les animaux et leurs propriétaires et si vous ne l’avez pas fait précipitez vous chez votre libraire habituel.

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