Douleur périphérique ou centrale ?

L’essentiel:
Ceux qui s’attendent à un cours de neurologie seront déçus…

Pour les besoins des études, la médecine a transformé les douleurs qualitatives en douleurs quantitatives.
L’on ne doit plus souffrir,
et le succès se mesure sur une réglette dont le repère descend de 10 à 0.
10 : l’Enfer, 0 : le Bonheur…

Le patient est confiant en la science. A présent, quand il ne va pas bien, il dit qu’il ressent une douleur.
Avec l’aide du clinicien, il devient très doué pour décrire toutes les finesses de la sensation physique, brûlure, fourmillement, broiement…
afin de séparer les atteintes de nerf, de muscle, d’os…
Mais tout ceci reste bien périphérique.

Ne pas être en bonne condition représente une grande variété d’émotions,
à présent toutes canalisées vers l’entonnoir de la douleur.
Un déprimé dit qu’il a mal.
Il le dit avec d’autant plus de résignation que s’il dit être déprimé,
le médecin, plutôt que d’en discuter patiemment avec lui,
lui collera la plupart du temps un anxiolytique et un anti-dépresseur,
selon les références de bonne pratique de l’industrie
reprises par toute une profession médicale et des médias aux budgets trop publicitaires.

Alors si le patient n’en veut pas, parce qu’il en a déjà pris et n’est pas guéri,
il préfère dire qu’il a mal: C’est bien cette fois le champ d’action du médecin,
puisqu’il a promis que plus personne ne doit souffrir…

Mais la douleur veut dire aussi deuil, travail pénible, stress permanent, confusion, regret d’un acte passé, déception…
Tout ceci, bien loin du périphérique, est fort central pour l’être humain.

Il est arrivé que des personnes supportent aisément une souffrance
parce qu’elles en savaient les bonnes raisons.
Une personne âgée solitaire ne supporte pas la douleur
parce qu’elle ne trouve plus, dans sa vie, de bonne raison.

Ce n’est pas aux centres anti-douleur, malgré leur bonne volonté,
que l’on vous traitera ces douleurs centrales-là.
Cherchez vos « centres d’empathie », anonymes ou non,
avec lesquels vous saurez trouver vos mots.
Parlez de tout ce que recouvre votre souffrance,
évitez soigneusement le terme « douleur », qui la chosifie.
C’est en fouillant votre langage que vous diversifierez votre pensée,
que vous chercherez les racines de ce manquement au bonheur,
que vous pourrez retrouver le goût de rire
de cette interminable plaisanterie qu’est la vie ?

2 réflexions au sujet de « Douleur périphérique ou centrale ? »

  1. Cela veut-il dire qu’il faut plus avoir confiance dans les antalgiques ?

    En fait la méconnaissance des vraies sources de la souffrance entraîne aussi bien des sur-médicalisations que des sous-médicalisations de la douleur:
    Ainsi la morphine devrait être quasi-systématique pour les douleurs cancéreuses et les névralgies aiguës, sciatiques, cruralgies, névralgies faciales ou cervico-brachiales. C’est acquis pour les cancers, c’est loin d’être le cas pour les névralgies.
    Par contre l’utilisation d’antalgiques de palier 2 ou 3 pour les douleurs chroniques dégénératives est le plus souvent inadapté et inefficace.

  2. Les médecins ont une vraie bonne excuse dans la médicalisation excessive de la douleur:
    Elle est née en réaction à l’utilisation politique de la nécessité de souffrir dans l’occident chrétien des siècles passés.
    Malheureusement, ces pratiques parties d’une juste motivation, dont ont hérité les médecins modernes, se retrouvent à présent sans adversaire (plus personne ne songe à souffrir par piété) et montrent plutôt leurs effets indésirables… surtout quand la piété était certainement la plus efficace (dans la souffrance morale).

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