Faut-il voir un ostéopathe quand on n'a pas mal ?

Quelques circonstances pour se poser la question:
-Vous avez déjà eu des « blocages » et vous vous inquiétez de savoir s’il n’y a pas un traitement préventif à faire.
-L’ostéopathe lui-même vous conseille des séances d’entretien, et vous vous demandez si c’est vraiment indispensable, la multiplication des plaques d’ostéo provoquant aussi une multiplication des discours commerçants.
-Vous avez entendu parler d’ostéopathie « préventive », par exemple du nourrisson après la naissance, de troubles qui ne sont pas vraiment des douleurs, et pas forcément vertébraux, parfois digestifs, génitaux, etc…

Torticolis: du col au lit…

Ces questions en apparence simples ouvrent sur d’autres, plus philosophiques et vertigineuses:
Quelles sont les conséquences néfastes de l’inquiétude permanente pour soi-même et pour ses proches?
Doit-on tout prévenir, quand certaines anomalies peuvent être des avantages?
Mais revenons à une philosophie plus terre à terre qui est celle de l’ostéopathie:
Le principe est d’harmoniser le fonctionnement ostéo-articulaire, chaque articulation devant faire sa part de travail et dans de bonnes conditions, bien centrée, soutenue par un appareillage de ligaments, tendons et muscles équilibrés.
L’ostéopathe cherche à amener chaque partie de votre squelette à ses conditions idéales de fonctionnement. Que peut-on rêver de mieux?

Mais qu’est-ce que des conditions idéales exactement?
Puisqu’on traite la globalité, à quoi doit servir la globalité du squelette,
et la réponse est-elle la même pour chaque individu?

Nous ne sommes pas symétriques, nous ne sommes pas homogènes.
La génétique fait de nous des êtres différents, et le contact avec l’environnement encore plus.
La médecine cherche constamment à établir des valeurs moyennes et des limites normales
…pour s’y retrouver, car elle ne sait pas encore gérer le chaos des différences individuelles
autrement que par l’intuition de ses thérapeutes…
Mais il n’y a pas d’autre norme que celle de l’individu.
Et l’ostéopathie commet la même erreur que la médecine en établissant ses propres règles:
Aucune de ces thérapeutiques ne tient compte de l’adaptabilité de chacun à sa morphologie et à ses tâches quotidiennes.

Cette adaptabilité n’est pas toujours bonne.
Elle se construit pendant l’enfance.
Elle est faite de proprioceptivité, c’est-à-dire de l’organisation de nos automatismes nerveux propres en fonction des perceptions fournies par notre corps. Celles-ci doivent être fréquentes et variées: tous les enfants devraient faire beaucoup d’activité physique, pour se construire un véhicule corporel efficace ! -tant que nous ne pouvons pas nous en débarrasser comme de nos derniers poils…-

Elle est biologique, hormonale: hommes et femmes n’occupent pas de la même façon leur cerveau aux activités physiques. Les différences ne font que s’accentuer sous la pression des codes sociaux.

Elle est faite d’image de soi: La confiance dans son physique, l’édifice à la solidité toujours incertaine de cette personnalité que nous construisons pendant notre enfance, a des répercussions fondamentales sur notre fonctionnement ostéo-articulaire: un enfant va faire de la compétition ou rester sur le banc en cours d’éducation physique, sa dispense à la main, en fonction de l’intérêt de sa famille pour le sport. Un adolescent va se tenir droit ou se voûter en regardant ses pieds sous l’influence d’une timidité de jeune pubère, les filles avancent les épaules pour masquer une forte poitrine…

Mais finalement nous ne nous débrouillons pas trop mal, puisque tout le monde tient à peu près debout !
Nous sommes, en fait, remarquablement adaptables, au point que les machines sont encore loin d’arriver à de telles finesses.

Faut-il dans ces conditions corriger la moindre courbure anormale, les différences entre les 2 côtés, toutes les restrictions de mobilité?
Les hypertrophies musculaires sont-elles toujours pathologiques, ou adaptatives?
Une différence de longueur des membres doit-elle être encore traquée et compensée, quand le cerveau s’est fait porter ainsi depuis bien des années?

Les réponses ne sont pas évidentes.
Il est possible que les lésions d’arthrose prennent racine dans des dysfonctionnements localisés anciens.
Mais la correction systématique en ostéopathie détruit parfois des compensations et crée des douleurs… là où il n’y en avait pas.
Il faut savoir tenir compte des signaux d’alarme naturels de l’organisme, en premier lieu la douleur.
Les enraidissements sont sans doute à corriger systématiquement, quand ils diminuent la souplesse d’une chaîne articulaire, gênant le rôle amortisseur de cette chaîne sans être forcément douloureux eux-mêmes.
Il faut être plus prudent pour corriger les anomalies de position, la règle générale ne s’appliquant pas toujours à la personne présente.

En fait la meilleure façon d’optimiser ses articulations est de s’en servir de façon régulière et vigoureuse. Il faut aller jusqu’au bout de sa posture, jusqu’au bout de ses amplitudes articulaires. De telles demandes obligent votre corps à se comporter de la façon la plus efficace. Le moindre degré de mobilité disponible sera sollicité.
Ainsi, « l’entretien » ostéopathique est généralement une facilité pour les sédentaires de faire réviser leur squelette, parce qu’ils n’en ont pas le temps, l’envie, ou craignent de le faire mal…
Rien d’obligatoire la plupart du temps. Rappelez-vous que contrairement au garagiste, mieux armé que vous pour vérifier les rouages de votre bagnole, l’ostéopathe n’est pas connecté aussi bien que vos propres nerfs à votre système.

Après… contrôler ses nerfs est une autre affaire !

Nous n’avons pas répondu directement aux questions du début, mais espérons vous en avoir donné les clefs…

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2 Responses to Faut-il voir un ostéopathe quand on n'a pas mal ?

  1. Très bon article, complet et pertinent !

  2. admin says:

    Q : Pourquoi les ostéopathes racontent-ils souvent des histoires fumeuses sur l’origine de notre maladie ?
    R : En ostéopathie, mieux vaut que l’esprit soit occupé à raconter un joli conte sur le diagnostic, pendant que les mains cherchent toutes seules ce qu’il faut faire.

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