Médecine fondée sur les preuves (EBM) : Conclusion

Rappel : La médecine basée sur les preuves part du principe que les conduites intuitives ou tirées de l’expérience individuelles peuvent être fausses tant qu’elles n’ont pas été validées dans un nombre significatif de situations identiques.

Par un renversement d’attitude plutôt hormonal que scientifique – chacun détenant la vérité -, ce principe s’est transformé dès ses débuts en « une conduite intuitive n’a pas plus de chances d’être juste que son contraire tant qu’elle n’a pas reçu une validation statistique ».

On oublie ainsi que l’intuition est une logique inconsciente, qui prend en compte une multitude de facteurs souvent difficiles à formuler, aussi bien trompeurs, quand les références sont fausses, que justes, quand l’individu a tiré de l’expérience ses propres statistiques.

Un scientifique fait jouer sa propre intuition en permanence. C’est elle qui génère les hypothèses qu’il donne ensuite à dévorer à la machine scientifique. L’intuition du scientifique est particulièrement performante, parce qu’elle a déjà trié ses références, mais le surmoi l’empêche généralement de venir à la barre, particulièrement devant ses collègues…

Tout irait pour le mieux si la machine statistique était fiable. Or, si ses principes le sont, la réalité des résultats est toute autre.
Les causes d’erreur sont innombrables :
-Quelle question est posée ? Est-elle pertinente ? Mais pire : ne travestit-elle pas la réalité en manipulant l’esprit de ceux qui vont recevoir la réponse ?
-Le recueil et le traitement des données est-il affranchi des erreurs humaines ? Jamais. Il serait intéressant pour le confirmer de mettre plusieurs équipes scientifiques culturellement différentes sur une enquête strictement identique dans la même population, et juger des variations. Probablement seraient-elles exponentielles au fur et à mesure que la difficulté de l’enquête augmente.

-L’étude a-t-elle la puissance nécessaire pour répondre formellement à la question ? Jamais, alors on a inventé le « petit p » pour se rassurer, sans qu’il existe de moyen de confronter celui-ci avec la réalité.
La définition du petit p dans le monde médical, c’est « les concepts de notre esprit sont illusoires, voici la chance qu’ils correspondent à la réalité ». Il n’a rien à voir avec le petit p de la physique, qui décrit objectivement la réalité de la matière, d’une façon assimilable par notre esprit.

Le petit p, cette étiquette de fiabilité, peut être décollé de la plupart des études médicales pratiques parce qu’un nombre insuffisant de facteurs est considéré.
La médecine n’a tout simplement pas les moyens de faire mieux. Le coût de ces enquêtes devient exponentiellement astronomique dès que l’on améliore leur fiabilité par la prise en compte de facteurs multiples à étudier, par le nombre de personnes engagées, et par l’allongement de leur durée.
Les scientifiques le reconnaissent en accordant un intérêt mesuré aux études sur de petits nombres, qui arborent pourtant fièrement leur petit p.
Ce qu’ils ne savent pas faire, sauf dans le secret de leur cabinet, c’est mettre en corrélation cette imposture de la médecine et la fiabilité pas si médiocre de leur intuition.
Les médias sont si pesants…

En conclusion de cette série d’articles sur la médecine EBM – « fondée sur les preuves » -, reconnaissons qu’elle plaît fort à une grande partie du corps médical parce qu’elle donne à la pratique une impression de stabilité rassurante, tout en restant très illusoire par rapport à ce que l’on peut espérer d’une science, et il faut en avoir conscience pour 2 motifs essentiels :

1) L’EBM devient une Grande Inquisition de la pratique médicale que n’ont pas voulu ses concepteurs, et la Justice s’invitant de plus en plus souvent dans la relation médecin-malade, elle la pervertit tristement.
Cela fonctionne à double-sens car la Justice s’énerve quand les promesses médicales ne sont pas tenues.
Haro sur les médecins médiatiques, qui additionnent des promesses difficiles à honorer en clamant leurs succès avant que le système puisse suivre…

2) L’aspect rassurant de l’EBM inhibe les progrès de la méthodologie médicale. Sa mutation est loin d’être terminée, et pourtant l’EBM est brandie comme une religion contre toutes les alternatives. Elle est le prêt-à-penser qui coupe les vivres, médiatiquement et financièrement, aux adaptations répondant aux critiques que nous avons vues, adaptations bien timides actuellement.

On peut même dire que cette évolution est au point mort, car la médecine compte davantage sur ses progrès technologiques – éblouissants c’est vrai – que méthodologiques.

Mais le médecin reçoit encore dans son cabinet, chaque jour, des individus et non des cohortes statistiques.

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