Mar 212010
 

Les semelles orthopédiques sont controversées: Indiquées par exemple dans l’arthrose du genou, les études ne leur trouvent en général guère d’efficacité. Les déceptions de patients ayant investi dans une paire de semelles sur mesure sont nombreuses. Alors? Comment savoir si elles vous sont vraiment utiles?

Il existe 2 types très différents de semelles: les semelles de soutien et les semelles de stimulation.

Les semelles de soutien sont les plus faciles à comprendre:
Grossièrement, elles comblent les creux sous les pieds de façon à mieux répartir les charges: On les utilise pour les douleurs d’appui chez les gens qui sont beaucoup debout, en surpoids, ou avec des zones d’appui restreintes (pied creux).

Simples, elles ne sont pas pour autant les plus satisfaisantes:
-Elles ne remplaceront jamais une bonne perte de poids quand on met trop de kilos sur ses talons tous les jours.
-Si le pied se déforme par une attitude vicieuse ou une insuffisance musculaire, la semelle va plutôt figer les choses et empêcher une auto-rééducation: il sera impossible de s’en passer… si elle est efficace.

Les semelles de stimulation sont plus déroutantes:
Il s’agit de simples surépaisseurs sous des endroits précis du pied, qui modifient les automatismes de posture au repos et à la marche. La plupart des gens ne comprennent pas au premier abord comment des semelles aussi fines et sans relief pourraient bien changer quelque chose à leurs douleurs.

Mais si elles sont théoriquement très intéressantes, ces semelles ne fonctionnent effectivement pas chez tout le monde: Il faut que la personne qui les porte soit mobile et active. Une personne sédentaire, âgée, ou qui piétine beaucoup, n’en verra guère de bénéfice, et devrait utiliser plutôt des semelles de soutien, même si elles sont dites « palliatives », c’est-à-dire qu’elles ne guérissent pas définitivement.

En fait, comme dans la plupart des traitements, les semelles sont efficaces quand elles sont installées avant les troubles ou dès leur début, moins quand des années de gêne se sont inscrites dans la démarche et ont « enterré » le problème.

Ne négligez pas vos pieds
sous prétexte qu’ils sont la plus lointaine de vos extrémités.

Vous puez des pieds? Voici les semelles radicales: efficaces en quelques jours, plus personne ne pourra dorénavant isoler l’odeur de vos pieds…

 Posted by at 15 h 48 min

  13 Responses to “Semelles orthopédiques: Quelle utilité?”

  1. votre article sur l’utilité des orthèses plantaires est un peu simpliste, car vous occultez les techniques actuelles de prise en charge du pied par thermoformage unipodal recreant les phases d’appuis au sol.
    je me permets d’apporter quelques rappels sur le fonctionnement d’un genou: il est vérouillé en extension mais déverouillé dès 15° de flexion c’est à dire que sont axe sagital est sous l’interdépendance de la position du pied.
    par exemple si un pied dynamique fonctionne en pronation , il va directement entrainer le genou en dedans par adduction et rotation interne avec des pathologies probables de types syndrome rotulien, tenobursite de la patte d’oie…..
    si l’outil therapeutique permet de corriger le dysfontionnement et supprimer la cause dynamique le traitement sera efficace, et c’est le cas aujourd’hui.

    je pourrais vous parler des heures du genou qui me passionne, étant podologue biomecanicien .
    cherchant d’ailleurs à communiquer sur les résultats obtenus face aux gonalgies (pas toutes!!!), je reste à votre disposition pour d’autres commentaires ou interventions
    cordialement
    fabien suykerbuyck

    • Bonjour Fabien,
      L’article est volontairement simplifié car il ne s’adresse pas qu’aux professionnels.
      Entre le genou et le pied existe… la cheville. Une étude japonaise montre que les semelles valgisantes sont inefficaces seules, tandis qu’elles sont efficaces avec un strapping de la cheville empêchant la valgisation à ce niveau.
      Six-month followup of a randomized trial comparing the efficacy of a lateral-wedge insole with subtalar trapping and in-shoe lateral-wedge insole in patients with varus deformity osteoarthritis of the knee, Toda Y et Tsukimura N, Arthr Rheum. 2004;50:3129-36

      Le motif de l’article, voyez au début, est de répondre à une déception assez fréquente chez les patients, alors que je suis persuadé que la plupart des podologues font de très bonnes semelles… pas toujours dans la bonne case physiopathologique cependant, comme vous le signalez, selon l’âge et la proprioceptivité des patients (mais comment tout connaître de quelqu’un en 20mn?).
      Il existe d’autres techniques auto-rééducatives pour la démarche et des modifications d’hygiène de vie qui peuvent être très efficaces dans la gonarthrose, dont nous parlons dans la partie adhérents du site.

      Vous pouvez bien sûr parler des heures du genou…
      Si vos doigts courent en même temps sur le clavier, nous profiterons de votre expérience 😉

  2. Bonjour,
    Je suis aussi podologue spécialisé en kinépodie. L’approche du pied sur les étages supérieurs est justifiées pour le port de semelles orthopédiques passives à court terme afin de soulager une inflammation. Par contre, il n’est pas justifié de faire porter une semelle de soutien passif en continu juste pour soulager un genou. Les semelles passives ont l’avantage de diminuer la mobilité articulaire dans le but d’obtenir un effet antalgique, malheureusement elles ont aussi l’avantage de déplacer le problème (tjrs sur du long terme) à d’autres niveaux articulaires, sans compter l’insuffisance musculaire occasionnée (ce qui rend dépendant le patient au port des semelles passives à vie si on ne rééduque pas sa musculature).
    Concernant la cheville, je suis tout à fait d’accord avec cet article Japonais. La tendance actuelle en kinépodie est d’ajouter des sangles adaptables sur la semelle. L’avantage dans le procédé est d’agir en même temps sur le pied et la cheville. De plus, il est aussi possible de faire varier l’activité de la semelle (passive ou active) sur les différentes zones du pied par l’ajout ou le retrait d’éléments.
    Permettez-moi de vous laisser le lien du site qui vous en expliquera un peu plus: http://www.kinepod.com.
    Pour ma part, je travaille en collaboration avec un kinésithérapeute aussi spécialisé en kinépodie. Et je peux vous assurer que la rééducation active est bien plus bénéfique que la passive (j’ai pourtant travaillé 15 ans avec le système passif, avant de découvrir la logique d’un bon traitement stimulant qui permet d’autoréguler le patient et de se séparer des semelles totalement ou partiellement selon les cas).
    Votre blog est intéressant!

  3. Entièrement d’accord sur l’intérêt de la rééducation active. D’ailleurs les problèmes de pied des sportifs, ampoules cals dérangements et tendinopathies, n’ont rien à voir avec les effondrements plantaires des personnes sédentaires ou debout statiques. La rééducation est malheureusement difficile chez une grande partie de ces dernières. Comme pour les amaigrissements, c’est une philosophie de vie à changer plutôt qu’un « traitement », forcément temporaire, par régime ou rééducation. L’âge et le métier sont des obstacles épineux.

  4. Bonjour,
    je suis kinésithérapeute et ça me fait plaisir de vous lire…votre façon de penser coule de source. Je suis aussi un adepte de la kinépodie…malheureusement pas encore assez connu (étant donné le début de la méthode). Je trouve génial que des rhumatologues puissent converser de la sorte! Il est juste regrettable qu’on ait si peu d’échange dans le milieu médical pour échanger nos savoirs et nos points de vue en fonction de nos compétences.
    Le peuple est fan de passivité…guérir, obtenir des résultats sans rein faire (qqe soit l’activité) est devenu la clé de la réussite financière des grosses entreprises. Pourtant, je pense qu’il devrait y avoir plus d’avenir dans l’activité et donc une parfaite honnêteté envers nos patients. Mais pour ça, les thérapeutes doivent prendre plus de temps avec les patients pour se justifier….le changement sera difficile!!

  5. Bonjour Messieurs,
    Je tiens d’abord à vous remercier pour ce site trés instructif et intéréssant.
    Par ailleurs, j’aurais une petite question: les semelles orthopéqiques peuvent-elle être efficace pour un syndrome rotulien afin de recentrer la rotule et dévier le pied légérement à l’intérieur ( quand il s’agit bien evidemment de pied arqué) ?
    Bon courage à tous et croyez moi parmi les medecins professionnels qui sont à l’écoute du passion c’est les kinés et les podologues. cette qualité est devenue hélas trés dans d’autres professions de médecine….

    Hamza

    Merci pour votre réponse

    • Les semelles ont peu d’effet sur un syndrome rotulien. Déporter les pressions qui s’exercent sur une rotule dépend fondamentalement de la torsion statique du squelette du membre inférieur, difficile à corriger autrement qu’avec la chirurgie après la fin de la croissance, et de la torsion dynamique, qu’il semble beaucoup plus efficace de corriger par des mobilisations de la hanche (action sur l’anteversion du col fémoral) que par des semelles. Ces techniques ostéopathiques sur la hanche sont peu connues et pratiquées. Heureusement la rééducation classique d’étirement de l’axe rotulien soulage la plupart de ces patientes.

  6. je suis kiné, formé aussi en kinépodie,
    Je suis tout à fait d’accord avec vous. Même la rééducation en kinésithérapie via travail du vaste interne ne modifie rien mécaniquement. Par contre, j’ai constaté qu’en pratiquant des manipulations orthokinésiques, je soulage les chondropathie rotuliennes par relâchement des tissus et par récupération des mobilités. Dans cette technique, l’orthokinésie, nous levons les adhérences et nous travaillons sur le trajet complet des muscles debout et en mouvement, d’ailleurs c’est actuellement la seule méthode de rééducation dynamique. Ensuite, nous gagnons en amplitude et ce au niveau des pieds et des hanches…ce qui offre une plus grande liberté au genou. Etrangement, j’ai souvent de très bon résultatss

  7. Les actions des semelles orthopédiques biomécaniques sur mesure possèdent de nombreuses propriétés : corriger, stabiliser, soutenir, contrôler, amortir, propulser, restituer l’énergie, détendre, décharger, protéger, modifier les temps d’appuis, augmenter la surface portante du pied au sol, favoriser le retour veineux, procurer du confort, …

    Ces semelles soulagent les douleurs arthrosiques, qu’elles soient récentes ou chroniques. Le problème réside plutôt dans la précocité de la prise en charge du patient. Les semelles orthopédiques ne doivent plus être considérées comme le dernier traitement à mettre en place après échec des autres traitements médicaux, quand un acte chirurgical est déjà envisagé. Elles représentent une alternative conservatrice sans risque et doivent être au contraire prévues dans un premier temps. Ce qui ne les empêche pas d’être efficaces sur une gonarthrose ancienne.

    Prenons par exemple un syndrome rotulien arthrosique avec compression fémoro-patellaire externe évoluant sur un genu-valgum fonctionnel avec pieds valgus. Par interdépendance articulaire, la correction orthétique du valgus podal rétablit de suite les rapports ostéo-articulaires physiologiques du genou (que le dysfonctionnement soit récent ou ancien), enlève la compression articulaire et donc la douleur qu’elle engendrait. Le traitement podologique est ici étiologique.

    Ces semelles correctrices ne figent en aucun cas la position des pieds. Elles corrigent les déséquilibres du membre inférieur et du rachis tout en maintenant la liberté de mouvement, sans entraîner d’ insuffisance musculaire. Elles normalisent le fonctionnement de l’appareil locomoteur. Et si le patient ne peut se passer du port d’orthèses plantaires, c’est peut-être parce qu’elles le soulagent…

    • Merci de votre commentaire détaillé. Vous ne précisez pas les semelles que vous utilisez. L’article insiste bien sur la différence entre le traitement étiologique à visée posturale globale par les semelles de stimulation, préventif, et le traitement palliatif par semelles structurales aidant à corriger les surcharges mécaniques locales. Il ne vise pas à décourager les gens de porter des semelles mais à établir leurs limites, car les déceptions sont, au quotidien, nombreuses. Les semelles sont un des éléments de reprogrammation posturale parmi d’autres. Dans la partie adhérents du site sont détaillées des techniques de marche pour corriger les surcharges du genuvalgum et genuvarum, qui donnent, dans mon expérience malheureusement unipersonnelle, de meilleurs résultats que les semelles. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le reproche sur la difficulté à se passer des semelles : elles peuvent gêner les autres moyens de reprogrammer la marche.

  8. J’ai précisé que ce sont des semelles biomécaniques qui donnent de très bons résultats et dont le champ d’action est très étendu. Je ne comprends pas comment on peut certifier que les semelles déçoivent quand on se base uniquement sur son expérience personnelle voire sur un cas clinique en particulier. Peut-être ne devrait-on pas généraliser et admettre qu’il existe en France des podologues qui pratiquent leur métier avec passion et qui guérissent les patients.

    Les semelles ne doivent pas être apparentées à un strapping, un plâtre, une contention, une attelle, …
    Elles ne bloquent rien du tout, elles agissent à distance sur les étages supérieurs pour corriger les défauts de trajectoires des mouvements et diminuer les efforts transmis dans les chaînes articulaires. Elles permettent à l’appareil musculo-squelettique de fonctionner dans des conditions optimales en améliorant l’adaptation du pied au sol.
    Les semelles de correction d’un trouble fonctionnel dont l’objectif est de traiter tous les problèmes que ce trouble génère améliorent la reprogrammation de la marche car elles permettent de rééquilibrer les balances musculaires et éveillent certains mécanismes proprioceptifs.

    Il faut comprendre que selon le terrain clinique sur lequel évolue le signe fonctionnel, ces semelles ont un rôle différent.
    Un traitement curatif guérit le patient en supprimant la cause de ses maux, c’est le cas des semelles de correction lorsqu’elles corrigent le déséquilibre réductible qui a fait naître les plaintes du patient (douleurs, instabilités, déficits musculaires,…)
    Un traitement préventif anticipe et tente d’éviter les problèmes futurs, c’est le cas des semelles de correction lorsqu’elles corrigent une désaxation sans attendre l’apparition des contraintes qu’elle pourrait créer.
    Un traitement palliatif soigne plutôt les symptômes sans pouvoir en supprimer la cause, c’est le cas des semelles de soutien lorsque la douleur n’évolue pas sur un dysfonctionnement de la marche mais plutôt sur un trouble structural, un traumatisme, une pathologie rhumatoïde. Les semelles biomécaniques permettent alors de faire travailler le système locomoteur en moindre intensité.

    Il ne faut pas confondre la durée du traitement et son mode d’action. Suivant la précocité du traitement, l’étiologie et l’évolution du cas clinique, le port de semelles peut être provisoire ou permanent, que ces orthèses soient à visées curative, préventive ou palliative.
    Et même si le port permanent de semelles s’avère nécessaire, il ne pose aucun problème car c’est une thérapie non contraignante, les semelles étant vite oubliées car non ressenties.

    Je pense que les patients et les médecins sont mal informés sur les bienfaits des orthèses plantaires car il existe beaucoup de techniques différentes et elles ne sont pas toutes bien maîtrisées.

    • Nous n’avons pas la même façon de réfléchir, Renopodo. Si je veux vérifier mon taux d’efficacité, en tant que rhumatologue, je devrais interroger mes perdus de vue plutôt que mes patients fidèles. Ou alors je vais recueillir l’opinion des paramédicaux de mon quartier, infirmières, kinés, pharmaciens… et podologues, qui ont une idée bien plus exacte de la compétence d’un médecin que lui-même.
      Si un traitement est difficile à juger parce que ses effets ne sont pas immédiats, alors il faut des études avec un protocole aveugle à ceux qui exercent ce traitement, ou le jugent, ou mieux les deux.

      Votre réponse est le marketing habituel entendu par tous les patients. Et heureusement qu’il est fondé sur bon nombre de succès thérapeutiques ! Car je ne sais pas où vous avez lu dans l’article que les semelles seraient « toujours décevantes ». Mais les échecs existent, comme dans toute thérapie, et proviennent d’une mauvaise congruence entre le cas précis du malade et une « case » diagnostique trop peu spécifique.
      Un bon podologue travaille d’ailleurs en réseau, avec des ostéopathes, des kinés… et des rhumatos aussi, pas toujours d’une aptitude limitée à écrire « semelles » sur une ordonnance. Certains font preuve d’éclectisme !

  9. L’efficacité des traitements orthétiques du podologue se juge d’abord à l’opinion de tous ses patients. Voilà pourquoi un suivi automatique est nécessaire. Il permet de ne jamais perdre de vue aucun patient, de modifier éventuellement l’appareillage et de mesurer le taux de guérison. Le praticien connaît donc les effets des semelles sur tous ses patients, ceux pour qui elles n’ont rien apporté, ceux qui sont guéris et qui n’ont plus besoin d’en porter, ceux qui sont guéris mais qui doivent continuer à les porter (et ce n’est pas parce qu’elles doivent être portées en permanence qu’elles en deviennent un objet marketing). Ces statistiques permettent de connaître le champ d’application des orthèses plantaires et contribuent aussi à améliorer l’efficacité de certains traitements. Nous pouvons alors proposer le port de semelles uniquement pour les pathologies sur lesquelles elles agissent.
    L’efficacité des traitements podologiques se juge aussi à l’opinion de nos collaborateurs médicaux et paramédicaux. Car nous devons travailler en synergie avec les autres praticiens pour contribuer tous à une optimisation de la guérison du patient.

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